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Presquevoix...
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29 septembre 2022

C’est quand la fin ?

Je crois que bientôt, on ne va pas te louper, parce que si un homme de parti n’est que la partie d’un homme, comme le disait  Jacques Ellul, toi, tu n’es qu’un  petit animal grandiloquent, un chef toqué sans toque, parce que tu ne viens d’aucun parti antérieur à toi.

Sache que bientôt tu vas faire partie de l’inventaire de fin d’année ; alors, tu pourras bailler en  mineur, toi qui as toujours voulu parler en majeur. Tu vas faire peau neuve dans l’oubli total et nous, dans le pays des gens qui pensent, nous allons en finir avec les parlementeurs*.

Les complétistes* femmes – association à laquelle j’ai adhéré récemment - en ont ras le col de l’utérus du mensonge et elles vont te mettre hors-piste. Nous allons t’envoyer au pays des amérequins* ; tu sais, ceux qui dépensent des milliards pour les armes mais pas pour les arbres.

Toi qui te prenais pour un rédempteur – narcissique que tu es – tu seras obligé de te transformer en ré-dompteur. Tu ne sais pas ce que c’est qu’un ré-dompteur ? Je te l’explique. Toi qui as essayé de nous « dompter », nous, les « citoyens zéro » - n’est-ce pas ainsi que tu nous vois ? – eh bien, après l’inventaire de fin d’année, il ne te restera plus qu’à te dompter toi-même car tu n’auras plus qu’un seul chemin : te connaître toi-même, toi que plus personne ne reconnaîtra dans les rues du pays d’après.

 

* Ces mots ont été empruntés à un ami qui a écrit « le dictionnaire de néofrançais », « à l’attention des survivants à l’ère post-macronienne ». Il n’est pas encore en vente dans les libraires de notre pays, mais peut-être commandé à son créateur, en passant par mon intermédiaire, pour la somme de 10 euros, sans les frais de port, bien sûr.

PS : prochain texte, lundi.

26 septembre 2022

Le cadeau

Sur la porte de sa boutique, la fleuriste avait écrit en lettres rouges : « Vous appréciez modérément vos amis ? Achetez des fleurs qui sentent mauvais, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… »

Etonnez, elle est entrée dans la boutique afin de voir à quoi ressemblait le bouquet. Peut-être était-ce simplement une plaisanterie ?

Trois heures plus tard, elle s’est réveillée dans un lit qui ressemblait à celui  de la belle au bois dormant. Au-dessus de son visage, celui de la mauvaise fée – fanée à l’extrême - qui lui disait : « Alors, on y croit maintenant ? »

PS : prochain texte, jeudi.

19 septembre 2022

Pourquoi ?

D’une voix douce, dans la chambre où ils se retrouvaient depuis un mois, elle avait dit à l’inconnu.

-          Je voudrais tuer les gens pour les protéger.

Calme et non dénoué d’humour, celui-ci lui avait conseillé  d’aller « rue du pourquoi-pas »

-          Pourquoi ? avait-elle dit.

-          Pourquoi pas ? avait-il répondu

Rue du pourquoi-pas, l’air était raréfié et elle sentit immédiatement des maux de ventre qui l’obligèrent à s’arrêter. Elle observa une suite de maisons toutes aussi sombres les unes que les autres pourtant, des fleurs rouges décoraient les balcons. Etaient-ce elles qui avalaient l’air et le gardaient dans leur pistil ?

Soudain un homme vêtu de noir s’approcha d’elle. Elle le salua poliment. Il lui adressa la parole.

-          Pourquoi avez-vous choisi cette rue ?

-          Désolé monsieur, Je ne peux pas vous répondre car je ne vous connais pas.

-          Vous ne me connaissez pas, mais moi je vous connais depuis longtemps.

-          D’où ?

-          Toutes les vérités ne peuvent être dites. Elles sont si nombreuses !

-          Que risque-t-on à dire une vérité ?

-          On risque de  perdre l’autre, répondit-il, et il plongea ses yeux dans les siens, comme s’il était à la recherche d’un paysage oublié.

-          Pourquoi m’observez-vous ?

-          Je suis de ceux qui observent et parlent peu. Dites-moi, jeune demoiselle, pourquoi ne pas vouloir vous tuer vous-même, plutôt que de tuer les autres ? Moi c’est ce que j’ai fait et voyez le résultat.

Elle le dévisagea attentivement. Ce type était-il fou ou était-ce elle ?

-          Dites-moi quelle vie serait la mienne si moi aussi je me tuais ?

-          Vous auriez une vie sans rêve aucun et vous rentreriez au cœur de l’angoisse de ceux qui sont restés vivants. Certains acceptent qu’on les aide, mais ils sont rares.

-          Et comment les aide-t-on ?

-          En désenvoutant la maison aux volets clos où ils survivent.

-          Croyez-vous que moi aussi je vis dans ce lieu-là ?

-          Bien sûr.

-          Comment vivre ailleurs ?

-          Commencez à voir la plainte qui hante votre cœur et surtout, ne demandez jamais réparation, ce n’est pas possible. Vous devrez accepter ce qui a été et avancer, c’est à cette seule condition que vous pourrez  entrer au pays de vos rêves.

Avant de partir, l’homme lui avait dit en souriant.

-          Essayez, que risquez-vous ?

-          Pourquoi pas ?  fut sa seule réponse. 

Jamais il ne lui reparla mais de temps à autre il l’observait. Quand il comprit qu’elle ne vivait plus dans un écran de fumée et ouvrait ses yeux à la vie, il eut presque eu envie de pleurer, mais lui ne pouvait plus pleurer, il n’était plus vivant.

 

PS  : prochain texte, lundi 26.

 

 

 

 

15 septembre 2022

L’enterrement

Depuis combien d’années  n’était-elle pas allée à un enterrement à l’église ? La cérémonie commença en retard. Elle observa sur l’autel les trois curés – l’un jeune – puis entrèrent les hommes des pompes funèbres et, dans le cercueil, une ancienne collègue qu’elle connaissait assez bien, un peu plus jeune qu’elle.  Devant, des photos d’elle, jeune, moins jeune et encore moins jeune.

On pense à elle, aux autres, à soi, aux morts à venir, à ses enfants à elle - jeunes adultes qui auraient aimé qu’elle connaisse les enfants qui seront les leurs, un jour, peut être – et à son mari.  Pleurs, bien sûr, car même si l’on croit à  l’éternité, même si cela apaise, on préfère de loin la vie et son quotidien de peurs, de joie, d’histoires drôles et moins drôles.

Debout, assis, debout assis, debout, assis, ainsi va le rythme de l’enterrement sous les textes que les curés récitent. Le discours est souvent ennuyeux, même si – en raison d’une vie loin de la religion – on ne le connait pas.  Que de « le seigneur soit avec vous et avec votre esprit », que de « Amen » ou de « Louons le seigneur », des mots qui finiraient par vous endormir s’il n’y avait pas les signes de croix. Et puis le calice et le vin de messe - calice que le jeune curé, débutant, a failli renverser, pauvre garçon – et l’encensoir qui disperse dans l’église une odeur qui vous monte à la gorge jusqu’à croire que vous aussi allez disparaître car votre respiration semble étouffée par l’encens. Puis vous pensez à votre collègue et vous ressuscitez, il était temps.

Vous essayez de vous faire sourire – les pleurs épuisent  – en vous disant que, la seule raison pour laquelle vous souhaiteriez avoir un office catholique à l’heure de votre mort, c’est pour l’encensoir. Le seul moment où vous seriez encensée dans votre existence ! Ne faut-il pas en profiter ?

PS : prochain texte, lundi.

13 septembre 2022

La boulangerie

Son épreuve, chaque jour, c’était aller à la boulangerie. Une purge. Trancher le pain était devenu une mode, et ce jour-là, ce fut pire que les autres. D’habitude il se taisait mais là, impossible. Le type devant lui avait exigé plus que les autres.

-          Une baguette tranchée en dix millimètres s’il vous plaît.

Et la vendeuse s’était mise au travail. Dix millimètres, pourquoi pas cinq ? avait-il dit à voix haute. Le type lui avait répondu, en se retournant.

-          Vous êtes pressé, même à votre âge ?

-          Non, mais franchement, trancher ne suffit pas il faut du 10 millimètres maintenant ? Et vous, vous voudriez  qu’on  vous tranche à combien ?

Il y eut un moment d’effroi dans la boulangerie, mais le type l’ignora, paya et sortit.

Etait-il devenu invivable ? En tout cas, depuis ce jour-là, il n’alla plus à la boulangerie et se contenta de manger des biscottes ou du pain de mie acheté chez l’épicier du coin ou au supermarché.

PS : prochain texte, jeudi.

9 septembre 2022

La banque P

La Banque P m’a envoyé un mail qui disait :


Vous avez récemment eu un rendez-vous avec votre conseiller bancaire de La Banque P et nous vous en remercions.

 

Afin de toujours mieux vous servir et dans le cadre de l’amélioration constante de nos services, nous vous sollicitons pour une courte enquête afin de connaitre votre avis sur la qualité de cet échange.

 

Votre participation nous est précieuse, et va nous aider à mieux répondre à vos attentes. (…)

 

Direction de l'Expérience Client

 

Et j’ai répondu à la Banque P par le mail suivant dont, bien sûr, la Banque P se moque éperdument :

 

Madame, Monsieur,

 

Veuillez savoir que je ne réponds jamais aux mails qui me demandent- en tant que cliente - de juger de la qualité d'un entretien  que ce soit à la banque, à la SNCF ou ailleurs.

Je doute que ma "précieuse" participation vous aidera  à répondre à mes attentes ; par contre, je suis sûre que la "précieuse" participation de vos clients aidera la « Direction de l'Expérience Client »  à mieux surveiller son personnel. 

Par ailleurs, la dénomination "Expérience Client" m’a inquiétée. De quelle expérience s'agit-il ? Souhaitez-vous que nous, clients,  devenions des juges afin de réduire le personnel de votre banque ?

Il  me semble que le jugement, quel qu'il soit, n'enrichit ni les clients, ni le personnel. Imaginez s'il déclenchait une vague de suicides en série au sein de votre banque ?

Je me permets de souhaiter une très bonne fin de journée à la "Direction de l'Expérience Client".

 

PS : prochain texte, mardi.

5 septembre 2022

Compliqué ?

En épitaphe, elle avait décidé de mettre sur sa tombe « C’est compliqué ». Ses fils ne l’avaient pas contrariée.

Oui, pour lui tout avait été compliqué, dès la première année de leur mariage jusqu’à sa mort. Ce n’est bien sûr pas ce qu’avait dit le curé lors de la cérémonie funèbre, mais c’est exactement ce qu’elle avait choisi de lui confier le lendemain, devant sa tombe.

Après avoir regardé autour d’elle afin de vérifier si elle était seule dans le cimetière, elle avait dit à voix haute.

-          Je crois que maintenant, pour moi, tout sera plus simple. J’espère qu’il en sera de même pour toi pour des siècles et des siècles. Amen.

Elle sourit à la petite photo qu’elle avait choisi de mettre sur la pierre tombale, puis elle partit légère vers la sortie.

 

PS : prochain texte, vendredi.

2 septembre 2022

Le Retour, suivi de la Fin

Le jour de la pré-rentrée, elle y était, histoire de faire la « bonne élève » car sa retraite ne commençait que le premier octobre. Ah, quel plaisir d’écouter, ensemble, le discours de la hiérarchie reproduisant le discours du ministre et de la rectrice. Ah, quel plaisir de se dire : FIN.

Elle a pris quelques notes - elle pensait à l'écriture de son texte à venir -  car bien évidemment, comme chaque année, le proviseur  a servi les grands axes – et quels axes -  de la nouvelle année scolaire. Le nouveau ministre, hélas, ressemble étrangement à l’ancien sauf que son nom est différent et que celui-ci est noir alors que l’autre était blanc.

Mêmes contenus, même vacuité. Cette année, sera celle d’un « nouvel élan », « nous construirons ensemble une école engagée » et, nous développerons « la créativité et la sensibilité » en luttant  contre le harcèlement, la radicalisation et… l’obésité !

Sans oublier – une nouveauté qui n’en est pas une  – « les grands débats  localisés » qui finiront bien sûr comme les grands débats précédents  mis en place par M. Macron où notre Président aurait pu conclure par : «  je fais semblant de vous écouter mais je préfère n’écouter que moi-même et choisir mes idées ! »

Une folle envie de rire s’est emparée d’elle, mais elle a fait l’effort – un reste de " bonne éducation " - de la réprimer. Elle a tenté un petit trait d’humour à l’oreille de sa voisine mais aucun sourire n’a illuminé  son visage. Elle s’est donc dit que, soit elle n’avait aucun humour, soit  sa voisine était au bord de la dépression - pourtant la rentrée des élèves n’était que le lendemain – soit celle-ci venait de sortir d’une légère somnolence due à l’ennui profond qui émanait de ce discours de rentrée.

Trois rangées derrière elle, les conversations des enseignants de lettre allaient bon train. Sans doute mettaient-ils déjà en place – et avec quelle fougue -  cette créativité que le proviseur avait évoquée quelques minutes plus tôt…

 

PS : Prochain texte, lundi.

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