Le narco trafiquant (suite et fin)
Le soir même il l’appelait à l’hôtel : rendez-vous le lendemain matin au De bon’heur pour un brunch avec un frérot, avait-il dit. Un brunch a-t-elle pensé ? Comme c’est étrange.
Elle a passé une nuit exécrable avec des narco trafiquants plein ses rêves, quelques Kalachnikov, et une personne blessée par un flingue dans un café, elle. C’est à ce moment là qu’elle s’est réveillée. Il était 7 heures.
Elle a ouvert les rideaux, un ciel bleu et une vue merveilleuse sur le port de Marseille. Le bonheur était là. Que demandait-elle de plus ?
Soudain son téléphone a sonné. Une voix inconnue lui a dit.
- Changement de local, on va plus au bon’heur, mais même heure au TVB café, c’est calme, ya de l’espace, on y sera avant vous, et la voix a raccroché.
Fini le bonheur a-t-elle pensé en souriant. Elle a regardé l’adresse sur internet et a remarqué que le TVB café était bien plus classe que l’autre.
Deux heures plus tard, une fois à l’intérieur du café, elle s’est aperçue que le type du train était assis à une table près de la fenêtre avec quelqu’un d’un peu plus jeune que lui. Elle s’est dirigée vers eux. Pas de présentation, rien que des faits, juste des faits. Il lui a tout de suite montré une photo.
- Voilà le bâtard, un mec de droite. Tu le connais j’imagine ?
- Euh oui, mais, ça n'a pas l’air d’être son genre.
L’autre type l’a regardé l’air moqueur. Un visage dur, émacié, une peau blanche, et une cicatrice sous l’œil droit.
- Ya pas de genre pour les bâtards. On aura sa peau. C’est tout.
- Il est accusé de quoi ? a-t-elle demandé.
Le type du train a répondu.
- Wallah, il se fait du fric sur notre dos, et je jure que c’est vrai. Ya des limites à la bienséance, comme ils disent, chez les bourges !
- Qu’est-ce que je dois faire ?
- On te donne les informations, tu vois les vidéos – et il y en a beaucoup – tu écris ton article et tu diffuses. C’est tout.
- Et si mon journal ne veut pas ?
- Tu passes par d’autres journaux. Tu connais ça mieux que moi, non ?
- Et moi, je risque quoi ?
- Juste la gloire. Enfin, il faut aussi que tu la fermes si on t’interroge. De toute façon, Ils auront pas besoin de t’interroger, Une enquête et le mec est au trou. Fini la politique pour lui.
Elle a accepté. L’article est sorti une semaine plus tard sur un grand quotidien, repris par le canard déchaîné avec un titre moqueur : « La droite ou je coke donc je suis ». Deux jours plus tard le député était interviewé au journal de 20 heures, l’œil larmoyant ; mais un mois plus tard, l’enquête progressait à grande allure. Le trafic de drogue ne pardonne pas.
Quant à elle, devenue journaliste émérite, elle n’a plus eu aucune nouvelle de l’homme du TGV Paris Marseille. Sauf, trois ans plus tard, au café de flore où elle s’était arrêtée pour le plaisir de rêver en terrasse. Il était assis à côté d’une très jolie femme. Il lui a fait un signe et s’est déplacé vers elle.
- On se connait je crois.
- Oui TGV Paris Marseille. Je dois vous remercier d’ailleurs.
- Moi aussi, un taulard chez les députés, c’est rare, non ?
- Toujours la même carrière pour vous ?
- Oui, mais j’ai monté en grade.
- Bravo. Vous avez une bien jolie compagne.
- Une amie, plutôt… Je vous laisse car elle m’attend. Au fait, vous voyez, je vous avais pas menti en disant que vous aussi vous monteriez en grade.
- C’est vrai. Inattendu, effectivement. Il faut dire que je me défonce… au travail, bien sûr !
Elle l’a regardé s’asseoir à la table de son amie et s’est immédiatement dit qu’elle la connaissait, mais oui, elle avait vu cette superbe jeune-femme dans un film, mais lequel ? Cette actrice savait-elle qui il était ?
PS : prochain texte, dimanche.
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