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Presquevoix...
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30 mars 2016

Le tableau

 

20160320_130923-          Et  là, c’est qui sur ce tableau ?

-          C’est la petite fille que sa vilaine sorcière de mère a enveloppée dans le noir de ses pensées.

Sans hésitation, les bouches des mères qui faisaient corps autour du tableau s’étaient écriées de toute la force de leur bonne foi blessée.

-          Hein ? Quoi ? Tu plaisantes j’espère !

Elle, elle en aurait pleuré de désespoir. Ces bien-pensantes se plaisaient à croire que les mères ne voulaient que le bien de leurs filles. Amusante bluette. Et blanche Neige ? Et la belle au bois dormant ?

Pauvres petites âmes prisonnières de leurs corps. Bien évidemment, elle ne dit rien et continua d’observer le liquide qui baignait dans le fond de son verre. Un rhum au liquide amniotique, pensa-t-elle en souriant. Il faudrait qu’elle en boive encore beaucoup, de ce liquide amniotique, pour ne pas passer une soirée abominable.

Après avoir fini son verre, elle en reprit un deuxième, plein à ras bord,  suscitant la réprobation de son mari.

-          Franchement, tu ne crois pas que tu as assez bu !

Elle le moucha vertement. De quoi se mêlait-il ? Si en plus de ne pas être comprise par l’assemblée, elle ne pouvait pas boire ! Ce vernissage, tout de même, c’était le sien oui ou non ?

 

PS : texte imaginé à partir de cette œuvre de M. J. Faravel, vue lors du Festival Art et déchirure à Rouen

 

28 mars 2016

« De quoi n’êtes-vous pas conscient ? »

Ce matin, elle a trouvé Hortense effondrée  en train de sangloter devant la machine à café. Elle a attendu quelques instants avant de lui demander.

-          Qu’est-ce qui ne va pas ?

-          Tu vois, j’étais toujours dans la nostalgie d’un paradis perdu.

-          Oui, et alors…

-          Tu sais ce qu’il y a de pire que de perdre un paradis ?

Elle fit non de la tête.

-          C’est de perdre un paradis qui n’a jamais existé. Parce que là, c’est une double perte, et ses pleurs redoublèrent.

Elle lui mit doucement une main sur l’épaule et conclut.

-          Allez, ce soir je t’invite à la maison. Et tu sais ce que je te ferai comme dessert ?

-          Non.

-          Un gâteau du paradis. Tu vois, tu n’auras pas tout perdu.

Hortense fit un pauvre sourire en guise d’assentiment et conclut.

-          Merci, c’est gentil, et elle se dirigea vers le bureau du chef, comme si elle allait à l’abattoir…

26 mars 2016

Le Christ

 

20160228_110729

-          Allez - la supplia-t-il – explique moi la fin !

Elle lui répondit agacée qu’expliquer ne servait à rien, que ce n’était pas en expliquant quoi que ce soit qu’on arrivait à ses fins. Tout ce qu’il avait à faire, c’était de vivre, aucune explication ne remplacerait jamais la vie. Et elle ajouta.

-          D’ailleurs, regarde le Christ, tu as vu ce qui lui est arrivé à force de s’expliquer par paraboles ? Il est mort à 33 ans ! Qui voudrait d’une fin pareille, surtout quand on voit à quoi ça a servi !

Une fois ces mots dits, elle tourna les talons et lui fit un petit signe amical de la main. Elle n’était pas mécontente de sa sortie…

 

PS : photo prise à Honfleur en février 2016

24 mars 2016

La leçon

Il y a quelques jours, lors d’une conversation à bâtons rompus avec des élèves qui étaient venus en cours bien qu’elle soit notée absente sur le tableau, elle avait eu droit à une leçon de « pédagogie » bienveillante de la part de l’un d’entre eux.

« Vous savez Madame, quand vous nous mettez à la porte, faut le faire zen, sinon on se dit qu’on a encore gagné ! »

Elle a chaleureusement remercié le psychologue en herbe en lui soulignant qu’elle tiendrait compte de ses conseils. La réponse de l’élève fut immédiate : «  Vous allez quand même pas vous en servir avec moi ? »

« Qui sait ?  lui a-t-elle répondu…

22 mars 2016

Le magicien Ose

LA DANSEQuand le magicien lui était apparu en rêve, il lui avait murmuré.

-          Fais un souhait et je l’exaucerai.

Prise au dépourvu, Marie lui demanda d’attendre son prochain rêve afin qu’elle puisse y réfléchir. L’homme s’évanouit aussi rapidement qu’un désir assouvi. Quand il lui apparut pour la deuxième fois, elle ne put s’empêcher d’observer son corps dessiné parfaitement par un  justaucorps bleu saupoudré d’étoiles.

-          Alors quel est ton souhait ?

-          Faire l’amour avec toi.

Le visage du magicien s’empourpra. Il répondit sans détour.

-          Je suis vierge.

-          Ose ! s’entendit-elle lui répondre.

-          Et si je te déçois ?

-          La magie et le sexe font  bonne alliance.

Quand elle se réveilla, juste après un orgasme stellaire, le magicien avait disparu.

Maintenant, elle passait le plus clair de son temps à dormir, espérant revoir le magicien Ose. Après plus de 300 heures de sommeil, il surgit au détour d’un rêve et il lui reposa la même question.

-          Fais un souhait et je l’exaucerai.

Elle pensa lui demander la même chose, mais à son regard, elle sentit qu’elle ne pouvait se le permettre. Elle lui dit.

-          Je voudrais rencontrer un homme qui ferait l’amour comme toi.

Le magicien réfléchit un instant.

-          J’en connais bien un, mais je ne sais pas si vous pourriez vous entendre.

-          Pourquoi ?

-          Il est sourd.

Marie réfléchit un instant et lui dit.

-          Ce n’est pas grave.

-          Il est muet.

-          Et alors ?

-          Parfait, je vois que tu es décidée. Le voici !

Lorsque Marie se réveilla, elle avait à ses côtés un homme qui  ressemblait à s’y méprendre au magicien Ose. Il était nu et dormait tranquillement. Elle n’osa pas le réveiller. Quand il ouvrit les yeux, elle lui sourit. Quand il la déshabilla, elle le laissa faire. Quand il lui fit signe de s’allonger sur lui, elle acquiesça, et quand son sexe entra en elle, elle s’évanouit.

Elle ne revint à elle que bien longtemps après. Mais où était-elle ? Elle ne le sut qu'en voyant son nom sur la liste des étoiles filantes. Si on le lui avait dit avant, jamais elle n’aurait répondu aux  questions du Magicien Ose…

 

PS : photo empruntée à Patricia. Un petit signe d’amitié pour abolir la distance entre nos deux mondes.

 

 

20 mars 2016

La scène

Elle ne connaissait jamais ses répliques, lui donnait toujours la douzième réplique au lieu de la deuxième, et la scène se terminait immanquablement au bout de deux minutes alors qu’elle devait en durer 10.

Un jour, lassé de ce manque de professionnalisme – même chez un amateur – il explosa.

-          Tu te rends compte ?

Elle le regarda ahurie.

-          Mais c’est pas dans la scène «  Tu te rends compte » !

-          Non, c’est pas dans la scène, mais ces répliques que tu oublies tout le temps de me donner, elles, elles sont bien dans la scène.

-          Quelles répliques ? dit-elle en haussant le ton

-          Ces putains de répliques que tu n’as pas apprises, ajouta-t-il en lui mettant le texte sous le nez.

Elle prit la feuille, la relut et lui répondit avec une mauvaise foi évidente.

-          Eh bien nous n’avons pas le même texte !

Il faillit lui demander de lui donner son texte, mais il préféra descendre de l’estrade.

-          Alors, va te faire foutre ! cria-t-il sous le regard médusé des autres acteurs.

Du fond de la salle, il cria à l'adresse du professeur : « Et surtout, je veux plus jouer avec cette cinglée qui est toujours dans le déni ! »

La cinglée voulut se précipiter derrière son partenaire mais elle se prit les pieds dans ce qui devait être une robe de mariée, et s’étala de tout son long sur l’estrade poussiéreuse en sanglotant et en répétant en boucle que les hommes étaient des tous des cons, des cons, des cons, des cons…

 

 

 

 

 

18 mars 2016

Accouche !

20160227_113628Souvent, quand elle hésitait, il lui disait « Accouche ! ». Hélas, jamais rien ne venait. Un jour, énervé, il l’a sommée d’aller chez l’Agent Général « Accouche ». « Tu verras, il fait des miracles », a-t-il ajouté.

Rendez-vous fut pris la semaine suivante.

Le docteur - comme il se faisait appeler - était grand et chauve et son crâne, luisant comme une boule de cristal, a tout de suite retenu son attention.

-          Alors, qu’est-ce qui vous amène ? a-t-il fait l’air jovial.

Après  avoir entendu l’explication de la jeune femme, il s’est plongé dans un long silence qu’elle n’a pas osé interrompre. Au bout de dix minutes, épuisée par la tension nerveuse, elle lui a dit : « Je vous en prie, accouchez ! »

-           Vous voyez – a –t-il dit l’air bienveillant-  c’est l’effet que vous provoquez chez les autres quand vous tournez autour du pot. Désagréable n’est-ce pas ? 

 Elle en a convenu. Quand il lui a demandé si une nouvelle séance serait nécessaire, elle a décliné sa proposition.

-          Eh bien cela fera 40 euros, s’il vous plaît ; en liquide, de préférence.

« Quarante euros… » a-t-elle murmuré l’air songeuse, ce type n’y allait pas avec le dos de la cuillère. Et si elle aussi créait une agence « Accouche » plutôt que de travailler dans l’Education Nationale…

 

PS : photo prise à Trouville, en février 2016

 

16 mars 2016

La mémoire

Sophie se plaignait souvent d’avoir de la mémoire mais peu de souvenirs. Pascal éclaira sa lanterne en lui  précisant que sa mémoire devait être sous une emprise idéologique telle, qu’elle censurait systématiquement tout souvenir qui pourrait nuire à l’image qu'elle se faisait d’elle-même.

Après un silence qu’il jugea nécessaire, Pascal conclut d’un air docte : « Ceci explique sans doute cela ! »

Suite à cet échange, jamais plus Sophie ne répondit aux messages de Pascal…

14 mars 2016

La phrase

« On voudrait nous faire croire qu’on fonctionne en ligne droite mais on est dans un vrai labyrinthe ». Nombreux étaient ceux qui l'ignoraient encore, somnolant dans la certitude de leurs préjugés lénifiants.

Elle avait longtemps marché dans les ténèbres  mais  maintenant, à chaque oscillation de son corps, son trapèze aux cordes tressées de fils  d’Ariane conduisait son esprit vers la lumière. 

Parfois, des "amis" bien-pensants lui riaient au nez : « Parce que toi, tu crois qu’on fait ce qu’on veut dans la vie ! ». Elle les laissait dire et préférait détourner son regard quand ils tombaient, victimes de lignes droites qui leur  barraient l’horizon. 

Ces mêmes personnes lui murmuraient aussi que les labyrinthes ne ménagent pas leur peine pour perdre ceux qui les défient. Mais elle n'écoutait pas ces oiseaux de mauvais augure, et les cales qui durcissaient ses mains étaient les gages qu'elle prenait la vie à bras le corps et que jamais ne cesserait sa quête de  liberté…

 

PS : texte inspiré par ce spectacle de Raphaelle Balland :

 

 

12 mars 2016

La chaise orange

20160227_110759La veille,  il lui avait dit en titubant légèrement : « Je serai assis à cette table, sur l’une de ces chaises oranges à 10 h 30 ». Quand elle s’est présentée à 10 h 30, il n’était pas là ; à 11 h  non plus et à 11  h 30, en désespoir de cause, elle s’est décidée à  partir, transie, car malgré le soleil qui donnait au paysage une douceur printanière, le vent était glacial.

En marchant vers la mer, une légèreté la gagnait, le soleil réchauffait son visage, les goélands lançaient leurs cris sauvages, les amoureux se tenaient par la main ; et elle était seule, heureuse de n’avoir aucune chaîne qui entravait sa marche.

Finalement, qui était cet homme qui, la veille au soir, sans doute sous l’effet du champagne, lui avait déclaré théâtralement : « Mes yeux ne peuvent te quitter, et si jamais ils décidaient de le faire, je les frapperais de cécité. » ? Elle a cru entendre, au loin, une voix criait son nom, mais elle ne s’est pas retournée.

Dorénavant, elle ne se retournerait plus pour écouter le vent qui souffle dans les mots creux…

 

PS : photo prise par GB à Trouville, en février 2016

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