Le passé
Sur le blog « jedouble », un texte de gballand illustré par un photomontage de Patrick Cassagnes
« Il avait lu cette annonce dans Libération : Je prévois le passé 7 jours sur 7 … » Pour lire la suite, c’est ici
Sur le blog « jedouble », un texte de gballand illustré par un photomontage de Patrick Cassagnes
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Elle ponctuait toujours ses phrases par un désabusé : « Ah elle est belle la France ! ».
Il fallait se rendre à l’évidence, la France allait mal et elle irait de plus en plus mal. Tous ces vols, ces crimes, ces viols, elle ne les avait pas inventés, non ? Et tous ces fainéants qui ne voulaient plus travailler mais juste toucher des allocations chômage, ils existaient bien, non ? Et quand sa voisine de droite essayait de lui prouver par A + B que c’était pareil avant, elle lui répondait systématiquement :
- Qu’est-ce que vous en savez, vous ? Vous n’étiez même pas née ! Ça lui clouait le bec, elle n’avait jamais aimé les donneuses de leçons.
Rien ne trouvait grâce à ses yeux, pas même les vieux ! La maison de retraite ? Jamais ! Hurlait-elle quand sa fille lui en touchait deux mots, juste pour l’habituer. Il n’était pas venu le jour où elle supporterait des grabataires bavant dans leur fauteuil roulant en attendant qu’on les pousse dans leur chambre. Jamais, plutôt mourir.
Elle vivait seule. Son mari n’avait pas renouvelé son bail terrestre après sa dernière hémorragie cérébrale ; mais à vrai dire, il ne lui manquait pas, sauf quand elle se cherchait un bouc émissaire. Son mari avait été un merveilleux bouc émissaire. C’est peut-être pour ça qu’elle l’avait épousé…
Quant aux autres, elle n’en avait pas besoin. Elle avait suffisamment à faire avec elle. « Mieux vaut être seule que mal accompagnée ! », se plaisait-elle à répéter à qui voulait la convaincre de voir du monde. Un jour, elle répondit même à sa voisine de droite, qui d’ailleurs cessa toute visite à partir de ce jour-là :
- Les autres je m’en fous, il y a que moi qui m’intéresse.
* texte écrit dans le cadre de l’atelier des « impromptus littéraires »
Avant qu’elle ne parte chez sa mère, il lui avait dit :
- Je peux te faire une liste de tout ce qu’elle va dire. D’ailleurs, tiens, je te fais la liste et tu cocheras au fur et à mesure.
Elle n’avait pas pris la liste, mais quand elle l’avait consultée au retour, elle avait constaté que tout y était rigoureusement passé, du début jusqu’à la fin.
Il y a trois ans, l'intendante a décidé de supprimer le cidre à la cantine du lycée. Révoltée par cette décision prise sans consultation préalable du personnel du lycée, je me suis lancée dans la rédaction d'une pétition qui a reccueilli de nombreuses signatures... sans pour autant faire fléchir l'intendante qui a maintenu le cap. Nous avons maintenant de l'eau pétillante !
PETITION POUR LE RETABLISSEMENT DU CIDRE A LA CANTINE
A la rentrée scolaire nous, professeurs “demi-pensionnaires”, avons constaté que les bouteilles de cidre avaient disparu des tables de la cantine et que nous étions désormais condamnés, après notre dure demi-journée de labeur, aux déprimantes carafes d’eau en inox !
Comment apprécier la cuisine du chef et de son équipe avec un breuvage aussi neutre que l’eau du robinet ? N’est-ce pas un acte barbare ?
Face à cette mesure arbitraire, nous nous sommes aussitôt mis en quête des raisons qui avaient pu la motiver. Pour ce faire, nous avons pris la décision d’organiser, le week-end dernier, un Séminaire de réflexion – « Le cidre et ses dommages collatéraux » - qui nous a permis d’arriver aux conclusions suivantes :
· Soit il s’agit d’une volonté de lutter contre l’alcoolisme, louable, certes, mais combien de bouteilles de cidre à 3 degrés faut-il boire pour que notre état de veille et de réflexion soit altéré ?
· Soit il s’agit d’un plan d’austérité - justifié, lui, puisque M. Fillon a annoncé récemment en Corse que l’Etat français était « en faillite » - dont l’impact sur le budget de l’Etat sera on ne peut plus infime, d’après les savants calculs que nous avons pu faire.
Désormais, vous pouvez donc mesurer, comme nous, l’inefficacité de votre politique de suppression du cidre sur la santé et l’économie de la France ! C’est pourquoi, les professeurs « demi-pensionnaires » ont décidé de vous demander, par le biais de cette pétition, le rétablissement de ce pur breuvage normand qui réjouit nos gosiers et enchante nos repas ! Mais, s’il vous paraît à ce point dangereux pour notre santé et pour l’efficacité de nos méthodes pédagogiques, que nous continuions à boire un ou deux verres de cidre au repas de midi, nous sommes prêts à faire une concession et à remplacer le cidre par un autre produit qui fait honneur à notre région : le jus de pomme !!!
Il avait grandi trop vite. Ce n'était plus cette boule de poils qui les avaient séduits. En cinq mois, l'animal avait fini par avoir tous les défauts du monde.
Au début, lui et sa femme avaient bien essayé " Couché ! Assis ! Debout ! La patte ! Pas sauter ! ", et puis ils en avaient eu marre, le chien était trop bête. Sa femme avait même dit :
- Il m'emmerde ce chien. Si c'est comme ça, il vaudrait mieux… et elle avait laissé sa phrase en suspens.
Maintenant, dès que la bête arrivait dans la pièce, les enfants hurlaient, c'était devenu intenable. La seule façon d'avoir la paix, c'était de lui interdire la maison.
Et puis un jour, le père prit sa décision, il emmena l'animal. Les enfants entendirent les aboiements du chien, puis plus rien, le père avait dû le mettre dans le coffre. La voiture démarra et chacun retourna à ses occupations.
Quand le père revint deux heures plus tard, seul, personne ne lui posa de questions, et la vie reprit son cours.
Hier, retour à la case départ, celle du travail. Remarquant que mes 10 élèves de seconde n’avaient que de très, très vagues souvenirs de tout ce qui pouvait avoir trait au portugais – pourtant ils pratiquent cette langue depuis quatre ans ! Je leur ai demandé imprudemment :
- Mais, vous avez ouvert votre cahier de portugais pendant les vacances ?
L’un d’entre eux m'a répondu :
- Moi je l’ai ouvert, madame, mais c’était pour prendre une feuille !
Rideau.
Il s’était acheté, sur internet, des capsules nasales anti-pollution. Quand il les avait mises la première fois il avait demandé à sa femme :
- Tu ne remarques rien ?
- Non, avait-elle dit distraite.
Et puis en le regardant mieux, elle avait observé que son nez avait pris une forme légèrement renflée qui lui donnait presque un aspect effrayant.
- Mais qu’est-ce qu’il a ton nez ?
- J’ai mis mes capsules nasales.
- C’est quoi ce nouveau truc ? S’inquiéta-t-elle.
- C’est pour me protéger de la poussière. C’est peut-être ça la solution miracle.
Il ne lui en dit pas plus et elle préféra ne pas entrer dans les détails. Elle n’avait aucune envie d’entendre la scène de « l’homme en sursis » qu’il lui faisait en boucle depuis 25 ans !
- D’ailleurs je vais les garder cette nuit, ajouta-t-il.
- Pour dormir ?
- Oui, pourquoi pas ?
Elle se contenta de sourire en pensant qu’il avait atteint un degré supplémentaire dans sa « folie préventive ». Tout devenait une menace pour lui. Bientôt, il faudrait le mettre sous cloche.
Sur le blog « jedouble », un photomontage de Patrick Cassagnes illustré par un texte de gballand.
« Non, même enfant il n’avait jamais aimé personne. Il aurait bien voulu mais impossible… » Pour lire la suite, c’est ici.
C’était la première fois qu’il allait chercher son fils à l’école. D’habitude, c’était elle, et la séparation n’arrangeait pas les choses. Neuf mois plus tôt, il était parti du domicile conjugal en emportant le strict nécessaire : sa trousse de toilettes. Progressivement, il avait pu reprendre une valise de vêtements, quelques livres et des CD, mais le transfert s’était interrompu quand elle avait su que ses nuits n’étaient plus solitaires ; son fils de 5 ans avait parlé de « la dame ».
Devant la porte de l’école, les mères pépiaient en attendant leur progéniture et il avait préféré se donner une contenance en lisant le journal. N’était-il pas le seul homme ? Soudain la porte s’ouvrit : c’était l’heure des « mamans ».
Il aperçut son fils non loin de la maîtresse. Ce fut d’ailleurs le premier qui fut poussée vers la porte de sortie. La maîtresse lui demanda « Et ta maman ? » L’enfant regarda vers son père mais ne dit rien, alors il fit un pas vers la maîtresse et se présenta :
- Je suis le père de Benjamin !
La maîtresse regarda l’enfant et lui dit :
- C’est bien ton papa ?
Benjamin fixa son père et répondit à la maîtresse d’une voix claire :
- Non, je le connais pas. Jamais vu, et il lui tourna le dos.
Il sentit le regard de la maîtresse et celui des autres mères peser sur lui comme un couvercle. N’écoutant que sa détresse, il battit en retraite ; sans l’enfant.