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Presquevoix...

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24 avril 2026

Théâtre

 

Au cours de théâtre ils étaient 15, dont Chantal. L’atmosphère était souvent à la plaisanterie. Lors du dernier cours, comme Chantal était absente, Jean a dit.

  • Le seul et unique rôle que Chantal a fait à la perfection, c’est celui de la morte, l’année dernière, dans le spectacle de fin d’année. Vous vous souvenez ?

Et tout le monde a ri. Il faut dire que Chantal avait quelques difficultés, et le quelque aurait pu être remplacé par autre chose. Jean était du genre bout en train, mais parfois, il allait trop loin. Quand Chantal est revenue en cours, il s’est cru obligé de lui dire.

  • Tu te souviens du rôle où tu jouais la morte ?

Il dépasse les limites  se sont dits les autres. Trop tard. Chantal a répondu.

  • Non, je ne m’en souviens pas puisque j’étais morte.
  • C’est vrai, tu as raison. En tout cas, ça a été ton plus grand rôle.
  • Merci pour le compliment, Jean. Et tu te souviens du rôle où je jouais une prostituée. J’ai adoré.
  • Euh, je t’ai trouvé moins bien dans ce rôle – a répondu Jean, gêné – parce que les dialogues étaient mal écrits et un peu longs alors il y a eu des petites confusions.
  • Ah bon ? Moi ça m’a amusée. Ça me changeait un peu des rôles où j’ai pas grand-chose à dire.

Dans le groupe, certains souriaient discrètement. Quant à Jean, il a acquiescé et s’est maudit d’avoir engagé la conversation sur ce sentier glissant.

 

PS : prochain texte, dimanche

21 avril 2026

L’ascension

 

La carrière de cet homme politique – jeune, souriant, élégant -  évoluait à une vitesse faramineuse. Son succès : des discours simples qui ouvraient grand les portes de l’illusion. Cet homme avait compris qu’au royaume du découragement, les stigmatisations devaient aller bon train car elles enflammaient les foules en nommant les responsables de la crise que vivait la nation. Plus l’audience croissait, plus son langage se faisait combattif, jusqu’à atteindre, parfois, des pics d’hostilité.

Le problème, soulignait-il, ce sont les autres, ceux qui « profitent » et immobilisent notre avancée vers un monde plus juste, plus fort.  Au siège de son parti, lors des courtes formations qu’il mettait en place pour ses membres, il disait très clairement.

  • Le bouc émissaire est un pourvoyeur d’énergie. Il suffit de trouver les bons – vous les connaissez maintenant par cœur - et grâce à eux, nous monterons rapidement en puissance. N’oubliez pas les mots clefs, ceux qui galvanisent, je vous en donne quelques-uns à placer à bon escient dans vos discours : dangereux, le pire, le meilleur, corruption, truqué, l’ennemi, migratoire, fraudeur, sécurité, protéger, chez nous, liberté, attentats, ultragauchistes, terroristes. Maintenant à vous de jouer ! Par ailleurs, nous mettons en place un GPS ( Groupement de Protection sécuritaire), pierre angulaire du parti, et il nous faut des volontaires pour cet encadrement viril. Et, pour terminer, n’oubliez pas cette phrase de je ne sais plus qui, mais qui sera d’une grande aide dans votre carrière politique : « Il est plus facile de gérer un mensonge que l'on peut contrôler qu'une vérité que l'on ne peut pas changer. ». Je vous dis à tous et à toutes bonne chance et bon courage pour votre mission !

Lors des meetings, ses discours  enthousiasmaient la foule qui applaudissait généreusement en criant « Nous sommes chez nous ! ». La stigmatisation constante des fraudeurs, chômeurs, immigrés, migrants, homos, féministes, et gauchistes donnait au parti un regain d’adhérents. Oui, disait ce chef, la France unie de ses nationaux redeviendra à nouveau juste, confiante, et un doux vent de liberté soufflera sur nos plaines.

Il était troublant de noter que la plupart des médias se réjouissaient de ce nouveau démiurge qui faisait monter leurs audiences. Mais jusqu’où irait-il ?

 

PS : prochain texte, vendredi

19 avril 2026

La maison du cocu

 

Depuis que sa femme était partie vivre avec son amant, il avait écrit sur la porte de sa maison, en grande lettres noires : Ici, vous entrez dans la maison du cocu.

Sa mère et son père étaient immédiatement venus lui dire l’absurdité de la chose mais il n’en démordait pas : ça resterait ainsi !

  • Je veux que tout le monde le sache, avait-il dit colérique.
  • Mais pourquoi ? A quoi ça sert ? s’était entêtée sa mère, désespérée.

Le fils leur avait répliqué qu’il était inutile de lui répéter la même chose : il ne changerait pas d’avis.

  • Et tes enfants ? avait essayé sa mère.
  • Quoi les enfants ? Ils ont 20 ans et 22 ans et ils n’habitent plus ici. D’ailleurs ils ne viennent jamais me voir, alors les enfants, je m’en fous !
  • Avec la tête de croquemort que tu as, avait souligné son père, on comprend pourquoi ils ne viennent plus.

Leur fils leur avait claqué la porte au nez et était retourné s’allonger sur la banquette afin d’écouter le « lacrimosa » du requiem de Mozart. Et c’est en pleurant qu’il articula

Lacrimosa dies illa
Qua resurget ex favilla
Judicandus homo reus etc.

Il conclut par un « Je les emmerde tous, TOUS ! Et elle, qu’elle crève ! » puis il sombra dans le sommeil. 

 

PS : prochain texte, mardi.

17 avril 2026

La vigie

La vigie

 

 

L’été, elle s’asseyait nue sur la balustrade de son balcon, une heure, jamais plus. Voir la vie d’en haut et imaginer un voyage à travers ce corps nu et pure ouvert à la brise, tel était son chemin.

Elle vivait au Portugal, pays où les azulejos donnent à la terre une couleur de ciel. L’équilibre de sa posture et la beauté de son corps ajoutaient à la ville de Porto une touche étonnante que des photographes  avaient mis en scène sur la toile du monde.

Les après-midis se succédaient, tranquillement, jusqu’à ce jour où surgit d’en bas une voix forte, si forte que la vigie faillit en perdre l’équilibre.

  • Eh, vous, la vigie connue dans le monde entier, est-ce que je peux avoir un entretien avec vous ?

La vigie ne répondit rien et l’homme réitéra.

  • Vous qui pensez d’en haut plutôt que penser tout haut, je peux vous parler ?

La vigie l’observa puis lui dit.

  • Je descends.

Sans doute n’aurait-elle pas dû descendre, elle qui, d’en haut, s’était séparée du monde. Tous deux s’assirent sur les marches de l’immeuble où elle vivait. Il se présenta.

  • Je suis journaliste et photographe. Je viens de loin, du japon. Une amie vous a prise en photo, photo qu’elle a mise sur son site, alors j’ai eu envie de vous voir et de vous parler. J’ai fait le voyage rien que pour vous.
  • Ah ! fut sa seule réponse.
  • Vous surveillez l’horizon, là-haut, ou bien vous pensez à la vie ?
  • Ni l'un ni l'autre.
  • Vous vous moquez de moi, dit-il en souriant.
  • Non.
  • Et qu’avez-vous vu d’en haut ? demanda-t-il en prenant son stylo.
  • J’ai vu que les hommes sont petits et que le ciel est haut. Que penser à rien est mieux que de penser à tout.

En parlant, elle ne le regardait pas par contre, lui observait son profil parfait, aussi parfait que certaines statues grecques qu’il avait photographiées lors de son dernier voyage à Athènes.

  • D’où vous vient cette perfection ?
  • De ma mère.
  • Vous pouvez tourner votre regard vers moi ?
  • Pourquoi ?
  • Pour penser à tête reposée.

Elle le fit et la lumière de ses yeux l’éblouit.

  • La pureté de vos yeux verts, d’où vous vient-elle ?
  • De mon père. Vert à l’extérieur, noir à l’intérieur. Danger !
  • Pourquoi ?
  • Pour rien. Je ne pense jamais tout haut.

Il se virent un mois durant, d’en haut, d’en bas et à l’intérieur, les jours de pluie. Il n’oublia jamais la perfection de son visage. Elle n’oublia jamais l’imperfection de ses mots lorsque ceux-ci envahissaient sa chambre et son âme. Quant au corps de cette femme, s’il revint à la vie, lui n’en sut rien, car la vigie s’enferma dans un silence de pierre.

 

PS : photo de Mado et quelques expressions autour du verbe "penser" prises dans un tableau de «  textes et intertextes » ( https://textes-et-intertextes.blogspot.com/

PS 1 : prochain texte, dimanche.

15 avril 2026

Le boucher

 

Boucher depuis 20 ans, il était devenu végétarien. Sa femme – professeur dans l’enseignement technique -  s’en était étonnée.

  • Toi, un amoureux de la viande ?
  • Eh oui, maintenant à chaque fois que j’en mange, je vois un corps humain devant moi. Ce n’est plus possible.

Sa femme se mit donc à la cuisine végétarienne, excepté le jeudi où elle mangeait du foie pour se fortifier, disait-elle.

Son mari lui avait souligné.

  • Tu remplaces la Foi par le foie.
  • Exactement. Le foie ça régénère, la religion ça extermine, regarde ce qui se passe au Moyen Orient.

Petit-fils et fils d’athée, il ne pouvait qu’être d’accord avec elle. C’est juste avant la mort de son père, d’ailleurs, qu’il avait appris que son grand-père avait quitté la religion catholique après avoir « fauté » - comme disait son père – avec une religieuse, sa grand-mère donc. Il en avait eu le souffle coupé.

  • Passer de nonne à jeune mariée, une épopée avait-il dit à son père.

Son père avait conclu en disant.

  • L’amour a ses raisons que la raison ne connait pas. En tout cas, il a fini par détester l’église et les curés, ta grand-mère aussi, moi aussi et ta sœur aussi d’ailleurs.

Soudain, lui revint à l’esprit cette phrase que sa grand-mère répétait souvent : « l’esprit est ardent mais la chair est faible ». Il la nota sur une feuille, la mit près de sa caisse à la boucherie, et sourit en pensant à cette grand-mère qui avait si mal commencé sa vie, dans un couvent, mais l’avait si bien terminée dans les bras de son grand-père aimant.

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

12 avril 2026

L’ange gardien,

 

En contemplant Antoine - l’enseignant dont il avait la responsabilité - l’ange se disait que le déni avait du bon. En tout cas, c’était tout ce qu’il avait trouvé d’efficace pour son protégé et il n’en était pas peu fier quand il en parlait au GPA - Groupe de Parole des Anges - du dimanche soir. 

Ces derniers temps, l’ange se posait souvent sur l'épaule d'Antoine pour l’observer, mais celui-ci ne le sentait pas, il faut dire que l’ange ne pesait pas plus qu’une plume.

A coup de déni renouvelé, l’ange évitait à Antoine d’ouvrir les yeux. S’il les avait ouverts, il aurait remarqué que la plupart de ses élèves étaient plus "chiants" qu’attachants, et que seuls quelques-uns daignaient faire des « efforts ». Le mot d’ailleurs n’était plus prononcé dans les salles de classe, de peur de traumatiser les élèves et, surtout, de choquer les parents qui étaient prompts à se plaindre auprès du principal de l’établissement.

Grâce à son ange gardien, Antoine survivait. Nulle envie de se jeter par la fenêtre, nul désir de s’immoler, nulle velléité de se bourrer de médicaments, tout au plus quelques nuits d’insomnie et des somatisations fréquentes, mais il ne savait pas pourquoi !

 

PS : prochain texte, mercredi.

 

11 avril 2026

L’enfer du djihad

 

Abonnée à la case rebellions, dépression et outrages depuis ses 14 ans, Cindy avait décidé en 2014, à l’âge de 20 ans de se marier avec un type qui voulait partir en Syrie pour le djihad tant attendu. Internet lui en fournit un et le départ fut immédiat. Elle voulait devenir une guerrière et « niquer l’injustice ». L’endoctrinement fonctionnait à merveille sur les réseaux.

Après 5 ans en Syrie, elle était passée de la liberté à l’enfermement, de la classe outrage à la classe ménage, de la jeune fille rebelle à la mère de famille violée et voilée. Sans parler de la faim et des coups qu’elle recevait lorsque son deuxième mari – le premier avait eu la tête tranchée – rentrait des combats dont il ne parlait jamais.

Lorsqu’il était absent, elle l’injuriait et se prenait à hurler : « pauvre tête de bite. Je voudrais que tu meures ! ». Les deux enfants qui étaient les siens la regardait effrayés, alors elle pleurait et appelait Dieu à l’aide, mais qui était ce Dieu qu’elle ne connaissait pas ? Elle lui disait : « je veux rentrer en France, pour qu’un jour mes enfants soient fiers de moi. Je veux revoir ma famille, lui faire connaître mes deux fils. Ils pourront les élever, eux !»

Elle disait même, parfois, que la prison en France, ce serait mieux que la prison du djihad. Oui, elle aurait tout fait pour partir de ce trou à rat que la mort creusait chaque jour un peu plus, mais le pourrait-elle ?

 

PS : prochain texte, dimanche.

9 avril 2026

La Carte de Con

 

Ce matin-là, quand il a rencontré son ami Paul dans la rue des anciens combattants, Jean lui a demandé

  • Bonjour Paul, en forme ? Tiens, au fait, tu as pris ta carte ?
  • Quelle carte ?
  • Ta carte de Con.

Connaissant l’humour de son ami, Paul s’est esclaffé. Mais Jean a continué.

  • Non, non, je ne plaisante pas. Bientôt, si tu ne l’as pas, tu ne pourras rentrer nulle part. Ce sera obligatoire. Ordre du parti !
  • Quel parti ?
  • Le parti de l’avenir.

Paul a souri et a fini par dire.

  • Le RN ?
  • Exactement. Moi je suis allé les voir au siège qui est le leur et je leur ai demandé s’ils pouvaient me la donner avant le résultat des élections présidentielles.
  • Et que t’ont-ils dit ?
  • Qu’ils allaient appeler les flics !
  • Tu m’étonnes !

Jean est resté silencieux et a fini par continuer.

  • Tu sais qu’ils m’ont foutu au poste, les flics ?
  • Non !
  • Pour outrage.
  • Les flics ont déjà tous leur carte de Con alors ?
  • C’est ça. Voilà pourquoi je te dis de prendre la tienne, au cas où on t’arrêterait.
  • Une heure, ils m’ont gardé. Ils m’ont posé quelques questions et voyant que j’étais cadre à la SNCF, ils ont été plutôt bienveillants, si je puis dire. L’un m’a même dit. « SNCF : société nationale des cons français » ? j’en ai souri, tellement il m’a étonné. Et j’ai ajouté « C’est ça, vous avez tout compris ! ».

Comme la journée était belle, ils se sont installés à la terrasse du café de la gare pour boire un café. A la fin de leur conversation, à teneur plus ou moins politique, Paul a fini par dire.

  • Ça me fout le bourdon tout ça.
  • Il y a de quoi, je t’assure. Prépare-toi Paul, fais un stage de con, tu as jusqu’à mai 2027 !

 

PS : prochain texte, samedi.

7 avril 2026

Le prêtre

 

« Vous êtes accusé d’incitation en confession à des confidences d’ordre très intimes ainsi qu’à des gestes déplacés ». Voici ce que lui avait annoncé l’évêque en ce samedi de mars et le jeune curé ne pipa mot. Le clergé ne plaisantait plus. Profanation de la Sainte Eucharistie, avait-il souligné. Il devait cesser d’être prêtre. Quitter le prieuré à 35 ans à peine, qu’allait-il faire ?

Quand il rendit visite à sa mère, celle-ci lui dit.

  • Même pas pédophile ?
  • Maman, s’il te plaît, la situation  est grave.
  • Alors qu’est-ce qui s’est passé ?
  • J’ai juste fait le pas de trop, durant et après la confession. Il faut dire que cette femme me donnait des détails si précis de ses rapports avec son mari que Dieu n’a pas su me contrôler.

Sa mère le regarda en souriant. Elle avait détesté son entrée dans la prêtrise et était presque ravie de sa sortie.

  • Mais ces gestes déplacés, c’était pas dans le confessionnal tout de même ?
  • Maman, s’il te plaît. Je l’ai juste invitée à m’accompagner au prieuré et elle a accepté.
  • Parfait. Pas de violence, non plus ?
  • Maman, tu me connais.
  • Oui, justement. Tu te souviens de Marie.
  • Marie ?
  • Oui, ta copine de première au lycée Saint Jean Baptiste.

Il sourit. Ah, Marie ! Effectivement là, il était allé un peu loin mais elle était consentante. L’autre femme aussi d’ailleurs. Si elle n’avait pas voulu, elle aurait pu lui dire non, tout simplement et il aurait accepté.  D’ailleurs il ne l’avait nullement violée, il avait juste touché ses seins, c’était ce qu’il préférait. Dieu lui-même s’était tu et l’avait laissé faire, ce qui voulait tout de même dire qu’il n’y voyait aucun mal.

Sa mère conclut soudain par une phrase qu’il connaissait bien et qu’elle utilisait avec son jeune frère.

  • Allez, une de perdue, dix de retrouvées mon fils. Mais il te faudra expliquer qu’elle était consentante et là, c’est à toi de convaincre. Mais vu ta formation, tu ne devrais pas avoir de problèmes. Conviction et contrition sont les deux mamelles de l’Église Catholique.

Sa mère – au contraire de son père – avait une façon très simple d’envisager la vie et elle avait raison. Dieu l’aiderait. Bien sûr, Dieu l’avait toujours aidé. Et dans ce rêve qu’il faisait si souvent, Dieu l’encourageait à s’introduire dans l’intimité de ses paroissiennes, afin de les aider. Et, c’est ce qu’il avait fait avant d’introduire un doigt de sa main droite dans le soutien-gorge de cette jeune paroissienne, pendant qu’un doigt de sa main gauche cherchait un territoire qui n’était pas vierge mais tellement tentant.

 

PS : prochain texte : jeudi

5 avril 2026

Vous avez dit serment ?

 

Son mari était médecin spécialiste, elle ne disait jamais en quoi à ses amies, car ensuite les questions pleuvaient. L’une de ses amies, à l’esprit bien trempé, lui avait dit lors d’une conversation à bâtons rompus.

  • Dis-moi, est-ce que ton mari a signé le serment d’hypocrite ?
  • Euh, qu’est-ce que tu veux dire ?
  • Je veux dire le serment d’Hippocrate, tu sais, l'un des textes fondateurs de la déontologie médicale ?
  • Ben oui, et il est au conseil de l’ordre, mais simple électeur.
  • Demande-lui alors de lire le numéro du canard enchaîné de la semaine dernière.

Ce qu’elle fit, et ce qu’elle demanda à son mari de faire le soir même en lui disant.

  • Il paraît que le conseil de l’ordre détient la palme d’or du canard enchaîné ? On en apprend de belles !

Son mari, occupé à ouvrir le courrier du jour lui dit juste.

  • Je n’ai pas que ça à faire parler du canard enchaîné.

Elle resta silencieuse et attendit d’être à table pour lui apporter une précision.

  • On dirait que le serment d’Hippocrate se transforme en serment d’hypocrite chez les médecins et qu’au conseil de l’ordre, les dépenses explosent, notamment à Nice. Vous ne gagnez pas assez de fric comme ça, vous les médecins ?
  • Je te rappelle que je suis à Paris et que le fric tu en profites aussi.
  • Pareil à Paris, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’argent mais plutôt avec le sexe.
  • Ecoute, j’ai eu une journée fatigante et j’aimerais bien me reposer.

Elle n’ajouta rien. Son mari était urologue et c’était comme si, lorsqu’il rentrait chez lui, toutes les affections de l’appareil urinaire lui montaient au cerveau, et cela faisait 16 ans que cela durait.

Après le repas il s’affala sur le canapé, portable à la main, pour consulter les nouvelles du jour.

  • Tu ne me demandes pas où est ta fille ?
  • S’il y avait un problème tu me l’aurais déjà dit, non ?
  • Elle s’est fait violer par son médecin gynécologue !
  • Quoi ? Le Docteur Durand ?
  • Mais non, je plaisante, c’était pour voir si tu réagirais. Lis tout de même le canard enchaîné car il parle d’un médecin parisien qui est toujours au conseil de l’ordre alors qu’il est accusé d’acte sexuel sur mineur.

Son mari resta silencieux un instant. Il respira profondément, comme il le faisait afin d’éviter un coup de feu intérieur, puis il dit de façon poser en regardant son épouse droit dans les yeux.

  • J’ai eu une journée difficile. La tienne l’est peut-être moins car tu travailles à mi-temps. L’ordre des médecins, je n’y ai jamais été élu. Voilà ce que j’ai à te dire. Maintenant, je monte dans mon bureau.

Il lui faisait à nouveau le coup du bureau. Bureau merveilleux où il s’allongeait sur le canapé vert afin d’oublier sa douloureuse journée de travail et d’oublier, aussi, les conversations fatigantes de sa femme et de sa fille le soir à table.

Elle décida, dès le lendemain de lui laisser sur son bureau l’article du Canard enchaîné, et une lettre où elle lui disait noir sur blanc ce qu’elle pensait de son attitude. Quand il rentrerait, personne ne l’attendrait à la maison. Ni elle, ni sa fille qui avait prévu de dormir chez son amie. La tranquillité, il verrait ce que c’est, l’imbécile !

 

PS : prochain texte, mardi.

 

 

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