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Presquevoix...
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31 mars 2015

Surdité

Depuis qu’il s’était fait appareiller, les bruits lui étaient devenus odieux : la voix de sa femme, une simple page tournée ou un papier froissé le faisaient sursauter.

Une chose était sûre, il ne mettrait pas son appareil auditif au lycée, sinon il ne supporterait plus ni  les crayons  tapotant sur les tables, ni  les vibreurs,ni  les bavardages,ni  les pieds des chaises traînés sur le sol. La surdité avait décidément ses avantages...

29 mars 2015

La brigade orthographique

A la nuit tombée, armés d’une bombe et revêtus d’un tee-shirt rouge où l’on pouvait lire l’inscription « brigade orthographique »,  ils arpentaient la ville d’Est en Ouest. Leur objectif : libérer les graffitis d’erreurs qui bafouaient la langue française !

 

PS : voir le blog langue sauce piquante au sujet du pluriel du mot graffiti.

 

 

27 mars 2015

La tête

20150322_142721Elle n’avait pas rêvé, juste au moment où elle allait prendre la photo une tête ensanglantée était apparue, à moitié cachée par la verdure. Elle en était d’autant plus sûre qu’une énorme main était passée au travers des barreaux pour jeter un papier qu’elle s’était empressée de ramasser. Elle l’avait déplié, fébrile. Un stylo mal assuré avait tracé ces mots  : « Sauvez-moi. On me retient là-haut depuis quinze jours. Je ne sais pas qui ils sont mais ils vont me tuer, ils me l’ont dit. »

Son amoureux piétinait, impatient ; lui détestait la photo et détestait attendre.

- Bon, on y va ? s’agaça-t-il.

- D'accord.

Et elle enfouit le papier dans sa poche avant de le rejoindre. De toute façon, il valait mieux ne rien lui dire, il ne la croirait pas. Il lui reprochait toujours d’inventer des histoires pour se rendre intéressante. Cette fois-ci, elle règlerait le problème toute seule…

 

PS : photo prise par Gballand, à Paris, passage Vivienne.

25 mars 2015

Le pantalon

Quand elle s’est assise, le pantalon a légèrement craqué  et sa peau noire est apparue.  Il faut dire qu’elle met  des pantalons  si près du corps qu’ils se transforment en seconde peau. Sait-elle que lorsque son mètre quatre-vingt déambule dans les couloirs, des paires d’yeux suivent le balancement de ses fesses rebondies ?

Dans la classe, bien sûr, tout le monde doit être au courant de et elle  claironne en boucle des « trop grave, moi j'suis pudique, trop grave, qu'est-ce que j'vais faire ! ».

Je me retiens de sourire, l'adjectif " pudique " ne recouvre pas le même sens pour tout le monde. Je remarque d’ailleurs que ce mot qu'elle répète à loisir semble provoquer  quelques ricanements chez les filles. Ne la croient-elles pas ?

Si elle avait voulu mettre mon cours en l’air, elle n’aurait pas pu mieux trouver et je la maudis intérieurement...  

23 mars 2015

Si tu veux

20150322_142113Le premier lui avait dit : " Si tu veux je t’offrirai des bonbons, des fleurs et des oiseaux." Elle l’avait cru, mais ses bonbons étaient amers, ses fleurs se flétrissaient aussitôt disposées dans les vases et ses oiseaux – des bêtes voraces aux ailes noires – avaient déchiqueté son âme en lui volant son enfance.

Le deuxième aussi lui avait dit  « Si tu veux je t’offrirai… », mais elle l’avait interrompu en lui mettant un doigt sur la bouche. «  Je  veux juste que tu m’aimes. » Effrayé, il était parti sur le champ.

Maintenant, elle attendait le troisième : que lui dirait-il ?

 

PS : photo prise Gballand le 22/03/à Paris, dans le passage Vivienne.

21 mars 2015

Le deal

Par des milieux peu orthodoxes, elle avait fini par trouver quelqu’un capable de tuer. Quand elle rencontra le type - il s’appelait Jeff - elle lui dit tout de suite qu’elle ne supportait pas son divorce et que les choses allaient de mal en pis. Jeff pensa aussitôt qu’elle voulait envoyer son mari ad patres. Mais non, cette folle voulait qu’il la tue, elle, et elle lui proposait 10 000 euros pour le faire.

C’était encore une belle femme qui ne méritait certes pas cette fin tragique. Mais après tout, son éthique ne le lui interdisait pas.

Rendez-vous fut pris une semaine plus tard, dans le parking souterrain des trois fontaines, à 22 heures, niveau – 4.

Il se procura une arme et le jour J, il se présenta à l’heure dite. Elle était là, seulement elle n’avait que 1000 euros à lui proposer. Il refusa. Elle lui jura que s’il refusait, elle lui pourrirait la vie et raconterait tout à la police.

Il lui tira deux balles dans la tête et partit.

19 mars 2015

Moi

Souvent elle se demandait quelle impression elle se ferait  si elle se rencontrait par hasard. Aurait-elle envie de lier connaissance ou préfèrerait-elle  prendre la tangente  ?

Ces deux questions trouvèrent une réponse immédiate quand elle  s'en ouvrit à son frère qui, sans nul doute, en profita pour régler quelques comptes avec elle.

- Tu te trouverais  égoiste et dépourvue d'empathie.

17 mars 2015

Le patron

Quand j’ai dit à mon patron que j’étais en retard à cause du décalage horaire,  il m’a asséné un  « Vous vous fichez de moi madame Dupont, vous étiez dans la Creuse !» Je lui ai expliqué que si la Creuse était sur le même fuseau horaire que Paris, je devais néanmoins me réadapter au rythme parisien. Et j’ai conclu énervée.

- C’est pas parce que j’arrive avec une malheureuse demi-heure  de retard que la terre va s’arrêter de tourner !

Bien sûr il n’a rien voulu entendre. Mon patron fait partie de ces hommes qui ont toujours raison quoiqu’il arrive. Il est resté silencieux un instant, puis il m’a posé une question que j’ai jugée anodine. J’ai eu  tort de ne pas me méfier.

-          Madame Dupont, combien d’années de maison avez-vous ? 

-          10 ans, lui ai-je répondu surprise de ce brusque revirement de ton.

Et là, je ne sais pas ce qu’il lui a pris : il a desserré le col de sa chemise, tombé sa veste, il a ânonné des onomatopées bizarres d’une voix rauque, puis il s’est rué sur moi comme un fou. Avant que j’aie pu faire quoi que ce soit, ses mains emprisonnaient mon cou et il m’aurait tuée si Dumontier, le chef du service logistique, n’était pas grimpé à califourchon sur son dos pour qu’il lâche prise.

Ce jour-là, j’ai compris que mon patron me haïssait au point de vouloir me tuer. C’était il y a trois mois. Depuis, je suis en arrêt maladie. Chez moi je ne fais rien. Je passe mes journées à regarder mon cou dans la glace. J’ai encore la trace de ses mains sur ma peau, comme des stigmates. J’ai beau y mettre toutes les crèmes du monde, les traces ne disparaissent pas. J’en ai parlé à mon médecin ; lui non plus ne comprend pas, mais il essaie de me rassurer. Il me dit invariablement, de sa voix calme qui finit par m’horripiler « Tout va rentrer dans l’ordre Madame Dupont, ne vous inquiétez pas. »

En tout cas, moi, je sais bien que  rien ne rentrera plus jamais dans l’ordre. Je vis en décalage permanent…

 

15 mars 2015

La question

A la fin du cours, trois élèves étaient restées pour lui poser une question. Elle avait bien vu, à leur mine, que la question semblait difficile, de celle qui relève certainement de l’intimité. Bienveillante, elle les avait encouragées à s’ouvrir. L’une d’entre elle prit alors la parole au nom des autres.

-          Madame, on se demandait si vous étiez enceinte.

Ce fut comme si le ciel lui tombait sur la tête. Elle ? Enceinte ? Certes, elle n’avait que 35 ans mais comment avaient-elles pu en arriver à cette conclusion ? Etait-elle aussi grosse que ça, de face ou de profil ?

Elle déglutit difficilement et leur dit que non. Les élèves en furent gênées et partirent sans lui dire au revoir.

Dès le lendemain, elle s’inscrivait dans une salle de gym…

13 mars 2015

Le prénom

Elle avait appelé sa chienne « Pubis », et elle n’était pas mécontente du  petit effet que cela produisait quand elle l’appelait dans les lieux publics…

 

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