Installée à une table de la cafétéria de l’hôpital psychiatrique j’observe et j’attends. Après un échange de regards, un homme, assis à une table non loin de la mienne, m’adresse la parole. - Et vous ? Vous êtes normale ? D’abord déconcertée, je finis par lui dire que j’assure la permanence d’une association. J’en profite pour la lui présenter et lui donner un dépliant. Il me parle un peu de lui, de ce qui l’a conduit à l’hôpital, puis il part fumer une cigarette dehors. Je m’aperçois que j’ai botté en touche et que je n’ai pas répondu à sa question : est-ce que je suis normale ou pas ? Mais quelle importance cela a-t-il, au fond ?
« J’en ai marre de cette
routine, envie d’espace et de nouveauté. » Voilà ce que m’a dit ma mère à
l’aube de sa retraite. Moi, bonne fille, je lui ai proposé plein d’idées
qu’elle a refusé les unes après les autres. Finalement, j’ai laissé tomber,
après tout, c’était sa vie et pas la mienne qui était en jeu.
Six mois plus tard, la retraite
sonnait le glas de sa vie professionnelle et le choc fut rude. Plus question
d’échafauder des « plans sur la comète » l’esprit tranquille car ne
disposant pas encore de la liberté convoitée ! La date butoir remettait
tout en question et je me demandais comment elle allait planifier la suite de
sa vie. Tout d’abord, m’a-t-elle dit, il fallait qu’elle fasse un peu d’ordre
dans son appartement, qu’elle trie un certain nombre de choses, des papiers et
surtout les photos de ma sœur et moi, de ses petits-enfants, travail qu’elle
avait remis à des jours ultérieurs par manque de temps. Alors que je lui
faisais remarquer que ce genre de tâches pouvaient se planifier lors de jours
de pluie ou en hiver par temps très froid et que le printemps naissant invitait
plus à sortir donc à explorer, visiter, découvrir, parcourir, sillonner des
lieux, des espaces, elle me rétorqua que sachant ses tâches inachevées, elle ne
pourrait jouir pleinement d’endroits nouveaux.
Au début de l’été, je revins à la
charge mais des contraintes différentes étaient apparues.
- Maman, je ne comprends plus. Tu
en avais marre de ta routine, tu rêvais d’espace et de nouveauté. Tu n’as plus
d’horaires à respecter, tu es sans contrainte si ce n’est celle de t’occuper
de toi, tu es libre de faire ce que tu veux quand tu veux, pourquoi rester
coincée dans ton appartement, pourquoi t’échiner à faire les courses de ta
voisine du dessus, à accompagner Mme Dupont chez son médecin et le ménage chez
Monsieur Tavut qui pourrait tout aussi bien engager une femme de ménage ?
- Mais tu ne comprends pas, ces
personnes comptent sur moi, elles n’ont que moi.
- Tu plaisantes j’espère !
Et leur famille, et les services sociaux, ils sont là pour ça.
- Ce n’est pas la même chose, moi
je le fais volontiers et puis, ils ont de la peine à demander aux autres.
- Mais pas à toi,
visiblement !
- Ils ne me demandent rien, c’est
moi qui me propose.
- Ah ! intéressant, et c’est
pour fuir quoi ?
- Pardon, je ne comprends pas.
- Oh ! que si, tu comprends
très bien. Tu as la trouille !
- La trouille ? Mais de
quoi ?
- De tout, de la nouveauté, de
l’espace, des autres, de l’inconnu. Je ne te reconnais plus.
- Tu fais fausse route, j’ai bien
le temps pour tout ça, je ne suis pas pressée, j’ai toute ma vie devant moi.
- La vie file maman, tu ne seras
pas éternellement en bonne santé, profite, nom de tonnerre !
- Ah ! mais cela commence à
bien faire. Occupe-toi de tes affaires, je ne t’ai rien demandé.
Nous étions comme deux mules
l’une en face de l’autre, à nous jauger pour savoir qui allait reculer. Je me
suis soudain vue de l’extérieur et j’ai trouvé la situation cocasse.
J’insistais pour que ma mère mène sa vie autrement alors qu’elle avait toujours
respecté ma façon de gérer la mienne et mes choix. Elle avait raison, je
n’avais pas à me mêler de ses affaires. Je m’excusais donc et nous nous sommes
quittées réconciliées.
Cinq jours plus tard, elle avait
laissé un message sur mon répondeur. Elle s’était envolée pour un trek au
Népal, cela avait été une décision de dernière minute, elle n’avait pas eu le
temps de m’avertir, elle avait été très prise par les préparatifs, elle nous
embrassait tous et nous enverrait des nouvelles dès qu’elle pourrait.
Il y a très, très longtemps, lorsque mon fils était en CP, la maîtresse lui avait fait faire une boîte à compliments pour la fête des mères. C’était une jolie petite boîte jaune pâle dont le tiroir contenait un premier compliment qui disait « Chère maman, je t’aime beaucoup et je t’offre mon premier baiser par ce message. » Ce premier compliment fut aussi le dernier que la boîte ait connu. Cette boîte, je l’ai encore, non parce que mon fils l’a faite - j’ai jeté sans état d’âme d’autres cadeaux de fête des mères – mais sans doute parce que je garde un souvenir ému de tous les compliments que je n’ai jamais eus…
Voir le monde à l’envers, parfois, ça fait rire ! Quelques bonnes trouvailles, dans ce sketch de Bruno Salomone. Les enfants « fayots », ça peut tuer des parents, surtout quand ils sont trop « laxatifs »… De plus en plus souvent, si j’en juge par notre lycée de banlieue, on voit des parents très « laxatifs » qui soutiennent l’insoutenable… certains parents vont même jusqu’à remettre en cause la parole du Conseiller d’éducation quand celui-ci leur annonce que leur enfant n’était pas en cours de telle heure à telle heure ! C’est vrai, quoi, le « pauvre chéri », il fait l’effort de se lever le matin et on ose dire que ce n’est pas pour assister au cours ? M’enfin quoi !!! Et puis, comme m’a dit récemment une mère au téléphone « si ma fille s’absente souvent, c’est qu’elle a de bonnes raisons. » (véridique) Evidemment, j’aurais dû y penser, quelle imbécile je fais, encore une déformation professionnelle. Il faut absolument que je me « déconditionne »…
Sonnée par cette tirade, je suis
restée muette. Mon mari a haussé les épaules, Maude s’est levée et a commencé à
débarrasser la table et seul le cliquetis des couverts empilés emplissaient l’air
de bruits métalliques. Finalement, je me suis adressée à mon fils.
- Tu as 21 ans, de longues années
d’études devant toi à cause de ce métier que tu as choisi. Tes bourgeois de
parents sont là pour te payer ces études, t’entretenir ainsi que ton frère et
ta sœur. Le sac Gucci que tu me reproches, j’ai attendu d’avoir passé la
cinquantaine pour pouvoir me le payer, c’est un vrai et pas un faux qui
entretient la mafia et la misère humaine par ses vendeurs ambulants qu’on
croise à tous les coins de rue.
- Pourquoi tu parles de ces
vendeurs de faux, ça n’a rien à voir.
- Je sais que cela n’a rien à
voir, ai-je explosé en me levant de table, mais ton jugement me met hors de
moi. C’est facile de nous traiter de stressés qui bossent pour des détails
financiers qui t’arrangent bien.
Puis m’adressant à mon frère.
- Va, vis et deviens qui tu veux
devenir, tu as raison, si tu laisses passer cette occasion, après tu seras soit
trop vieux, soit trop mal en point pour réaliser ce rêve. Quant à moi…
Je laisse ma phrase en suspens
quelques instants pour réfléchir. Quatre paires d’yeux me fixent. Maude reste
immobile, sa pile d’assiettes dans les mains. Finalement, je continue ma phrase
et lance un pavé dans la mare.
- Quant à moi, je vais aussi la
faire ma crise de la cinquantaine, même si j’ai dépassé la date limite. Après
tout, pourquoi me gêner…
- Et je peux savoir ce que tu
comptes faire, questionne mon mari.
Je me tourne vers lui et lui
adresse mon plus beau sourire.
- Non, tu ne peux pas !
Puis vers les autres.
- Faites votre vie, moi, ici et
maintenant, je vais faire la mienne et enfin la vivre comme jamais je n’aurais
cru possible. Je vais penser à moi et rien qu’à moi. Fini de tout gérer, tout
coordonner, tout organiser pour les autres. Je pars !
Après le silence provoqué par ma
tirade, Julien ricane.
- C’est ça ta révolution, te
tirer ! Te prendre quelques jours de vacances et puis alors ?
- Tu n’as pas compris, je pars
pour des semaines, des mois voire des années, je ne sais pas encore où ni
comment mais je m’en vais.
- Et moi, demande mon mari, j’ai
le droit de dire mon mot, de savoir où tu vas, ce que tu comptes faire.
- Non, mon chéri, fini tes
droits. Est-ce que tu me demandes la permission quand tu pars en week-end avec
tes copains, que tu t’absentes deux semaines à l’étranger pour ton boulot, que
tu organises une tournée en Bourgogne avec tes contemporains ? Je n’ai
jamais rien dit, je ne me suis jamais plainte car j’étais une bonne épouse
soumise, bien calée dans les rails qui jalonnaient ma vie. Mais c’est fini les
rails, je quitte ce chemin et j’en prends un de traverse, aussi simple que
ça !
Sur ce, ces bavardages m’étant
insupportables, je me suis dirigée vers la porte, j’ai pris mon sac et jeté un
dernier regard à mon frère. Nous nous sommes fait un clin d’œil et je savais
que mon premier voyage sera pour Sturgis. Quand la porte s’est refermée, j’ai
respiré un bon coup et me suis mise en marche.
Aujourd’hui, je suis dans ce
train qui m’emmène ailleurs. Je suis folle, mais j’aime cette folie naissante.
Jamais je ne me serais crue capable d’orienter ma vie en dehors des sentiers
balisé, je me sens libre, enfin !
Dans son rêve, il y avait toujours cet oiseau au long cou. Elle n’en avait jamais parlé à personne. Puis ces têtes, étranges, ni d’ici, ni d’ailleurs, qui envahissaient ses nuits. Tout l’inquiétait, mais elle ne voulait pas voir un psychologue juste pour un rêve. Sa vie allait son cours, ni mieux, ni plus mal, sauf que son patron se faisait de plus en plus pressant et que sa mère la harcelait de coups de téléphone pour qu’elle quitte son travail.
- Il va finir par avoir ta peau, avait-elle coutume de lui dire.
Ce lundi-là, elle arriva au bureau beaucoup plus tôt qu’à l’habitude, son rêve l’avait fait tomber du lit. Elle erra dans les bureaux déserts, puis finit par entrer dans celui de son patron. Elle s’en voulut. Ses yeux glissèrent sur les meubles et les tableaux, mais ne s’arrêtèrent sur rien, à part le secrétaire. Un à un, les tiroirs en furent ouverts et fermés, mais le dernier tiroir du bas, à droite, la laissa interdite. Il contenait un collage : elle eut l’étrange sensation d’y voir assemblé le rêve qu’elle faisait nuit, après nuit, comme si l’objectif d’un appareil photo avait pénétré l’intérieur de son cerveau pour lui en donner un cliché exact.
- Je ne vous dérange pas ?
Elle referma aussitôt le tiroir et rougit. C’était lui. Elle essaya de trouver quelque chose qui aurait pu expliquer sa présence dans son bureau, mais rien ne lui vint. De toutes façons, ses yeux inquisiteurs fouillaient déjà son âme.
Ses yeux bleus, dont la pâleur l’avait souvent inquiétée, inspectaient les moindres recoins de son cerveau à la recherche d’une pensée suspecte.
- Vous regardiez ce collage, n’est-ce pas ?
Elle ne répondit rien.
- C’est un collage de ma femme. Elle l’a fait la veille de sa mort. - Votre femme est morte ? - Epargnez-moi votre compassion, je ne l’aimais plus depuis longtemps.
Elle sentit ses jambes se dérober sous elle. Il dût s’en apercevoir car il lui proposa une chaise qu’elle accepta. Puis il se tut et le silence devint oppressant. Elle finit par dire, comme à regret.
- Ce collage est intéressant, sa symbolique je veux dire. - Oui, ma femme disait que c’était l’intérieur de son cerveau. Elle était folle, on vous l’a peut-être dit.
Quand il s’approcha de la chaise où elle était assise et qu’il lui mit la main sur l’épaule, tout son corps trembla. Puis il se plaça derrière elle et son souffle vint caresser son cou.
- Mais vous, vous n’êtes pas tout à fait comme ma femme, lui susurra-t-il à l’oreille.
Elle sentit sa bouche sur sa peau, juste derrière son lobe. Une bouche chaude qui semblait vouloir l’aspirer comme on le fait d’un liquide avec une paille. Que pouvait-elle faire ? Elle n’ignorait pas qu’un jour ou l’autre tout se terminerait ainsi ; dans son rêve elle avait vu le visage de la mort.
- Pourquoi moi ? Anonna-t-elle presque à bout de force. C’est à cause de mon rêve ? - Je t’ai choisie, chuchota-t-il, et j’ai choisi ton rêve. J’aime les rêves de femmes. Leurs rêves sont comme des augures, le tien m’a plu. Mais maintenant, tu dois disparaître.
Il sortit de sa poche un foulard vert qu’il passa prestement autour de son cou qui palpitait encore sous la chaleur de sa bouche. A aucun moment elle ne bougea.
PS : texte écrit à partir du "collage" gentiment prêté par Pagenas du blog sucrebleu.
- Et ta famille, ton travail,
Maude, tes enfants ?
- Quoi, ma famille, mon travail,
Maude, mes enfants ? Mes enfants sont adultes, Maude est prise par son
travail, ils peuvent se passer de moi pendant quelques semaines, non ?
J’ai travaillé comme un dingue ces dernières années, j’ai mis de côté ma vie
pour assurer confort et sécurité, maintenant j’ai décidé qu’il était temps de
penser à moi…et de réaliser un vieux rêve. Si ce n’est maintenant, cela ne se
fera jamais. De toute façon, ma décision est prise, je ne changerai pas d’avis.
- Et toi tu ne dis rien, ai-je
demandé à Maude ?
- Que veux-tu que je réponde, il
est assez grand pour savoir ce qu’il fait. Etre mise devant le fait accompli,
dénote bien qu’il ne veut pas de mon avis, donc qu’il parte et qu’il
s’éclate !
- Si je n’ai rien dit à personne,
c’était pour échapper aux inévitables drames ainsi qu’aux conversations ayant
pour but de me persuader de renoncer. Je pars la semaine prochaine, le bateau
m’attend et l’aventure avec.
Puis se tournant vers Maude.
- Il y a un billet d’avion qui
t’attend si tu veux me rejoindre à Sturgis. A toi de décider.
Puis s’adressant à son filleul,
donc mon fils.
- Et si Maude ne veut pas venir,
tu peux en profiter…
- Yes ! s’exclama mon fils
avant que je réagisse pour signifier que je n’étais pas d’accord.
Et savez-vous ce que m’a répondu
Julien ? « Maman, ton frère a attendu 50 ans pour réaliser son rêve,
moi je ne vais pas attendre toutes ces années, si cette opportunité m’est
offerte, je vais sauter à pieds joints dessus. Vous de la génération d’avant,
vous avez tout misé sur le travail, pour en retirer quoi ? La maison, les
vacances, la grosse bagnole et le sac Gucci dans un premier temps mais votre
vie s’est envolée et vous vous retrouverez vieux avant d’avoir réalisé qu’il y
a plein de choses à découvrir et à vivre. Regarde-toi, tu es toujours stressée,
papa idem, tout est réglé, minuté et moi j’ai pas envie de vivre ça, du moins
pas maintenant. »
Dans la salle d’accueil réservée au personnel, il y avait déjà un type qui s’adressait aux nouvelles recrues.
- Moi je respecte la norme, toi tu respectes la norme. Tout le monde la respecte et le monde est bien* !
Premier jour de travail, bien sa veine d’être tombé sur ce con. 30 ans, le cheveu aussi court que ses idées, et la chemise blanche, ouverte sur une touffe de poils qui la dégoûtaient - elle avait toujours eu les poils en horreur, surtout les siens.
Le petit chef, le doigt sur la couture, continuait d’expliquer que la norme était l’avenir de l’homme, quel abruti ! Elle regarda autour d’elle, tout le monde hochait de la tête, l’air convaincu. Elle voulut prendre son voisin à témoin, mais elle y renonça. Elle sentit que sa réflexion tomberait à plat, comme une malpropre, et qu’elle serait montrée du doigt par ces inconnus qui préféraient leurs œillères à sa lucidité. Encore un boulot où elle ne tiendrait pas une semaine…
Mon frère a fait sa crise de la
cinquantaine et pour changer, il a fallu qu’il fasse les choses différemment. Il
aurait pu changer de métier, prendre une maîtresse, quitter sa femme, se faire
un lifting, bref, réagir comme certains de nos amis mais non ! Il faut
dire que mon frère n’est pas un homme ordinaire, toute sa vie il a cherché à
sortir du cadre alors que moi, je restais dans mes rails. Nous sommes issus du
même moule mais souvent je me demande si ma mère n’en a pas fait un avec le
laitier, l’autre avec le postier, ce qui expliquerait nos différences. Autant
je suis maigre, les cheveux blonds raides, le nez à la Cléopâtre, stressée et
pressée, autant lui est rond, brun, cheveux bouclés, nez aplati et toujours
jovial, à faire la fête et boire plus que de raison. Stéréotypes
pensez-vous ? Oui, sûrement car sinon comment expliquer
l’inexplicable ?
Sa crise a commencé de façon
insidieuse et même sa compagne n’y a rien vu au début. Une Harley Davidson a
toujours été son rêve nous avait-il expliqué, en effet, sillonner les routes
accompagné du sourd roulement de tambour de son moteur à deux cylindres était
un plaisir que seuls des connaisseurs pouvaient apprécier. Bon, nous avions
classé cet engouement sur le compte d’une lubie avec l’idée que tout rentrerait
dans l’ordre au début de l’hiver. Que nenni ! Sa machine bien en main (il
faut semble-t-il un certain apprentissage pour manier cet engin) il nous a
annoncé qu’il allait partir en solo à Sturgis dans le Dakota du Sud pour assister
au plus grand rassemblement de motards en Harley Davidson du monde entier. Cet
événement se déroulant au mois d’août, il partirait prendre le bateau à
Lisbonne pour traverser ensuite les Etats-Unis d’Est en Ouest depuis New-York.
Il nous a annoncé cela hier,
alors que nous étions tous réunis pour l’anniversaire de mon fils Julien,
accessoirement son filleul. Seul le tic-tac de la pendule a répondu à cette
annonce saugrenue. Pétrifiés, nous sommes restés de longues minutes sans réagir
avant que Julien bondisse de joie et lui demande s’il pouvait l’accompagner.
- Il n’en est pas question, ai-je
rapidement réagi.
Puis me tournant vers lui, j’ai
poursuivi.
- Et ta famille, ton travail,
Maude, tes enfants ?
Elle était entrée sans frapper et s’était assise dans l’un des nombreux fauteuils disposés dans la salle dont les murs étaient peints en bleu ciel et en vert très pâle. Elle savait qu’à cette heure-là, il n’y aurait personne, les gens arrivaient plutôt en fin d’après midi. Des mouchoirs en papier étaient disposés sur la table basse, prêts à accueillir les larmes des visiteurs. Dans un coin gauche de la salle, baignée d’une lumière douce, une plante à larges feuilles déployait son opulent feuillage vert sombre ; l’arrosait-on avec les larmes des visiteurs ? Il y avait aussi deux autres petites pièces, attenantes à la salle principale. Sur la première porte était inscrit « Si vous voulez parler » et sur la deuxième « Si vous voulez qu’on vous étreigne ». Aujourd’hui, elle avait décidé qu’elle parlerait…