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theatre
28 juillet 2017

Le SDF

Elle sortait de son stage de théâtre quand il l’avait abordée.

- T’as pas deux euros ?

« Non », dit-elle après avoir tâté sa poche droite, celle où elle laissait toujours une pièce au cas où.

- Alors, tu te fous que je sois à la rue ! Éclata-t-il.

Mise à rude épreuve par un stage qu’elle avait certes choisi, mais qui la déstabilisait, elle répondit sur le même ton.

- Non je m’en fous pas, mais j’ai rien, merde !

Le type la regarda interloqué puis il poursuivit son chemin. Elle aussi.

Oui, le théâtre c’était ça, se laisser aller à des émotions qu’elle retenait en permanence…

20 mars 2016

La scène

Elle ne connaissait jamais ses répliques, lui donnait toujours la douzième réplique au lieu de la deuxième, et la scène se terminait immanquablement au bout de deux minutes alors qu’elle devait en durer 10.

Un jour, lassé de ce manque de professionnalisme – même chez un amateur – il explosa.

-          Tu te rends compte ?

Elle le regarda ahurie.

-          Mais c’est pas dans la scène «  Tu te rends compte » !

-          Non, c’est pas dans la scène, mais ces répliques que tu oublies tout le temps de me donner, elles, elles sont bien dans la scène.

-          Quelles répliques ? dit-elle en haussant le ton

-          Ces putains de répliques que tu n’as pas apprises, ajouta-t-il en lui mettant le texte sous le nez.

Elle prit la feuille, la relut et lui répondit avec une mauvaise foi évidente.

-          Eh bien nous n’avons pas le même texte !

Il faillit lui demander de lui donner son texte, mais il préféra descendre de l’estrade.

-          Alors, va te faire foutre ! cria-t-il sous le regard médusé des autres acteurs.

Du fond de la salle, il cria à l'adresse du professeur : « Et surtout, je veux plus jouer avec cette cinglée qui est toujours dans le déni ! »

La cinglée voulut se précipiter derrière son partenaire mais elle se prit les pieds dans ce qui devait être une robe de mariée, et s’étala de tout son long sur l’estrade poussiéreuse en sanglotant et en répétant en boucle que les hommes étaient des tous des cons, des cons, des cons, des cons…

 

 

 

 

 

10 mai 2013

L’atelier théâtre 2

Quand  Maurice entrait en scène  pour  jouer la scène du restaurant, il était chargé de  vérifier deux choses : d’abord, que Maurice ait bien sa braguette fermée ; ensuite, qu’il ait avec lui son menu, accessoire indispensable, car toutes ses répliques y étaient écrites.

Il faut dire qu’à 75 ans, Maurice avait une mémoire plus que fantasque…

8 mai 2013

L’atelier théâtre

Le professeur, excédé par le visage et le ton inexpressifs  de la jeune femme, lui avait demandé.

- Mais quand tu dis cette réplique, tu penses à quoi ?

Elle avait hésité un instant puis avait répondu.

- A rien !

Et le professeur avait éructé.

- Mais si tu ne penses à rien et si tu te fiches de ce que tu dis, comment veux-tu que les spectateurs s’y intéressent, eux ?

15 avril 2013

Le théâtre

A la fin du spectacle, le professeur avait constaté.
-  A chaque fois que vous disiez une réplique, j’imaginais ce que vous auriez pu dire, en mieux.
Et, à l’intention de Mireille, il ajouta.
-  Quant à toi, je pense qu’un rôle muet te conviendrait mieux.


14 janvier 2013

Le théâtre

Au théâtre, mon voisin de siège, retraité sans nulle doute, et très bavard, me vantait « les liaisons dangereuses » – le livre veux-je dire – en attendant l’ouverture du spectacle. A l’affiche, les Ballets de Hanovre. Le titre de la chorégraphie : les liaisons dangereuses. Mon voisin en a profité pour me faire l’éloge de deux théâtres parisiens - l’Opéra Bastille et le Palais Garnier – bien plus prestigieux que notre « pauvre » théâtre des Arts.


-  Un peu cher pour le commun des mortels, lui ai-je répondu. Ce dont il a convenu.


La première partie du spectacle l’a laissé pour le moins  indifférent. Sa tête a  progressivement piqué du nez et il s’est gentiment assoupi sans ronfler. Ces sont les applaudissements qui l’ont réveillé.

Après la fermeture du rideau, il a expressément tenu à m’informer – en grand amateur du livre de Choderlos de Laclos - que le ballet n’avait rien à voir avec le livre et qu’il n’avait rien compris. Forcément, ai-je cru bon devoir lui répondre, vous avez dormi pendant la moitié de la première partie.


-  C’est vrai, a-t-il concédé, si cela devait se reproduire, poussez-moi du coude !


Je l’ai assuré de ma collaboration et me suis permis de lui glisser, juste avant que le rideau ne se lève, que dormir au Théâtre des Arts, coutait tout de même moins cher que dormir à l’Opéra Bastille ou à l‘Opéra Garnier. Il a souri.



PS : Voici un extrait d’un spectacle du ballet de Hanovre 

 

 

12 juin 2012

Les cours de théâtre

Il faisait du théâtre depuis 10 ans et il commençait à se lasser. Les débutants succédaient aux débutants et jouer de nouvelles scènes avec eux devenait un supplice.


Dans sa dernière scène, il jouait le rôle d’un policier et sa nouvelle partenaire, une débutante plus débutante que les autres, jouait celui d’une prostituée. L’entendre débiter son texte comme une fable de La Fontaine récitée par une élève de CP le déprimait. Elle était aussi vivante qu’une morte et disait « il faut se vaseliner la chatte » -  une réplique d’une profondeur abyssale, il est vrai -  comme elle aurait dit « il faut aller chercher une baguette ».


A la dernière répétition, quand il avait voulu lui saisir le poignet pour voir si elle se droguait, scène oblige, elle avait fait un tel saut de cabri qu’elle lui avait donné un magistral coup de coude dans la figure.


Non, le théâtre devenait trop dangereux, il devait arrêter…

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