Dans le bus.
A attendre le bus sur ce
trottoir exposé au vent, je commence à geler sur place. Je remonte le col de ma
veste, j’enfonce encore plus mes mains gantées dans mes poches et je rentre ma
tête dans mes épaules. Je scrute l’horizon pour l’apercevoir mais rien. La file
des personnes s’étire bien sagement à côté de moi, pingouins bien sagement
alignés, emmitouflés et patients.
Enfin l’autobus arrive, je sors
mon abonnement, je monte et me dirige vers le fond pour trouver un endroit où
me poser. Le bus étant plein, je reste au centre, debout, et les deux pieds
bien ancrés, je cherche à remettre mon abonnement dans mon portefeuille qui lui
ensuite ira droit dans mon sac à mains. Le bus démarre brusquement, je me
retrouve déséquilibrée et je pars en arrière sans avoir le moyen de m’accrocher
aux barres, mes deux mains occupées. Je me sens heureusement retenue par des
bras et replacée en position verticale, je me retourne et adresse un sourire au
monsieur moustachu qui m’a rattrapée. Après quelques secondes de réflexion, la
surprise passée, je me retourne vers lui et lui demande :
- Est-ce que je vous
ai marché sur les pieds ?
Vu sa réponse négative, je
continue.
- Je ne vous ai pas
fait mal au moins ?
Il me répond alors.
- Non…et vous pouvez
recommencer !

Elle s’était placée au-dessus de la grille d’aération du métro, oh, juste une minute, juste pour le plaisir de sentir la chaleur qui s’engouffrait sous sa jupe. Elle ferma les yeux et se souvint de l’air doux de Mangaia, au bord de la mer Noire. Elle y pensait chaque matin quand elle partait mendier ; elle aimait à se souvenir du port et de la lumière dorée quand elle marchait dans la grisaille matinale des faubourgs parisiens. Une heure à pieds et elle arrivait dans le ventre de Paris. Puis son travail commençait : s’asseoir, ramasser sa jupe noire sous elle et mendier le jour durant. L’humiliation, jamais de sourires, jamais un mot, juste des têtes et des yeux qui se tournaient ou trahissaient le mépris, la honte ou la peur. Elle était de trop. 
