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Presquevoix...
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30 janvier 2008

Une journée moche

C’est la désolation totale. Tout est gris, brun, le ciel est bas, le froid n’est même pas vif, il n’y a pas de vent qui pique, la nature est en berne, bref, c’est une journée à ne pas mettre un dépressif dehors.

Lu dans le journal que le chocolat noir est un antidépresseur. Chic, en plus du plaisir, on pourrait en manger et ceci sans devoir chercher une bonne excuse ?

Elle fouille dans son garde-manger, dans ses placards à la recherche de cette gourmandise chocolatée mais sans succès. La saveur promise l’a fait déjà saliver, donc soit elle passe au supermarché le plus proche pour acheter les plaques industrielles, soit elle va un peu plus loin jusqu’à la première pâtisserie-confiserie pour les truffes faites maison, soit elle pousse encore plus loin pour déguster dans un endroit presque charmant le chocolat maison, onctueux, riche, fort, voluptueux à souhait.

Dilemme qui n’en est pas un, donc choix difficile car sans contrainte si ce n’est celle de son propre plaisir. Finalement ce sera le chocolat chaud à l’ancienne, servi sur un petit plateau rectangulaire, dans une petite cruche blanche.

Elle verse dans le petit bol en porcelaine, blanc lui aussi, un peu de ce breuvage des dieux, le hume, en boit une gorgée, se brûle la langue et laisse ses papilles découvrir cette sensation mi-amère qui lui emplit la bouche. Elle ferme les yeux et se dit que cet instant est un petit bonheur volé à la tristesse de cette journée qui décidemment n’est pas si moche que ça !

30 janvier 2008

La Fantastrophe

J’ai entendu au théâtre des Arts un jeune pianiste brillant, David Greilsammer, qui interprétait, entre autres, une Fantastrophe de Jonathan Keren. J’avoue que je ne me souviens plus du tout de cette Fantastrophe, par contre le mot, lui, est resté… La Fantastrophe observe, selon ce même pianiste, « l’apparition simultanée de la fantaisie et de la catastrophe, du sublime et de l’effroi. »  Fantastrophe ! Quel merveilleux mot-valise ! La vie ne serait-elle pas, à elle seule, une Fantastrophe ? Et, créateurs de l’ombre que nous sommes, nous prêtons à cette Fantastrophe la force de nos mains aveugles qui pétrissent le sublime et l’effroi.

29 janvier 2008

Une femme

« On ne nait pas femme, on le devient »*. Cette phrase lui trotte dans la tête alors qu’elle dévale les escaliers. Sa robe légère danse à chaque marche, ses pieds volent sur la pierre irrégulière et sa main court le long de la balustrade en bois. Comment devient-on femme ? Comment arriver à sentir en soi cette féminité, comment en prendre conscience, comment en arriver à cet état de jouissance qui ne dépendra pas des hormones mais d’un bien-être particulier ?

Elle saute la dernière marche et atterrit souplement sur le sol encore humide de l’averse du matin, tourne au coin de la rue et progresse le long du mur qui ceint le parc Laurier. Etre une femme, une vraie, c’est ce qu’elle veut mais visiblement il n’y a pas de mode d’emploi, c’est une façon d’être qui s’apprend avec de l’expérience, petit à petit selon les circonstances de la vie lui a dit sa mère. Elle, elle n’a pas la patience d’attendre, elle est jeune et désire vivre cet état le plus vite possible, pour ne pas en perdre une miette, pour en jouir pleinement, pour en apprendre tous les rouages, pour en déguster chaque moment. Apprend-on à devenir femme avec les hommes, avec d’autres femmes, avec les deux ? Et si c’est avec les hommes, il faut bien un début, un départ, une source d’inspiration ? Les jeunes de son quartier ou de son cercle sont trop niais, pas assez matures, il lui faut des hommes, des vrais, ceux qui savent traiter une femme comme une reine. Elle en connait mais ils ne la regardent pas, alors elle a décrété que les choses allaient changer.

Elle fait une moue qu’elle juge « terrible », s’admire dans la vitrine du fleuriste, ajuste une mèche qui s’est échappée de son bandeau et repart de son pas aérien.

Ce matin, en se levant, elle a pris sa décision. Aujourd’hui sera le premier jour de ce devenir, aujourd’hui, elle a choisi son destin, elle a su qu’elle allait devenir une femme !

*Simone de Beauvoir

29 janvier 2008

L’homme au chapeau noir

sombra

Depuis le lever terne de ce jour tiède et trompeur, des nuages sombres, aux contours mal découpés, rôdaient sur la ville oppressée*.  J’arpentais les rues, l’esprit noir, le corps malade, et je suivais, comme un enfant désœuvré, le contour des motifs étranges qui ornaient les trottoirs de la ville basse.
De temps à autre, je regardais les promeneurs dont les pas suivaient les rues qui s’ouvraient sur le Tage. J’imaginais leurs bonheurs mesquins, tenus précieusement dans leur poche, la main plaquée sur le revers, afin que personne ne pût les leur voler. Mais qui aurait  eu envie de tels  bonheurs  ?
Finalement, je décidai de  m’asseoir à la terrasse du café de l’Arcade. Je n’arrivais pas à détacher mes yeux des silhouettes anonymes… toutes ces ombres que je connaissais par coeur, pour les avoir croisées chaque jour depuis 10 ans à la même heure. C’est au moment où j’aperçus le tramway numéro 28 que je vis l’homme au chapeau noir… une ombre dégingandée, différente des autres ; et sans réfléchir, je me levai et lui emboîtai le pas. Il marchait vite, le dos légèrement courbé. Ses enjambées faisaient le double des miennes. J’avais hâte de toucher son désespoir visible à l’œil nu, hâte de me repaître de son malheur, hâte de constater que son découragement devait être aussi grand que le mien, sinon plus.
J’avançais sans faiblir,  les mains fébriles prêtes à caresser ce malheur qui allait éclore devant moi. J’allais peut-être même recueillir les larmes de l'homme et mes mains pourraient former un petit puits où il logerait sa douleur. Mais soudain il s’arrêta ; je fis de même et j’attendis. Il semblait fixer une silhouette qui arrivait en courant, c’était une femme ! Je vis ses bras s’écarter, grands comme des ailes de cormoran, la femme était de plus en plus proche et ses bras restaient ouverts, il n’allait tout de même pas… je n’avais pas pu me tromper à ce point, ce n’était pas pensable… je fermai les yeux avant l’irréparable. Quand je les rouvris, leurs bouches étaient encore unies. L’espace d’un instant, je ne sus que faire. Je crois que j’ai lancé un juron assez fort pour être entendu et que je suis parti en courant.

* phrase extraite du livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa
Photo vue sur le blog
http://www.athanazio.pro.br/index.php/2006/08/

28 janvier 2008

Miroir dis-moi comment je vieillis.

Elle caresse son visage, contourne ses yeux avec son index, palpe ses joues, souligne ses sourcils, tapote les poches qu’elle a depuis des années et qui lui donnent un air de fatigue continue. Elle cherche, face au miroir, les ravages du temps, les rides supplémentaires, les sillons qui marquent immanquablement les années qui passent.

Ce matin, en montant dans le bus, un homme plus âgé qu’elle, s’est levé et lui a offert son siège. Encore un ! Depuis quelques mois, cela devient courant et cela l’interpelle. Comment doit-elle interpréter cela ? Comme une marque de courtoisie, un geste chevaleresque ? Oui sûrement…du moins elle veut y croire.

Vieillir est naturel se dit-elle en se déshabillant pour avoir une idée précise de ce corps qui subit lui aussi les ravages du temps. Nue devant son reflet, elle s’épie, s’ausculte et cherche la chair molle et tombante. Elle a toujours de beaux seins, une taille qui s’est épaissie avec la ménopause, des hanches étroites et toujours ses belles et longues jambes. L’examen la rassure, elle est une belle vieille à la carrosserie correcte car bien entretenue. Bon, la mécanique mériterait bien quelques changements de pièces détachées comme ce genou qui l’empêche de pratiquer son sport favori- Elle ne se résout pas encore à troquer le tennis contre le taïchi ou le yoga mais cela ne saurait tarder. Faudra-t-il aussi qu’elle troque les soirées entre copines pour le club de tricot ou de points de croix ?

Comme ces idées la font frissonner, elle se rhabille et part se promener en compagnie de son chien. Au moins, avec lui elle ne se pose pas de questions...

28 janvier 2008

J’ai envie de dire…

"On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire, mais parce qu’on a envie de dire quelque chose". Cioran, ébauche de vertige
Oui, c’est bien ça, ai-je autre chose à dire que mon envie de dire qui, de toutes les façons, ne dira parfois rien aux autres si ce n’est à ceux qui auraient pu penser la même chose que moi en le formulant différemment ou, à ceux qui auraient pu avoir envie de le dire mais ne trouvaient pas les mots car toutes les pièces du puzzle n’étaient pas encore en place.

J'écris parce que j'ai envie de dire...

27 janvier 2008

Pour ou contre la réincarnation ?

Je suis contre, résolument ! Vous vous demanderez peut-être pourquoi ? Eh bien parce que je ne souhaiterais à personne de se réincarner en « chien de ma belle-mère » !

26 janvier 2008

Une recette miracle ?

« Quant les femmes aimeront les hommes »*, lit-elle sur la couverture d’un bouquin qu’elle aperçoit parmi d’autres. Elle s’en saisit, le retourne, en dévore le résumé et alléchée par celui-ci se dirige vers la caisse. Sitôt sortie, elle hume l’air printanier, hésite pour finalement se diriger vers le parc La Fontaine. Elle avise un banc libre près de l’étang, pose son lourd sac à côté d’elle, en sort le livre et le place sur ses genoux.

« Est-ce que j’aime les hommes ? se demande-elle. Et quel style d’hommes ? Les tendres sans défenses, les mal-aimés, les sans-atouts, les passifs, les prédateurs, les indécis, les machos en berne, les romantiques, les virils, les décideurs ? » Elle observe les passants, cherche des représentants mâles et essaie de les évaluer ou de les catégoriser. Le problème, c’est que par ce bel après-midi, il n’y a que des retraités qui déambulent, donc pas vraiment représentatifs. Elle pense à ses collègues, aux maris de ses amies, aux mecs qui ont surfés dans sa vie, même à ses amours de petite fille. Elle en arrive rapidement à la conclusion que oui, elle aime les hommes. Le problème, c’est quel genre d’homme et comment en attraper et en garder un ? Une recette miracle ferait bien son affaire…qui sait, elle la trouvera peut-être dans sa lecture, alors autant s’y plonger sans attendre !

*Odile Lamourère, les Editons de l’Homme.

26 janvier 2008

Méfiez-vous des mains.

Il avait des mains de brute ; des mains d’assassin.
Quand elle s’était assise devant lui, la première fois, elle avait voulu partir mais elle n’avait pas osé ; alors elle avait détourné son regard de ses mains pendant tout son trajet en métro de Châtelet  à Montparnasse. Maintenant il était assis à côté d’elle, dans cette salle de cinéma ; elle l’avait reconnue à ses mains. Pourquoi avait-il choisi de s’asseoir là, alors que le cinéma était presque vide ? Elle aurait dû se déplacer, aller ailleurs, mais elle n’avait pas pu, sans doute à cause de la main puissante de l’homme, posée là, sur l’accoudoir.
Après le film, quand elle l’avait vu derrière elle, dans le miroir des toilettes, elle aurait dû crier, mais il était trop tard, il venait de lui plaquer une main sur la bouche, l’autre lui tordait le bras droit et il lui conseillait de faire ce qu’il lui demandait, sans broncher, sinon…
Dix minutes plus tard, quand elle sortit des toilettes, le visage tuméfié, elle ne croisa personne. Elle marcha longtemps sur les trottoirs, aveugle et sourde à ce qui l’entourait. Un rideau de nuit était tombé devant ses yeux et son âme hurlait sa souffrance.

25 janvier 2008

Le pouvoir des mots

( dialogue authentique, raconté par une amie)

- Allez maman, tu reprendras bien un petit apéritif ?
- Non, non je te dis, je  vais être saoule !
- Mais maman, je t'ai déjà dit que c’était un apéritif sans alcool !
- Peut-être, mais c’est quand même un apéritif !

Cette histoire ne serait-elle pas l’illustration parfaite de l’implacable pouvoir des mots : prendre un "apéritif", pourtant sans alcool, c’est déjà s’enivrer… !

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