Parloir
Elle connaissait la case prison depuis deux ans, non parce qu’elle y résidait, mais parce qu’elle était visiteuse en détention. Une fois par semaine, elle écoutait le même homme, plongé dans la caverne de la solitude.
Le nouveau détenu qu’on lui avait désigné avait dans les cinquante ans. Il était renfrogné et peu enclin à la parole. Elle allait devoir s’adapter. Le calme et la patience étaient les deux figures de proues de son activité d’écoutante.
Ce qu’il avait fait, elle l’ignorait, l’administration pénitentiaire ne donnait aucun renseignement personnel sur les détenus ; néanmoins, parfois, certains choisissaient d’aborder le sujet.
Un jour, contrairement à son habitude, elle était arrivée en détention en retard sur l’heure prévue. Dès qu’il est entré dans le parloir, le détenu lui a dit.
- J’ai cru que vous ne vouliez plus venir, ça m’a fait un choc.
Elle l’a regardé, surprise, car l’homme était avare d’émotions, et elle lui a répondu.
- Vous savez, pour moi une promesse est une promesse.
Il lui a juste répondu.
- Moi, le pays des promesses, je connais pas. L’abandon, oui, c’est le pays de mon enfance.
- Je comprends.
- Quoi ?
- Que vous soyez étonné que je tienne mes promesses.
A la fin de sa visite, elle s’est rendue compte qu’il suffisait parfois d’une phrase, une seule, pour que la confiance se noue et que la parole s’ouvre.
PS : prochain texte, lundi.
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