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Presquevoix...

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11 octobre 2026

L’honnêteté

 

Ce type noir, d’une quarantaine d’années, avait choisi un petit commerce banal, d’une ville banale de la côte Ouest des Etats Unis et, de son air le plus menaçant, arme à la main, il avait dit à la vendeuse.

  • Donne-moi cinquante dollars.

La vendeuse qui en avait vu d’autres, avait répondu.

- Juste cinquante ? Et pourquoi pas la caisse tant qu’à faire ?

- Ta gueule, donne-les-moi.

Elle lui avait donné les billets convoités. Une fois dehors, l’homme s’était assis sur une borne et avait appelé la police. Au poste, le sheriff lui a demandé pourquoi il avait fait ça.

  • Pas de famille, pas de logement, pas d’argent, je veux être coffré. En taule on meurt plus vite, et c’est tant mieux.  Et puis, dis-le à ce connard plein aux as, qui se fout de notre gueule, celui qui vole et qui ment sur son « truth social ». Dis-lui aussi, à ce blanc pété de tune, qu’avec lui la maison blanche c’est plus la maison blanche, c’est la maison des escrocs.  Où est la justice dans ce putain de pays, mec ? Où elle est ? Dis-le-moi, toi qui es payé pour travailler pour elle.

Une fois qu’il a quitté la salle, le sheriff a dit.

  • Pour une fois qu’un type appelle les flics pour aller en prison, on devrait lui donner le prix de l’honnêteté, non ?  On pourrait même l’élire président, tiens !

Et, pour finir, il a conclu.

  • Eh, les gars, on envoie l’histoire à notre président pour qu’il la mette dans son « truth social » ?

Ses collègues ont ri, et tout le monde est rentré chez soi pour regarder Fox News, la chaîne à droite toute.

 

PS : prochain texte, mardi.

9 octobre 2026

Le mari

 

Je suis marié depuis 30 ans. Je n’ai jamais changé de femme – suis-je une exception ? -  ni de chien d’ailleurs, sauf après leur mort. J’ai toujours eu des chiens noirs, et de la même race. Ma femme aussi a les cheveux noirs, mais elle est bipède et ses poils sont rarissimes.

Cette nuit, j’ai fait un rêve étonnant ; j’étais à l’enterrement de ma femme et, devant son cercueil, je lui demandais.

  • Ça t’embêterait, au cas où je trouverais une nouvelle compagne, que je vive avec elle ?

Elle ne m’a rien répondu, raison pour laquelle, hier, je lui ai posé la même question au petit-déjeuner et voici ce qu’elle m’a dit :

  • Peu m’importe, mais tout de même, je préfèrerais que tu meures avant moi.

J’ai souri mais je me suis demandée si ma femme n’était pas déjà en train de préparer ma mort…

 

PS : prochain texte, dimanche.

7 octobre 2026

Le chien

 

Cet homme était venu au café avec son chien, le genre de roquet que personne ne remarque mais que tout le monde entend. Ce satané cabot a aboyé à plusieurs reprises et le propriétaire lui a chuchoté, puis crié, de se taire. En vain. Son voisin de table, agacé a fini par lui dire.

  • Vu le soleil qu’il y a, peut-être pourriez-vous vous asseoir en terrasse avec votre chien.
  • Pourquoi ?
  • Parce qu’il est bruyant.
  • Mais monsieur, on est en démocratie et les chiens aussi ont le droit de prendre la parole.
  • Monsieur votre chien est un chien et sa langue n’est pas la mienne.
  • Ça s’appelle la censure monsieur.
  • Vous plaisantez ? Mais puisque vous comprenez sa langue, j’aimerais bien savoir ce qu’ il dit, votre chien.
  • Il dit qu’on est dans un monde de cons, voilà ce qu’il dit !

L’homme sans chien a rangé son journal et il s’est levé. Avant de sortir, il a regardé le propriétaire du chien droit dans les yeux et lui a dit en articulant.

  • Dites à votre chien que j’ai été content de le rencontrer mais que son propriétaire manque de finesse. Peut-être devrait-il en changer ?

Le roquet a aboyé et l’homme sans chien est parti la tête haute.

 

PS : prochain texte, vendredi

5 octobre 2026

Les parapluies

Les parapluies

 

En la voyant photographier des parapluies dans le ciel, il lui avait dit :  Moi, je préfère les parapluies de Cherbourg !

Par politesse, elle essaya de sourire, mais elle n’obtint qu’un rictus.

  • Vous habitez Rouen ? continua-t-il.
  • Non.
  • Ah et…
  • Et quoi ?
  • Et, rien du tout, je vous laisse à vos photos.

C’était étonnant comment les hommes s’envolaient comme une nuée d’oiseaux après avoir entamé une conversation avec elle. Pourquoi ? Leur faisait-elle peur ? Était-ce l’absence de sourire ou de réparti ?

Quelle qu’en fût la raison, ils s’éloignaient. Elle se rappela soudain ce type qui lui avait conseillé de suivre un stage d’humour afin de ne pas assombrir l’atmosphère. Cette fois-là, elle avait failli lui dire « Ton humour je l’emmerde », mais elle s’était tue.

Lorsqu’elle était jeune et que ses parents la prenaient en photo, son père disait souvent « Essaie de sourire Perrine, sinon ce sera encore une photo de ratée ! » ; mais non, elle n’y arrivait jamais.

Sa vie semblait suivre un chemin sur papier glacé. Heureusement, il y avait la photo, et la multitude de vies qu’elle-même photographiait sur du noir et blanc, souvent du noir et blanc, rarement de la couleur, car la couleur gâchait tout.

PS : photo prise à Rouen par mes bons soins. Prochain texte, mercredi.

 

3 octobre 2026

Le train de nuit

 

Elle l’avait rencontré dans un train de nuit qui allait à Foix. Ils n’étaient que deux dans le compartiment et dès qu’elle était arrivée, il s’était mis à lui parler. Après une conversation d’usage qui les avait menés vers une présentation réciproque, il lui a confié.

  • Moi je suis né radicalisé. Pas facile, vous imaginez. J’ai voulu arracher mon corps à ce rythme que cette société me scandait, afin de devenir un ange rédempteur. Puis j’ai, changé de parcours.

Elle en est restée interloquée et a commencé à avoir peur.

  • Ça vous étonne ? a-t-il continué.
  • Eh bien vous êtes le premier radicalisé que je rencontre et j’avoue que vous me surprenez.

Comme le train commençait à sortir de la gare de Lyon, elle s’est tue et eut l’impression que  le vide s’installait en elle.  C’est lui qui a enchaîné.

  • J’espère que je ne vous fais pas peur ?
  • Non, non, bien sûr. Je réfléchissais à ce que vous me disiez.
  • Et donc ?
  • Un chemin complexe, que le vôtre.

L’homme a ensuite parlé une heure durant, jusqu’à ce qu’il conclue.

  • J’ai changé en rencontrant Leila.
  • Leila ?
  • Oui, c’est elle qui m’a fait changer de chemin, L’amour, quoi ! Maintenant je travaille pour une ONG et je passe en prison pour inverser la radicalisation, j’essaie d’adoucir les positions.
  • Eh bien, quel parcours !

Elle s’en est un peu voulu de la banalité de sa réponse, et l’homme lui a dit.

  • Allez, je vais vous laisser dormir car vous avez l’air épuisée.

Elle s’est donc allongée dans la couchette parallèle à la sienne en essayant de dormir. Une nuit entrecoupée de rêves et de réveils, et le lendemain matin, lorsqu’elle est revenue des toilettes,  l’homme lui a dit.

  • Bonjour. Cette nuit vous avez fait un genre de cauchemar car vous avez crié plusieurs fois. « Arrêtez tout, je veux descendre ! »

Elle a rougi, puis a répondu.

  • C’est un rêve récurrent. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire.
  • J’en parlerai à Leila, elle est psychologue, et peut-être qu’elle trouvera une réponse. Donnez-moi votre numéro de téléphone.

Elle le lui a donné et, deux jours plus tard, Leila lui envoyait SMS.

  • Je pense que vous avez eu peur du discours de mon mari dans le train. C’est normal. Il faut dire qu’il est passé du loup à l’agneau et il ne peut s’empêcher de parler de ce qu’il fut et de ce qu’il est. Bonne journée et merci de l’avoir écouté !

Elle a remercié Leila de son SMS et elle s’est dit que l’amour, comme la foi, pouvait déplacer des montagnes.

 

PS : prochain texte, lundi.

1 octobre 2026

Le maquillage

 

Marion se levait très tôt le matin, une heure avant son mari, afin de se maquiller ; il ne supportait pas de la voir non maquillée au réveil.

Un jour, elle en fit la confidence à son amie Marianne, et celle-ci lui dit immédiatement.

  • Et lui, quelle gueule il a le matin ?
  • La même que dans la journée.
  • Pas terrible donc. Alors pourquoi devrais-tu resplendir au lever du soleil ? En plus, ton mari à 10 ans de plus que toi !
  • C’est vrai, je n’avais jamais pensé à ça.
  • Bref, il ne veut pas te voir vieillir mais accepte que toi, tu le voies vieillir.

Marion regretta un peu d’avoir fait cette confidence à Marianne qui se proclamait féministe dans l’âme. Elle décida néanmoins d’en parler à son mari.

  • Pourquoi souhaites-tu que je me maquille dès le réveil ?

Celui-ci répondit le plus honnêtement du monde.

  • Mais, pour mieux t’apprécier ma chérie.
  • En es-tu bien sûr ?
  • Mais oui, sinon pour quoi cela pourrait-il être ?

Elle préféra ne rien répondre et partit préparer le petit-déjeuner dans la cuisine. Mais, le lendemain matin elle lui dit.

  • J’arrête.
  • Quoi ?
  • Le maquillage. Sauf si tu te maquilles toi-même.

Il partit au travail, l’air résigné. Et à 17 heures, il lui envoya le SMS suivant :

 Message compris. Je ne rentre pas ce soir et je passerai la nuit ailleurs. Bonne soirée ma chérie. Ton mari le patriarche.

 

PS : prochain texte, samedi.

 

28 septembre 2026

Monsieur Hazard

 

Dans le quartier, tout le monde le connaissait et l’appréciait. Beau, élancé, élégant, le visage grave, on le voyait arriver de loin, tout de noir vêtu. Son expression favorite était « Le hasard fait bien les choses ». On se demandait toujours s’il plaisantait ou s’il disait la vérité. Mais qui dit la vérité de nos jours ?

Monsieur Hazard était loin d’avoir une vie de tout repos : célibataire et amoureux de la nature et de la lecture, certes, mais le hasard obsédait sa vie et ne l’avait jamais quitté depuis que sa mère – décédée mais apparue dans un rêve - lui avait dit : « Ne fais pas comme moi, ouvre ta porte au hasard sans peur aucune ». Seulement à quoi ressemble le hasard, se disait-il ? Suffisait-il d’arriver au hasard dans un lieu pour le rencontrer ?

Balzac – son auteur favori -  avait écrit : « le hasard est le plus grand romancier du monde ». Lui aussi voulait écrire un roman, mais il fallait tout d’abord qu’il le trouve, ce hasard, et vite, car il avait cinquante ans, et sa vie s’approchait de la pente descendante. Souvent, il faisait ce rêve troublant :  les mots l’abandonnaient et il naviguait sur une barque fragile où il voyait des vagues de mots se fracasser sur les rochers.

Finalement, le hasard a sonné à sa porte par un beau jour de septembre. Lorsqu’il a ouvert, une femme grande et brune, à la voix grave lui a dit.

  • Monsieur Hazard ?
  • Oui, c’est moi.
  • Je me hasarde – si je peux me permettre – chez vous car j’ai besoin d’une réponse à ma question.
  • Je vous en prie, madame, dites.
  • Je travaille pour l’association « Méditation et yoga » et…
  • Vous savez, la méditation et le yoga, moi…

Cette déesse de la méditation était si grande et altière qu’elle l’a néanmoins convaincu de l’écouter. La question était la suivante.

  • Connaissez-vous votre enfant intérieur ?

Monsieur Hazard n’en savait rien mais, au hasard, il lui a répondu que non et il l’a fait entrer.

S’en est suivie une cérémonie étrange : lui était allongé sur le dos, elle assise derrière lui avec une tourmaline en forme de rose qu’elle lui a posée sur le cœur. Puis elle a commencé la séance que je résumerais ainsi :

Prenez conscience de votre puissance, fermez les yeux, libérez les énergies négatives, oubliez les brusques brisures dans les brèches de la vie. Levez-vous, avancez, regardez le point le plus lumineux, une femme arrive devant vous,  vous la regardez droit dans les yeux, vous la caressez, la déshabillez, lui demandez de s’allonger avec vous, puis vous faites l’amour avec elle, lentement, très lentement. Une joie à nulle autre pareille pénètre en vous et maintenant vous dormez.

Combien de temps avait-il dormi ? Il lui était impossible de s’en souvenir mais quand il s’est réveillé, il était nu et il n’y avait personne à ses côtés. Dans ses mains repliées sur son cœur, il y avait un carnet bleu ciel où des fleurs liaient leurs pétales insolites. Il l’a ouvert et sur la première page,  il a lu en lettres violettes :  « Carnet d’écriture pour l’homme qui cherchait le hasard ».

C’est sur ce carnet qu’il a écrit son premier roman dont le titre fut : «  l’homme qui cherchait le hasard ».

 

PS : prochain texte, jeudi.

26 septembre 2026

L’ankylose

 

Elle était atteinte d’ankylose de l’imagination et ce mal l’agaçait, d’autant plus qu’elle était écrivaine. Une fois chez le médecin, pour renouveler son ordonnance contre le cholestérol, elle lui raconta tout de même son problème d’ankylose. Celui-ci sourit et lui dit.

  • Combien de patients préfèreraient cette ankylose à une autre !
  • Oui, mais le problème c’est que je n’arrive plus à écrire d’histoires.
  • Vous êtes écrivaine ?
  • Oui.
  • Alors, au lieu d’écrire des histoires, racontez-en, faites comme nos femmes et hommes politiques !

Elle le remercia poliment de son conseil, mais quand elle fut dans la rue, elle se dit qu’il s’était copieusement moqué d’elle car il savait que son mari était un homme politique. Il était possible qu’il le détestât, ou peut-être n’était-ce qu’un petit trait d’humour, de ceux qui donnent à la journée un petit coup de fouet.

 

PS : prochain texte, lundi.

24 septembre 2026

Le charcutier

 

Quand Léa est rentrée de ses courses chez le charcutier, elle s’est précipitée dans le salon où son mari regardait un match de la coupe du monde de football.

  • Il paraît que le charcutier regarde des films cochons.

Son mari galvanisé par le but de Mbappé lui a répondu.

  • Normal pour un charcutier.
  • Quoi, normal ?
  • Eh bien un charcutier vend de la viande de cochon ou de porc, non ?
  • Décidément rien ne t’intéresse à part les blagues et le foot.

Et elle est partie téléphoner à son amie Myriam dont l’écoute serait certainement meilleure. Celle-ci a répondu à la deuxième sonnerie et après avoir écouté son amie, elle lui a dit.

  • Ça ne m’étonne pas. Le charcutier a toujours un regard salace quand il est au comptoir.
  • Tu trouves ?
  • Bien sûr, il suffit de mettre un décolleté pour qu’il plonge ses yeux dedans. Mais au fait, comment tu l’as su pour les films cochons ?
  • Par Noémie, la cousine de la femme du charcutier, tu sais qu’on est très amies.
  • Et comment elle l’a su, elle ?
  • Par la femme du charcutier.
  • Attention, tu sais que Noémie ne s’entend pas vraiment avec sa cousine.
  • Et alors ?
  • Eh bien, elle a pu se servir de cette histoire de cochon pour construire une petite histoire un peu cochonne.  Certaines personnes ont une imagination débordante.

Puis elle s’est tue en se souvenant de l’histoire que Noémie lui avait raconté sur l’épicier qui, soi-disant, vendait des épices qu’il « assaisonnait » de cannabis et celle sur le boucher qui dormait en chien de fusil avec sa femme car il ne voulait pas avoir de relations sexuelles avec elle.

Elle se demandait si Noémie n’était pas hystérique.  Elle en toucherait deux mots discrets à la femme du charcutier qu’elle voyait au cours de yoga car, après le cours, c’était bavardages et commérages à foison…

 

PS : prochain texte, samedi.

22 septembre 2026

La voisine

 

Hier, j’ai fait la connaissance de ma nouvelle voisine, âgée mais adorable, tellement adorable qu’elle m’a proposé, pour mon déménagement, de garer le camion devant sa porte de garage. Je lui ai demandé malgré tout.

-          Vous êtes sûre et certaine que cela ne vous dérange pas ? Je ne voudrais pas abuser.

-          Mais non, pas du tout, m’a-t-elle assuré de son sourire le plus charmeur.

Je lui ai souri en retour et je me suis dit que j’avais vraiment de la chance de tomber sur une voisine pareille. C’est tellement rare les personnes âgées qui spontanément vous proposent de vous rendre la vie plus simple.

Le lendemain, j’arrive avec la camionnette et quelques amis venus pour m’aider. Comme convenu, je l’arrête devant chez elle et on commence à débarrasser les affaires. Deux heures plus tard la police arrive et me dit de laisser l’accès libre au portail. Je leur réponds que si je suis garée là, c’est en accord avec la voisine. Enervé,  le policier à moustaches me répond.

-          Voyez-vous, ça m’étonnerait. Madame vient justement de nous appeler pour nous dire que vous refusiez de bouger votre camion !

Je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un « merde » retentissant. La salope, ai-je pensé en mon for intérieur. Elle allait voir ce qu’elle allait voir. Le lendemain je lui écrivais une petite lettre où je lui expliquais mon incompréhension en concluant que pour moi, oui c’était oui et non c’était non. Le jour suivant, je trouvais une lettre dans ma boîte aux lettres me disant.

« La jeunesse, mademoiselle, c’est l’absence de respect, et vous venez de me le prouver. Chez vous le vernis d’humanité semble mince. Dommage, car nos relations de voisinage risquent d’être difficiles ! »

 

PS : prochain texte, jeudi.

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