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Presquevoix...

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24 août 2024

Vivant ou mort ?

Hier, j’ai reçu un coup de fil de ma banque qui me disait que j’étais mort. J’ai aussitôt répondu.

 

  • Je ne peux pas être mort puisque je suis vivant.
  • Prouvez-le, m’a répliqué l’employé au bout du fil.
  • Comment ? ai-je demandé.

 

Et ce « connard » m’a donné une liste innombrable de choses à faire. La première, c’était de régulariser ma situation auprès de ma caisse de retraite sinon je ne toucherais plus rien. Là, mon cœur a fait un bond. Quand je pense que j’ai une retraite réduite à rien, et il me fallait me justifier ou plutôt, dire que j’étais vivant pour toujours toucher ce rien.

 

Il y a des moments dans la vie où l’on voudrait se pendre pour en finir avec l’absurdité de la vie. Mais non, je ne laisserai pas aux caisses de retraite le pouvoir de garder le rien qui m’appartient. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’aller à l’église, moi qui n’y allais plus depuis ma première communion. Je suis allé vers le confessionnal en espérant que le curé viendrait. Ce qu’il a fait immédiatement, mais était-ce bien le curé ? Il m’a simplement dit.

 

  • Je vous écoute mon fils, parlez en toute confiance.

 

Ma confession a duré trente minutes, une suite de récriminations contre la banque, la caisse de retraites, l’état, ma mère, mon père et la vie, tout simplement. A la fin de la confession, le curé m’a dit.

 

  • Je vous ai écouté et je vous comprends, mon fils. Quoi de plus absurde que d’être mort lorsque l’on est vivant. Repartez dans la paix, mon fils, mais auparavant, recueillez-vous quelques instants afin de ne pas éprouver ce désir si humain, qui est celui du ressentiment. Désir que moi-même j’ai ressenti plusieurs fois et pour lequel j’ai dû me confesser aussi. Ressentir, c’est sentir deux fois et souffrir deux fois.

 

Quand je suis sorti du confessionnal, j’ai vu au loin le curé s’éloigner et je me suis rendu compte qu’il n’était pas vêtu de noir, non, mais qu’il portait un long pantalon pourpre et que ses cheveux étaient longs, si longs qu’il avait tout du hippie. Était-ce une hallucination due à mon état fébrile ?

 

 Enfin, je dois dire que depuis je vais mieux et je ne veux plus me pendre, non, mais j’ai décidé de les emmerder, tous ces « connards » qui me disaient mort ! Tiens, je me demande si je ne vais pas envoyer à mon conseiller bancaire un colissimo avec mes excréments. Oui, une très bonne idée pour commencer, et ensuite, je retournerai peut-être me confesser. Mieux vaut une thérapie au confessionnal, qu’une thérapie chez un psy, ça revient moins cher.

 

 

PS : prochain texte, vendredi..

20 août 2024

Le cercle de la gauche disparue

C’était un drôle de cercle. Au centre, un parano, à l’instabilité permanente. Sur les ailes, quatre ou cinq hommes qui oscillaient entre désabusement et humour. Le parano en était arrivé au stade où il se demandait si des acteurs n’avaient pas été payés pour l’emmerder. S’ajoutait à cette paranoïa quelques petits problèmes de santé qui se manifestaient par des crises d’éternuements. L’un des membres du cercle des gauchistes osait parfois dire.

 

  • A tes souhaits.

 

Ce à quoi le parano répondait, agacé.

 

  • Je n’ai aucun souhait.

 

Un autre ajoutait.

 

  • Même pas pour la nouvelle année ?
  •  Sache que maintenant, pour moi les années sont toutes les mêmes et je n’en attends rien ni pour moi, ni pour la société. Basta les manifs et les désirs d’autre chose.
  • Oui mais tout de même, quand les nuages de l’extrême droite arrivent… répliquaient les autres.
  • Et alors ? disait le parano.
  • Alors on se bouge quand même, car l’aveuglement et l’attente sont les ennemis du peuple, tu te souviens ?

 

Ces hommes étaient tous des héritiers d’un parti de gauche, aujourd’hui disparu. D’ailleurs la gauche existe-t-elle encore ? Parfois le silence s’installait à la table du café où ils se réunissaient à trois, quatre, cinq ou six, parfois ; mais le sixième était à un stade élevé de misanthropie et sortait rarement de chez lui, malgré l’encouragement de sa femme qui, elle, aurait bien aimé que son âme s'aère.

 

Ils formaient un bien étrange cercle que la clientèle du café connaissait, mais que personne ne côtoyait vraiment. Sans doute parce que personne n’apprécie l’étrangeté des autres surtout si elle est le miroir – pâle ou non - de nous-mêmes ?

 

PS : prochain texte, samedi.

15 août 2024

Les vulnérables, on les préfère quand ils se taisent

Ah, les vulnérables, on les chouchoute, on les aime, on les écoute, on veut les voir vivre longtemps ; mais pourquoi, si les structures pour les accueillir ne font pas preuve d’humanité ?

 

Mon père est décédé hier à 24 heures et je n’en parlerais pas dans ce blog s’il n’y avait pas en moi une colère immense, aussi grande que celle de mon père qui, lui, vivait en Ehpad – pour des raisons de santé - mais n’avait aucun problème cognitif. Hélas pour l’Ehpad, mon père entendait, ouvrait les yeux, notait, se plaignait, utilisait son ordinateur et écrivait moult e-mails à la directrice lorsque les choses dépassaient les bornes. De quoi ne l’a-t-on pas accusé mon pauvre père dans cet Ehpad extrêmement couteux !  Tout ceci parce que mon père signalait ce qui ne fonctionnait pas - et très vivement, c’est certain - car il lui était insupportable de voir que les dits « vulnérables » n’étaient pas écoutés lorsqu’ils prenaient la parole.

 

Je peux vous dire que dans les Ehpad privés, les vieux, on les préfère malentendants, aveugles, avec problèmes cognitifs de préférence, gentils et obéissants. Ceux qui disent ce qui ne va pas et pourquoi les choses devraient changer, on apprécie le jour où ils disparaissent.

 

Je pourrais aussi parler du service de gériatrie du CHU de Rouen où mon père est resté trois jours, du 10 au 13 aout. Trois jours d’enfer car on ne voulait pas l’écouter là non plus, on voulait qu’il s’asseye dans un fauteuil pour manger alors que son dos ne le tolérait pas. Pas de fauteuil, pas de goûter, juste de l’eau, ont décidé les aides-soignants. Punition. Et même chose le soir car mon père refusait de s’asseoir dans le même fauteuil. Le médecin a évoqué l’étouffement possible et mon père lui a répondu vertement qu’on pouvait relever le lit pour qu’il mange !  Pas de lit relevé, pas de dîner donc. Eh oui, un vieux ne doit pas dire NON. Il doit obéir et avoir mal. Mon père n’était pas un emmerdeur, il avait mal, très mal au dos – et ce depuis 5 ans -  tout simplement, et il gueulait si on refusait de prendre en compte sa douleur.

 

Il est donc parti mardi 13 aout à 15 h de l’hôpital, en ambulance pour revenir à l’Ehpad.  A 16 h, je suis passée au service gériatrie afin de demander à l’infirmière des renseignements sur ce qu’il avait et dans quel état il était juste avant son départ de l’hôpital en ambulance. Elle m’a répondu : «  Assez bien ». Pourtant, le soir à 24 h, lorsque ma mère s’est levée, inquiète, elle l’a  retrouvé mort dans son lit.

 

Bref, tout cela pour dire que ce merveilleux service de gériatrie va avoir de mes nouvelles par lettre recommandée avec accusé de réception, envoyée au chef de service ; sans parler de la lettre que j’enverrai à notre merveilleuse Agence Régionale de Santé, qui ne contrôle pas les Ehpad et répond rarement aux demandes des résidents – ou de leur famille - qui signalent des malversations, voir des règles non respectées. Bien évidemment, je n’oublierai pas nos députés, tous partis confondus, qui recevront une missive que leur attaché parlementaire lira peut-être, sans qu’il y soit répondu de façon claire et précise. Mon père en a fait l’expérience avec M. Juvin, député LR, en ce qui concerne sa proposition de loi "Bien vieillir" le droit des personnes âgées à emménager en établissement avec leur compagnon à quatre pattes. Propositions dont il s’est moqué en signalant que le personnel ne suffisait pas pour les résidents, donc qui s’occuperait des animaux à quatre pattes ? Ce député – ancien médecin -  l’a remercié de sa lettre sans même avoir pris la peine de la lire ! Merci M. Juvin de la peine que vous prenez pour les citoyens de ce pays qui paient votre salaire de député !

 

Pour conclure, je dirai que dès aujourd’hui l’écriture, la dérision et l’ironie seront les trois armes que j’utiliserai afin de poursuivre la « croisade » de mon père. Oui, il faut qu’on arrête de prendre les vieux pour des cons !

 

 

PS : prochain texte, mardi.

9 août 2024

Le soutien-gorge

Le soutien-gorge

Isabelle s’était achetée un super « soutif », 95 E - alors qu’elle-même atteignait à peine le 85 b - et elle avait plaisir à le faire sécher sur un fil à linge qui traversait la rue, en accord avec sa voisine d’en face, une vieille dame de 90 ans qui sortait rarement de chez elle, mais avec qui elle entretenait des conversations de fenêtre à fenêtre.

Nombreux étaient les hommes qui fixait la « chose », il faut dire que la taille était avantageuse.

Souvent, le week-end, si Isabelle restait à sa fenêtre, les hommes de passage la fixaient. Elle leur tendait alors sa pancarte qui annonçait : « Je vous encule tous ! ».

Marguerite, sa voisine d’en face, avait essayé de l’interroger.

 

  • Pourquoi ce truc grossier sur votre pancarte ? Vous leur en voulez de quoi, aux hommes ?
  • J’en veux déjà à Dieu – que l’on nous exhibe en homme - parce que le jour où je suis née, les planètes se sont alignées pour me faire chier, et ça n’a jamais arrêté. Dieu, mon père, mes frères, mes amants…
  • Je n’y comprends rien à votre histoire mais ma petite fille je vous trouve bien pessimiste à votre âge.
  • Vous avez été mariée Marguerite ? répliqua Isabelle.
  • Oui, mais pas d’enfants. Et mon mari est mort il y a bien longtemps, alors...
  • Eh bien moi, beaucoup d’hommes, pas d’enfants, et le vide abyssal.

 

Marguerite sourit en lui conseillant de patienter ; qui sait, peut-être que Dieu l’aiderait, un jour ?

Un samedi matin, jour de marché, Isabelle était plantée à sa fenêtre en train de fumer une cigarette quand un type en bas l’a regardée et lui a montré une pancarte où il avait écrit en grosses lettres rouges : « M’enculer ? Vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère ! ». Et puis il partit.

Le lendemain matin, le même homme, avec la même pancarte est passé sous le fil à linge, mais il en tenait une deuxième dans la main droite où il avait écrit « Mea CUL – PA, en ce dimanche pascal je vais me confesser à l’église ! ». Puis il en sortit une troisième qui disait : « Vous n’avez pas besoin de vous faire confesser, vous ? »

Isabelle hocha de la tête en criant un « Sans doute ! » et descendit rapidement les marches pour le rejoindre. Marguerite sourit en observant la scène et se dit que certes, Isabelle souhaitait se délivrer du Mâle, mais était-ce si simple, d’autant plus que là, le « mâle » avait de l’humour.

 

 

PS : Photo prêtée par Mado.

PS1 : prochain texte, jeudi.

 

3 août 2024

La gendarmerie

Daniel conduisait vite sur cette petite route de campagne. Il avait rendez-vous à 12 h au camping de la Chênaie et il était en retard. Il faisait chaud, les fenêtre étaient ouvertes – aucune climatisation dans cette vieille voiture – et il écoutait de vieux tubes des années quatre-vingts. Etonné, il vit derrière lui une voiture de la gendarmerie. Elle le doubla et l’un des deux gendarmes lui fit signe d’arrêter. Ce qu’il fit, bien sûr, son père avait été gendarme lui-même et il gardait un infini respect pour lui.

 

Une fois arrêté, le gendarme sortit lentement de sa voiture, s’avança à son niveau et le fixa avec une surprise extrême.

 

  • Bonjour Monsieur, excès de vitesse, 98 kms/heure sur une route où l’on ne peut dépasser les quatre-vingts, vous faites fort ! Par ailleurs, je remarque que vous êtes nu ?
  • Bonjour. Je reconnais la vitesse, de même que la nudité, mais est-il interdit d’être nu dans sa voiture ? Je ne crois pas être visible depuis une voix publique.
  • Si, par moi monsieur. Et d’abord pourquoi êtes-vous nu ?
  • Je vais à une journée découverte du naturisme non loin d’ici au camping naturiste la Chênaie. Peut-être connaissez-vous le lieu d’ailleurs ?
  • Trouvez-vous que j’ai une tête de naturiste monsieur ?
  • Non, bien sûr, excusez-moi.
  • Je vais vous demander de remettre un short et un teeshirt s’il vous plaît.
  • Même en période caniculaire ?
  • Bien sûr monsieur, et si vous insistez je double la mise ?
  • Quelle mise ?
  • Celle de l’amende pour nudité.
  • Il y a une amende pour ça ? Oui et amende aggravée puisque vous avez un excès de vitesse. Je vous rappelle donc que l'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende selon l'article 222-32 du Code pénal.
  • Je vois que vous connaissez mieux votre code pénal que moi mon code de la route.
  • Excusez-moi monsieur mais l’humour, on va s’en passer, sinon votre amende va encore s’aggraver.
  • Et là, ce serait ?
  • Humour déplacé ou insultes peut-être, qui sait ?
  • Question humour, il est vrai que dans la gendarmerie, malgré l’infini respect que j’ai pour ce corps de métier, ce n’est tout de même pas fréquent.
  • Ah bon ? Qui vous a dit ça ?
  • Mon père était gendarme et l’humour n’était pas sa caractéristique principale, enfin pas à la maison.
  • Exactement monsieur, vous avez parlé juste, pour une fois, pas à la maison !
  • Vous connaissez mon père ?
  • Je ne sais pas. Son nom ?
  • Roland Dumontier, parti à la retraite il y a 10 ans.
  • Ah, Roland ? Mais oui je le connais. Effectivement, le pauvre n’avait pas une vie de tout repos !
  • C’est-à-dire, Monsieur le gendarme ?
  • Quatre garçons et une femme, c’est bien ça ?
  • Oui.
  • Trois garçons à la déroute, un sur les rails et une femme, disons, complexe !
  • Mais monsieur je ne vous permets pas.
  • Si vous ne me permettez pas de dire ce que Roland nous disait, moi je ne vous permets pas d’être encore nu, alors habillez-vous immédiatement.

 

Le collègue du gendarme arriva en renfort, s’étonnant de la lenteur de l’amende donnée.

  •  
  • Ah, tu arrives à propos, lui dit le premier gendarme. Ce monsieur est le fils de Roland Dumontier.
  • Non ! Roland Dumontier ! Ma parole ! Et lequel des quatre fils c’est ?
  • Il fait partie des trois hors-piste !
  • Non, ça alors. C’est Daniel, Pierre ou Bastien ?
  • Je ne sais pas. Demande-lui.
  • Alors, monsieur, Daniel, Pierre ou Bastien ?
  • Mais je n’ai pas à répondre à vos questions.
  • Donnez-moi vos papiers et on va tout de suite vérifier !
  • Mais vous vous moquez de moi ?
  • Non monsieur, c’est vous. Vous avez deux infractions : un excès de vitesse et une nudité au vu de tout le monde et vous ne voulez pas me donner vos papiers ? Je peux appeler votre père peut-être ?
  • Mon père est à la retraite et il a autre chose à foutre !
  • Peut-être, et nous aussi. Alors vos papiers s’il vous plait et vous sortirez de votre voiture quand vous serez habillé !
  • Vous plaisantez ?
  • Non. Vous savez que l’on n’a pas d’humour dans la gendarmerie !
  • Mais son père en avait, repris le deuxième gendarme.
  • Oui, mais au boulot, pas chez lui visiblement. Et on comprend pourquoi. Le pauvre ne riait pas tous les jours. Tu te souviens de ce qu’il nous disait des trois hors-piste ?
  • Oui, très bien, « Des connards qui ne pensaient qu’à mettre leur bite où ils pouvaient. Et quant à pouvoir, il se demandait s’ils pouvaient ?
  • Mais vous vous foutez de ma gueule messieurs les gendarmes.
  • Pas du tout, monsieur, des faits rien que des faits.
  • Mai si vous continuez je vais vous mettre mon poing sur la gueule à tous les deux !
  • Tu l’entends collègue, il veut nous mettre son poing sur la gueule ?
  • Ouais, j’entends, et ce que je lui dirai c’est : « L'auteur d'un outrage à agent chargé d'une mission de service public encourt une amende de 7500 € et une peine de travail d'intérêt général. C'est ce qu'énonce la loi n°2024-247 du 21 mars 2024. »
  • Alors, vous vous calmez maintenant ?

 

Daniel regarda les deux gendarmes l’air atterré et conclut.

 

  • C’est ça, donnez-moi vos deux amendes rapidement sinon je suis capable de vous dire que j’encule la gendarmerie !
  • Tu l’entends Victor ?
  • Oui, je l’entends Denis.
  • Nous l’entendons donc tous les deux. Qu’est-ce qu’on pourrait lui dire alors ?
  • Eh bien, nous pourrions dire que nous aussi nous l’enculons, avec tout l’humour qui est le nôtre, et que ce petit marathon des amendes le conduit à.. ?
  • Tu ne sais pas quel tarif Denis ?
  • Non, je crois qu’on va l’emmener en garde à vue : 24 heures, ce sera suffisant. Et il va rater en plus son entrée au camping de la Chênaie à 12 h pour la découverte du naturisme.
  • Oh, pas grave, le naturisme en garde à vue, c’est pas mal aussi, non ?

 

Et ils lui demandèrent de sortir de sa voiture et de rentrer dans la leur.

 

 

PS : prochain texte, vendredi 9 aout

 

31 juillet 2024

Cette année-là !

Son occupation quotidienne, après la lecture de Paris Normandie, c’était de regarder le site « décès en France », uniquement pour voir si son ancien patron était au « programme » des décès du jour. Il se demandait d’ailleurs s’il détestait plus son patron que son père, qu’il détestait toujours, bien que mort.

 

Son ancien patron avait son âge, tout juste cinquante ans – encore fringant donc -  et il espérait bien qu’il allait disparaître cette année ! De temps en temps, pour se faire plaisir, il chantonnait une adaptation – écrite spécialement pour l’enterrement de celui-ci - de « cette année-là » de Claude François :

 

« Cette année-là

Tu es né sûrement pour me faire chier.

Dans mon coin je naissais moi aussi

Et nous étions tous deux voisins. 

 

Cette année-là

Au Portugal,  la fin d’la dictature

Mais en France nous on a eu Giscard

Et au square tu me poussais…

 

Déjà ah ah ah

Tu m’insultais en faisant Areu areu areu

Et moi

J’fermais ma gueule et j' te souriais ais ais ais »

 

PS : prochain texte, samedi.

28 juillet 2024

Le perchoir

Quand elle a lu dans son quotidien que Madame Yael Braun Pivet revenait sur son « perchoir » à l’Assemblée Nationale elle s’est étonnée. Pas facile tout de même de se transformer à nouveau en oiseau domestique. Mue par la curiosité, elle a tout de même fait une petite recherche sur le Grand Google et elle s’est aperçue que l’on était très bien nourri sur ce perchoir-là :12 937,75 euros par mois. La vie d’oiseau de perchoir à l’Assemblée Nationale a du bon.

C’est ainsi qu’elle a compris pourquoi l’oiseau de perchoir du Sénat – Monsieur Larcher - avait autant grossi pendant ses neufs ans et neufs mois de perchoir, d’autant plus que sur le perchoir du Sénat on est encore mieux nourri : un peu plus de 14 000 euros par mois ! Le pauvre homme ne va-t-il pas mourir sur son perchoir s’il continue à insister à y être élu ?

Souvent,  une question lui venait à l’esprit : pourquoi Dieu – à supposer qu’il existe -  n’a-t-il pas créé un huitième pêché capital : la connerie  ?

 

PS : prochain texte, mercredi.

25 juillet 2024

Le protocole des petites blessures

Le protocole des petites blessures

Moi, je vais prendre la route des coquelicots, et comme ça, les petites blessures disparaîtront peu à peu. Sur cette route, il y aura peut-être des murs à franchir avec d’étranges inscriptions, des chemins irréguliers ou des voyageurs qui m’effraieront mais je marcherai sans m’arrêter. Certains m’ont souvent dit « Une vie de malheur c’est au moins une vie ! » ou « Je souffre donc j’existe », ou « Oublie-toi toi-même et le ciel t’aidera. » C’est fou ce que les gens peuvent dire pour vous rassurer ou pour que vous parcouriez le même chemin que le leur, celui de la soumission, celui de ceux qui se disent que rien ne pourrait changer car ils ont peur.

J’ai toujours vécu en ville, dans des ZFE – Zone à faibles Émotions – ces zones où les voisins se ressemblent, où ils ont des chiens ou des chats qu’ils aiment ou qu’ils font souffrir, ces zones où on se dit bonjour ou au revoir sans savoir qui vous êtes, ces zones où l’on fait semblant d’être dans la Norme, ces zones qui vous font mourir sans jamais rien avoir appris.  La ville ne peut pas être la vie et la vie n’est pas un protocole de petites blessures du début jusqu’à la fin. Moi je veux la vie avec un grand V, celle qui nous fait sortir de l’ombre pour aller vers la lumière. Pas celle de la Foi, bien sûr, mais celle qui nous fait ouvrir les yeux afin de découvrir ce qui est en nous mais n’est pas encore né. Hegel disait que c’est l’habitude de la vie qui cause la mort. Pourquoi le disait-il ? Je n’en sais rien car je ne l’ai pas lu, mais cette phrase m’accompagnera sur la route des coquelicots. Vous savez tous qu’il suffit de dire « il est écrit que » pour que tout le monde nous croie. Eh bien moi, sur la lettre que je vais laisser sur la porte de chez moi, et que tout le monde pourra lire, s’il le souhaite, j’écrirai :

« Il est écrit que je serai heureuse car désormais,

je vais suivre la route des coquelicots.  »

 

 

PS : prochain texte, dimanche.

22 juillet 2024

Changer, oui, mais quand ?

Marion est assise au café avec son amie Corinne et, entre le plat principal et le dessert, elle lui dit.

  • Tiens, je vais te raconter une histoire. Le 14 juillet, on était autour d’une table, avec un groupe d’amis et il y avait une fuite de gaz. Il y en a un qui a craqué une allumette pour y voir clair et boum.  
  • Étrange, non ?  C’est un dingue qui a fait ça ?
  • Je te l’accorde, mais c’est ce que nous sommes en train de vivre dans notre société.
  • Que veux-tu dire ?
  • Eh bien de nombreux citoyens ont envie de faire boum, et il y a de nombreux députés qui mettent des allumettes afin de faire exploser la société qui a une fuite de gaz, et la fuite, c’est Marine !

Corinne sourit et attend un instant avant de répliquer.

  • Toujours ton optimisme « invertébré », si je puis dire. Effectivement, tu as raison, on a du mal à mettre en place les vertèbres de notre devise Républicaine : « Liberté – Égalité – Fraternité ».
  • Exactement, c’est pour ça que je dis BOUM moi aussi !
  • Et tu proposes quoi ?

Marion sourit, inspire et expire longuement plusieurs fois avant de répliquer.

  • Aller dans la rue et crier : « On en a marre de ces guignols qui vivent dans le formol et volent nos espoirs ! »
  • Et les guignols, c’est qui ?
  • Tous ces hommes politiques qui ne pensent qu’à leur parti et à leur carrière. Qu’on les foute à la retraite ces mecs. Trois mandats, quatre maximums, et ça suffit amplement. Être femme ou homme politique, ce n’est pas une profession !

Corinne soupire, regarde Marion et dit avec prudence.

  • Oui, tu as raison, mais je ne suis pas prête à descendre à nouveau dans la rue pour faire exploser tout ça.
  • Dommage, gueuler ça fait du bien, surtout que chez moi, je dois restreindre mes cris. Mon mari me dit qu’il faut que j’arrête de gueuler après les enfants.

Corinne sourit puis dit plusieurs fois, d’une voix forte : «Vive le partage des tâches et vive la concertation au foyer, au Front Populaire et à l’Assemblée ! »

  • Tu vois, tu es prête, conclut Marion. Dès qu’une manif est prévue, je te fais signe !  Et souviens-toi que la société commence à s’effondrer quand on empêche toute pensée critique !

 

 

PS : prochain texte, jeudi.

18 juillet 2024

L'idiocratie

Devenir idiot, c’est simple. Vous mettrez d’abord en place sur votre portable, l’application « abêti » qui est d’une grande aide. Ensuite, vous consulterez les réseaux sociaux en permanence. Il est également recommandé de ne jamais regarder les autres lorsque vous sortez de chez vous, et de ne jamais leur parler, que ce soit dans les transports en commun, au café ou dans la rue ; votre portable suffit amplement. Préférez également le virtuel à la réalité afin de pratiquer des récits divers et variés de vous-mêmes.

Ainsi, au fil des jours, vous vous éveillerez, non à la conscience, mais à la connerie, ce qui est bien évidemment l’élément le plus favorable au développement d’une société néo- libérale avancée. Et pour finir, il est fort utile de décomposer votre passé et d’en faire, non un passé qui vous a été « imposé », pauvre de vous, ou un passé compassé, mais un passé créé où la réalité laissera place à l’imagination et à la rêverie.  Votre devise sera désormais : " Moi d'abord."

Vous voici enfin prêt(e) pour une société d’idiocratie où vous serez la plus heureuse des femmes ou le plus heureux des hommes.

 

PS : prochain texte, lundi.

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