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Presquevoix...
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31 janvier 2009

Critique imaginaire du roman que je n’écrirai pas (gballand)

Ce livre fait partie de ces romans qu’on feuillette aux hasards des rayons d’une librairie - son titre y est pour beaucoup - et qu’on achète faute de mieux. Un de ces romans qu’on ne peut lire  jusqu’au bout, à moins d’un séjour prolongé dans une  station balnéaire de la côte Normande, quand la pluie et le vent vous condamnent aux quatre murs de votre chambre d’hôtel.

L’auteur se croit drôle sans l’être vraiment, tant son humour s’essouffle.  Elle semble se complaire à déstructurer son récit mais ce qu’elle nous montre finalement, ce n’est que son inexpérience à maîtriser l’art du roman. L’auteur, et elle me le pardonnera certainement, aurait pu tout aussi bien faire une nouvelle de ce roman et, la concision aidant, sans doute aurait-elle  donné à son récit un souffle que le roman ne trouve à aucun moment.

30 janvier 2009

La femme aux cheveux blancs (MBBS)

Alors que je suis à la recherche d’une place de parc, mon regard est attiré par une femme qui traverse la route. Cheveux blancs très courts, manteau noir, bas fins noirs et escarpins assortis, sa démarche est souple, son pas rapide et je ne sais pourquoi, je la trouve terriblement sexy et attirante. La chance me sourit, une place se libère. Rapidement j’y glisse ma voiture et sans vraiment réfléchir, je bondis hors du véhicule et me mets à suivre l’inconnue.

Elle semble avoir un but, marchant droit devant elle sans chercher à capter son reflet dans les vitrines comme le font souvent les femmes je ne sais pourquoi. Je note la parfaite courbe de ses mollets, galbés par le port de talons hauts et j’admire la finesse de ses chevilles. J’ai toujours été sensible aux jambes des femmes et ces jambes là me font terriblement envie. Nous marchons ainsi un bon quart d’heure, je garde une certaine distance mais je ne cherche pas à me cacher. Je ne vois toujours pas son visage mais cela m’importe peu. Elle ralentit, fouille dans son sac et en sort un téléphone portable auquel elle répond. Après quelques pas, tout à sa conversation, elle vise un banc et s’y assied, je peux ainsi la voir de face. Ses traits sont marqués par les fines rides de la maturité, elle a des lèvres bien dessinées, des yeux à peine maquillés et son sourire, son rire alors qu’elle parle avec son interlocuteur me fascinent. Je passe au ralenti devant elle, la fixant ostensiblement. Elle me suit du regard et je vais m’asseoir sur le banc voisin, bien décidé à l’attendre voire à l’aborder. Il fait gris et froid et le soleil n’arrive pas à percer ce stratus qui recouvre la ville entière. Je réalise soudain que j’étais en route pour un rendez-vous et décide de l’annuler. Alors que je téléphone à mon tour, je la vois passer devant moi. Je lui emboîte le pas avec le sentiment qu’elle avait ralenti pour me laisser le temps de la suivre…Finalement, nous arrivons devant un bel immeuble du début du 19ème siècle, elle pianote le code d’accès de la porte cochère et alors qu’elle s’engouffre dans l’entrée, je réalise soudain la bêtise de cette filature spontanée. Qu’est-ce que je veux au juste, quelles sont mes motivations, je me sens soudain stupide pour ne pas dire autre chose jusqu’à ce que je réalise que la porte reste ouverte. Je m’avance et je la vois qui…m’attend dans l’entrée…

30 janvier 2009

La liste de mes ennemis (gballand)

Il est plus facile de se choisir des ennemis que des amis, c’est la conclusion à laquelle il était arrivé en attendant son tour, dans cette salle d’attente à la lumière blafarde, où le médecin avait jugé bon de passer une musique d’ambiance qui l’angoissait plus qu’elle ne le calmait. Sa liste d’ennemis était impressionnante, mais il avait décidé qu’il ne parlerait au médecin que de ses trois principaux ennemis. En troisième position, il y avait son fils, un mou dont la longueur des cheveux n’avait d’égal que la longueur du poil qu’il avait dans la main ; il soutenait sa mère de façon éhontée et n’adressait la parole à son père que sous la contrainte. En deuxième position, sa mère - 80 ans au compteur - qui croyait tout savoir sur tout mais qui ne savait rien sur rien ; chez elle tout sonnait creux ! Et pour finir, en tête de liste, il y avait son ex-femme. Quand il lui avait fait part de sa décision de la quitter, un an plus tôt, elle  avait pleuré, supplié, mais une semaine plus tard, changement de registre ! Elle lui avait transmis par écrit tout ce qu’elle lui reprochait et avait fait un large sourire en lui tendant la liste : «  La salope ! » Il avait compté 20 reproches, tous plus injustes les uns que les autres, le troisième reproche lui restait encore en travers de la gorge : « Tu ne fais pas de différence entre te masturber et avoir une relation sexuelle  ! »

C’est à cause d’elle qu’il était assis là, dans la salle d’attente de ce psychiatre, obligé de supporter cette musique infâme dans les oreilles, alors qu’auparavant tout allait si bien…

29 janvier 2009

Double vie (gballand)

J’ai deux vies. Tout allait bien jusqu’à ce que  mon mari  téléphone à mon amant pour lui mettre cet étrange marché en main : “ Soit vous  habitez chez nous, soit je vous tue.”  Mon amant a eu l’air effrayé. Vous me direz, il y a de quoi ! Moi, j’étais sidérée : comment mon mari, d’habitude si résigné, avait-il pu lui téléphoner pour lui imposer cette alternative ? On ne connaît jamais les gens avec qui l’on vit.

- Institutionnaliser mon amant, ça jamais ! Me suis-je emportée.

Alors, je lui ai mis ce marché en main.

- Si mon amant habite chez nous, j’en prends un autre !

Maintenant, mon mari hésite. Il faut dire que nous ne sommes pas grandement logés…

28 janvier 2009

De drôles de vœux ! (gballand)

Hier, mon mari a reçu une carte de vœux, involontairement drôle, qui disait la chose suivante :

           « Merci de tes veaux, reçois les nôtres par retour (...) »

Et les « veaux » sont arrivés sans problème par  voie postale. On ne vantera jamais assez les mérites de la Poste ! Quand je pense que ces incapables du gouvernement veulent privatiser…

27 janvier 2009

S’écrire ( gballand )

Avant hier je me suis envoyée une lettre. Je l’ai reçue ce matin. J’ai presque été surprise en la lisant, je ne reconnaissais pas mon écriture. Voici ce que je me suis écrit :

Chère Christine,

J’ai attendu longtemps avant de me décider à t’écrire, mais je crois que le moment est venu. J’ai peur pour toi.
Tu sais que je t’ai toujours trouvée très sévère avec toi-même. Que s’est-il passé de si grave qui ne puisse être réparé ? Pourquoi cette constance dans l’échec ? Pourquoi t’acharner à détruire tout ce que tu as patiemment édifié ?
Tu ne réponds plus quand je t’appelle ! Je sais que tu veux perdre la mémoire du bonheur, mais le bonheur est patient, Christine ; il a  semé ses cailloux pour que tu retrouves son chemin. Je suis ce premier caillou, Christine. Je t’écris pour que tu reviennes vers le rivage et que tu y jettes à nouveau ton ancre.

Ton amie qui t’aime.
Christine

C’est étrange, mais depuis que j’ai lu la lettre que je me suis envoyée, je vais mieux. J’ai même jeté les deux boîtes de médicaments  que je voulais avaler jeudi ; et puis j’ai tiré la chasse d’eau sans regret. D’ailleurs, mon mari m’a dit en rentrant : « On dirait que tu as meilleure mine. »
Oui, quelque chose a changé. Je crois que je ne veux plus mourir demain.

26 janvier 2009

Le nom du père ( gballand )

Il avait reçu un nom, comme tout le monde, mais il n'était même pas sûr que ce nom fût tout à fait le sien. Sa mère n'avait jamais voulu lui dire qui était son père. Le mot "père" la faisait toujours pleurer et il détestait les larmes ; surtout les siennes.

La veille, un type qu'il avait bousculé dans le métro lui avait crié " Pédé, tu peux pas faire attention !". Il avait retourné le mot dans sa tête : pédé ! Et s'il était pédé, vraiment pédé ? Pas juste un petit peu à cause de six ou sept pulsions qui l’avaient troublé, mais pédé pour de vrai, pédé à vie ? Ce n'était pas la première fois qu'on le traitait de pédé...  Il se souvenait de ce que lui avait dit la fille qui travaillait avec lui : " Tu  serais pas  pédé, toi ? Ou si tu l’es pas… ", et elle avait laissé sa phrase en suspens. Pour l’instant, sa virginité le rassurait, il n'était pas encore prêt à goûter la chair des hommes. Un jour, peut-être...

25 janvier 2009

L’étoile ( texte de gballand )

J’étais assise sur un banc et j’attendais ma fille qui allait sortir de l’école.  Lui, il s’est assis sur le même banc que moi et a placé entre nous son sac en plastique de la Grande Récré. Il n’avait l’air de rien, je ne me suis pas méfiée. Je faisais semblant de lire un livre. J’ai souvent fait semblant pour voir le monde.

Au moment où j’ai glissé un œil de côté pour l’épier, il a fait de même et nos regards se sont croisés. Il a ensuite fouillé  dans son grand sac en plastique ; ce qu’il cherchait semblait jouer à cache-cache avec lui.

- Tenez, je l’ai trouvée, c’est pour vous ! Dit-il en  me tendant une étoile en papier brillant argenté.

J’ai souri, mais je n’ai pas pu tendre la main vers l’étoile.

- Prenez-là !
- Mais on ne se connaît pas, lui ai-je dit bêtement.
- Je l’avais achetée pour ma fille, mais je trouve qu’elle est faites pour vous. De toutes façons, ma fille, je  la vois plus.

J’hésitais encore à prendre l’étoile. J’observais l’homme, son visage lisse, sans âge, son pantalon fatigué, son pardessus informe, son immense sac en plastique qui contenait sans doute toute sa vie, et j’ai fini par lui dire la vérité.

- Non vraiment, je ne peux pas. Je n’accepte jamais de cadeaux d’inconnus. Et puis les étoiles me font peur.

Il m’a regardé attentivement puis ses yeux sont allés de moi à l’étoile.

- Cette étoile a des pouvoirs, reprit-il, l’air  sérieux.
- Justement. Et puis, on ne donne pas une étoile comme ça !
- Ne cherchez pas midi  à quatorze heures ! Je vous la donne de bon cœur.

Il avait tellement l’air d’y tenir que j’ai fini par la prendre. Je lui ai fait mes adieux, l’étoile à la main, et je suis allée chercher Laura qui m’attendait déjà devant la porte de l’école. J’ai  entendu l’homme crier.

- Vous verrez, elle ne vous décevra pas !

J’ai fait signe à ma fille, l’étoile à la main, mais elle ne m’a pas répondu ; pourtant elle m’avait vue. Au fur et à mesure que je m’approchais de Laura,  je m’éloignais d'elle, mon corps semblait  léger et mes pieds décollaient du sol à chaque fois que je faisais un pas. Puis je n’ai  plus rien vu autour de moi, si ce n’est un léger brouillard qui a tout enveloppé et m’a fait disparaître à moi-même.

Quand je suis revenue à moi, j’étais allongée dans un lit qui n’était pas le mien, dans une chambre que je ne connaissais pas et sur la table de chevet, à côté du lit, était placé une étoile en papier argentée. Une petite fille est entrée. Elle m’a dit « Bonjour maman ». Moi, ça m’a étonnée parce que cette petite-fille là, ce n’était pas la mienne.

* Texte écrit à partir d’une consigne des « impromptus littéraires ».

24 janvier 2009

Le moelleux au chocolat. (MBBS)

- Bon’app, le tonneau ! me lança Géraldine avant de glousser et de partir avec les collègues.

C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé de changer ! Les quolibets, les sarcasmes qui glissaient sur moi telle la pluie sur les plumes du canard commençaient à trouver les failles qui les laissaient me pénétrer et me toucher. J’étais grosse, et alors ? Fallait-il pour être aimée, ressembler à un cintre sur pattes comme ces mannequins qui présentaient un idéal féminin qui n’avait rien d’enviable ? Pour être attirante, fallait-il être belle, grande, des formes harmonieuses, de beaux cheveux longs soyeux et blonds bien sûr ? J’avais envie d’amour mais la nature ou les fées m’avaient dotée d’un physique qui ne répondait pas aux critères actuels et comme j’aimais manger, des kilos superflus n’arrangeaient pas la chose.

Parmi mes bonnes résolutions, il y avait la recherche de l’âme sœur qui saurait reconnaître en moi toute cette beauté intérieure cachée…plus facile à dire qu’à faire je l’imaginais bien, donc pour me donner du courage dans cette quête, je décidais de m’offrir une douceur digne de cette tentative… un moelleux au chocolat !

24 janvier 2009

Faire du neuf avec du vieux ( gballand )

Quand son amie lui annonça soudain « Je quitte mon mari », elle n’en crut pas ses oreilles. Comment pouvait-elle se jeter tête baissée dans l’inconnu à 55 ans ? Son mari était-il pire qu’un autre ? Pourtant elle  choisit de ne rien dire et écouta sa complainte, parce qu’il s’agissait bien d’une  complainte  qui se résumait ainsi : 25 ans de bons et loyaux services au service d’un « con », ça suffit !

- Et toi - s’inquiéta son amie – tu n’en as pas marre de ton mari ?
- Oh moi, tu sais, je fais du neuf avec du vieux, répondit-elle en souriant.
- Tu te moques de moi ?
- Mais non, pas du tout, je recycle en permanence les sentiments, les souvenirs, les émotions…

Son amie se contenta d'esquisser un rictus qui en disait long.

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