La fontaine de l’amour
La randonnée avait été épuisante et elle a décidé de s’asseoir au pieds d’un arbre aux racines généreuses. C’est là qu’elle a vu la flèche : Fontaine d’Amour. Elle a souri en pensant que celui ou celle qui avait laissé cette flèche avait sans nul doute le sens de l’humour, ou bien celui de l’Amour.
Un ange lui a chuchoté à l’oreille un souvenir ancien, celui de cet ami rencontré dans sa jeunesse qui lui avait dit que les arbres parlaient. Son activité favorite : embrasser les arbres des forêts, seul ou en groupe, afin de ressentir ce qui nous lie à eux.
Juste après, elle s’est endormie. Le pays des rêves est étrange, n’y entre pas qui veut. Celui qu’elle a fait l’a troublée : un douanier, debout devant un arbre, lui signalait que sans carte d’identité, nul n’entrait dans le pays des papillons de l’amour. Elle a discuté, tempêté, hurlé, mais le douanier était inflexible et lui a dit sévèrement qu’au pays des papillons, les chenilles n’entraient qu’après plusieurs épreuves. C’est là qu’elle s’est réveillée. Elle avait tant transpiré que sa chemise était trempée.
En se levant péniblement, elle a constaté que la flèche de la Fontaine d’Amour était toujours là. Après dix minutes de marche, elle fut confrontée au passage de la rivière. De gros cailloux lui permettaient de la traverser, certes, mais l’équilibre était son pire ennemi ; allait-elle tomber ? Il y avait 7 grosses pierres. Elle inspira et expira lentement tout le long. Une fois de l’autre côté, le chemin s’est scindé en deux. Comment se retrouver en se perdant ? a-t-elle pensé. Après une courte réflexion, elle a choisi le sentier de gauche, le plus direct, peut-être, mais le plus raide.
Lorsqu’elle est arrivée en haut de la montée, une vue surprenante s’est offerte à elle : une vaste clairière entourée d’arbres et au centre, la fameuse fontaine. Assis sur l’herbe, près de la fontaine, un homme à la veste blanche, de dos, les cheveux noués en chignon. Elle l’a immédiatement interpelé.
- Eh, Monsieur, bonjour, c’est bien la fontaine d’Amour ?
Pas de réponse. Elle s’est approché. L’homme ne bougeait pas, fasciné sans doute par ce lieu indescriptible.
- Monsieur, a-t-elle réitéré.
L’homme s’est retourné et elle a crié.
- Ah non, pas vous !
Cet homme lui était familier et elle s’était souvent demandé s’il la suivait. Il avait le même visage pâle et émacié, le même âge qu’elle, peut-être. Allait-il parler cette fois ? Elle lui a demandé.
- Mais que faites-vous ici ?
- La même chose que vous.
- Avez-vous bu l’eau ?
- Non, je vous attendais pour la boire avec vous.
- Mais comment saviez-vous que j’allais venir ?
- L’amour ! Taisons-nous, et buvons ensemble l’eau de cette fontaine.
- Et après ?
- Après nous verrons. Pourquoi savoir de quoi l’après sera fait ?
Une fois l’eau bue, la nuit est tombée sur la clairière. Le lendemain matin tous deux avaient disparu. Pourquoi ? Nul ne l’a su. Et c’est pour cette raison que désormais, le parcours est fléché vers la Fontaine d’Amour. On dit que nombreux sont ceux qui s’y sont trouvés, retrouvés et se sont aimés... et nombreux sont aussi ceux qui ont disparu à jamais.
Si vous voulez trouver la Fontaine d’Amour, écrivez-moi, je vous dirai exactement où elle se trouve.
PS : photo prêtée par Mado. Prochain texte mardi.
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