Monsieur Lépingle
La première fois que j’ai rencontré Monsieur Lépingle, j’essayais d’attacher mes cheveux, que j’avais longs et volumineux, avec un catogan que je venais d’acheter au supermarché. Il m’a aidée. Son geste m’avait surprise mais il a précisé qu’il était coiffeur, alors…
La deuxième fois, j’essayais de trouver une nourrice pour mon fils à naître et il m’a dit – avec humour – je peux vous aider, car avec mon nom, je m’y connais en épingle à nourrice. J’ai souri et je n’ai pas regretté d’accepter son aide.
La troisième fois – et la dernière – ce fut la veille de son mariage. Là, je lui ai dit.
- Eh bien, Monsieur Lépingle, félicitations. J’espère que vous allez être tiré à quatre épingles pour ce jour-là.
Et il m’a répondu.
- Oui, bien sûr, je serai tiré à quatre épingles, mais à vrai dire je ne sais pas si je tirerai mon épingle du jeu.
J’ai éclaté de rire et lui ai souhaité tous mes vœux de bonheur. Ce à quoi il a répondu poliment.
- Merci à vous. Sachez tout de même que le bonheur est exigeant, alors je n’aurai peut-être plus le temps de vous apercevoir. En tout cas vos trois sourires lors de nos trois rencontres, ce sont trois petits cailloux qui traceront le petit chemin qui sera désormais le mien.
Je l’ai embrassé – je n’aurais peut-être pas dû - et jamais nous ne nous sommes revus jusqu’à aujourd’hui ; sans doute en raison des virages en épingle à cheveux qui ont traversé sa vie et la mienne. Mais qui me dit que je ne le reverrai pas ?
PS : prochain texte, samedi.
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