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Presquevoix...
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30 novembre 2025

Le livre

 

Notre « valeureux » ex-président Nicolas Sarkozy va sortir un livre qui s’intitulera « Le journal d’un prisonnier ». Ma parole, cet homme « pisse » comme il écrit !

Il est vrai que M. Sarkozy a certainement un « nègre », je veux dire un prête plume, car il y a bien longtemps que ce pauvre homme n’écrit plus, plongé jusqu’au cou dans l’enflure de ses mensonges et de ses passages au tribunal, mais ce ne sont pas les seules raisons. Lors de sa présidence, nous nous étions aperçus qu’il avait un nombre de mots extrêmement limité – 1000 peut-être, un précurseur de Trump ! – où le JE et le MOI prédominaient.

Mon petit doigt me dit que M. Sarkozy offrira son prochain livre aux trois détenus qui lui ont réservé un accueil en fanfare lors de son arrivée en prison, détenus auxquels il fera une dédicace qui pourrait être : « il y a ceux qui partent de prison aussi vite qu’ils sont arrivés, puis il y a les autres, ceux qui ne peuvent qu’y rester... C’est à vous que je dédie ce livre ! ».

En voilà un, qui sait, grâce à la justice, que le palais de l’Elysée - ou de  « l’Enlisé « ? - lui est définitivement fermé.

Ce n’est pas le cas de monsieur Hollande qui, après une réflexion d’une profondeur abyssale, a estimé : "Je ne suis pas indifférent à 2027". Cet homme au cœur du troisième âge  ne devrait-il pourtant pas se draper dans son intérieur plutôt que de se mettre ainsi à nu ?  

PS : prochain texte, mercredi.

27 novembre 2025

Le narco trafiquant (suite et fin)

 

Le soir même il l’appelait à l’hôtel : rendez-vous le lendemain matin au De bon’heur  pour un brunch avec un frérot, avait-il dit. Un brunch a-t-elle pensé ? Comme c’est étrange.

Elle a passé une nuit exécrable avec des narco trafiquants plein ses rêves, quelques Kalachnikov, et une personne blessée par un flingue dans un café, elle. C’est à ce moment là qu’elle s’est réveillée. Il était 7 heures.

Elle a ouvert les rideaux, un ciel bleu et une vue merveilleuse sur le port de Marseille. Le bonheur était là. Que demandait-elle de plus ?

Soudain son téléphone a sonné. Une voix inconnue lui a dit.

  • Changement de local, on va plus au bon’heur, mais même heure au TVB café, c’est calme, ya de l’espace, on y sera avant vous, et la voix a raccroché.

Fini le bonheur a-t-elle pensé en souriant. Elle a regardé l’adresse sur internet et a remarqué que le TVB café était bien plus classe que l’autre.

Deux heures plus tard, une fois à l’intérieur du café, elle s’est aperçue que le type du train était assis à une table près de la fenêtre avec quelqu’un d’un peu plus jeune que lui. Elle s’est dirigée vers eux. Pas de présentation, rien que des faits, juste des faits. Il lui a tout de suite montré une photo.

  • Voilà le bâtard, un mec de droite. Tu le connais j’imagine ?
  • Euh oui, mais, ça n'a pas l’air d’être son genre.

L’autre type l’a regardé l’air moqueur. Un visage dur, émacié, une peau blanche, et une cicatrice sous l’œil droit.

  • Ya pas de genre pour les bâtards. On aura sa peau. C’est tout.
  • Il est accusé de quoi ? a-t-elle demandé.

Le type du train a répondu.

  • Wallah, il se fait du fric sur notre dos, et je jure que c’est vrai Ya des limites à la bienséance, comme ils disent, chez les bourges !
  • Qu’est-ce que je dois faire ?
  • On te donne les informations, tu vois les vidéos – et il y en a beaucoup – tu écris ton article et tu diffuses. C’est tout.
  • Et si mon journal ne veut pas ?
  • Tu passes par d’autres journaux. Tu connais ça mieux que moi, non ?
  • Et moi, je risque quoi ?
  • Juste la gloire. Enfin, il faut aussi que tu la fermes si on t’interroge. De toute façon, Ils auront pas besoin de t’interroger, Une enquête et le mec est au trou. Fini la politique pour lui.

Elle a accepté. L’article est sorti une semaine plus tard sur un grand  quotidien, repris par le canard déchaîné avec un titre moqueur : « La droite ou je coke donc je suis  ». Deux jours plus tard le député était interviewé au journal de 20 heures, l’œil larmoyant ; mais un mois plus tard, l’enquête progressait à grande allure. Le trafic de drogue ne pardonne pas.

Quant à elle, devenue journaliste émérite, elle n’a plus eu aucune nouvelle de l’homme du TGV Paris Marseille. Sauf, trois ans plus tard, au café de flore où elle s’était arrêtée pour le plaisir de rêver en terrasse. Il était assis à côté d’une très jolie femme. Il lui a fait un signe et s’est déplacé vers elle.

  • On se connait je crois.
  • Oui TGV Paris Marseille. Je dois vous remercier d’ailleurs.
  • Moi aussi, un taulard chez les députés, c’est rare, non ?
  • Toujours la même carrière pour vous ?
  • Oui, mais j’ai monté en grade.
  • Bravo. Vous avez une bien jolie compagne.
  • Une amie, plutôt… Je vous laisse car elle m’attend. Au fait, vous voyez, je vous avais pas menti en disant que vous  aussi vous monteriez en grade.
  • C’est vrai. Inattendu, effectivement. Il faut dire que je me défonce… au travail, bien sûr !

Elle l’a regardé s’asseoir à la table de son amie et s’est immédiatement dit qu’elle la connaissait, mais oui, elle avait vu cette superbe jeune-femme dans un film, mais lequel ? Cette actrice savait-elle qui il était ?

 

PS : prochain texte, dimanche.

23 novembre 2025

Le narco trafiquant

 

Il était narco trafiquant à Marseille et elle l’avait rencontré – tout aussi improbable que cela paraisse – dans le TGV ; il avait la place à côté de la sienne, en première classe. Qu’est-ce qui l’avait intéressé en elle ?  Peut-être son physique - joli visage, teint mat et cheveux noirs et bouclés – mais surtout le fait qu’elle soit journaliste. Dans la conversation qui avait été la leur, elle se souvenait particulièrement de ce passage étonnant.

  • Vous allez à Marseille pour votre travail de journaliste ?
  • Entre autres.
  • Ça a à voir avec le narco trafic ?
  • Un peu.
  • Je m’en doutais.
  • Vous connaissez ?
  • Là-dedans, je suis un peu comme un poisson dans l’eau, si je puis dire. Vous avez entendu le discours de Macron quand il a dit « On ne peut pas déplorer d'un côté les morts et de l'autre, continuer à consommer le soir en rentrant du travail. » Et puis il a ajouté « « C'est parfois les bourgeois des centres-villes qui alimentent ce trafic" ! Un truc de ouf, non ?  Il doit parler de lui le bouffon ! Question coke il doit s’y connaître, on dit qu’il dort 4 heures par nuit.
  • Quand jel’entends j’ai l’seum. Pas vous ?
  • Euh, le seum ?
  • La rage quoi ! Vous avez pas la rage quand vous l’entendez ce narcissique ?
  • A vrai dire…
  • Allez vous pouvez le dire, je vais pas vous shooter.
  • Me schooter ?
  • Ben vous trouer la peau quoi ?
  • Merci, c’est gentil de me rassurer. Dites-moi, je peux vous poser une question ?
  • Allez-y, si je peux, je vous réponds.
  • Vous dites que dans le narco vous êtes comme un poisson dans l’eau, ça veut dire quoi exactement ?
  • Je suis plutôt dans le haut de gamme, quoi ! 
  • Le haut de gamme de la haute couture narco ?
  • Ah ah ah, vous êtes drôle, vous.
  • Vous voyez, je voyage en première, comme vous, alors….
  • Alors quoi ?
  • On peut dire que je suis cadre supérieur dans le narco trafic. Je suis pas dans les basses œuvres, quoi, plutôt maître d’œuvre. Je pilote, je conçois, j’organise. J’ai trente-cinq ans, un BTS de comptabilité, et mon cerveau travaille. Alors j’ai grimpé dans la profession sans passer par France travail.
  • C’est drôle, on croirait que vous répondez à un entretien d’embauche !
  • Ouais, mais moi le boulot je l’ai déjà et mieux payé que le vôtre, c’est certain !
  • C’est vrai, moi j’ai fait une école de journalisme à Lille et j’ai 2000 euros par mois. Si je suis en première classe, c’est qu’il n’y avait pas de place ailleurs et que la boîte a payé.
  • Faut changer de métier alors. Je vais pas dire que je vous embauche, hein ? C’est pas que vous avez pas le profil, mais bon, monter dans la profession, c’est dur et c’est pas pour les femmes. Vous vous défoncez ?
  • Euh non, pas du tout.
  • Je voulais dire sur vos enquêtes de journaliste, vous vous défoncez ?
  • Euh, ça oui, enfin j’essaie. Vous avez un filon à me donner ?
  • Ouais, de la dynamite. Un truc sur un homme politique, un type important. Ça vous intéresse ?
  • Pourquoi pas ?
  • Alors donnez-moi votre numéro de téléphone et on prendra rendez-vous demain dans un lieu précis. Vous avez peur ?
  • Non, non, mais…
  • On va pas te kalasher, t’inquiète pas. Enfin je veux dire on va pas vous tuer. Et ça va être l’article de votre vie. Après, vous pourrez monter dans la profession.
  • Ah ouais ? Il faut juste que je vous crois, c’est tout, et c’est pas si simple. Après, je sais pas si je suis capable de gérer une affaire comme ça.  Je risque d’avoir tout le monde aux fesses. Vous voyez ce que je veux dire. On va aussi me demander de qui je tiens mes renseignements.
  • C’est pas votre problème ça. Non seulement vous connaissez pas mon nom, mais en haut, ils sont d’accord. Alors, votre numéro ?
  • Et pourquoi ils sont d’accord en haut ?
  • Parce qu’il nous bât les couilles ce bâtard qu'on veut dézinguer !

Et elle lui avait donné son numéro. A la gare Saint Charles, le type lui avait dit au revoir en souriant bizarrement et elle était restée seule au cœur de la foule. Maintenant, qu’est-ce qui allait lui arriver ?

 

PS : prochain texte, jeudi.

 

20 novembre 2025

Voyage

 

Moi, avec l’écriture d’un texte court – lui avait dit son amie -  je fais du n’importe quoi bien calculé. Je pars d’un point A, situé dans le vestiaire des mots, puis je navigue dans la brume des phrases pour arriver à un point B que j’ai imaginé lors du voyage. Comprenne qui pourra, mais ce voyage à l’intérieur de moi est on ne peut plus fascinant.

Lorsque son amie a eu fini de parler, elle ne lui a posé aucune question, mais elle s’est dit qu’elle allait commencer à écrire pour, elle aussi, faire ce voyager intérieur...

 

PS : prochain texte, dimanche.

17 novembre 2025

Constipation

 

Il disait être atteint de constipation psychique et avait pris rendez-vous chez le médecin qui lui avait dit.

  • Moi monsieur, je ne traite que la constipation qui concerne le tube digestif. De ce côté-là, ça va ?
  • Oui, très bien.
  • Donc s’il s’agit du psychique je vous conseille d’aller voir un psychologue. Si vous souhaitez une adresse, j’en ai une : Monsieur Personne, 78 rue des emmurés. Voici son numéro de téléphone.
  • Vous avez déjà eu affaire à lui ?
  • C’est un ami.

Il avait donc pris rendez-vous pour la semaine suivante.

La maison de M. Personne se situait au fond d’un jardin, et on y avait accès sous un tunnel de verdure. Le premier rendez-vous – et l’unique - fut éprouvant. A un moment donné, le psychologue lui dit.

  • Votre constipation psychique – comme vous l’appelez – n’es pas une maladie héréditaire, mais bon, parfois les selles du cerveau sont encore plus résistantes que les autres, et le seul médicament, c’est la parole. Vous êtes prêt ?
  • A quoi ?
  • A parler bien sûr, parce que votre seul libérateur, c’est vous et les mots que vous allez énoncer dans mon cabinet.
  • Et je dois payer soixante euros pour parler une demi-heure ?
  • Exactement, c’est le tarif.
  • Ce n’est pas donné !
  • Ce n’est pas donné mais ça vaut la peine. Un peu de diarrhée verbale afin de soulager les selles de votre conscience, cela permet un peu de légèreté, dit le psychologue en souriant.
  • Vous vous trouvez drôle ?
  • Je ne suis pas payé pour ça, mais un pas de côté, parfois, ça évite d’avoir l’air constipé.
  • Vous voulez dire que j’ai l’air constipé, c’est ça ?

Monsieur Personne ne dit plus rien, il observa son client deux minutes durant et conclut par la phrase suivante.

  • L’homme vit souvent d’illusions et se nourrit de peur. Si vous n’êtes pas prêt, pas de problème. Masi attention, en gardant ses mots au vestiaire on risque parfois l’occlusion cérébrale !

Quand il sortit de chez le psychologue, il s’arrêta au café du coin pour boire un calva. La serveuse lui demanda.

  • Un calva ? vous êtes sûr ?
  • Oui, pourquoi ?
  • Vous n’avez pas la tête d’un buveur de calva.
  • Et j’ai une tête de quoi alors ?
  • Euh, je ne sais pas. Enfin si, peut-être une tête de prof,
  • Eh bien vous avez raison. J’ai une tête de prof de maths, mais de prof de maths qui boit du calva !

La serveuse partit et lui resta installé au comptoir avec  son cerveau  terne et déprimé qui lui tenait compagnie. Le calva allait-il suffire ?

 

PS : prochain texte, jeudi.

14 novembre 2025

L’annonce

 

En entrant dans la librairie, elle lut sur la porte cette étrange annonce.

« En raison de la chute de la vente de romans, des autrices et auteurs -  sans abri pour l’hiver - cherchent des chambres ou bureaux pour écrire et dormir. En échange vous bénéficierez, de temps à autre, de la lecture gratuite de passages de leur roman à venir. Ils vous seront reconnaissants de manifester ainsi l’amour des livres qui est le vôtre.

Pour tout contact, adressez-vous au personnel de la librairie »

Tiens, se dit-elle, pourquoi pas ? Le bureau du premier étage pourrait parfaitement servir à cet effet. Restait le problème de la cuisine ? Que faire si l’autrice ou l’auteur voulait manger car, se disait-elle, il est évident que l’écriture ne suffit pas à nourrir sa femme ou son homme…

 

PS : texte inspiré par cette BD drôle et intelligente :  la revanche des bibliothécaire, de Tom Gauld.

PS1 : prochain texte, lundi.

11 novembre 2025

Le sommeil des neiges

Le sommeil des neiges

 

Le passé ne meurt jamais. Après 15 ans d’une vie presque tranquille, le grand chambardement arrivait. Savoir que sa demi-soeur était en France, qu’elle vivait peut-être non loin de chez lui, et qu’un jour - qui sait ? - elle pourrait sonner à sa porte, tout ça le bouleversait.

Une semaine après l’avoir rencontrée par hasard, il s’était fait passer pour malade aux urgences de l’hôpital Saint Anne. Il avait simplement dit au psychiatre qui l’avait reçu.

  • Si vous ne m’acceptez pas tout de suite, je vais tuer ma demi-sœur. Je croyais qu’elle était partie loin, morte peut-être, et je la vois réapparaitre sur le boulevard St Germain, toujours avec le même sourire insupportable. Pour moi, ma sœur, c’est comme le sommeil des neiges.

Le psychiatre avait dit.

  • Le sommeil des neiges ?
  • Oui, elle arrive avec sa blancheur immaculée, et elle veut me faire entrer dans un profond sommeil, comme elle l’a fait avec notre mère.
  • C’est à dire ?
  • Elle veut me faire disparaître ! avait-il répété en hurlant, avant l’arrivée de deux infirmiers qui l’avaient immédiatement calmé avec force sédatifs.

Lui qui pensait avoir complètement raté sa carrière d’acteur avec des sous-rôles sur toutes les petites scènes de Paris et de province, il s’était dit qu’à Sainte Anne, il avait enfin joué un grand rôle.

Installé dans une petite chambre de l’unité 3, il allait enfin pouvoir réfléchir à ce qu’il y avait sous cette neige qu’il n’avait jamais grattée. Pourquoi sa demi-sœur réapparaissait-elle alors que tout de même, elle savait qu’il savait qu’elle avait fait disparaître leur mère quinze ans plus tôt ? Qu’est-ce qu’elle apportait comme cadeau dans la valise malade de son cerveau ?

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

8 novembre 2025

Déplacement

 

C’est bizarre tout de même - se disait-elle souvent - j’ai l’impression que « je me suis déplacée de moi »*

Le paysage vu d’en haut avait une tout autre allure. C’était comme si elle avait fumé du hash, sauf qu’elle n’en fumait plus depuis bien longtemps.

Le moi était là, certes, mais il volait ; un moi-oiseau qui observait le monde par intermittence. Lors des conversations, elle avait l’impression de peindre l’aquarelle des visages qui l’entouraient, mais elle oubliait les pleins et les déliés des mots.  La sensation était plutôt agréable, sauf lorsqu’on lui posait des questions. Là, elle se perdait, prenait un air rêveur, commençait une phrase, ne la terminait pas, créait comme des draps blancs où elle laissait flotter les mots et les idées.

Les autres souriaient, l’oubliaient un peu et, ensuite, elle remontait à bord de la barque du quotidien qui serpentait sur une rivière aux tons gris.

Une chose l’inquiétait tout de même : et si ce déplacement la conduisait à l’exil ?

 

* citation  de Mado

PS : prochain texte, mardi.

4 novembre 2025

Vous avez dit paradis ?

 

Il voulait que la France le reconnaisse et la seule solution qu’il avait trouvée fut de se faire exploser avec une bombe à la Concorde ; ça avait marché. Il était passé de vie à trépas et es journaux avaient parlé de lui cinq jours durant.

Hélas, il avait été refusé au paradis. Saint Pierre lui avait dit.

  •  Vous avez une carte d’invitation ? Non ? Alors, ce n’est pas la bonne heure, et sans bonne heure, pas de bonheur Allez en salle d’attente, il y a encore des sièges.

Vivant, il lui aurait répondu « Connard !», mais il avait pensé à sa grand-mère qui, en bonne catholique pratiquante, lui avait fait les louanges de Saint Pierre, cet apôtre juste et bon.

Dépité, il était allé s’asseoir en salle d’attente et s’était rendu compte que l’au-delà était à l’image de la vie sur terre :  sans carnet d’adresses, des listes d’attente qui n’en finissaient pas de s’étendre.

 

PS : prochain texte, samedi.

1 novembre 2025

Le fat

 

Elle l’avait rencontré dans un café du quartier latin, après son cours de philo à la Sorbonne. Elle griffonnait quelques phrases sur son carnet  et lui – un homme d’une quarantaine d’année - utilisait son portable en véritable addicte. Après avoir engagé la conversation, comme souvent elle le faisait dans les cafés afin de passer de l’écrit à l’oral, puis ensuite griffonner l’oral dans ses écrits.

 Au bout d’une heure de monologue ininterrompu où il s’était présenté comme écrivain-philosophe, elle l’avait trouvé fat. Une belle prestance, une éloquence indéniable, mais dans cet esprit, qu’il jugeait « éclairé », la crétinerie gagnait un terrain certain.

Elle finit par lui dire.

  • Vous pouvez me rappeler l’étymologie de philosophie ?
  • Comment, vous ne le savez pas ? Eh bien, c’est un mot composé de « φιλέω / philéô, « aimer », et de σοφία / sophía, « sagesse, savoir », signifiant littéralement « amour du savoir » et communément « amour de la sagesse », c’ est une démarche qui vise à la compréhension du monde et de la vie par une réflexion rationnelle ... »
  • Eh bien !
  • Eh bien quoi, mademoiselle ?
  • Eh bien chez vous je ne vois aucune sagesse mais de la vanité, tout simplement.

Elle se leva et avant de le quitter, elle lui dit.

  • Merci de me payer ma boisson car j’ai passé une heure à vous écouter. Cela le vaut bien, non ?

 

PS : prochain texte, mardi.

 

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