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Presquevoix...
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29 mai 2025

La gifle du président

 

Quelle est la distance exacte entre la réalité et la comédie de la vie ? s’était-elle dit avant que l’avion n’atterrisse à Hanoï.

Elle arrivait au soir de sa vie, lui à la moitié de la sienne, et leur couple déclinait aussi vite que la France où son époux « régnait » depuis maintenant 8 ans.

 N’ayant aucun humour et sentant en elle la colère gronder, elle opta – malgré la présence des médias - pour la gifle décontractée, juste avant leur descente de l’avion.

Ensuite, cérémonie oblige, ils descendirent les marches en souriant. De bien piètres comédiens pour un bien piètre royaume, mais une fin de règne est souvent une souffrance.

Le soir même, dans l’intimité de leur chambre « royale », ils choisirent le grand La Fontaine pour créer leur dialogue nocturne. Voici leur joute verbale entendue à travers les murs de leur chambre, et les citations de la Fontaine sont entre guillemets :

 

Elle : « Un sot plein de savoir est plus sot qu’un autre homme ! ».

Lui : « Propos, conseil, enseignement, rien ne change un tempérament », sachez le madame.

Elle : « Se croire un personnage est fort commun en France », vous êtes d’une vulgarité !

Lui : « La vieillesse est impitoyable », madame, je l’observe en vous écoutant.

Elle :  Peut-être, mais  « C’est double plaisir de tromper le trompeur. »

Lui : Mais qui ai-je trompé madame ? Vous ou la France ?

Elle : Fourbe !

Lui : Madame, « La dispute est d’un grand secours, sans elle on dormirait toujours. »

Elle : Dormons alors Monsieur, mais je sais que vous ne le pourrez point car vous êtes insomniaque.  Et, pour l’amour de dieu, cessez d’accuser « toujours les miroirs d’être faux ».

Lui : Sachez que je vous plains. Quant aux miroirs, c'est vous qui les craignez madame. Le grand âge vous effraie plus que ne m’effraie la France qui me hait. Allez, dormez madame, que la nuit vous apaise.

Elle : Rien de plus  ne vous dirai, monsieur,  mais je n’en pense pas moins. Bonne nuit .

 

PS : prochain texte, lundi.

 

26 mai 2025

La bonne place

 

Elle avait dit qu’elle voulait une place au soleil, pas à l’ombre, et surtout pas à côté de son ancien voisin, Monsieur Raybou, ce fieffé menteur, catholique pratiquant, pour qui la vérité est un mensonge et le mensonge une vérité. L’employé de la mairie ouvrit le dossier cimetière et lui demanda.

 

  • Et quand allez-vous mourir ?
  • Comment voulez-vous que je le sache. Vous le savez, vous ?
  • Non, bien sûr. En général on est toujours surpris du jour de sa mort.
  • Je ne vous le fais pas dire. Même mon mari qui croyait tout savoir ne l’a pas su et il en a été le premier surpris. Pauvre homme, 50 ans ! Vous me direz, ça m’a permis de vivre quelques bonnes années que je n’aurai pas pu vivre avec lui !

 

L’employé continuait à tourner les pages de son grand dossier et il n’en finissait pas.

 

  • Asseyez-vous lui dit-il car j’en ai bien pour une heure.
  • Très bien, prenez votre temps, je fais mes mots croisés.

 

Le silence régnait dans le bureau. Finalement, l’employé arrêta sa recherche et lui dit.

 

  • Excusez-moi notre cimetière est un peu « dérangé » ou plutôt, « agité », nous avons eu beaucoup d’enterrements ces derniers temps. Mais voilà. J’ai trouvé. Il y a une tombe disponible plein sud, loin de monsieur Raybou et près de madame Combes.
  • Va pour Madame Combes. Une femme agréable avec laquelle des conversations peuvent se tenir. Notez-moi donc.
  • Votre nom ?
  • Lucie Cueille.
  • Auriez-vous votre carte d’identité.

 

Elle la lui tendit et reprit ses mots croisés.

 

  • Tout est en ordre, dit l’employé. Il ne manque que la signature du maire. Une fois que nous l’aurons, nous prendrons contact avec vous.

 

Une fois sortie de la mairie, elle respira profondément. Solange Combes serait une voisine merveilleuse. Elle se souvint qu’elles étaient allées à l’école primaire ensemble et qu’elle était même sa voisine de classe au CM2. N’est-ce pas extraordinaire de se retrouver voisines après tant d’années ?

 

PS : prochain texte, jeudi.

 

 

20 mai 2025

Faire plaisir

 

En voulant faire plaisir, on se fait parfois du mal. On devrait toujours avoir ça en tête avant de faire plaisir. Par exemple moi, ou plutôt non, je suis un mauvais exemple, pourtant c’est quand même plus facile de parler de soi que de parler des autres. Donc moi, souvent, je veux faire plaisir. Dans mes rêves les plus fous, je m’imagine même sonnant chez le gens et disant : « Bonjour, je suis la Représentante du bonheur sur terre, qu’est-ce qui vous ferait plaisir aujourd’hui ? »

Dans mon dernier rêve, j’allais chez mon voisin, pas mon vrai voisin, mais un voisin qui n’existe pas. Mon vrai voisin, lui, est très différent de mon voisin du rêve qui, à soixante ans et en casquette à carreaux, n’a jamais dû faire fantasmer quiconque, pas même sa femme !

Donc, j’allais chez mon voisin du rêve – un homme grand, mince, d’une quarantaine d’années, aux yeux verts, à la peau brune  –  et je lui posais cette question : « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir aujourd’hui ? » Alors il me répondait avec une franchise d’une brutalité renversante : « VOUS ! ».  Oui, moi, il me voulait moi, pour lui tout seul. Dans mon rêve, je rougissais très fort, mais je n’ai pas entendu ma réponse car je me suis réveillée juste à ce moment-là.

Bien sûr, je n’en ai pas parlé à mon mari au petit déjeuner, je préfère ne pas l’inquiéter avec mes rêves. J’ai avalé mon café, songeuse, et je me suis demandée toute la journée ce que j’aurais répondu à mon voisin si je ne m’étais pas réveillée…

PS : prochain texte, lundi.

 

 

17 mai 2025

La plante

 

Il était en train de faire son sudoku du samedi matin quand sa femme entra dans le salon, la larme à l’œil.

  • Ma plante pleure !
  • Normal, tu l’engueules tout le temps.
  • Je ne l’engueule pas, je lui dis de fleurir plus vite.
  • Pareil ! Tu fais la même chose avec ton fils, d’ailleurs.
  • Arrête de jouer au psychologue s’il-te-plait.
  • Mais j’en suis un !
  • Peut-être, mais à la maison tu es toi, ça suffit amplement.

Et elle repartit pour arroser sa plante. Il sourit et se dit que décidément, avec elle, c’était ou tout l’un ou tout l’autre.

 

PS : prochain texte, mardi.

14 mai 2025

L’accord mineur

 

Comme sa nouvelle conquête était musicien à l’orchestre de Paris, elle avait tenu à lui dire, d’entrée, que ses orgasmes se faisaient en ré mineur. Et elle avait ajouté.

  • Ça ne vous gêne pas ?

Lui, bon enfant avait répondu.

  • Non, ça ne me gêne pas si vous êtes majeure

Elle avait souri avant de répliquer.

  • Quel humour que le vôtre. Moi, hélas, je ne fais rire personne.
  • Quelle tristesse. Même pas vous-même ?
  • Non, je n’ose pas, de peur justement de ne pas me faire rire.

Il était resté silencieux, penché sur son violoncelle, et il lui avait confié qu’il allait jouer  pour elle une création de deux minutes intitulée « névrose ».   

A la fin du morceau, elle pleurait à chaudes larmes. Une fois la rivière apaisée, elle conclut.

  • Merci, vraiment, une très belle névrose que celle-ci. Et si nous passions à l’orgasme en ré mineur, mais sans violoncelle, d’accord ?

Il la regarda, ému, plaça son violoncelle sur le sol et dit.

  • D’accord pour l’orgasme en ré mineur. Mais déshabillons-nous d’abord et regardons lentement le ciel de nos corps avant que nos instruments s’accordent.

 

PS : prochain texte, samedi.

 

 

11 mai 2025

L'EGLISE

 

 

Elle entre dans cette église par hasard, enfin pas vraiment, elle veut apaiser ce cœur où la mort scande d’étranges battements. Elle s’assied sur une chaise au premier rang. L’église semble déserte.

Soudain, elle entend un coup de révolver loin derrière elle et quelqu’un chuchote à son oreille.

  • Veux-tu quitter le sacrifice pour descendre dans ton abyme ?
  • Non, hurle-telle, Non !

Devant elle, sur l’autel, elle aperçoit un jeune curé qui la regarde fixement. Une fois devant elle, il lui dit.

  • C’est la vie, ça va passer. Si vous voulez désintoxiquer votre âme, je peux vous recevoir tout de suite au confessionnal. Vous avez sans doute quelque chose à purifier sur l’autel sacré de votre âme.

Elle le regarde, hébétée, et finit par articuler.

  • Vous n’avez pas entendu ce coup de revolver ?
  • Si, mais aucun problème, ce n’est que Dieu qui s’énerve parce que les fidèles de cette église le quittent. Ce coup de revolver a lieu une fois par jour, à 17 heures exactement.
  • Vous plaisantez ?
  • Non madame. Venez donc avec moi au confessionnal, cela vous apaisera.

Elle finit par lui sourire. Elle observe ses yeux d’un bleu profond, son visage rond et juvénile puis elle lui avoue.

  • Je n’ai créé qu’une chose de bien dans ma vie, mon fils.
  • Suivez-moi au confessionnal madame. Là-bas, vous pourrez vous confier.

Elle chemine derrière lui, le cœur soudain plus léger et, une fois agenouillée, elle lui raconte une heure durant ses dix dernières années.

  • Voilà, j’ai fini, conclue-t-elle.
  • Voulez-vous recommencer ? Ça me ferait plaisir.
  • Mais pourquoi ?
  • Parce qu’il y a tellement peu de fidèles que je m’ennuie. Par ailleurs, vous observerez que la deuxième fois où vous raconterez votre histoire, vous ne direz pas la même chose, enfin pas tout à fait. Et ça, ça en dit long.

Ne souhaitant pas abandonner ce jeune curé inexpérimenté et solitaire, elle répète son histoire et constate qu’effectivement, la première fois elle avait oublié un détail important de sa vie qui se résume à ces quelques mots : j’ai tué mon fils.

Le curé reste un instant silencieux et finit par lui dire.

  • Et que ressentez-vous ?
  • Je suis soulagée de vous l’avoir dit. Il vaut mieux parfois que les enfants disparaissent plutôt que de les voir souffrir.

Après être sorti du confessionnal, le curé la regarde droit dans les yeux et lui dit.

  • Au revoir Madame Dupré.
  • Vous me connaissez ?
  • Oui, j’étais au collège avec votre fils, Antoine.  C’est lui qui… ?
  • Oui, c’est lui. Je me demande encore si c’est moi qui l’ai tué ou si…
  • On ne sait jamais qui tue qui, Madame Dupré. Revenez donc me parler si vous le souhaitez, je vois tellement peu de fidèles, ça me fera plaisir.
  • Je reviendrai alors.

Et elle s’en va, apaisée, en se demandant comment s’appelle ce curé si jeune qui connaissait son fils Antoine, disparu il y a dix ans. Et finalement, l’avait-elle tué Antoine ou était-il mort d’une longue maladie ? Elle ne savait plus…

 

PS : prochain texte, mercredi

 

 

7 mai 2025

La technique du parapluie

 

Dans ce pays où il pleuvait souvent, son ami lui avait dit que son parapluie était beaucoup trop petit pour l’utilisation qu’il voulait en faire.

 

  • Comment veux-tu rencontrer quelqu’un avec un parapluie une place ? Il t’en faut un de deux places, c’est plus sûr !

 

Ce qui fut fait. Il en avait acheté un noir, très large – il ressemblait à celui que les bergers prenaient pour garder leurs troupeaux. Sur les trottoirs il ne passait pas inaperçu et c’est ainsi qu’il a rencontré sa première compagne. Impressionnée, elle lui avait demandé.

 

  • Mais c’est un parapluie deux places, vous cherchez quelqu’un ?
  • Oui, et vous ?

 

Une seule question suffit parfois. Ils vécurent heureux trente jours et trente nuits. Ensuite, il se sont séparés

 

Dès le lendemain de sa séparation, il a réutilisé la technique du parapluie. Quant à elle, elle a décidé de se reposer une semaine avant de s’acheter elle-même un parapluie deux places, mais rouge ; il est bien connu que le rouge permet d’entrer dans les territoires envoutants de la passion.

 

PS : prochain texte, dimanche

 

4 mai 2025

La lettre

 

Souvent, cette femme  en noir, d’une quarantaine d’année, est assise devant le bureau de poste avec une sébile devant sa grande pancarte qui dit.

 

Je suis une nonne non pratiquante et je souhaite entrer en relation avec le bureau céleste de l’Élysée pour me plaindre au Dieu qui y vit. Merci de votre générosité car je n’ai pas d’argent pour les timbres.

 

Hier, journée ensoleillée, j’ai pris - contrairement aux fois où je lui donnais une pièce d’un euro en lui disant simplement bonjour – le temps de m’adresser à elle.

 

  • Alors, vous lui avez parlé au Dieu de l’Élysée ?
  • Pas encore en direct, mais je lui ai écrit deux lettres et ce connard ne m’a pas répondu.
  • Qu’est-ce que vous lui avez dit la dernière fois ?
  • Je lui ai dit qu’avec « le pognon de dingue » qui était le sien, il pouvait m’envoyer un mandat à la poste de Rouen, mais que je voulais bien accepter un travail à l’Élysée au cas où il manquerait de personnel. J’ai conclu en disant que je pouvais aussi diriger le prochain conclave à la place de son missionnaire de premier ministre parce que si, comme M. Bayrou le dit « la France traîne des pathologies budgétaires », nombreuses sont les pathologies que son premier ministre traîne. J’appelle ça les CMPN, c’est-à-dire : Corruption, Mensonges, Paresse, Narcissisme. J’ai ajouté qu’en tant que nonne non pratiquante, ma religion laïque ne m’autorisait aucune violence et encore moins les gestes « déplacés » auprès d’enfants, en précisant que la non-assistance à personne en danger était punie par la loi pour tout le monde, même les premiers ministres !

 

Quel bonheur de l’écouter parler. Je l’ai quittée en lui souhaitant bon courage et j’ai ajouté.

 

  • Merci de m’avoir encouragée à écrire au Dieu de l’Élysée. Dès ce soir, je le ferai. Bonne journée.

 

Elle a souri, puis a conclu.

 

  • Si tout le monde pouvait faire comme vous ! Vous vous rendez compte s’il y avait 20 millions de lettres ou plus qui arrivaient à l’Élysée pour protester contre cette politique de « dingue » qui donne tout aux riches et rien aux pauvres. Je suis sûre que quelque chose changerait.

 

Je n’ai pas voulu la décevoir. J’ai donc envoyé ma lettre aujourd’hui, à l’attention du président et de son épouse. Si mon courrier n’est pas lu, peu importe, cela fera au moins marcher la poste !

 

 

PS : prochain texte, mercredi.

 

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