Vivant ou mort ?
Hier, j’ai reçu un coup de fil de ma banque qui me disait que j’étais mort. J’ai aussitôt répondu.
- Je ne peux pas être mort puisque je suis vivant.
- Prouvez-le, m’a répliqué l’employé au bout du fil.
- Comment ? ai-je demandé.
Et ce « connard » m’a donné une liste innombrable de choses à faire. La première, c’était de régulariser ma situation auprès de ma caisse de retraite sinon je ne toucherais plus rien. Là, mon cœur a fait un bond. Quand je pense que j’ai une retraite réduite à rien, et il me fallait me justifier ou plutôt, dire que j’étais vivant pour toujours toucher ce rien.
Il y a des moments dans la vie où l’on voudrait se pendre pour en finir avec l’absurdité de la vie. Mais non, je ne laisserai pas aux caisses de retraite le pouvoir de garder le rien qui m’appartient. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’aller à l’église, moi qui n’y allais plus depuis ma première communion. Je suis allé vers le confessionnal en espérant que le curé viendrait. Ce qu’il a fait immédiatement, mais était-ce bien le curé ? Il m’a simplement dit.
- Je vous écoute mon fils, parlez en toute confiance.
Ma confession a duré trente minutes, une suite de récriminations contre la banque, la caisse de retraites, l’état, ma mère, mon père et la vie, tout simplement. A la fin de la confession, le curé m’a dit.
- Je vous ai écouté et je vous comprends, mon fils. Quoi de plus absurde que d’être mort lorsque l’on est vivant. Repartez dans la paix, mon fils, mais auparavant, recueillez-vous quelques instants afin de ne pas éprouver ce désir si humain, qui est celui du ressentiment. Désir que moi-même j’ai ressenti plusieurs fois et pour lequel j’ai dû me confesser aussi. Ressentir, c’est sentir deux fois et souffrir deux fois.
Quand je suis sorti du confessionnal, j’ai vu au loin le curé s’éloigner et je me suis rendu compte qu’il n’était pas vêtu de noir, non, mais qu’il portait un long pantalon pourpre et que ses cheveux étaient longs, si longs qu’il avait tout du hippie. Était-ce une hallucination due à mon état fébrile ?
Enfin, je dois dire que depuis je vais mieux et je ne veux plus me pendre, non, mais j’ai décidé de les emmerder, tous ces « connards » qui me disaient mort ! Tiens, je me demande si je ne vais pas envoyer à mon conseiller bancaire un colissimo avec mes excréments. Oui, une très bonne idée pour commencer, et ensuite, je retournerai peut-être me confesser. Mieux vaut une thérapie au confessionnal, qu’une thérapie chez un psy, ça revient moins cher.
PS : prochain texte, vendredi..
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