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Presquevoix...

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23 janvier 2026

Faire l’amour

 

 

Quand elle le fit entrer dans sa nouvelle maison, elle lui dit tout de suite, à voix basse.

  • Et surtout attention, on ne parle pas de corde dans la maison d’un pendu 
  • Quelqu’un est mort ici ?
  • Je me doutais que cela allait te plaire. Oui, ici, c’est la maison du pendu. Le type qui habitait là s’est pendu par dépit amoureux.
  •  Faire l’amour ici, ça fait un peu peur.
  • Ah bon ? Pourtant tu aimes bien l’imprévu d’habitude.
  • Certes.
  • C’est ce qui me plait chez toi.  Le problème, là, c’est que tu ne m’as pas demandé si ce que l’on a fait la dernière fois m’a fait plaisir.

Il rougit subitement. Avait-elle feint ce jour-là ?

  • Eh bien je te le demande maintenant. As-tu ressenti du plaisir en faisait l’amour avec moi ?

Elle resta silencieuse quelques instants et il eut l’impression que le pendu lui envoyait un message, mais lequel ? Impossible de le décrypter.

Elle finit par répondre.

  • Du plaisir, un peu, mais cela suffit-il dans une pareille maison ?
  • Que veux-tu qu’il se passe ici ? tu veux que je me pende ?

Elle sourit, hésita de peur de lui couper son élan, puis elle déclara.

  • Non, je veux que tu m’attaches.
  • Mais je ne t’ai jamais attachée. Ni avec une corde ni sans corde, d’ailleurs.
  • Justement, ce sera une première ! Ne sont-ce pas les meilleures, les premières fois ?

Décidément, elle déraillait.

  • OK, j’accepte, mais à une condition, qu’on ne fasse pas l’amour dans la chambre du pendu.
  • De toute façon il s’est pendu dans la cuisine, donc la chambre sera parfaite.
  • Très bien, affaire conclue. Alors va chercher la corde !

Avant de se déplacer, elle lui dit.

  • Ta rapidité m’étonne !
  • Mais tu exagères, j’accepte tout de suite ta proposition parce que cela semble te faire plaisir, et ensuite tu te moques de moi. Tu devrais être contente que je passe si vite à l’action.
  • Il ne s’agit pas d’action, mais d’amour.
  • Euh, je dirais plutôt de sexe, non ?
  • Si tu veux.
  • Alors ?
  • Alors je réfléchis.

Il s’assit sur le fauteuil et attendit patiemment la réponse qu’elle lui donna en souriant.

  • Eh bien j’ai changé d’avis. Tu m’attaches, tu peux même me déshabiller, et tu me lis une histoire.
  • Je te lis une histoire alors que tu restes attachée, nue ? Admettons et c’est quoi l’histoire que je dois te lire ?
  • Attention, cela va t’étonner.
  • Eh bien j’attends.
  • Voilà : « Au-delà du principe du plaisir » de Freud.

Il la regarda abasourdie, puis il conclut.

  • Là j’avoue que tu me pousses à bout.
  • Mais attends, je te demande de m’attacher pour que tu me trouves attachante, c’est bien, non ? 
  • Ecoute, là, tu m’emmerdes. Trouves-en un autre. Moi, ça suffit, ma femme m’attend.
  • Quoi ? Tu es marié ?
  • Ben oui, comme beaucoup de gens.
  • Tu es vraiment un salaud de m’avoir trompée.
  • Je te trompe ? Tu plaisantes, c’est plutôt ma femme que j’ai trompée.

Elle se mit soudain à pleurer.

  • Mais pourquoi tu pleures ?
  • J’en sais rien, mais vas-y, laisse-moi et je lirai Freud toute seule.
  • Moi, ce que je te conseillerais c’est d’aller voir un psy plutôt que de lire Freud. Ah, au fait, j’avais oublié de te dire que ma femme s’appelle Hélène, comme toi. Etrange non ?
  • Et moi, mon mari s’appelle Paul, comme toi. Bizarre non ?
  • Parce que tu es mariée ?
  • Ben oui, comme toi.
  • Parfait, un partout. Et maintenant ?

Elle regarda sa montre et lui dit.

  • On a plus qu’une heure pour nous car ensuite mon mari arrive. Tu choisis quoi ?
  • On fait l’amour mais je ne t’attache pas, d’accord ?

Et elle répondit.

  • Parfait. Mais si ça ne t’embête pas, je laisserai « au-delà du principe du plaisir » sur la table de nuit.

Au moment où il sortait de chez elle, 45 minutes plus tard, il croisa un homme grand, en costume noir et au visage macabre. C’était lui le mari ? Sans nul doute. Est-ce qu’il l’attachait, lui ? Peut-être, mais ça ne le regardait pas. Sa femme l’attendait avec son plat préféré : un riz au poulet et au gingembre. Cinq minutes plus tard, il fit demi-tour et revint chez Hélène. Il sonna, celle-ci ouvrit la porte et l’embrassa.

  • Alors, ce jeu-là, ça t’a plu ? Pas mal, effectivement, mieux que le précédent.  Je te propose de manger ton poulet et…
  • Et ensuite on fait l’amour, mais avant tu m’attaches, d’accord ?
  • Affaire conclue.

Il rentra et la porte se referma derrière lui.

 

PS : prochain texte, mardi.

21 janvier 2026

Les détours de langue

 

Depuis quelque temps, Paul avait une étrange façon de prendre parfois un mot pour un autre, ce qui donnait lieu à des quiproquos des plus surprenants.

Lors d’une conversation en tête à tête il lui avait dit.

  • Tu sais que c’est l’anniversaire de Marianne le 3 février et qu’il va falloir se cautériser.
  • Euh, ah bon, mais dis-moi ça va être douloureux alors !
  • Tu ne serais pas un peu radin, toi ?
  • Je ne crois pas. Enfin…
  • Ne te prends tout de même pas pour un bouc hémisphère.
  • Euh non, mes deux hémisphères fonctionnent plutôt bien. Et quelle somme on donne ?
  • Le rien est l’ennemi du bien, tu sais.
  • Ah oui ?
  • 10 euros minimum et jusqu’à 40 si tu as un grand réservoir.
  • Je ne suis pas banquier…

Et la conversation avait continué jusqu’à ce que Paul conclue par

  •  Les phrases parfois prêtent à effusion.
  • Euh tu veux dire confusion plutôt, c’est ça ?
  • Oui, sans doute, mais bon entre l’effusion et la confusion il n’y a qu’un petit pas pour éviter les collisions d’intérêts.
  • Si tu le dis. Tiens, voilà 15 euros puisque c’est toi qui t’en occupes.

Lorsqu’il avait quitté Paul, il s’était tout de même demandé ce qu’il devait lire dans ce jeu d’autos tamponneuses avec les mots. Etrange tout de même, et si Paul devenait sénile avant l’âge ?

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

19 janvier 2026

Le brouillon

Dans son enfance on lui avait donné le surnom de « brouillon », sa vie elle-même  n’avait - elle été qu’un brouillon ?

Le jour de ses quarante ans, avant qu’il ne souffle ses quatre bougies, son père lui avait dit.

  • Quand tu étais petit, tu écrivais comme un cochon, adulte pareil, mais quand vas-tu changer ? Vous le savez, vous, les enfants, quand il va changer ?

Il n’avait rien répondu - que répondre à un vieux père qui vous voit toujours, à 40 ans, comme le mauvais brouillon de votre enfance – mais il avait eu une furieuse envie de lui mettre son poing dans la figure. Chose qu’il n’avait pas faite, bien sûr, car sa femme et ses deux enfants étaient présents, sans parler des ses deux sœurs et de leurs familles.

Sa mère, comme à l’habitude, s’était tue, mais de sa mère, il n’attendait plus rien car il y a bien longtemps qu’elle s’était réduite au silence.

 

PS : prochain texte, mercredi.

15 janvier 2026

L’invité du président

 

Quand Brigitte a su que son mari avait invité Donald, elle  lui a dit.

  • Tu es sûr, c’est tout de même ennuyeux.
  • Ennuyeux ?

Emmanuel dans son obstination habituelle n’a rien voulu annuler et Donald est arrivé, sans son épouse, par un soir enneigé de janvier dans leur maison luxueuse où le feu crépitait dans la cheminée.

Dès son arrivée, Donald a dit – la conversation s’est tenue en anglais mais je vous en livre ici même la traduction intégrale.

  • Tu as aimé mon imitation de toi, Emmanuel ? Super, non ? Attention, je t’ai dans le viseur ! Tu sais qu’il faut tuer le droit international. Tu es OK ?
  • Euh… l’Europe… euh…
  • Je baise l’Europe Emmanuel.
  • Ah… euh…
  • Je sais que t’as aimé mon coup d’éclat avec Maduro, mais je peux faire encore mieux !
  • Euh, pourtant le Brésil…
  • Le Brésil sans Bolsanaro est un pays de merde, on va mettre au pouvoir le fils de Bolsonaro, Eduardo, ça c’est bien !
  • Mais le Mexique…
  • Le Mexique, c’est le narcotrafic  Emmanuel et La pauvre présidente fait rien, je vais envoyer quelqu’un d’autre à sa place, on va voir ça très vite, mais tout de suite, cap sur le Groenland.
  • Euh, tu parlais aussi de Cuba et…
  • J’attends trois mois pour Cuba. Et à la présidence on aura Marco Rubio, un homme dynamique qui déteste les communistes et dont les parents sont de Cuba. Mais d’abord et avant tout le Groenland !
  • Le Groenland fait tout de même partie de l’OTAN, à travers le Danemark.
  • Oui, mais j’élimine le Danemark, alors l’OTAN on s’en fout ! Et puis, l’OTAN, c’est moi !
  • Je vois Donald. Alors pourquoi tu viens me voir puisque tu sais déjà ce que tu vas faire.
  • On y arrive et tu vas voir, c’est mega-génial mon idée ! Ya combien de pays dans l’Union Européenne ?
  • 27.
  • Alors, voilà l’idée : 27 États supplémentaires aux États Unis.
  • Je ne comprends pas Donald.
  • C’est pourtant simple. Les 27 états européens vont se trouver sous la bannière des Etats Unis. Génial, non ?

A ce moment-là, Brigitte a toussé car un morceau de viande lui est passé en travers de la gorge, et elle essayait de l’extirper avec difficulté. Emmanuel s’est levé afin de l’aider mais Donald lui a dit immédiatement.

  • Laisse tomber, assieds-toi ! T’as vu l’âge qu’elle a ? Faut rayonner Emmanuel. Prends une jeune. T’as vu Melania ? Elle est bête, oui, mais elle présente bien, au moins.

Brigitte en ayant fini avec son morceau de viande lui a dit énervée.

  • Et vous, vous avez quel âge Donald ? Bientôt 80, non ? Et vous qui aimez les blancs, vous avez le visage rouge, très rouge, très très rouge. Bientôt l’infarctus peut-être.

Donald s’est tourné vers Emmanuel.

  • Divorce. Elle est moche et chiante.

A ce moment-là, Brigitte est sortie de table, et le monologue animé par Donald le méga-narcissique a suivi son cours. Emmanuel, ayant oublié ses médocs, était incapable d’accompagner le show. 

Deux heures plus tard, quand il entré dans la chambre de Brigitte, il a dit à de multiples reprises.

  • FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK..

Ce à quoi Brigitte a répondu.

  • Il aurait fallu lui dire FUCK quand il était là ! Trop tard ! Et moi aussi je te dis FUCK Emmanuel ! Bonsoir et ferme la porte derrière toi.

 

PS : prochain texte, lundi.

 

12 janvier 2026

Notre Sainte Mère l’église

La dernière fois qu’elle est entrée dans une église, elle est allée droit vers Marie, un besoin de lui parler. Une fois devant la vierge, elle n’a cessé de rire, ce qui a immédiatement fait sortir  le curé de sa sainte sacristie.

  • Madame, arrêtez de hennir, lui a-t-il dit.

La jeune femme lui a répondu illico.

  • Hennir, monsieur le curé ? Je ne suis pas une jument.
  • Oh, vous me comprenez, a-t-il répondu, énervé.
  • Peut-être, mais vous pas. Rire, ce n’est pas entrer dans le règne animal.

La jeune femme a pensé que si cet imbécile de curé orchestrait ses sermons autour de l’humour il aurait sûrement plus de monde à l’église que les trois pelés et un tondu qu’elle avait aperçus, sortant de la messe, le dimanche précédent.

  • Pensez-vous que préparer un sermon devrait être ouvrir les vannes de l’humour ? a demandé le curé étonné.
  • Eh bien oui. Peut-être que Jésus avait de l’humour, lui ?

Le jeune curé – elle lui donnait une trentaine d’année – a rougi puis a rétorqué.

- Entre l’humour et l’Amour de Jésus pour les hommes, il n’y a nul gouffre. D’ailleurs humour rime avec Amour.

- Effectivement et, si je peux me permettre, l’humour est le chemin vers l’émancipation et le plaisir.

- Peut-être, qui sait ?

- On a l’impression, à entendre votre première phrase à mon égard que femme qui rit, femme déraisonnable.

- Absolument pas. Mais vous riez si fort devant cette magnifique sculpture de la vierge Marie que cela m’a surpris, cela m’a presque fait peur d’ailleurs. Et que trouviez-vous si drôle ?

- C’est l’enfant souriant que je trouvais drôle, et l’opposition avec sa mère, si sérieuse.  Et cela m’a rappelé un épisode de mon enfance avec ma tante Marie qui était très belle, elle aussi.

Ils se sont tus un instant. Le curé regardait le visage rond, plein, et séduisant de cette jeune femme qui sans doute avait le même âge que lui. Deux mondes différents a-t-il pensé, mais sommes-nous si éloignés que ça ?

  • Sans doute vous rendez-vous de temps en temps en notre église ?
  • Jamais. Je suis athée pour tout vous dire.

Il a souri et a conclu.

  • Les chemins des athées parfois rencontrent ceux des croyants. L’athéisme est à tes souhaits ce que la croyance est à moi-même, peut-être.
  • Euh... un peu d’autodérision monsieur le curé ?
  • Eh bien j’essaie de conclure avec un chemin de paix. Revenez   donc me voir en mon église, un dimanche ou un autre jour, si vous avez le temps.

Elle l’a observé un tantinet surprise. Ce jeune homme sérieux sous sa soutane avait, il est vrai, un charmant visage.

  • Je n’hésiterai pas monsieur le curé, d’autant que j’habite dans cette très belle ville depuis neuf mois. Par contre, pour que j’assiste à votre prochain sermon il vous faudra faire preuve d’humour et peut-être que…  Tenez, nous sommes lundi. Il vous reste encore cinq jours pour entrer dans le royaume de l’humour. A dimanche, donc, dit-elle, et elle est partie.

Le jeune curé l’a observée remonter la nef et s’est souvenu de l’entrée dans l’église d’un jeune couple qu’il avait marié trois semaines auparavant. Comme ils étaient beaux tous les deux. Etrange ce qu’il avait ressenti ce jour-là, et puis aujourd’hui, à nouveau cette émotion si particulière. Il devait vraiment penser à introduire l’humour dans son prochain sermon, il est sûr qu’ainsi elle reviendrait.

 

PS : prochain texte, jeudi.

10 janvier 2026

De la légion à la liaison il y a un cap

 

Elle n’avait jamais eu la légion d’honneur, dommage, mais pourquoi l’aurait-elle eue d’ailleurs ? Rien de spécial dans sa vie, vraiment rien, à part ses liaisons. Et là, l’honneur n’avait pas souvent été au rendez-vous, c’est d’ailleurs l’horreur qui avait prédominé.

Elle était passée par tous les caps, souvent celui des tempêtes – devenu celui de bonne espérance grâce au roi Jean II du Portugal - le cap Roux, son dernier compagnon était rouquin ; le cap Nord, l’avant dernier était suédois ; celui de Sainte Marie, au Portugal, son cinquième compagnon – portugais – lui avait donné envie de rentrer au couvent, après sa dépression. L’un des rares caps qu’elle n’avait pas connus, c’était le cap « Clear », en Irlande, car, côtés liaisons, elle avait rarement vu la lumière.

Maintenant, elle s’est calmée et elle évite à tout prix les liaisons dangereuses ; il faut dire que l’âge aidant…

Elle se concentre donc, désormais, sur la spiritualité ; un continent qu’elle n’a pas encore visité mais qui, semble-t-il, s’annonce vaste.

 

PS : prochain texte, lundi.

7 janvier 2026

Vous avez dit humour ?

 

Vu le chemin vers lequel notre société avance, j’ai l’étrange impression que bientôt l’humour sera « inapproprié » ou plutôt, nous serons autorisés à utiliser l’humour en respectant un certain nombre de conditions préalables -  ou  règles strictes.

Par exemple : les catholiques pourront faire de l’humour sur les catholiques, les musulmans sur les musulmans, les juifs sur les juifs, les athées sur les athées, les blancs sur les blancs, les noirs sur les noirs, les métisses sur les métisses, les hétéros sur les hétéros, les homos sur les homos,  les trans sur les trans, les femmes sur les femmes, les hommes sur les hommes, les riches sur les riches, les pauvres sur les pauvres, les politiques sur les politiques, les boulangers sur les boulangers, les profs sur les profs, et ainsi de suite jusqu’à l’infini…

Merveilleuse société que celle-ci où nous vivrons parqués – nous le sommes déjà en partie, il est vrai – dans des réserves indépendantes – d’où nous ne sortirons peut-être plus, ou si peu !

Oui, un autre monde est possible… avant la fin de celui-ci que Monsieur Trump nous annonce. Quel beau cadeau de nouvelle année que le sien, le kidnapping du président Vénézuélien afin que les Vénézuéliens puissent mieux vivre !  Ce bouffon pathologique notoire s’importe peu de piétiner les règles du droit international et l’ONU se contente d’être « alarmée » par la situation. L’ONU serait-elle devenue l’Organisation du Néant Unifié.

J’ai honte de ma nationalité française après avoir entendu le premier discours de notre président, ce lâche vassal des États Unis, suite à l’enlèvement de Monsieur Maduro. Ah, on se prend à regretter Monsieur de Villepin. M. Macron est certes revenu sur ses pas le 5 janvier, mais ce qui a été dit ne sera jamais oublié.  Pauvre fantoche que celui-ci !

Il me semble que maintenant, en France, tout le monde devra se mettre à l’anglais et un anglais intensif, car bientôt, ce n’est pas Poutine qui va nous envahir, mais ce sont les États Unis 😉 !

 

PS : prochain texte, samedi.

5 janvier 2026

La Famille est un plat qui se mange froid ( deuxième et dernière partie)

 

Il est 17 heures. Finalement l’horloge a tourné assez vite. Je n’ai même pas encore aperçu mon mari, l’as des ronds de jambe en famille. Mais où est-il ? Ah, il parle à l’un des frères de mon père, le roi des jeux de mots, s’il est en forme, et là, il semble l’être car mon mari sourit. Derrière, je vois sa femme qui a l’air de s’ennuyer. Tiens, je vais lui dire deux mots avant de partir afin de savoir comment vont ses enfants. Mon père, lui, est assis près du buffet, son mal de dos l’oblige à s’éloigner un instant des conversations ambiantes en s’asseyant.  Son visage semble apaisé, il faut dire qu’il est dans sa propre famille et qu’il l’apprécie, de façon générale.

Je vois qu’il est 19 heures, le moment est venu du dernier tour de piste.  J’embrasse, je promets que je téléphonerai, je souris, je lance une plaisanterie, je plaque une bise sur deux joues plus très fraîches, je souris, je certifie que nous nous reverrons bientôt, je serre la main – tiens, c’était qui au fait ? je ne me suis même pas posée la question – je souris, j’assure avoir été heureuse de le rencontrer – je lui ai à peine parlé – comment je peux être aussi hypocrite moi-même ? Une seule explication : l’éducation. Une dernière bise, une dernière parole d’adieu, un dernier regard souriant, une dernière phrase stéréotypée et voilà, c’est fini, je peux partir l’esprit en paix. 2025 m’ouvre le chemin de 2026 avec ses plaines, ses vallées, ses bosses, ses ornières, adieu paillettes, sourires et champagne, à l’année prochaine. La bise à tout le monde. Et ne m’oubliez pas pendant toute l’année que vous passerez à ne pas me voir !

 

         Chacun recherche sa chacune. La salle résonne du brouhaha des dernières messes basses. On devait maintenant penser à conclure et tout le monde sait que la conclusion est un exercice périlleux. La porte va se refermer sur les hôtes fatigués qui ne manqueront pas de commenter, j’imagine, dans toute la légèreté de leur dialogue, cette clôture de l’année 2025.

 

En voici un exemple possible :

 

- Alors ?

- Alors quoi ? J’en peux plus, je suis vannée, épuisée, lessivée, à tordre. Putain mais quelle idée ce repas, quelle idée !

- C’est la tienne !

- Hein ? La mienne ?

- Eh oui ma cocotte, la tienne !

- Ouais… peut-être, mais je n’aurais pas dû !

- Tu as remarqué quelque chose ?

- J’étais toujours à la cuisine, alors pour remarquer quelque chose, il aurait fallu que j’ai un don de double vue ! D’ailleurs, entre parenthèses, tu aurais pu me donner un coup de main, c’est quand même ta famille !

- Ouais, mais c’est toi qui as voulu les inviter ! Alors, tu as remarqué quelque chose ?

- Ben non, quoi ?

- Cette année, personne ne s’est engueulé !

- C’est vrai, tu as raison. Et ça tient à quoi ? C’est un miracle ?

- Non, pas de miracle ! Ils se sont tous cassé du sucre les uns sur le dos des autres, mais discrètement.

- Ben tu vois, je n’avais rien remarqué. Il faut dire que j’étais toujours à la cuisine. Tu aurais quand même pu m’aider un peu, c’est ta famille non ?

- Ouais, mais c’est toi qui as voulu les inviter !

- Tu as toujours le don pour détourner la conversation.

- Ce n’est quand même pas moi qui t’ai dit de les inviter ? Allez, bonne année 2026 ma chérie !

 

PS :  prochain texte, mercredi.

2 janvier 2026

La Famille est un plat qui se mange froid (première partie)

        La salle accueille trente personnes alors que sa capacité réelle n’aurait  pas dû dépasser vingt personnes, malgré le canapé et la table qui avaient été reléguées dans la cour intérieure encombrée d’objets aussi variés que bizarres. Après les embrassades et les accolades annuelles qui mouillent les joues et ramollissent les sourires sur les lèvres, après les préliminaires verbeux, après les cadeaux échangés et les manteaux déposés, tout le monde s’éparpille dans la salle nue à la recherche du moins mauvais partenaire. On se connait tous - famille oblige - mais tout le monde ne se fréquente pas. Certains se voient en dehors des dates de La Fête, d’autres non. Certains aiment à être réunis, d’autre non. Certains se vouent une « neutralité malveillante » et d’autres s’apprécient.

 

         Il est midi et l’après-midi promet d’être longue pour ceux qui, depuis longtemps, ont perdu la fibre familiale ou, sans y prendre garde, l’ont laissée mourir à petit feu au gré de leurs heureuses ou fastidieuses années de mariage ou de concubinage. A ceux-la, une seule solution leur aurait permis un après–midi paisible, la méthode du pharmacien Coué à laquelle ils se sont peut-être d’ailleurs préparés dans le silence de leur salle de bain le matin même : “La journée sera merveilleuse, la journée sera merveilleuse, la journée sera merveilleuse, la journée sera merveilleuse…”.

 

         Pour ma part, je suis arrivée ici de bonne humeur. Pour l’instant, il ne s’est encore rien passé mais je sens que cela ne saurait tarder, ne serait-ce qu’en regardant le visage de ma marraine. Bien sûr elle croule sous les problèmes médicaux, bien sûr ça fait une heure que nous sommes debout et ça ne l’arrange pas vu son état, bien sûr nous n’avons encore rien mangé de consistant, mais quand même, sa tête annonce une bourrasque familiale force 7.

 

         Je pourrais associer chaque réunion de nouvelle année à l’image de l’une de ces grandes lessiveuses qui trônaient dans les cours intérieures de nos grands-mères : le linge familiale va bouillir quatre heures durant, ou plus, soumis à des tensions de 60 degrés ou plus.

 

Je n’avais pas remarqué que ma mère me regardait d’une drôle de manière. Il faut dire qu’elle n’est pas loin d’Yvonne, la sœur aînée de mon père. Cinquante années n’ont pas suffi à créer le climat nécessaire à une communication raisonnable ! Dernièrement, on m’a dit qu’Yvonne avait traité ma mère de “Garce”, j’ai été un peu surprise de la vivacité de son propos mais au fond, ça ne m’étonne pas car ma mère est aussi sur le chemin de l’excès.

 

         Tout est un peu terne jusqu’à présent. Si au moins on disait quelque chose de drôle, mais non. Allez, on va boire un peu pour se dérider et on espère que l’alcool va ouvrir les cœurs. Allez, on tient le bon bout, un premier verre, un deuxième, un troisième et on va définitivement arrêter de s’ennuyer ensemble, peut-être même qu’on va trouver du plaisir. Parfois on a juste besoin d’un coup de pouce pour se mettre en selle. Allez, voilà, c’est fait.

 

          J’arrive près de ma mère et immanquablement la conversation démarre autour des ratages de ce jour de l’an : « Ils n’ont quand même pas fait que ça comme buffet, c’est tout de même un peu juste. Ils n’ont même pas jugé utile de nous donner des assiettes normales, non, des assiettes en papier, c’est d’un pratique pour couper la viande ! Et ils nous ont mis un vin…de la piquette, un vin âpre, certainement acheté en gros à intermarché ou à carrefour, puisqu’ils ne jurent que par carrefour. Ils ont sûrement eu le foie gras bon marché, Ils auraient au moins pu faire quelque chose de chaud ! Ça jette un froid ces tranchouilles de porc qui viennent direct de chez le charcutier, ils n’ont même pas fait cuire la viande eux même… Et les gâteaux ont l’air pitoyable, c’est quand même une conclusion le dessert, c’est là-dessus que l’on reste pour se faire une opinion. C’est le bouquet final, la gerbe de compliments ou la gifle de critiques. Et bien, rien de chez le boulanger, tout de chez Picard ».

 

Je m’éloigne d’elle afin de me délivrer des médisances et je parle aux uns et aux autres.

 

Quinze heures, je regarde autour de moi, tout ne se passe pas si mal. J’ai tout de même réussi à parler – entre quelques passages au buffet -  à Martin qui m’a fait des confidences sur ses relations avec Jean, puis à Marion qui m’a parlé de Jeanne qui elle, m’a parlé de Lionel, qui lui m’a parlé de Martin. Étonnant, et drôle parfois, mais cette écoute m’a un peu fatiguée. Je remarque que personne ne m’a posé de questions. (…)

 

PS : deuxième et dernière partie, lundi.

29 décembre 2025

Les huitres

Chez le poissonnier, la cliente – une dame d’une cinquantaine d’années grande et d’allure sportive - demande au vendeur.

  • Mon mari voudrait des huitres bonnet C
  • Bonnet C ?
  • Oui, c’est ce qu’il m’a dit, mais il s'est peut-être trompé.
  • Sans doute. Enfin il a peut-être voulu comparer les huitres à des soutien-gorge ?
  • Oui, c’est ça. Mon mari a de l’humour, parfois.
  • Si vous le dites, répond le poissonnier, l’air étonné.
  • Alors, pour les soutien-gorge ça va de A à E. Et pour les huitres ?
  • La catégorie du milieu c’est 3 pour les huitres.
  • Alors 32 huîtres bonnet 3.
  • Parfait, je vous fais ça. Et dites à votre mari qu’il a de la chance que je connaisse le bonnet C.
  • Si je peux me permettre, comment le connaissez-vous ?
  • Ma femme met des bonnets C et c’est moi qui lui achète ses soutien-gorge.

La cliente regarde le poissonnier, surprise, et finit par dire.

  • C’est rare qu’un homme achète les soutien-gorge de son épouse ?
  • Oui, mais moi, je préfère que ça ne déborde pas, elle aussi d’ailleurs, alors c’est moi qui me mets les mains à la tâche, si je puis dire.

La cliente sourit et ajoute.

  • J’en parlerai à mon mari. Peut-être viendra-t-il vous voir car il y a bien longtemps qu’il ne met pas les mains à la tâche, lui. Je plaisante, bien sûr.
  • Bien sûr, bien sûr. Votre mari est peut-être de ces hommes qui ne peuvent pas faire plusieurs tâches à la fois.
  • C’est exactement ça. Comment avez-vous deviné ?
  • L’habitude madame, l’habitude.

La conversation s’arrête là car un nouveau client arrive, la dame sourit au poissonnier et conclut.

  • Mon mari mesure 1 mètre 95 pour 95 kilos, vous le reconnaîtrez sûrement s’il passe dans votre poissonnerie pour acheter des huitres. N’oubliez pas alors de lui parler du bonnet C ! Au revoir monsieur.

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

 

 

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