L'EHPAD
L’EHPAD
Lettre non-imaginaire écrite par un résident à la Directrice d’un Ehpad privé mais, qu’ils soient publics ou privés, les Ehpad ne se ressemblent-ils pas dans la façon dont ils traitent les dits « vulnérables » ?
Madame la Directrice
Je suis désolé de venir perturber, à nouveau, le travail qui est le vôtre, mais je tiens à ce que vous sachiez quel « agréable » dimanche ont passé les résidents du deuxième étage.
La matinée s’était déroulée sans histoire. Nous étions tous à table depuis une trentaine de minutes lorsque, tout à coup, Monsieur C. a commencé son récital de sa voix si puissante. Malgré les efforts des uns et des autres, rien ne l’a arrêté. Aussi, après avoir bu rapidement son café, chacun a rapidement regagné sa chambre, laissant la salle à manger et le salon à la seule disposition de l’ultrapuissante voix de basse de Monsieur C. Il a continué son concert jusque vers 15 heures.
Après quelques vains essais de reprise vers 16 30, il a eu la visite de sa fille et de son gendre qui sont restés autour d’une table de la salle à manger, sans se parler, car M. C. dormait profondément.
Enfin seul, M. C. a repris sa prestation au moment du repas – 18 h 30 - et il n’y a mis fin que lorsque vers 20 h, de ma voix de stentor, je lui ai demandé de la fermer. Il s’est effectivement arrêté de gueuler et il m’a dit en me regardant fixement dans les yeux : « Pourquoi vous criez ? ». Quel humour et quelle voix pour un homme de 94 ans. !
Cela me rappelle que dans les mêmes circonstances quelques semaine plus tôt – alors que je lui disais de se taire et pour les mêmes raisons - il m’avait dit d’un ton colérique : « Tu veux mon poing dans la gueule ? ». De toute mon existence, je ne me suis jamais bagarré, mais je vous avoue sans vergogne que j’aurais bien envie de lui foutre un coup de matraque sur le crâne pour qu’il cesse de nous importuner.
Officiellement, le dimanche 16 juin était le jour de la fête des pères. Je dois dire que pour les résidents du 2ème étage ce fût la fête des paires de leur cher « collègue ».
A quand la solution afin qu’il nous laisse mener une vie tranquille ? Vous m’avez expliqué que ce ne serait pas » éthique », de déplacer Monsieur C. d’un étage à l’autre pour que chacun puisse profiter de sa voix ; cependant l’éthique a-t-elle été respectée lorsque vous l’avez déplacé de l’étage Alzheimer à notre étage il y a de cela six mois !
A défaut, je vous propose d’indemniser les résidents concernés en diminuant leur « pension » du montant approximatif d’un point du GIR*, soit d’environ 250 € par mois pour défaut du « calme » que nous attendions dans cet Ehpad classé prémium.
Dès ce matin, vers 7 h, alors que je vous écrivais ce mail, ce cher résident s’est fait entendre de nouveau. Pensez-vous que vous, qui êtes jeune, pourriez vivre cet enfer chez vous ?
Si nous ne trouvons aucune solution rapidement, je pense que monsieur C. « aura la peau » des 20 résidents du deuxième étage et qu’il continuera ses concerts seul, jusqu’à ce que lui-même disparaisse.
Croyez, Madame, en mes sentiments, malgré tout, les meilleurs.
*niveau de perte d’autonomie
PS : prochain texte, dimanche