Ah, les vulnérables, on les chouchoute, on les aime, on les écoute, on veut les voir vivre longtemps ; mais pourquoi, si les structures pour les accueillir ne font pas preuve d’humanité ?
Mon père est décédé hier à 24 heures et je n’en parlerais pas dans ce blog s’il n’y avait pas en moi une colère immense, aussi grande que celle de mon père qui, lui, vivait en Ehpad – pour des raisons de santé - mais n’avait aucun problème cognitif. Hélas pour l’Ehpad, mon père entendait, ouvrait les yeux, notait, se plaignait, utilisait son ordinateur et écrivait moult e-mails à la directrice lorsque les choses dépassaient les bornes. De quoi ne l’a-t-on pas accusé mon pauvre père dans cet Ehpad extrêmement couteux ! Tout ceci parce que mon père signalait ce qui ne fonctionnait pas - et très vivement, c’est certain - car il lui était insupportable de voir que les dits « vulnérables » n’étaient pas écoutés lorsqu’ils prenaient la parole.
Je peux vous dire que dans les Ehpad privés, les vieux, on les préfère malentendants, aveugles, avec problèmes cognitifs de préférence, gentils et obéissants. Ceux qui disent ce qui ne va pas et pourquoi les choses devraient changer, on apprécie le jour où ils disparaissent.
Je pourrais aussi parler du service de gériatrie du CHU de Rouen où mon père est resté trois jours, du 10 au 13 aout. Trois jours d’enfer car on ne voulait pas l’écouter là non plus, on voulait qu’il s’asseye dans un fauteuil pour manger alors que son dos ne le tolérait pas. Pas de fauteuil, pas de goûter, juste de l’eau, ont décidé les aides-soignants. Punition. Et même chose le soir car mon père refusait de s’asseoir dans le même fauteuil. Le médecin a évoqué l’étouffement possible et mon père lui a répondu vertement qu’on pouvait relever le lit pour qu’il mange ! Pas de lit relevé, pas de dîner donc. Eh oui, un vieux ne doit pas dire NON. Il doit obéir et avoir mal. Mon père n’était pas un emmerdeur, il avait mal, très mal au dos – et ce depuis 5 ans - tout simplement, et il gueulait si on refusait de prendre en compte sa douleur.
Il est donc parti mardi 13 aout à 15 h de l’hôpital, en ambulance pour revenir à l’Ehpad. A 16 h, je suis passée au service gériatrie afin de demander à l’infirmière des renseignements sur ce qu’il avait et dans quel état il était juste avant son départ de l’hôpital en ambulance. Elle m’a répondu : « Assez bien ». Pourtant, le soir à 24 h, lorsque ma mère s’est levée, inquiète, elle l’a retrouvé mort dans son lit.
Bref, tout cela pour dire que ce merveilleux service de gériatrie va avoir de mes nouvelles par lettre recommandée avec accusé de réception, envoyée au chef de service ; sans parler de la lettre que j’enverrai à notre merveilleuse Agence Régionale de Santé, qui ne contrôle pas les Ehpad et répond rarement aux demandes des résidents – ou de leur famille - qui signalent des malversations, voir des règles non respectées. Bien évidemment, je n’oublierai pas nos députés, tous partis confondus, qui recevront une missive que leur attaché parlementaire lira peut-être, sans qu’il y soit répondu de façon claire et précise. Mon père en a fait l’expérience avec M. Juvin, député LR, en ce qui concerne sa proposition de loi "Bien vieillir" le droit des personnes âgées à emménager en établissement avec leur compagnon à quatre pattes. Propositions dont il s’est moqué en signalant que le personnel ne suffisait pas pour les résidents, donc qui s’occuperait des animaux à quatre pattes ? Ce député – ancien médecin - l’a remercié de sa lettre sans même avoir pris la peine de la lire ! Merci M. Juvin de la peine que vous prenez pour les citoyens de ce pays qui paient votre salaire de député !
Pour conclure, je dirai que dès aujourd’hui l’écriture, la dérision et l’ironie seront les trois armes que j’utiliserai afin de poursuivre la « croisade » de mon père. Oui, il faut qu’on arrête de prendre les vieux pour des cons !
PS : prochain texte, mardi.