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Presquevoix...
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27 octobre 2025

L’éditeur

 

Aujourd’hui, Paul a reçu une lettre de ce petit éditeur auquel il a eu le courage d’envoyer son manuscrit.

Cette lettre disait :

« Cher monsieur,

Votre manuscrit, que j’ai parcouru, manque de corps. Le style, les personnages et l’histoire ne sont pas au rendez-vous. Vous comprendrez donc, qu’en tant qu’éditeur, je ne puisse publier un écrit vain. (…)

Paul a laissé cette lettre sur son bureau, a envoyé un SMS à sa femme, a mis son manteau, a pris deux tablettes de chocolat afin de mettre fin au nuage noir qui risquait d’assombrir sa journée, puis il est sorti de chez lui et a marché à grandes enjambées vers le jardin botanique qui, peut-être, lui offrirait un havre de paix.

Devait-il poursuivre sur le chemin de l’écriture ?

 

PS : prochain texte, dimanche.

25 octobre 2025

Cambriolage

Cambriolage

 

Une fatigue immense, c’était l’état dans lequel il était après avoir volé, avec ses trois amis, les bijoux du Louvre.

Malgré l’épuisement qui était le sien, quel bonheur ce cambriolage ! Ils s’étaient fait connaître non seulement en France, mais dans le monde entier. Un statut en or, mieux que ces influenceurs de pacotille qui s’obligeaient à vivre 24 heures sur 24 sur les réseaux sociaux. Oui, il était sûr qu’ils auraient bonne presse auprès des citoyens du monde entier. Devenir les Arsène Lupin mondiaux du XXIème siècle, un honneur !

Il était épuisé, certes, mais comme il s’était marré en lisant sur internet les interventions de ces faux culs d’hommes politiques. L’un avait osé dire, de sa voix de mauvais acteur : « C’est la France qu’on a volée ! ». L’imbécile avait oublié que lui, la France il l’avait volée à plusieurs reprises à travers d’habiles corruptions. Sans parler de la ministre de la culture, visée par une enquête pour non-déclaration de bijoux. Mais elle, il ne lui en voulait pas, car c’est bien grâce à ses coupes budgétaires et à celles de ses prédécesseurs qu’ils avaient pu aussi facilement faire main basse sur les bijoux du Louvre. Quant au président, lui, il avait parlé d’ « une atteinte à un patrimoine que nous chérissons car il est notre Histoire ». Pauvre type, est-ce qu’il se rendait compte que 85 % de la population française le détestait ? Oubliait-il que celui qui conduisait le patrimoine Français au bord du gouffre c’était lui, pas eux, les gentlemen cambrioleurs !

Maintenant, il fallait absolument qu’ils se reposent, surtout lui, la tête pensante, sinon il ne pourrait pas trouver une réponse à la question suivante : que faire des bijoux du Louvre ?

 

PS : photo prêtée par Mado.

PS1 : prochain texte, mardi.

22 octobre 2025

Fait divers

 

 

Son petit plaisir matinal, c’était prendre son petit-déjeuner au café, jeter un coup d’œil au journal local, puis lire son quotidien acheté à la gare.

Ce matin-là, le journal local disait en première page : « Un psychologue tue sa femme »

Non, se dit-elle, comme est-ce possible ? Un psychologue qui cède à un désir meurtrier ? Mon Dieu – elle s’étonna d’évoquer Dieu, elle qui l’avait quitté il y a quarante ans -  si on ne peut plus se fier aux psychologues, mais à qui se fier ?

Elle en fit part à son mari lorsque celui-ci arriva au café, et il lui répondit en souriant.

  • A qui se fier ? Mais à moi, ma chérie, à moi !
  • Ne serais-tu pas cynique ?
  • Pas du tout. J’essaie de te mettre en confiance.

Elle ne lui répondit rien, mais n’en pensa pas moins.

En se monde sans pitié, lui fallait-il revenir vers Dieu, militer ou croire en elle d’abord et avant tout ?

 

PS : prochain texte, samedi

19 octobre 2025

Le calendrier

 

Il sortait de la boulangerie quand un homme jeune aux cheveux noirs, long et graisseux, l’avait arrêté en lui disant.

  • Vous voulez pas m’encourager en m’achetant un calendrier ?

Il ne sut que répondre à part.

  • Des calendriers, déjà ? Mais on est au mois d’octobre.
  • Ouais mais c’est pour m’encourager.

S’il y avait une chose qu’il détestait c’est qu’on lui demande de l’argent dans la rue, mais cet homme utilisait une technique de pointe. Sentant la faille, le type continua.

  • Comme ça, je fais pas la manche, vous voyez ?
  • Écoutez, c’est bien beau les calendriers, mais je ne suis pas un service social, moi. Tous les jours, je croise au moins 4 types en ville qui me demandent de l’argent. Ça fait beaucoup.

L’homme ne répondit rien, le fixa un instant puis sortit une photo de sa poche.

  • C’est pour elle.
  • Ah.

Il hésita un instant, puis lui donna un euro. Il se dit que la prochaine fois, on ne l’y reprendrait pas ou alors, il dirait au type d’écrire au président de la République ou à son épouse qui faisait œuvre charitable avec les pièces jaunes.  Et puis merde, tout de même, se dit-il en marchant, il y en a marre de se sentir coupable dans cette société où on se fout des services publics et où on privatise tout. C’est à ce moment-là qu’il rencontra son voisin d’en face.

  • Bonjour, je vois que vous maugréez, c’est une manif ou quoi ?
  • Vous avez de l’humour Monsieur Dufresne.  Non non, ce n’est pas une manif, c’est l’âge ! Maintenant que je suis à la retraite, je parle tout seul, ça me fait du bien ce dialogue avec moi-même.

Son voisin sourit, lui dit « bonne journée avec vous-même », et continua son chemin. Pour rien au monde il n’aurait expliqué quoi que ce soit à ce  fasciste lepéniste de Minard qui passait son temps à se plaindre du bruit alors que dans le quartier où ils vivaient, on n’entendait que les oiseaux… ou les chiens des voisins, d’ailleurs ce fasciste de Minard avait lui-même un chien aboyeur, un genre de doberman qui se ruait contre la grille quand il passait.

 

PS : prochain texte, mercredi

15 octobre 2025

Colère

 

Quand elle s’énervait, les mots prenaient souvent le haut du pavé et elle ne pouvait plus s’arrêter jusqu’à ce que, à bout de respiration, elle succombe. Enfin, succomber, façon de parler. La dernière fois que ça lui était arrivé, son jeune frère en avait pris pour son grade.

  • Tu n’es qu’un mouchard combinard, pantouflard, un binoclard qui, tout débrouillard qu’il est, n’a pu que jouer un rôle de scribouillard dans un sordide journal local.

Il lui avait répondu, vert de rage.

  • Tu me fais chier avec tes ard et tu sais ce que j’en fais de tes « ard », je te les mets au cul !

Elle s’était tue et s’était demandé, soudain, pourquoi elle ressentait une telle agressivité envers son frère ? La réponse n’avait pas tardé à venir : il lui volait son espace vital depuis sa naissance !

 

PS : prochain texte, dimanche.

12 octobre 2025

L’enfant

 

L’enfant tant attendu était né et une partie de la famille – ou presque -  a déambulé dans les couloirs de la maternité pour l’accueillir. Ensuite, il y a eu le même défilé chez les parents de l’enfant, après leur retour de la maternité. Les pauvres semblaient épuisés ; il est vrai qu’un bébé ne fait ses nuits que tardivement et parfois, leurs jours sont plus sereins que leurs nuits.

Laura, la grande-tante  de l’enfant, comme à son habitude,  n’avait pu garder sa langue – qu’elle avait très longue – dans sa poche.

A un moment donné, elle a même dit à sa sœur.

  • Les ressemblances familiales sont souvent déprimantes, tu ne trouves pas ?
  • Tu exagères, lui a répondu sa sœur, à qui penses-tu ?
  • Au mari de ta fille, bien sûr. Pourquoi est-elle allée chercher ce type, il est vraiment moche !
  • Elle a cru bien faire. Effectivement, l’enfant a tendance à ressembler à son père. Heureusement, c’est un garçon !

Toutes deux se sont séparées et Laura s’est approchée de sa nièce et de l’enfant.

  • Eh bien, belle réussite ce garçon. Plus de quatre kilos à la naissance, non ? Pas facile, tout de même, de le mettre au monde. Remarque, je n’ai jamais eu d’enfants moi-même, alors je n’en sais rien. Ta mère m’a dit que tu te remettais petit à petit. Tant mieux, parce que maintenant, il va falloir s’en occuper jusqu’à ses 18 ans, de l'enfant, et peut-être même après.

Sa nièce n’a rien répondu, habituée des remarques de sa tante, mais juste avant son départ, elle lui a tout de même dit.

  • Je crois qu’il ne faudra pas que je fasse appelle à toi pour le garder.

Et sa tante a répliqué.

  • Je vois que tu me connais bien. Je n’aime pas les enfants. J’ai déjà eu du mal à me supporter enfant, alors ! Allez, bon congé maternité et à bientôt. Tu diras au revoir à ton mari pour moi. Tu sais que je ne l’ai jamais beaucoup apprécié.

.

*   citation empruntée à Pierre Lemaître 

PS : prochain texte, mercredi

8 octobre 2025

L’inspecteur

 

Sa première inspection officielle avait eu lieu un mois après la rentrée scolaire, et elle enseignait depuis deux ans. Une fois le cours donné - qu’elle avait ressenti comme une torture - il y eut l’entretien. L’inspecteur, un homme d’une soixantaine d’année, lui avait dit à la fin de l’entretien.

  • Parfois, en début de carrière, vous vous direz sûrement que l’école idéale c’est celle où il n’y a pas d’élèves dans la classe. Et, en fin de carrière, vous vous direz peut-être : finalement, j’ai peut-être servi à quelque chose !

Elle l’avait regardé étonnée, en observant son visage pâle parsemé de fines rides.

  • Je vous fais sourire ? avait-il remarqué.
  • Euh, eh bien… enfin… j’espère que je tiendrai le choc.
  • Bien sûr, pourquoi n’y arriveriez-vous pas ? Si un jour vous en avez marre, vous deviendrez inspectrice, comme moi. Remarquez, si je vous dis ça, c’est parce que c’est ma dernière année de carrière. Dès le mois de juin, retraite, alors je m’autorise à gagner en légèreté. Pas facile d’avoir été celui par qui l’angoisse et le stress arrivent.

Elle n’osa pas lui répondre, mais il l’y incita par un sourire, alors elle lui dit.

  • Merci. Vous me soulagez d’un grand poids. Un peu humour et une pointe de légèreté, deux bonnes pistes pour débuter en tant qu’enseignante, c’est bien ça ?
  • Exactement, et il vaut mieux que ça arrive en début de carrière plutôt qu’en fin de carrière, comme moi. Allez, au revoir madame et, d’abord et avant tout, faites-vous confiance !

 

PS : prochain texte, dimanche prochain.

5 octobre 2025

En guerre !

En raison de la guerre entre l’Est et l’Ouest, le Président de notre respectable pays décida d’augmenter de moitié le budget de la Défense et de lancer une grande campagne d’engagement dans l’armée française.

Pour ce faire, une publicité fut mise en place et programmée de façon ininterrompue sur les écrans de télévision et dans la presse.

La voici :

Tu te demandes quel sens donner à ta vie ? Engage-toi et nous ferons le reste !

Un mois plus tard 200 000 jeunes s’étaient engagés. Deux ans plus tard, il n’en restait que 50 000, les autres avaient disparu.

Le président de ce vénérable pays n’était pas à court d’idées. Suite au nombre de décès de jeunes de 20 à 30 ans, il décida  d’organiser une grande campagne pour encourager la natalité déclinante.

Une publicité fut mise en place et programmée de façon ininterrompue sur les ondes. Celle-ci disait :

Soyez créatifs, donner un sens à votre vie et œuvrez pour votre pays. La fertilité elle aussi peut rapporter ! 

Après ces campagnes,  un journaliste d’un quotidien de gauche à faible diffusion avait écrit :

« Nombre de présidents de notre pays auraient pu bénéficier de la légion d’horreur, mais je pense que celui-ci a atteint la palme d’or !  Voici un président resté à l’âge d’or du narcissisme qui semble prendre plaisir à détruire son pays.

Etonnante campagne de natalité qu’il nous propose alors que lui-même a évité ce parcours créatif de la fertilité qui aurait pu lui rapporter !  Pauvre jeune-vieux président chez qui la créativité se limite à suivre le chemin du néo-libéralisme et de l’impérialisme ou liberté rime avec esclavage.

Je ne crois pas me tromper en disant que 60 % de nos citoyens espèrent que notre président s’engagera dans l’armée quand il quittera la présidence. Un vaillant parcourt qui le mettra en contact avec la mort. Il semblerait que notre président ait oublié que lui aussi crèvera un jour et la seule chose qu'il restera de lui ce sera  un trou creusé dans la terre et un cercueil,.»

PS : prochain texte, mercredi.

1 octobre 2025

Le vélo

Le vélo

 

Son vélo, c’était son œuvre d’art, sa respiration, son ami, sa vie. Il lui fallait le bichonner chaque semaine ; une obsession, presque.

Souvent il disait en souriant à ses amis, cyclistes eux-mêmes.

  • Je me demande si je ne préfère pas mon vélo à ma femme. Ce qui me lie et me relie à lui, c’est fusionnel !

Ses amis en riaient gentiment car eux-mêmes n’étaient pas loin de ressentir le même petit frémissement quand ils enfourchaient leur monture.

Ah, le bonheur de rouler sur les petites routes de Normandie par tous les temps, avec une chaîne bien lubrifiée, et un pédalier pour lequel il avait trouvé une graisse de montage exceptionnelle !

Après ses 4 heures de vélo chaque dimanche, c’était l’extase, ou presque, sauf quand sa compagne le rabrouait lorsqu’il salissait l’entrée de la maison.

  • Le vélo, parfait, mais pas de saletés dans la maison, d’accord ?  Sinon, tu me nettoies tout ça toi-même.
  • Quel rabat-joie tu fais !
  • Pour l’instant, le rabat-joie, c’est toi, sache-le. J’en ai marre de rabâcher !

C’est à ses cinquante ans qu’était arrivé le drame : chute dans un virage, douleurs cervico-dorsales, problèmes de hanche et traumatisme crânien léger.

Le médecin l’avait averti.

  • Vous en avez pour 4 mois sans vélo, au moins, vu la rééducation.

Sa femme, perfide avait dit au médecin.

  • Eh bien, le petit vélo, il va l’avoir dans la tête, maintenant.

Elle avait tout de même eu une idée qui avait réjoui son mari.

  • Et pourquoi ne pas  mettre un vélo sur le mur, afin que tu puisses le voir de la fenêtre de la chambre.
  • Parfait, lui avait-il dit, mais un vieux vélo, car le mien va rester au garage.  Tiens, pourquoi pas ton vieux vélo à toi ?

Elle accepta de voir son vélo comme trophée sur le mur de la cour, il y avait longtemps qu’elle ne s’en servait plus.

La vie continua ainsi, avec tout de même une brise d’amertume et un petit nuage de tristesse pour lui. Quant à elle, elle remplaça ses matinées tranquilles du dimanche, seule à la maison, par des matinées cinéma, loin de la maison ; l’évasion étant la meilleure des libertés.

 

PS : photo prêtée par Mado.

PS1 : prochain texte dimanche.  

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