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Presquevoix...

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2 septembre 2026

La rentrée

 

Les deux nuits qui précédaient les rentrées scolaires, c’était toujours la même chose, des cauchemars : soit elle arrivait nue dans la salle de classe, soit en pyjama, soit elle n’avait pas de cartable avec ses cours, mais un grand panier à provisions.

Maintenant, elle est retraitée, les  rentrées scolaires et les cauchemars ont disparu, mais un rêve récurrent est entré dans sa vie : elle est convié à un enterrement et ne sait pas de qui, sauf qu’à un moment donné, elle apprend que ce sera le sien.

 

PS : prochain texte, vendredi.

31 août 2026

La chatte

 

Il détestait cette chatte dont il avait hérité à la mort de sa voisine. La chatte non plus ne l’aimait pas.  Dès qu’il entrait dans la pièce où elle se trouvait, la bête feulait, son poil se hérissait et elle semblait lui dire :  Sors tout de suite ! Dès qu’il voulait lui parler, un chat dans la gorge l’empêchait de sortir quelque son que ce fût.

C’était certain, la chatte lui en voulait, et pour une raison très simple : il avait tué sa maîtresse en lui fournissant les petites pilules de la mort qu’elle réclamait depuis deux ans. Il faut dire qu’ elle souffrait et 95 ans, n’était-ce pas un bel âge pour disparaître ?  Il lui avait bien sûr promis de garder sa chatte.

Quinze jours après le décès de sa voisine, fatiguée du couple haineux qu’il formait avec la bête,  il lui avait présenté Aglaé – son amie d’enfance, amoureuse de chats en tout genre. Depuis, la chatte ne feulait plus mais son poil se hérissait encore. Elle semblait lui dire : envoie-moi chez Aglaé ! Ce qu’il fit.

Une fois la chatte partie, sa vie suivit son chemin entre musique, silence et écriture. Il en fut ravi, la chatte aussi, et jamais ils ne se revirent. Le dernier SMS d’Aglaé, c’était une photo de la chatte avec, devant elle, un MERCI signé « La chatte de ta voisine décédée ».

Il sourit et se jura de ne jamais avoir d’animaux… sauf humains, peut-être !

 

PS : prochain texte, mercredi.

29 août 2026

Les femmes des uns ressemblent rarement à celle des autres

 

Quant Fabien a parlé de sa nouvelle amoureuse, Léa, à son ami Jean, celui-ci lui a répondu.

  • Bof, je trouve qu’elle à ce qu’on appelle un charme à doses homéopathiques, Léa.
  • Eh bien moi, je la trouve radieuse.
  • Parfait, comme ça, pas de concurrence entre nous. Et que penses-tu de Joana ?
  • Rien. Pourquoi, je devrais en penser quelque chose ?
  • Je suis fou amoureux d’elle.
  • Ah ! Moi, Joana, elle me laisse froid, tout comme son humour d’ailleurs.
  • Tout de même, elle a un certain succès avec ses blagues.
  • Du réchauffé. Dans deux ans, elle te répètera toujours les mêmes, qui ne te feront plus rire. D’ailleurs elles ne sont même pas d’elle, ces blagues.
  • Et alors ? Et ses yeux verts ?
  • Je préfère ceux de Léa, couleur noisette.
  • Et Léa, elle te fait rire ?
  • Pas le moins du monde mais je ne l’ai pas choisie pour ça.
  • Et pourquoi tu l’as choisie alors ?
  • Laisse-moi réfléchir…
  • Je t’en prie, prends ton temps.
  • En dehors de ses yeux noisette, je l’ai choisie pour ce qu’elle provoque en moi.
  • C’est à dire ?
  • Elle me fait bander.
  • Bonne raison, et c’est tout ?
  • C’est déjà pas mal.
  • Et toi, pourquoi tu as choisi Joana ? le comique est-il chez toi un catalyseur d’érection ?
  • Ah ah ah, arrête sinon...
  • Alors quoi ?
  • Elle ressemble à une actrice qui provoquait en moi un certain effet.
  • Quel genre d’effet ?
  • Eh bien, euh…, elle me fait penser à ma mère.
  • Ta mère ? Tu plaisantes !
  • Pas du tout. A ma mère quand elle était jeune, bien sûr.
  • Ça alors, tu m’en diras tant !
  • Et à quelle actrice ressemblait ta mère jeune ? Pas Brigitte Bardot tout de même !
  • Non, Claudia Cardinale.
  • Je ne te dirai pas que ta mère a mal tourné avec l’âge, mais bon, j’avoue que je ne lui ai jamais trouvé une tête de Claudia Cardinal, même quand elle avait quarante ans !
  • Nous n’avons pas le même regard, c’est tout.
  • Certes. C’est comme si je disais que ma mère avait ressemblé à Jane Fonda
  • Ah Ah Ah, elle est bien bonne celle-là. Ta mère ressemblait plutôt à…
  • A qui ?
  • A rien, à rien du tout.
  • Merci de ta réponse.
  • Allez, je dois partir car j’ai rendez-vous avec léa. Dis bonjour à Joana.
  • Je n’y manquerai pas. Et toi, dis bonjour à Léa.

Fabien et Jean sont partis en direction inverse et ne se sont revus que lorsque la mère de Jean est décédée.

 

PS : prochain texte, lundi.

 

26 août 2026

Les prothèses

 

Une fois arrivé à la boutique « écouter, voir » où il avait acheté ses prothèses auditives, voici le discours qu’il teint à la toute jeune femme qui l’accueillit.

  • Depuis que j’ai mes prothèses auditives, je parle bien moins fort car je ne supporte plus ma propre voix. Le problème, c’est que mes élèves ne m’entendent plus. Alors que faire ? Enlever mes prothèses et ne pas entendre mes élèves ou les garder et ne plus pouvoir supporter ma voix.

La jeune femme observa quelques instants cet homme d’environ soixante ans et lui répondit.

  • Combien d’années vous reste-t-il avant la retraite ?
  • Deux ans.
  • Ce n’est pas long. Eh bien je peux régler deux ou trois trucs sur vos prothèses, mais à votre place, je ferais ce qui me convient le mieux. C’est marrant mais je suis sûre que je vous ai eu comme prof de maths au lycée Corneille.
  • Peut-être. Votre nom, c’est ?
  • Duroux, Léa Duroux.

Il réfléchit

  • Exact. Il me semble d’ailleurs que les maths n’étaient pas votre discipline préférée, mais vous étiez une élève agréable.
  • Merci. Effectivement, je détestais les maths. Pas vous, bien sûr, car vous étiez plutôt aimable, si je puis dire. D’ailleurs, je me souviens qu’à l’époque,  vous ne parliez pas très fort et jamais vous n’éleviez la voix, au contraire de votre collègue, Madame Prompt.
  • C’est vrai, j’ai toujours préservé ma voix. Et à quoi bon crier dans ce monde de bruits incessants.
  • Vous préfériez l’humour, si je me souviens bien.
  • Exact, un peu d’humour de temps en temps, ça ne fait pas de mal à la santé ni au mathématiques, bien au contraire, et le rire peut porter conseil, parfois. En tout cas, je vois que vous avez trouvé un emploi qui semble vous convenir.
  • Pour l’instant. Après, on verra. Peut-être que je serai prof, un jour, qui sait ?
  • De quoi ?
  • Pas de maths, c’est sûr. Enfin, je dis ça, mais prof, ce n’est pas un travail qui me plairait. A vrai dire, je joue du saxo dans un groupe. Tenez, on joue au club de jazz de la rue des bons enfants. Passez donc m’écouter.
  • La musique adoucit les mœurs, dit-on, et peut-être les oreilles, aussi.  D’accord j’irai un de ces soirs. Merci pour l’écoute et les conseils.
  • De rien. Tiens, je pourrais peut-être faire de la musicothérapie… qui sait ?

Il acquiesça et sortit de chez « écouter-voir » le sourire aux lèvres. Mais oui, cette Léa, il s’en souvenait très bien. C’est même elle qui lui avait dit, un jour, après un cours : « Monsieur, je crois que vous devriez consulter pour vos oreilles, car parfois on dirait que vous répondez à côté de la question posée. On vous appelle même le professeur Tournesol. »  Il avait souri et lui avait répondu : « Les bons conseils font les bons élèves. Merci Léa. En tout cas, si vous n’avez pas une idée de la profession qui vous conviendrait, moi je dirais : psychologue ou ORL ! A demain. »

 

PS : prochain texte, samedi.

 

23 août 2026

L’encensoir

 

Dans son enfance, il avait été enfant de chœur à l’église de son village et il adorait raconter cette expérience. A l’époque, l’église était sa deuxième maison ou presque. Un épisode, particulièrement, amusait le public, celui de l’encensoir dont il était tellement tombé amoureux que le curé le lui avait confisqué.

Sa passion de l’encens l’avait conduit, un jour, à charger à mort l’encensoir. Pourtant, avant chaque messe, l’abbé répétait : une demi cuillère à café d’encens pas plus, sinon tu pourrais gâcher ce précieux rituel qui consiste à purifier l’air afin de faire monter la prière vers le ciel.

Ce dimanche-là, la demi-cuillère avait pris la forme de deux cuillères à soupe et il avait fait tourner l’encensoir comme une toupie volante. L’église s’était peu à peu emplie de fumée et les fidèles avaient été obligés de la quitter.

Quant à l’enfant, le curé l’avait coursé, lui avait arraché l’encensoir des mains et lui avait hurlé.

  • Fini, c’est fini, le seigneur ne veut plus que tu portes l’encensoir, et peut-être ne veut-il même plus de toi comme enfant de chœur. Rentre chez toi et viens te confesser en fin de journée.

L’enfant n’est pas allé se confesser, les parents ont été appelés, le curé a vu rouge et l’enfant a été privé de communion malgré les protestations des parents qui ont menacé d’écrire au pape. Le curé leur a répondu simplement.

  • Allez-y, écrivez-lui au Pape. Il ne vous répondra pas. Si vous saviez le nombre de lettres qui lui arrivent ! Moi je lui ai écrit il y a un an parce que l’église tombe en ruines et je n’ai toujours pas eu de réponses !

L’affaire en était restée là. Mais l’abbé Lampadaire – c’est ainsi qu’il s’appelait bien qu’il n’ait nullement été un phare de la pensée – l’avait privé d’encensoir et l’avait  gardé à l’œil jusqu’au jour de sa communion !

L’Abbé, il l’avait rencontré trente ans plus tard, par hasard, dans les rues de Cherbourg et il lui avait demandé.

  • Bonjour Monsieur l’Abbé, vous vous souvenez de moi ?
  • Et comment ! Tu es l’enfant de chœur a la tête d’ange qui a failli me faire brûler mon église.
  • Juste de la fumée, Monsieur l’abbé, juste de la fumée.
  • Peut-être, mais comme tu le sais, il n’y a jamais de fumée sans feu.
  • C’est vrai ! Allez, au revoir Monsieur l’Abbé et au plaisir de vous revoir un jour.

Et il est parti sans attendre le sermon de l’Abbé qui n’allait pas manquer d’arriver.

 

PS : prochain texte, mercredi.

 

22 août 2026

Rhapsody in blue

 

Quand ils écoutaient « Rhapsody in blue » de Gershwin, elle avait l’habitude de lui dire : « Cette musique, c’est la nôtre, c’est toi et moi ! »

Aujourd’hui, il est assis au premier rang de cette salle de concert et il écoute cette musique de Gershwin qui signe la fin du spectacle, mais il est seul. Elle, elle est partie sur un désaccord, il y a deux ans.

A la fin du morceau, il sent une main se poser sur son épaule. Il se retourne, sûr de la voir, pourtant non, ce n’est pas elle, c’est une inconnue qui ne lui ressemble pas.

- Je vous connais, affirme-t-elle, mais je ne me souviens plus d’où.

Il est sur le point de lui dire qu’il ne la connaît pas, mais il se retient et dit.

- Votre visage me dit quelque chose, effectivement...

Parfois, il suffit d’une musique pour qu’une rencontre se fasse.

 

PS : prochain texte, demain.

20 août 2026

Le chien

 

Accusée de violence par sa compagne, cet homme fut obligé de se présenter au poste de police. Il s’y rendit avec une tenue neutre, se souvenant des conseils de son père : « la tenue c’est la première impression que l’on a de toi. »

Une fois assis devant la femme officier de police qui lui fit connaître la plainte déposée par sa compagne, il déclara calmement.

  • Je ne suis pas responsable de ces violences, c’est mon jeune chien qui aime jouer qui est responsable. Les morsures, c’est lui, le désordre dans la maison, c’est lui, les cris, c’est lui. Il est impétueux et la femme avec qui je vis n’a jamais su parler à des chiens.

La policière, à bout de patience, finit par lui dire énervée.

  • Les coups de ciseaux et le viol, c’est le chien aussi ?

L’homme la fixa de ses yeux noirs et répondit.

  • On voit madame que vous n’avez jamais élevé de chien.
  • Vous affirmez donc que votre compagne ment.
  • Exactement. Cette femme est une perverse narcissique qui ne sait pas quoi faire pour se faire remarquer. Alors, elle vient montrer des blessures qui n’en sont pas, et de préférence à une femme officier de police.
  • Mais monsieur, je les ai vues de mes yeux vus, ces blessures.
  • Peut-être.
  • Comment ça peut-être ?
  • Je n’étais pas là quand vous les avez vues.
  • Sachez qu’à la fin de l’enquête, je transmettrai vos réponses au procureur de la République, qui décidera des suites à donner, suites qui ne seront peut-être pas ce que vous espérez.
  • Ça, nous verrons madame, nous verrons. Au revoir.

L’homme sortit du bureau la tête haute. Une fois la porte fermée, la policière tapa du poing sur la table en disant : « Connard, toi tu n’y échapperas pas. »

Entendant le bruit, son collègue arriva et lui dit.

  • Ça va Nadia ?
  • Ça va, ça va, mais j’ai de plus en plus de mal à me maîtriser face à des témoignages qui ne sont que de purs mensonges.
  • Tu verras, au bout de deux ans, tu auras pris le rythme.

Elle se contenta de sourire en pensant qu’il était peut-être plus facile de trouver le rythme quand on était un homme.

 

PS : prochain texte, samedi.

 

18 août 2026

Vous avez dit jet-ski ?

 

Après « sea sex and sun », chanté par BB, nous avons, chanté sur un air de vagues par EM, notre teen-ager présidentiel : « bolide, biceps, vitesse ».

Et dire que sur son jet-ski, « en marche » arrière depuis mi 2017, il s’est employé à mettre à terre les services publics et à augmenter la précarité !

Je n’aurai qu’un mot, « Pov type », comme le dit Titeuf, dans ces BD que j’ai si souvent lus à mon fils lorsqu’il était enfant !

 

PS : prochain texte, jeudi.

10 août 2026

Marie et l'enfant

 

La dernière fois, en confession, Marie avait demandé au curé si la vierge avait été violée.

  • Mais non, ma fille, pas du tout, avait répondu le curé. Tu es allée au catéchisme me semble-t-il, alors tu connais l’histoire.
  • Eh bien moi, oui, je m’appelle Marie, j’ai été violée et je suis enceinte, répondit-elle.

Le curé se tut et le silence régna de l’autre côté du confessionnal. Comme il ne disait rien, Marie conclut.

  • Voilà, c’est tout ce que j’avais à vous dire.
  • Comment ça c’est tout. Tu n’as rien dit à personne ?
  • Non.
  • Et qui t’a violée ?
  • Je le connais pas bien. Je l’ai rencontré à une fête.
  • Donc il t’a violée pendant la fête et tu es enceinte ?
  • Oui,
  • Eh bien, il faut aller le dénoncer. Je ne peux pas le faire à ta place, c’est le secret de la confession.
  • Le problème c’est qu’il y a un autre secret.
  • Lequel ?
  • Il s’appelle Gabriel, comme l’archange.
  • Et alors ?
  • Il m’a dit que cet archange apporte de bonnes nouvelles.
  • Et tu crois que l’enfant est une bonne nouvelle ?
  • L’enfant oui, mais pas le viol.
  • Oui, mais un enfant après un viol, tout de même, ce n’est pas possible. Et puis tu es jeune.
  • Gabriel, vous le connaissez, mon père.
  • Moi, je le connais ? A part l’archange je ne vois pas d’autre Gabriel…
  • Mais si.
  • Mais non, ma fille, mais non.
  • Mais si. C’est le fils du maire.
  • Le fils du maire, celui qui a 35 ans et qui est marié, alors que toi tu as 16 ans.
  • Exactement.
  • Mais quelle histoire, quelle histoire !
  • Alors je fais quoi ?
  • Eh bien, je vais essayer de lui parler à Gabriel car son fils vient au catéchisme.
  • Merci mon père.

Et l’adolescente sortit de l’église. Le curé, lui, s’assit sur un banc, non loin du Christ sur sa croix et il lui demanda son aide. Le Christ attendit un instant et lui dit.

  • Ne suis-je pas moi-même l’enfant d’un viol que l’on a dissimulé depuis la nuit des temps en se cachant derrière l’archange Gabriel ? Cette jeune fille n’a pas demandé à Gabriel de la violer, j’imagine ? Et je ne pense pas que ce Gabriel se prenne pour l’archange Gabriel, celui qui protège les femmes enceintes. Ce Gabriel n’est qu’un être frustré dont la vie sexuelle est un lamentable échec. D’ailleurs, tu le sais toi-même car tu l’as eu en confession et il t’a longuement parlé de sa femme qui ne voulait plus avoir de relations sexuelles avec lui. Le sexe est un organe bien fragile, tu le sais. Si tu n’as pas péché toi-même, tu as eu des lectures qui t’en ont dit long et pas que, je le sais, ne mens pas. Une adolescente ne doit pas tomber dans la bouche d’un prédateur. C’est tout. Va voir Gabriel et dis-lui simplement que tu sais. Il comprendra. Je n’ai plus rien à ajouter.

Envahi par la marée montante de ses émotions, le curé resta assis une heure durant. Il sortit ensuite de l’église pour se rendre chez le fils du maire. Au moment où celui-ci ouvrit la porte, le curé lui dit : Je sais !

Gabriel répondit aussitôt.

  • Oui, j’ai péché mon père, mais elle m’a incité à le faire.
  • Quoi ? L’enfant ou le viol ?
  • Elle est enceinte ?
  • Oui.

Gabriel sortit, ferma la porte de chez lui et demanda au curé de lui accorder une confession. Ils marchèrent tous deux, tête baissée vers l’église, sans dire un mot. Une petite ondée humidifiait l’atmosphère de cette fin de journée et le curé se dit que cette confession serait son chemin de croix.

Une fois dans le confessionnal, le curé commença ainsi.

  • Tu as violé Marie, elle est enceinte, que comptes-tu faire maintenant ? Et surtout, ne me dis pas que tu t’es pris pour l’archange Gabriel.

Ils entendirent tous deux le bruit des ailes des pigeons qui virevoltaient à l’intérieur de l’église, et le curé se demanda s’il n’allait pas être le pigeon de l’affaire. Gabriel se racla la gorge et commença son récit.

  • Oui, j’ai vu Marie à une fête et elle s’est confiée à moi, avant que ça arrive.
  • Confiée à toi ?
  • Oui, des problèmes qui la hantent.
  • Mais elle te connait à peine.
  • C’est mon élève au lycée.
  • Ah, je vois. Et donc ?
  • Vous savez que je suis croyant, mon père, et donc, c’est comme si elle me demandait un éclairage sur son chemin de vie.
  • N’exagérons pas Gabriel.
  • Mais si. Vous me direz c’est peut-être mon éducation religieuse qui m’a un peu influencé.
  • Mais je ne t’ai pas incité à violer lorsque tu suivais les cours de catéchisme Gabriel.
  • Non, certes. Mais vous savez que je suis robuste.
  • Frustré, tu veux dire ?
  • Si vous voulez.
  • Mais l’archange n’a jamais violé personne, lui.
  • Oui, c’est vrai, mais il a annoncé l’enfant à Marie.
  • Mais toi tu ne l’annonces pas à Marie cette enfant, tu la violes et tu lui donnes un enfant, ce n’est tout de même pas pareil, non ?
  • Si vous le dites. Marie m’a tout de même demandé un enfant.
  • Un enfant à 16 ans ? Tu plaisantes ? En plus tu en as déjà un.
  • Je ne sais pas si c’est le mien.
  • Drôle de raison Gabriel ! Il est vrai que Gabriel signifie « force de Dieu », mais là, cette force tu l’utilises pour contraindre et opprimer. Il ne s’agit donc plus de religion.
  • Vous savez mon père que la religion mène à tout.
  • Mais pas à violer, mon fils, pas à violer.
  • Et puis l’Annonciation c’est…
  • Arrête avec l’annonciation ou moi, je vais te parler de l’annonciation que Marie va faire à la police.
  • C’est-à-dire ?
  • Je vais lui demander de te dénoncer Gabrlel, c’est tout.
  • Vous ne pouvez pas.
  • Ah bon ?  Sors du confessionnal et rentre chez toi. Je vais parler à Marie.

Marie revint le lendemain et entra à nouveau au confessionnal pour sa deuxième déclaration.

  • Gabriel a avoué ma fille. Je te conseille maintenant d’aller au poste de police pour l’accuser.
  • Ma mère ne veut pas.
  • Anne ne veut pas, mais pourquoi ?
  • Elle dit que ce serait une tâche dans notre famille et que je dois me taire.
  • Et ton père, Joseph ?
  • Il se tait, comme souvent.
  • Et l’enfant ?
  • On le garde. Ma mère va m’envoyer chez ma grand-mère et on dira que c’est celui de mes parents.

Le curé n’en crut pas ses oreilles.

  • Et Gabriel ?
  • On ne dira pas que c’est le père.
  • Et toi, tu en penses quoi ?
  • C’est bien.

Le curé mit fin à la confession en lui disant qu’il la pardonnait et se rassit sur le banc situé à côté de la statue du Christ. A nouveau il lui demanda son aide, et le Christ répondit.

  • Je vois que la religion peut mener à de tristes « conneries », si je peux me permettre. Est-ce l’enseignement que l’on en fait ? Est-ce les fidèles qui sortent eux-mêmes des textes sacrés ? Est-ce – et c’est encore plus grave – ce qui est dit sur ma naissance ? Je pense qu’il est temps de dire aux fidèles que ma mère a été violée. Je te demanderai donc d’écrire une lettre au Pape et de lui parler longuement de l’histoire de Marie. Pour ma part, je vais entrer en communication direct avec lui et j’espère qu’il mettra en branle – si je peux me permettre - le Vatican. Il n’y a pas de pire ennemi que l’aveuglement. Le Pape se doit de faire un discours aux catholiques du monde entier. S’il ne le fait pas, il disparaîtra, et place au deuxième jusqu’à ce que, enfin, il y ait un pape qui ouvre les yeux !

Le curé longtemps pleura, et toutes ces larmes imprégnaient son col romain blanc du poids de sa fragilité d’être humain. Toute une éducation à refaire, tout un discours à construire, toute une lettre à écrire au Pape, se pape qu’il n’avait jamais rencontré et qui, peut-être, la bannirait, qui sait ? Il ferait ce chemin, certes, mais que d’efforts et tout ça à cause de la confession de Marie.

 

PS : prochain texte, mardi 18 aout.

8 août 2026

La citation

 

Bruno était un collectionneur de plaisirs.  Quand le déplaisir pointait son nez, sa peau se hérissait, ses yeux se cernaient et sa bouche laissait apparaître une vilaine grimace. A ce moment précis il savait qu’il devait trouver un plaisir, petit ou grand, et il s’y employait avec fougue jusqu’au jour où il découvrit, écrite sur un banc, cette citation de Julien Green : « Le plaisir tue en nous quelque chose. »

Sa chasse aux plaisirs s’arrêta immédiatement et il commença à humer la vie en inspirant et expirant profondément.

Il est étonnant de constater que parfois, une simple citation peut nous conduire sur un sentier inconnu et changer le cours de notre vie.

 

PS : prochain texte, lundi.

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