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Presquevoix...
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30 juin 2007

Moi, vous savez, je suis jeune d’esprit…

C’est ce que se disent les vieux pour se consoler de ne plus être jeunes. Voici un exemple de phrases entendues et qui illustrent parfaitement cette étincelante philosophie de comptoir : « L’important, vous savez, c’est d’être jeune dans sa tête ! » ou encore « L’âge ça compte pas, y’a des jeunes qui sont déjà vieux dans leur tête ! ». Le problème, c’est que tous les vieux que je connais, ils sont vieux dans leur tête - vraiment, je vous assure - et les seuls à ne pas le croire, ce sont eux !
D’ailleurs, moi-même qui vous parle, je me disais aussi « jeune d’esprit » mais j’ai vite dû déchanter, parce que  mon mari – qui lui, a les pieds sur terre - m’a clairement laissé entendre que je me berçais gentiment d’illusions, comme les autres, et qu’en vérité, tout bien réfléchi, il ne voyait pas grand chose de jeune dans mon esprit à part ma vibrante déclaration de jeunesse d’esprit…

29 juin 2007

Dieu et Marx peuvent-ils se tenir par la main ?

Oui, si l’on en croit Marjane Satrapi qui leur prête ces paroles communes d’encouragement, à son adresse, à la fin du film Persepolis : « N’oublie pas que la lutte continue ! ». Marjane me fait penser à la Mafalda contestataire de Quino sous la dictature de Videla en Argentine, le même petit bout de fille courageuse – sauf que Mafalda, elle, ne grandit pas puisqu’elle est un pur symbole -  qui met son grain de sel irrévérent partout. Marjane est une amoureuse de la liberté et de la tolérance, c’est sa grand-mère – libre-penseuse – qui les lui a instillées, et lorsqu’elle se retrouve, jeune adolescente, en Autriche, dans une pension catholique, les longues femmes noires, austères et intolérantes que sont les religieuses, ressemblent fortement aux « gardiens de la révolution islamique » qui sont surtout les « gardiens du dogme », protection efficace contre leur peur omniprésente ! D’ailleurs, ne voilent-ils pas les femmes parce que une femme non voilée est l’objet de toutes les tentations et de tous les débordements ? Et le premier débordement n’est-il pas l’érection qu’il pourraient avoir puisqu’elle n’est pas contrôlée… ?
Quelques séquences symboliques et synthétiques, dans des dégradés de noirs et de gris, suffisent à planter le cadre  historique - du Chah au régime des « Barbus » - sans oublier le rappel de l’influence de l’Occident sur l’histoire politique de l’Iran ! Et le long exil de Marjane en Autriche nous fait comprendre comme il doit être douloureux de vivre de l’intérieur, les « représentations » que les autres ont de nous… Comment supporter d’être considérée comme une barbare… !
Heureusement Marjane est issue d’une famille « éclairée » et sa grand-mère, au langage vert, n’a jamais mâché ni ses mots, ni ses idées ! Marjane poursuit son chemin de femme libérée, malgré les écueils qui se dressent à l’extérieur comme à l’intérieur. Le retour de Marjane en Iran, nous montre que dans ce pays la peur a fait son œuvre, mais que la révolution peut parfois bouillir sous les voiles… il suffit peut-être de se dire « qu’on a toujours le choix ! »
En regardant le film de Marjane Satrapi, on se prend à fredonner cette vieille chanson de Cookie Dingler qui commence ainsi « Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile, être une femme libérée, tu sais c’est pas si facile.. », et on se dit que peut-être, un jour, toutes les iraniennes - et toutes les femmes -  fredonneront la même chanson sous leur voile et finiront par arracher les robes noires de l’oppression…

28 juin 2007

Dans le ventre du Rectorat ou les photos des secrétaires...

C’est étonnant le Rectorat, vu de l’intérieur. Quand on entre dans les bureaux – et aujourd’hui, moment solennel entre tous, j’ai rendu mes copies de baccalauréat – on pénètre dans l’univers intime de chacune des secrétaires. Chaque « recoin » de bureau est aménagé en fonction de la personnalité de la secrétaire qui l’habite… Il y a celles qui sont amoureuses des chevaux, des chiens ou des chats et qui  collent ces animaux sur les tiroirs et les murs, il y a celles qui préfèrent s’évader en pensant à des destinations lointaines – il est vrai que dans le ventre du Rectorat, l’évasion n’a pas de prix – et qui choisissent un pan de mur pour éparpiller portraits et paysages de Goa à Tombouctou ; et puis enfin, il y a celles qui préfèrent rêver en contemplant leurs enfants – et c’est de loin les cas les plus fréquents, à croire que toutes les secrétaires du Rectorat ont des enfants, peut-être est-ce même une des conditions de l’embauche ? – qu’elles placent non loin de leur cœur et près de leur regard. Il est vrai que les enfants sont bien plus attachants lorsqu’ils sont figés sur le papier mat ou brillant de la photographie et qu’ils trônent silencieux sur le mur crème d’un bureau de Rectorat. Ils ont cet air d’ange vivant. Ils étrennent, pour la photo, leur plus beau sourire afin de faire plaisir à maman, ou à papa - qui ont dû leur dire, « Souris, allez, fais un effort, non pas comme ça… oui, voilà, comme ça ! » - et ils nous regardent avec leurs plus belles promesses au fond de leurs grands yeux innocents. Quand leurs mères les voient ainsi, immobiles et sages, entièrement soumis à leurs désirs de mère, elle se laissent peut-être aller à imaginer le futur de ces enfants – forcément magnifique ou tout au moins plus grand que le leur -  et elles  oublient colères et déceptions,  rancunes et ressassements afin de glisser sur l’onde fantasmée de l’enfant idéal…
Quand je pense, qu’une fois de plus, j’ai  failli me laisser prendre à l’illusion des photos d’enfants… pourtant je  sais très bien ce qu’il en est, j’ai moi aussi tellement pris de photos de mes enfants…

27 juin 2007

Je me suis déshabillé pour faire le deuil de ma vie passée

Je me suis déshabillé pour faire le deuil de ma vie passée et j’ai marché nu dans les rues*. Pourquoi vous me regardez comme ça, comme si j’étais un extra-terrestre en pyjama ? Et d’abord pourquoi on m’a mis ce pyjama de merde, j’en ai pas besoin moi, j’ai pas besoin de vos vêtements. Si j’en avais besoin, je le saurais. Et pourquoi je suis là, dans votre bureau, j’ai fait de mal à personne ! J’ai juste eu envie de me déshabiller parce que je sentais que tout était faux sur moi, mon pantalon, ma chemise, mes chaussures, même mon slip et mes chaussettes étaient faux, et maintenant j’ai besoin de vérité. Je voulais aller nu pour quitter tout ce que j’avais vécu avant et qui me ressemblait pas. J’ai envie de faire ce que je veux et pas ce que les autres veulent. C’est pas de l’exhibitionnisme comme vous avez l’air de le dire. Vous croyez que je bandais parce qu’on me regardait nu, c’est ça ? Je suis pas fou, je veux  être libre, c’est tout, mais vous, on dirait que vous êtes dans votre prison et que vous regardez les autres derrière les barreaux de votre âme. C’est vous qui êtes malade ! Qu’est ce que je m’en fous, moi, de bander ou de pas bander ; de toutes les façons, maintenant ça a plus vraiment d’importance de bander, c’est plus ça qui compte, mais je vais rien vous dire parce que vous allez rien comprendre, comme tout à l’heure… oui, j’ai bien vu que vous me preniez pour un cinglé, et c’est pas votre petite voix sucrée qui me fera changer d’avis sur vous. Je suis pas un pervers moi, quoi que vous en pensiez ! Qu’est-ce que j’en ai à foutre du regard des autres ! Maintenant, le seul regard que je regarde, c’est le mien. Je voudrais mettre un miroir grossissant à l’intérieur de mon âme pour la refléter à l’extérieur, pour que le monde voie comme je suis pur, quoique vous en pensiez ! Je voudrais pouvoir dire que je m’aime, que j’aime mon prochain - même vous ! - mais vous, ça doit être dur de vous aimer, vous dites rien et vous avez l’air tellement enfermée en vous-même, tellement dans votre carapace, qu’on a peur de vous déranger… Moi aussi, j’étais comme ça avant, mais maintenant je fais comme le Christ… dépouillé de tout, je vais par les rues et ceux qui m’aimeront me suivront et eux aussi ils enlèveront leurs vêtements pour se détacher de leur vieille vie, et ils marcheront à mes côtés pour conquérir le royaume des purs… c’est tout ! Maintenant, tant que vous ne me ferez pas sortir d’ici,  je  dirai plus rien!

* phrase entendue dans le reportage « Urgences psychiatriques à Ste Anne » sur www.arteradio.com 

26 juin 2007

Peut-on être une Victime des mots ?

J’ai lu, il y trois jours, dans Libération, un article sur le procès qui a opposé Pierre Jourde* (auteur de Pays Perdu) à des habitants de ce village perdu qui l’ont  agressé pensant s’être reconnus dans son livre.
L’un des habitants du village a dit au procès «  Lui il est poète, mais nous on  l’est pas, on sait pas s’exprimer comme lui. » Ces mots, dans leur simplicité rugueuse, m’ont émue – mais je réprouve totalement l’acte commis par ces villageois. Cette phrase ne dénoncerait-elle pas l’injustice profonde que ressent celui qui pense ne pas savoir se servir des mots, mots volatiles qui lui échappent à chaque fois qu’il essaie de les emprisonner dans des phrases qui  l'aideraient à construire sa pensée…
Notre véritable source de liberté ne  réside-t-elle pas, d’abord et avant tout, dans notre capacité à faire nôtres des mots qui nous permettront ensuite d’élaborer nos discours, précieux remparts contre la soumission ; soumission à l’homme qui,  a tôt fait d’asservir l’homme, son semblable, et de le considérer comme une marchandise ou un bien qu’il s’appropriera parce que la société le tolère.
Penser, ce peut-être aussi penser à côté, parce que les mots sont le meilleur moyen d’éventrer les idées reçues qui tuent l’homme avant même qu’il ne naisse.


* Pierre Jourde est aussi l’auteur d’un livre féroce sur la littérature contemporaine « la littérature sans estomac »

25 juin 2007

Entrée interdite

interdit« Entrée interdite. Tout enfant qui rentrera, ne sera plus jamais le même. Attention danger ! »
Voilà ce qu’il vit sur la porte de la chambre de ses parents en rentrant de l’école à 17 heures. La maison était déserte, son père et sa mère ne devaient pas être là avant 17 heures 30. En partant, le matin même, cette affichette n’y était pas, il en était sûr.
Il colla  son oreille contre la paroi, mais  n’entendit rien. Il aurait pu ouvrir brutalement la porte et la refermer aussitôt, mais il hésitait, le texte était par trop dissuasif pour qu’il se lançât tête baissée dans l’aventure. Et si…
Il frappa pourtant à la porte, mais courut très vite se réfugier dans la salle de bain, le cœur battant, comme si ces simples coups  allaient provoquer l’irréparable. Non, il ne devait pas être lâche ! Il revint sur ses pas et c’est au moment où il plaça son œil sur le trou de la serrure qu’il crut entendre un son étouffé de l’autre côté, mais il n’en était pas sûr et, la peur au ventre, il repartit précipitamment dans sa chambre feignant d’ignorer ce presque signe.
Une fois ses devoirs achevés, il regarda l’heure, 19 heures, et ses parents n’étaient toujours pas là. C’était inhabituel, ils l’auraient prévenu s’ils avaient eu un contretemps. Il sortit de sa chambre, se posta un instant immobile devant le papier mystérieux, indécis, puis il descendit les escaliers en courant, alluma la télévision, et mangea un morceau de pain devant sa série préférée qui s’achevait à 19 h 45.
Les trois quarts d’heures qu’il avait passés devant la télévision s’étaient déroulés presque agréablement, bien qu’il eût l’impression qu’une petite mâchoire commençait  à lui ronger l’estomac, il eut d’ailleurs des difficultés à se lever de la banquette lorsque le téléphone sonna et  il lui fallut plaquer trois doigts sur son ventre afin d’éviter que la douleur ne l’oblige à se plier en deux. C’était Nina qui l’appelait, elle avait oublié de noter son travail en français. Malgré  l’angoisse, il remonta les escaliers et relut à nouveau le message sur la porte de la chambre de ses parents. Oui, c’était bien ça :
« Entrée interdite. Tout enfant qui rentrera, ne sera plus jamais le même. Attention danger ! ».
Il fallait pourtant qu’il sache, il ne pouvait plus imaginer ne pas ouvrir cette porte, il devait le faire, immédiatement, une question d’intégrité ou plutôt de survie. Il posa sa main sur la poignée, comme à regret, sentit la froideur du métal sur sa paume, lui imprima un léger mouvement et, désespéré par le retard de ses parents, poussa violemment la porte pour s’arrêter, atterré, devant le spectacle qui s’offrait à lui :  son père et sa mère allongés sur le lit,  main dans la main, sa mère dans une longue robe blanche et son père en complet sombre ; leurs deux corps figés, d’où toute vie semblait avoir disparu,  donnaient à la pièce l’allure d’une chambre mortuaire, et  rien ne pourrait  plus lui faire oublier qu’on l’avait dépossédé, à jamais, du droit de vivre ou de mourir. 

24 juin 2007

J'attends l'Homme !

- J’attends l’Homme ! Voici ce qu’elle m’a répondu lorsque je lui ai demandé ce qu’elle faisait, assise sur les marches du palais de justice, trempée des pluies de printemps. Je n’ai pu m’empêcher de lui dire bêtement
-  De quel homme tu parles ? 
- J’attends l’homme, et tant que je ne l’aurai pas trouvé, je ne partirai pas d’ici ! Fit-elle en se levant et en se campant  devant moi. Sa réponse et sa posture n’admettaient aucune réplique.
A vrai dire, je la connaissais mal, c’était juste une collègue que je croisais de temps à autre dans les couloirs du lycée. Nos relations se limitaient à un bonjour, quelques brèves considérations sur les élèves et un au revoir ! J’avais bien entendu quelques rumeurs ici ou là à son sujet, mais rien de grave.
- Ne me dis pas que tu ne l’attends pas, toi  ? Reprit-elle avec détermination.
- Mais pourquoi j’attendrai « l’homme » alors  qu’il n’existe pas !
C’est à ce moment-là qu’elle a commencé à me regarder d’une façon étrange et  j’ai compris qu’elle n’était pas dans son état normal. Il est vrai que j’aurais pu m’en apercevoir plus tôt, et que j’aurais aussi pu faire semblant que tout était normal. J’aurais très bien pu lui dire, pour la rassurer, que moi-aussi je l’avais  longtemps attendu, mais que j’avais baissé les bras, ou qu’il fallait être patiente ou que… Mais je n’ai pas su ! Certains appelleraient ça un acte désespéré de retour  à la réalité.
La pluie  lui avait plaqué ses mèches blondes sur le front et je n’avais même pas eu le réflexe de lui offrir un abri sous mon parapluie. Quand j'ai voulu le faire, elle  a refusé net.
- Je ne me mets pas sous le même parapluie qu’une femme qui me fait l’affront de me dire que j’ai tort de faire ce que je fais !
J’ai essayé de rattraper ma réplique malheureuse, mais je me suis enfoncée misérablement.
- Enfin Myriam, je voulais juste te dire qu’il y avait des hommes et pas l’Homme ! L’Homme n’existe pas, tout comme la Femme, d’ailleurs !
A cet instant, elle a fait une chose que je n’aurais pas même imaginée. Il faut dire qu’elle était à un mètre de moi et que j’aurais difficilement pu anticiper son geste. Elle m’a donné une gifle tellement forte que non seulement j’en ai été déséquilibrée, mais que j’en ai eu le souffle coupé. En rentrant chez moi, une demi-heure plus tard, j'ai vu, dans la glace qui trône dans l’entrée, que j’avais la marque de sa main dessinée sur ma joue gauche.
Le lendemain, ma joue gardait toujours le souvenir de Myriam, mais Myriam n’était pas au lycée…

23 juin 2007

Tu mens et en plus ça t'arrange !

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Mentir. Il savait décidément mentir avec toute la subtilité et toute la finesse propre à son sexe, pensait-elle, ce n’était pas un hasard si le mot mensonge était de sexe masculin. Le mensonge était dans la nature de l’homme, comme le pardon dans celle de la femme. Autrefois, elle prenait pour argent comptant tout ce qu’il lui disait mais maintenant, il ne fallait plus lui en conter, elle passait tout au crible de la vérification systématique. Et si  elle n’avait pas le temps de mener son enquête, elle le laissait dire mais secouait la tête, comme pour lui signifier qu’il ne trompait personne avec ses mensonges, et surtout pas elle !
- Tu mens et en plus ça t’arrange ! lui répondait-elle souvent. Il la toisait, essayait bien une remarque, mais elle tenait bon.
– Tu mens et en plus ça t’arrange !
  Il ne lui restait plus qu’à battre en retraite, la plaignant de sa petitesse d’esprit qui l’obligeait à vivre dans la réalité, rétrécissant la vie, dont le seul mérite avérée était, selon lui, la capacité que chacun avait à la rêver plutôt qu’à la vivre.
– Tu ne penses qu’au matériel ! Se lamentait-il.
Elle était invivable ! Heureusement qu’ il avait ses rêves, les vrais, ceux qu’il faisait la nuit, mais même ses  rêves, elle ne voulait pas les croire. Elle lui disait :
– Tu veux te rendre intéressant, c’est ça ? Me démontrer par A + B que tes rêves sont plus beaux que les miens !
–  Qu’est-ce que tu me chantes encore !
– Tu mens et en plus ça t’arrange ! S’énervait-elle. Même tes rêves sont faux !
Elle avait raison de lui dire que ses rêves étaient beaux, mais tort de lui dire qu’ils les inventaient. Il les rêvait vraiment. Le fait qu’elle ne le croie pas leur retirait pourtant, petit à petit, l’innocence de leur beauté première. Peut-être le savait-elle et continuait-elle à soutenir qu’il mentait pour lui faire de la peine, par envie. Ses rêves étaient lumineux, colorés et même parfois, il y entendait de la musique : Beethoven, Schubert, Lizt et plus rarement Mahler. Par contre elle, quand elle se souvenait de ses rêves,  paysages et personnages déroulaient leur requiem en noir et blanc, sans fantaisie ni musique !
Il se souvint que dans son dernier rêve, il descendait un large fleuve sur une embarcation à voiles blanches. Lui-même était revêtu d’une toge blanche légèrement gonflée par le vent, et le soleil brillait dans un ciel bleu. Il aurait voulu être l’homme du rêve : beau, léger, vaporeux ; mais avec elle il se sentait laid, pesant, poisseux. Que faire pour devenir ce que l’on est ? Il se sentait autre, et pour vivre définitivement sa vie rêvée, il décida naïvement de ne plus se réveiller : il se consacrerait désormais tout entier à ses rêves.
Le lendemain matin, lorsque sa femme partit au travail, il dormait toujours et elle ne le réveilla pas. Le soir, à son retour, elle l’appela mais aucune réponse ne lui parvint. En entrant dans la chambre, elle le vit encore allongé sur le lit, le visage reposé, et ce mot, laissé en évidence sur sa poitrine : « J’ai décidé de ne plus me réveiller pour vivre mes rêves. Sache que je ne t’ai jamais menti ! ».
– Tu mens, et en plus ça t’arrange ! Dit-t-elle énervée, je suis sûre que tu es en train de dormir, tu vas voir ! 
Décidée à lui prouver que la vie n’était pas un mensonge permanent, elle le secoua fermement, puis de plus en plus fort, jusqu’à faire ballotter sa tête de droite et de gauche, mais rien n’y fit. Elle sanglota nerveusement puis dit désemparée.
– Tu es mort et en plus ça t’arrange ! Et moi, tu y as pensé à moi ?

22 juin 2007

Et ce cœur qui bat…

Comme il est étrange que ce petit  « rituel » de la mise en ligne d’un texte sur le blog fasse battre mon cœur plus vite, comme si je me préparais à une rencontre ? Mais enfin, s’agit-il vraiment ici d’une  rencontre, même si je sais qu’un texte mis en ligne peut théoriquement rencontrer  des lecteurs de France, de Patagonie, d’Inde ou d’Arabie Saoudite…
Mais ceci suffit-il à expliquer ce cœur qui bat plus vite ? Et s’il s’agissait aussi, tout simplement, d’une rencontre avec moi-même ? Sans doute ce texte mis en ligne est-il une main que je me tends à moi-même, un geste minuscule et dérisoire mais qui, de toute évidence,  donne à mon quotidien une dimension créative que je  ne lui connaissais pas auparavant car, même si écrire n’est pas une nouveauté pour moi, je suis prête à partager des écrits qui, jusqu’à présent, n’étaient que très « confidentiels »…
C’est certainement ce partage de mes  textes avec des lecteurs virtuels - mais aussi avec ce double de moi qui regarde autrement les textes que je mets en ligne - qui fait battre ce coeur plus vite. Pourtant,  il y a un aspect important que je ne peux passer sous silence, celui des attentes… cette attente ne ressemble-t-elle pas, d’ailleurs, à ce que je ressentais un peu à chaque première rencontre amoureuse, en voyant cet homme là bas, au loin, celui avec qui j’avais rendez-vous, qui me semblait si proche et si lointain à la fois, et qui me laissait supposer qu’avec lui tout allait devenir possible… ?

21 juin 2007

Comment c'est, après la mort ?

Le site Thanatorama ( http://www.thanatorama.com ) vous accueille simplement avec ces mots, dits d’une voix sereine « Vous êtes mort ce matin, est-ce que la suite vous intéresse ? ». Je vous conseille vivement – si vous ne craignez pas de soulever le voile des ténèbres - de cliquer sur le OUI afin de vivre vos premiers « émois » au royaume de la mort. Vous n’ignorerez plus rien de votre chemin à venir, mais vu de l’intérieur… le funérarium, le cimetière, l’église, le crématorium… Cet édifiant voyage post-vitam vous aidera à choisir  votre parcours en toute conscience, et vous ne l’apprécierez que plus lorsque vous redeviendrez le vivant que vous étiez avant d’être mort... Et, nec plus ultra, n’hésitez pas à opter pour  le maquillage « make up for ever » que le thanatopracteur – si vous souhaitez faire appel à lui – pourra étaler sur votre visage afin de vous donner cet aspect lisse et atemporel qui fait toute l’élégance des morts…

PS : Je vous conseille vivement la série américaine « Six feet under ». Un petit bijou d’humour noir qui raconte les « aventures » d’une famille américaine qui tient un funérarium. Je ne connais personne qui soit resté insensible aux personnages si merveilleusement humains de cette série…

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