Le tronc
Quand le curé voulut récupérer ce qu’il y avait dans le tronc, plus une seule pièce, le vide. Une blague de mauvais goût ou un besoin pressé d’argent ? Une semaine plus tard, il remit lui-même de l’argent dans le tronc et attendit, caché derrière le chœur. L’adolescent arriva à 14 h. Ce jeune d’environ 13 ans avait l’art et la manière de vider un tronc d’église. A 14 h 05, au moment où il mettait tout dans son sac, le curé arriva en courant. Les arts martiaux lui avaient enseigné les mille et une façons d’immobiliser un agresseur, ce qu’il fit.
- Alors, on vole ?
- Je vole pas, j’emprunte.
- Il est d’accord au moins, Dieu ?
- Je sais pas, Je lui parle pas.
- Avant d’emprunter, on demande si l’autre est d’accord.
- Personne ne peut parler à Dieu, il existe pas.
- Moi je lui parle tous les jours et il me répond parfois.
- Ah ouais, vous lui dites quoi, vos péchés ?
- Ce soir je lui parlerai de toi et de ce que tu as fait.
- Et puis ?
- On verra ce qu’il me dira. Reviens demain.
L’adolescent revint et le curé lui dit de s’asseoir. Voici ce qu’il m’a dit.
- Il ne faut point dérober, ni mentir, ni tromper l’autre.
- Il vous a dit ça ?
- Oui.
- Et quoi d’autre ?
- Voler est un péché sérieux, mais il y a peut-être des raisons pour ça ?
- Ouais, c’est pour faire plaisir à ma mère que je vole. Elle aime pas les églises. C’est là que mon père travaille.
- Je comprends. Elle lui en veut alors. Mais Dieu n’y est pour rien.
- Dieu non, mais vous, oui.
- Moi ?
L’adolescent ne dit rien et le curé l’observa attentivement. Il crut voir en son visage un autre visage, celui de Marie. Était-ce son fils ? Il avait 20 ans, elle 18. C’était la dernière fois où il était rentré au village pour dire adieu à sa mère avant d’entrer au séminaire.
- Comment s’appelle ta mère ?
- Marie.
- Je l’ai connue il y a bien longtemps, à l’école primaire. Comment elle va ?
- Bien. J’ai une sœur.
- Qui s’appelle ?
- Mathilde. Et toi comment tu t’appelles ?
- Thomas.
- Beau prénom. Votre père vit avec vous ?
- Oui, enfin pour moi c’est mon beau-père.
- Dis-à ta mère de venir me voir un jour, si elle veut ?
- Je lui dirai, et il partit aussitôt.
Il regarda le visage du Christ sur la croix et lui dit : « Moi aussi j’ai pêché. Une fois, une seule, et ce qui devait arriver arriva. Il s’appelle Thomas, vous vous rendez compte ? Saint Thomas, celui qui a besoin de voir et toucher pour croire. La vie est une ritournelle cruelle parfois. Que dois-je faire ? Que puis-je faire ? Je vous le demande et peut-être m’aiderez-vous sur ce chemin de croix. »
Il revint au presbytère. A 21 heures il était au lit et lisait la Bible. La nuit, toutes sortes de rêves perturbèrent son sommeil, mais il ne se souvint que d’un : il marchait dans la forêt et arrivait dans une clairière où Marie l’attendait pour lui dire qu’il n’avait rien à craindre. Elle ne lui en voulait plus.
PS : prochain texte, jeudi.