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Presquevoix...

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17 février 2026

Le dentiste

Le dentiste

 

Mon dentiste, Monsieur DUREX, est un homme étonnant. Vous me direz, avec un nom pareil !

Quand son nom me vient à l’esprit, je ne pense ni à mes dents, ni aux préservatifs, mais à la locution latine « Dura lex sed lex », qui peut se traduire par « dure est la loi mais c’est la loi ». Et je n’ai pas tort de penser à ça, car la dernière fois que je suis arrivée devant son cabinet, j’ai vu l’affiche que vous pouvez lire ci-dessus.

Monsieur DUREX a, il est vrai, un certain humour et il n’est plus très jeune. Alors que j’étais assise sur ce fauteuil que je déteste tant et que ma bouche était ouverte, il m’a dit.

  • Cela fait 30 ans que je surveille des dentitions et que je travaille dans l’intimité buccale de mes clients. Un métier pas simple, je ne sais pas ce que vous en pensez ?

J’ai juste fait un hein hein, car évidemment, je ne pouvais pas ouvrir la bouche. Ensuite il a continué en disant.

  • Mon père était garagiste, alors c’est normal que je sois devenu dentiste, chacun son garage ! Ceux que je charcute sont beaucoup plus petits que celui de mon père et moi, je n’ai pas les mains dans le cambouis, mais presque !

Avant que je ne parte de son cabinet, je lui ai dit que le papier qu’il avait scotché sur sa porte m’avait fait sourire et il m’a répondu.

  • Oui, ça m’arrive d’avoir de l’humour. Je m’appelle Durex, alors Dura lex sed lex ; « Ma non bisogna abusare della legge ». Je vous parle italien car les vacances prochaines, on va à Venise avec ma femme. Trente ans de mariage, alors ça se fête ! Allez, je vous souhaite une bonne journée et à dans quinze jours pour le meilleur : Le couronnement. La couronne que vous avez choisie est très belle !

 

PS : Photo prêtée par Mado. Prochain texte, jeudi.

15 février 2026

Vous avez dit écrire ?

 

Au salon de thé où Laura se retrouvait parfois avec son amie d’enfance, celle-ci lui avait demandé.

  • Tu veux que je te dise pourquoi j’écris ?
  • Bien sûr, c’est intéressant.
  • C’est tout simple : « J’écris non pour dire ce que je pense mais pour le savoir. » Bien sûr ce n’est pas de moi, tu t’en doutes, c’est d’Emmanuel Berl.
  • Pourquoi tu dis bien sûr ?
  • Parce que je n’y avais jamais pensé avant de le lire.
  • Mais tu aurais pu, non ?

Son amie avait cette fâcheuse tendance à se dévaloriser en permanence. Elle préféra ne faire aucune allusion aux attentes de ses parents qui l’avait conduite à se cloitrer dans une université de pharmacie plutôt que de faire des études de lettre, elle qui adorait la littérature.

Son amie qui maintenant  travaillait à mi-temps – elle approchait des cinquante ans –profitait de son temps libre pour écrire de nombreux « billets » - comme elle les qualifiait – autour des clients habituels de la pharmacie. Ce lieu n’est-il pas – entre autres – le bureau des pleurs ?

  • Alors quand vas-tu envoyer ton futur manuscrit « le bureau des pleurs » à un éditeur ?
  • Jamais, je ne supporte pas les échecs.

Laura avait souri en concluant par cette réplique de l’excellent film « certains l’aiment chaud » de Billy Wlider : « Nobody’s perfect ! ».

Son amie avait réagi en éclatant de rire.

Les aiguilles de l’horloge de la confiance  se mettaient-elles enfin à tourner ?

 

 

PS : prochain texte, mardi.

13 février 2026

Le roi nain

 

C’est l’histoire du roi nain du pays de Rance qui voulait réarmer démographiquement son pays. Ce roi  était très triste car aucune femme ne voulait accéder à son désir de natalité. La vieille reine constatant que la colère de son époux augmentait chaque jour finit par lui dire.

  • Oh mon roi, tes litanies natalistes ne peuvent être entendues car tu joins à elles des litanies guerrières, n’est-ce pas  paradoxal ? Quelle femme voudrait avoir un enfant dans un pays que la guerre engloutira peut-être ?

Le roi nain réfléchit un instant et répliqua.

  • Ton grand âge n’est nullement synonyme de sagesse, oh ma reine. Les femmes sont trop bavardes. Plus elles vieillissent, plus elles parlent et moins elles pensent, si tant est qu’elles aient pensé dans leur jeunesse.

La reine conclut malgré tout.

  • Ta jeunesse de début de règne aurait dû te conduire 7 ans plus tard vers la maturité, hélas, trois fois hélas, ce ne fut pas le cas. La Pythie de notre pays de Rance a rendu son oracle : tu disparaîtras en mai 2027 !

En entendant ces paroles, le roi nain appela son ministre de l’intérieur à qui il hurla.

  • Coupez la tête de cette conne de Pythie dès ce soir ! Quant à toi, mon épouse, sors et laisse-moi penser en paix en fumant un joint.

Une fois seul, le roi s’allongea sur le canapé Louis XV qui parfois lui servait de lit, et essaya de penser.

 

PS : prochain texte, dimanche.

 

11 février 2026

A bas les poncifs

 

Quand Son ami J.P. lui avait dit que les poncifs et les « poncifiants » le faisaient chier, elle avait ri, mais n’était-ce pas un reproche qu’il lui adressait ?  

Quelques jours plus tard, alors que tous deux marchaient en centre-ville sous un ciel lumineux, J.P. avait clamé à haute voix, en montant sur un plot  : « Jouissons de cette heure ; qui sait quelle tuile vous apportera l’heure suivante ? Ce n’est pas de moi, mais de monsieur Leonardo Padura. Qu’en pensez-vous, vous marcheurs du centre-ville qui marchez sans rien dire ? » Silence, la vie continuait comme si de rien n’était, mais un policier s’approcha de J.P pour lui demander de partir car il dérangeait.  

Le lendemain de ce même jour, au café, J.P. lui avait dit, énervé : « J’ai un grand réservoir, je peux pisser juste deux fois par jour, mais là ça déborde, tu vois, ça déborde.  Et quand ça déborde, il faut que ça sorte, et c’est toi la responsable ! » Mais pourquoi lui avait-il dit ça au fait ? Sans doute  parce qu’elle lui avait signalé qu’à l’âge qui était le sien – soixante ans -  il devrait peut-être apprendre à réfréner ses impulsions car s’il continuait, il risquait d’être débordé par son ombre invasive !

JP vivait vraiment sur une autre planète, mais laquelle ?

 

PS : prochain texte, vendredi.

9 février 2026

Les classes dangereuses

Les classes dangereuses

Les classes dangereuses

Quand elle lui avait dit que son cœur penchait vers les classes dangereuses, cela l’avait un peu effrayé mais il avait foncé malgré tout.

Il la connaissait à peine, mais son prénom – Marie – et sa longue robe mauve, qu’elle ajoutait au-dessus d’une jupe bien plus longue, le faisaient rêver. Oui, c’était elle qu’il devait aimer, sa jeune âme en était sûre.

Elle devait avoir 23 ans, comme lui, et déambulait dans les rues la guitare à l’épaule. Elle jouait mal mais  chantait d’une voix douce qui l’avait presque séduit. Après l’avoir observée de loin, trois jours durant, il s’était approché d’elle et lui avait dit.

  • Si tu veux, je joue et toi tu chantes. Je suis assez « expérimenté » question guitare. Pour le reste, bof.

Elle avait souri en ajoutant.

  • Et les classes dangereuses ?
  • Je m’en fous, avait-il menti.
  • Alors d’accord. J’ai mon répertoire. Tu le connais puisque c’est le troisième jour que tu viens m’écouter. Mais on peut en changer si tu veux, et toi, tu peux chanter aussi.
  • Je préfère jouer, c’est mieux pour la manche, ma voix n’a aucun intérêt.

Et leur duo avait bien fonctionné pendant neuf mois, entre amour et chansons. Il l’aimait, elle peut-être pas, sa voix lui plaisait ; parfois il jouait seul car l’herbe était sa seconde compagne. Elle avait essayé de l’initier à la marijuana mais il avait dit.

  • Je n’ai pas besoin de ça.
  • Tu as de la chance. Il y a ceux qui ont été heureux, et les autres.

Il ne répondait rien et l’embrassait, pour qu’elle oublie. Sauf ce jour-là, où elle a hurlé dans la rue un « TU M’EMMERDES » en cassant sa guitare. Sa guitare et sa voix cassées, il ne lui restait plus rien, alors elle partit.

Mais avant de s’éloigner, elle cria.

  • Quand l’ombre embrase la lumière, il vaut mieux se quitter.

Jamais il ne la revit, sauf dix ans plus tard, après un concert dont il avait fait la première partie.

Elle était  de noir vêtue, une veste et un jean moulant, des rides s’étaient glissées au coin de ses yeux et sa voix était si grave qu’il l’avait à peine reconnue. Elle lui dit.

  • Bravo. C’était très bien. J’ai eu raison de te quitter, comme ça tu as commencé une carrière. Il faut toujours écouter l’herbe en soi.
  • Et toi ? Tu fais quoi, Marie ?
  • Eh bien mon cœur penche de plus en plus vers les classes dangereuses.

 Et elle avait sorti de sa poche son minuscule sachet transparent où le blanc de la cocaïne semblait avoir trouvé refuge.

  • Et pourquoi Marie ?
  • « Pour le plaisir », chantonna-t-elle. Allez, je pars, on n’a pas les mêmes amis tous les deux, moi je suis coke and in, hors la vie, et toi tu es dans la vie. Contente de t’avoir rencontré. A bientôt, peut-être ou…

Et elle partit avant d’avoir terminé sa phrase.

 

PS : prochain texte, mercredi

6 février 2026

Le salon du prêt à tuer

 

Aujourd’hui c’est le salon du prêt à tuer et je suis invitée en tant que journaliste. Ici, ingénieurs, hauts représentants des États, directeurs de grandes entreprises, militaires, tout le monde est là dans son costume d’apparat, avec ou sans médaille.

Eh oui, il y en a des gens à faire disparaitre sur la planète et vite, de préférence, afin de ne garder que les » meilleurs », mais qui fait partie de ce petit groupe de privilégiés qui ne sera pas éliminé ? Mystère, les résultats du grand jeu ne sont écrits nulle part.

Dans ce lieu froid et inhumain où je déambule moi-même en costume, on apprend que d’extraordinaires technologies rendent l’impossible possible. L’intelligence permet actuellement des solutions adroites pour contrôler des foules incontrôlables et en venir à bout. Nous apprenons que bientôt les milices, la police, l’armée ou la surveillance seront les premiers secteurs de l’emploi. Les guerres fleuriront, les systèmes de sécurité atteindront des puissances surprenantes. On nous annonce que le chômage diminuera et l’économie fleurira, alléluia !

Un slogan est revenu en boucle dans ce salon singulier : « Sachons nous protéger pour épargner l’humanité ». C’est aussi ce que nous annoncent les hommes – et femmes – présents sur les stands de ce salon du « noir futur ». Ils ressemblent étrangement à des robots, et leurs sourires avenants me font frissonner.

En marchant à travers les différents stands du salon du prêt à tuer masculin, une question me vient à l’esprit mais bien sûr, je ne la pose à personne : « Bientôt, faudra-t-il tuer pour être heureux ? ».

Et si j’en faisais le titre de mon prochain article ? Renvoi assuré, certes, mais pourquoi pas ?

 

PS : prochain texte, lundi

4 février 2026

Le paquebot

 

Adolescente, elle aurait aimé faire un grand voyage en paquebot, juste pour être suspendue entre deux terres et regarder le sillage de ce roi de la mer.

A bord de ce paquebot de la longueur des rêves, traçant son sillon dans l’océan sans fin, peut-être serait-elle devenue reine ?  Quand elle en parlait à sa mère, celle-ci lui répondait.

  • Rêver, rêver… continue et tu verras où ça te mènera. Tu seras comme ton père qui a préféré rêver et stagner, 20 ans qu’il est routier, jamais à la maison, toujours sur les routes. Ah lui c’est vrai il rêve, pas sur un paquebot, mais dans son camion, et qui est-ce qui se tape le boulot dans la maison toute la semaine ?

Vingt ans plus tard, sa mère était toujours vivante et toujours femme de ménage ; son père, lui, il était mort dans son camion : sortie de route, avait-on dit. Quant à elle, ses rêves de paquebot s’étaient vite terminés au rayon fruits et légumes de super U où elle avait rencontré Jordan, employé au rayon boucherie, et avec qui elle avait eu un enfant.

Parfois elle plaisantait en disant à sa mère.

  • Tu te souviens maman de mes rêves de paquebot ? Eh bien moi, mon paquebot maintenant, c’est surper U, sauf qu’avec lui, on n’a pas le temps de rêver.

Sa mère ne répondait rien. Quant à son mari, dont la gentillesse l’attendrissait souvent, il disait : « Tu verras Linda, tu verras, on va y arriver, et un jour, tu l’auras ton voyage en paquebot ! »

 

PS : prochain texte, vendredi.

1 février 2026

Vous avez dit RIRE ?

 

Les femmes rient-elles plus que les hommes ou est-ce l’inverse ?

 Rire est tout un art car il faut lâcher prise, sortir de ce qui est convenu, oublier le regard des autres et accepter les plaintes de ceux que le rire incommode, et Dieu sait s’ils sont nombreux. Un exemple : lorsque mon amie Manon rit dans les lieux publics, son conjoint lui dit systématiquement que cet « éclat de rire » incommode les personnes autour d’eux. Certes, elle a du coffre et son rire est surprenant, mais diantre, rire la soulage.  En quoi ce rire peut déranger ceux qui l’entourent ?

Nul ne rit des mêmes choses et l’humour, dans chaque pays, se dessine dans des paysages où formes, couleurs et ombres diffèrent.

Le dicton souligne qu’un bailleur en fait bailler trente-six, et que dire d’un rieur ou d’une rieuse ? En font-ils rire trente-six  aussi ?

Quant à avoir la capacité à faire rire les autres, ceci est une autre histoire. L’humour est un travail de longue haleine, sur des chemins où serpente la création alliée au mystère des mots et de leurs associations. Bienheureux celle ou celui qui peut voguer sur la barque de l’humour où voyage aussi l’amour des mots.

Les hommes politiques au pouvoir rient-ils ? Font-ils rire ou se font-ils rire eux-mêmes ? Il serait intéressant d’envoyer un mail à Messieurs Trump, Vance, Poutine, Orban, Macron, Xi Jinping et bien d’autres – ou à la compagne de chacun d’entre eux -  afin de leur poser la question. Hélas, transformer la raideur de pensée qui est la leur en souplesse semble chose utopique ?

Rire ou se faire rire une fois par jour, voilà où pourrait se nicher un semblant de paix dans le monde… si la paix est de ce monde, bien sûr.

Henri Bergson ne disait-il pas que rien ne désarme comme le rire ?

Au fait, j’oubliais, et Dieu, s’il existe, est-il capable de rire ou de faire rire ? Espérons-le, si nous croyons en lui.

 

PS : prochain texte, mercredi

29 janvier 2026

Le salon de thé

 

Au salon de thé – lieu serein où toutes les femmes de plus de cinquante ans se retrouvent dans cette ville de province – son amie Lila lui a dit entre le thé et la tarte aux pommes.

  • C’est étonnant mais depuis que  ma mère est morte, je m’entends bien avec elle.

Clara lui a répondu.

  • Tu vois, des choses germent après le décès. Eh puis, tu l’as suffisamment maudite de son vivant, maintenant tu te reposes, comme elle !
  • Tu as raison. Etonnant, mais j’arrive enfin à changer mon angle de vue, il faut dire qu’ elle n’est plus là pour me rabattre le caquet.
  • Elle avait l’art et la manière de le faire, ta mère.

Lila est restée silencieuse un instant puis a conclu.

  • Oui, les décès ont du bon, ma mère ne m’en tiendra pas rigueur, n’est-ce pas maman ?

Clara n’a rien ajouté, mais elle s’est souvenue d’un proverbe que sa mère répétait souvent de son vivant : « le silence est un ami qui ne trahit jamais ».

 

PS : prochain texte : dimanche

27 janvier 2026

Les Idées à coudre

Les Idées à coudre

 

Avant de sonner chez elle, il remarqua la nouvelle affiche sur sa porte. Quand elle ouvrit il lui dit immédiatement.

  • Pourquoi tu mets ça devant la porte de chez toi, tu manques d’idées ?
  • Au contraire, j’en ai trop et ça fait des jaloux.
  • Euh, dans ton quartier tout de même, ça m’étonnerait.
  • Ben qu’est-ce qu’il a mon quartier ?

Là, il s’arrêta net car il savait qu’elle allait immédiatement débuter ce vieux problème de la lutte des classes. Lui venait d’une famille bourgeoise, et elle d’une famille ouvrière qu’elle glorifiait. Il dévia la conversation de la façon suivante.

  • Donc, dans ta mercerie de romancière, les idées affluent
  • Comme tu le vois. Le titre de mon prochain roman est : « Au bonheur des idées à coudre ».
  • Ah, génial !
  • Pourquoi tu dis génial, je n’ai pas encore fini de l’écrire alors ça m’étonnerait que tu l’aies déjà lu, à moins que tu ne sois voyant ?
  • Je disais géniale, l’idée que tu as eue pour le titre.

Elle le regarda d’un œil noir et se tut. Une fois qu’il fut rentré dans son appartement, elle lui dit.

  • Tiens, je vais te donner un  « dé » de porto et une aiguille à coudre, pour t’éclaircir les idées car je pense que toi, tes idées, elles sont encore dans la doublure de ton cerveau, donc, dans ton cas, il va falloir découdre !

Il ne répondit rien et prit sa place habituelle sur le fauteuil rouge de son vieux salon empire sur lequel il disait parfois  : « C’est bien le prolétariat, mais ensuite on veut vivre dans un salon empire ! »

 

PS : prochain texte, jeudi.

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