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Presquevoix...
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30 avril 2025

Les bons comptes…

 

 

Ce soir-là Martine, après avait posé à son amie Sophie les questions habituelles sur son travail et ses problèmes de santé, avait fini par dire.

  • Tu crois que faire ses comptes avec un partenaire qui ne compte que sur l’autre, c’est une bonne chose ?

Sophie n’a su que répondre à cette question qui manquait de clarté, et Martine a continué son monologue durant quinze minutes. Heureusement que le vin blanc et les gâteaux à apéritif étaient sur la table sinon elle se serait lassée de cette histoire sans fin.  Lorsque Martine s’est arrêtée, enfin, elle lui a tout de même demandé.

  • Et il compte pour toi cet homme ?
  • Tu sais, le problème à mon âge c’est que le compte à rebours a commencé : j’ai 55 ans, et dans 5 ans, terminé, plus personne ne s’intéressera à moi !
  • Et alors ?
  • Alors je serai seule.
  • Et alors ? Imagine que tu auras plus de temps pour toi et pour voir tes amies.
  • Oui mais le reste ? Tu veux que je me fasse des masques anti-dépression tous les soirs ?

Sophie a souri et a rappelé à Martine que les contes de fée appartenaient au domaine de l’enfance, et qu’à défaut de contes de fée ou de contes à dormir debout, elle ferait bien de compter sur elle, que c’était le plus court chemin vers les comptes ronds !

Martine s’est contenté de lui répondre que son pragmatisme la tuerait !

Sophie a conclu avec une citation de Lewis Caroll : « Mais alors, dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? ». Puis elle lui a parlé de ce merveilleux monde à venir où femmes et hommes vivraient libres de leurs chaînes sans dépendance aucune, et où toute séparation serait une ouverture vers autre chose.C’est à ce moment là que Martine s’est endormie, la tête sur la table, entre la bouteille de blanc et son verre. Pourquoi ? s’est demandée Sophie.

 

PS : prochain texte, dimanche.

26 avril 2025

Rêver

Rêver

 

 

 

La journée était belle, un ciel d’un bleu pur, une eau limpide, et en cette après-midi de printemps, l’impression que la journée se déroulerait paisible sans rien apporter de plus qu’une journée ordinaire.

L’animateur leur dit soudain.

  • Vous voyez ce bateau, n’est-il pas beau, élégant, gracieux ? Eh bien, à tour de rôle, vous vous allongerez dedans, deux par deux pendant cinq minutes et vous ouvrirez les yeux en regardant le ciel. Dans le silence bien sûr. Vous êtes huit participants et je formerai moi-même les couples. C’est plus simple.

Les couples formés et placés les uns derrière les autres. L’animateur précisa.

  • Une fois à l’intérieur, laissez voguer votre intuition, votre imagination, laissez-vous porter par vos rêves. Quand vous sortirez du bateau, vous vous assiérez sur le muret, face à la mer et chaque groupe aura 15 minutes pour écrire.  A la fin des quinze minutes, vous lirez votre texte à votre partenaire. Quand vous aurez fini, vous pourrez écouter le roulis des vagues et des rêves jusqu’à ce que tout le monde ait fini de raconter son histoire à son partenaire.
  • Et après ? dit Lisa toujours avide d’après.
  • Après, surprise !

L’atelier se déroula normalement, et le temps les fit glisser au pays des rêves dont ils ne sortirent qu’au moment où le soleil se coucha dans la mer.

L’animateur, observant qu’ils revenaient dans le monde du réel leur dit.

  • Alors ?

Et tous dire d’une seule voix.

  • Génial !

Noé, le plus jeune, ajouta.

  • Pouvoir voguer, éveillé, dans ses rêves, c’est le plus beau voyage que j’aie jamais fait.

Tous applaudirent et l’animateur dit.

  • Alors maintenant surprise : dix minutes de marche, pas plus, pour atteindre le restaurant face à la mer. Et ensuite, nous pourrons tous voyager dans les textes des autres. En route.

 

PS : merci à Chinou ( https://chinou.canalblog.com/ ) de m’avoir prêté sa photo pour que mon imagination se mette en route.

PS 1 : prochain texte, mercredi.

 

23 avril 2025

Les dernières minutes du pape

 

Après avoir aperçu, voletant au-dessus de ceux qui l’écoutaient, l’auréole qui serait la sienne – le pape a dit, juste avant son Avé  C (Christ)  :

 

  • Va-ti-can reconnaître la place des femmes dans l’Eglise, notre Dieu tant aimé ! Le Saint-Siège souffre de nostalgie alors qu’il devrait jubiler dans l’attente d’une religion catholique harmonieuse où les sexes seraient égaux.
  • Depuis des lustres, le lucre est au sein du Vatican. Honni soit-il car les mafieux sont si nombreux parmi nous que l’IOR - l’institut des œuvres de religion – croule sous son or.
  • La Curie n’en a cure du déni. Hélas, la « pédophilie » semble remplacer la « charité » dans notre église ! Comment est-ce possible ? J’en appelle à une longue cure psychanalytique des évêques qui seront réunis lors du prochain conclave car l’église doit ouvrir sa conscience en arrêtant d’évoquer Satan, comme elle l’a longtemps fait, pour soulager sa conscience. Chacun doit se remettre en cause afin de respecter son prochain comme Jésus nous l’a dit. « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. », certes, mais aimer n’est pas toucher pour satisfaire son plaisir !
  • Je dis non au pouvoir du cul-te dans l’église !
  • Sachez-le, la sagesse du Pontificat n’est autre qu’une faiblesse que nous, papes, avons toujours cru que Dieu nous accordait !

 

Il a conclu en ajoutant que cette homélie en « pleine conscience » serait la dernière. Effectivement, cinq minutes plus tard il mourrait, apaisé.

 

PS : prochain texte, dimanche.

 

20 avril 2025

Vous avez dit spirituel ?

 

Dans le diocèse, ses collègues l’appelaient « le voyeur », ou pire. Enfin, juste ses collègues car les fidèles n’en parlaient pas ou presque, jusqu’au jour où un enfant de chœur, de retour de la messe, avait dit à ses parents.

  • Monsieur le curé a dit que le vicaire était un adepte des abus spirituels. C’est quoi un abus spirituel ?

Ses parents, ce jour-là, ont tourné de l’œil, l’un comme l’autre. L’enfant a immédiatement pensé que tout ce qui avait trait à la spiritualité était extrêmement dangereux. C’est ainsi qu’à l’âge de 15 ans, il a laissé le catholicisme et est entré dans la laïcité, au grand désespoir de ses parents qui pensaient que le catholicisme était le plus court chemin vers le ciel ; mais le ciel peut attendre* a pensé l’enfant…

 

*Excellent film d’Enrst Lubitsch que je ne me lasse pas de revoir une fois par an.

 

PS : prochain texte, mercredi.

16 avril 2025

Les nouveaux programmes

 

Au pays de la « simplification », La population est désormais dans l’obligation d’utiliser chat GPT en intraveineuse de jour, et même de nuit, afin d’éviter les rêves rebelles.

Au ministère de l’Enthousiasme, les « conclaves », les « débats sans débat », « les discours sans idée », « les monologues permanents » se suivent jour après jour. 

Observons tout d’abord que le président CONMAR et son premier ministre BOURAY – catholique bourré de dogmes qu’il ne s’applique pas -  rament sans relâche dans une république où la démocratie est en ligne de fuite.

Signalons que le ministre de l’intérieur – Monsieur RE-TAILLE-HAUT – prépare prochainement une « course à l’échalote identitaire » dont seuls sortiront vainqueurs ceux qui le méritent et dont le mérite répond aux critères situés sur la "septième vague  gouvernementale". Par ailleurs, la ministre de l’Education Nationale, Madame BORGNE, annonce la fermeture des écoles maternelles et primaires qui refuseront de faire entrer dans leur programme le nouveau cycle « travail sur la découverte de la future carrière professionnelle ».

Le président CONMAR, lors de sa dernière allocution de trente minutes a annoncé qu’il espérait que les citoyens comprendraient que l’enthousiasme devenait une valeur nationale. Il a ajouté que le gouvernement, avec l’aide de Chat GPT, travaillait déjà sur de nombreux programmes de formation afin de faire resurgir la flamme patriotique. Il a conclu par cette phrase dont la puissance n’a d’égal que le vide : « l’EUROPE  nous attend  afin que nous  MARCHIONS vers le DEFI de la DEFENSE. »

 

PS : prochain texte, dimanche.

 

9 avril 2025

Plongée dans l’EHPAD

 

 

Je pense que ma tâche va être longue et ardue, mais j’ai à cœur de trouver un éditeur qui acceptera de publier le manuscrit qui contient, entre autres, une quinzaine de lettres - parmi tant d'autres -  que mon père a écrites à l’EHPAD Korian où il est décédé en aout 2024. Il les a envoyées à la directrice de l’EHPAD, au chef cuisinier, à la cadre de santé, au médecin coordonnateur ou à l’ARS ( Agence Régionale de Santé). Il évoque, souvent avec ironie, les problèmes vécus au quotidien. Ces lettres sont la preuve évidente qu’on se fout des vieux dans notre civilisation « libérale » avancée ! En voici un exemple :

 

Lettre à Monsieur J B, Chef cuisinier, pour son départ.

 

Monsieur

 

Dans la plupart des entreprises et administrations, au moment du départ d’un collaborateur apprécié, il est de coutume d’organiser un pot en son honneur (…) Faute de cette sympathique réunion - et je me demande bien pourquoi elle n’a pas eu lieu - je crois de mon devoir de vous livrer par écrit mes vifs compliments afin qu’il en reste trace.

Au grand soulagement de bon nombre de résidents encore en mesure de donner un avis, vous allez quitter, dans deux jours, cet établissement où, durant plusieurs années vous avez œuvré, mais œuvrer est-il le mot qui convient ?

En effet, qui regrettera vos haricots, petit-pois et lentilles fort mal cuits, parfois même jusqu’à vos pommes de terre insuffisamment cuites ? Qui regrettera vos fruits de saison, hélas très rarement servis mais pratiquement jamais mûrs ? Qui regrettera votre cuisine de bas étage pour des mets aux appellations ronflantes dignes d’un trois étoiles, et que la direction s’autorise grâce à l’escroquerie de la « labellisation » Gault et Millau !

Enfin, à titre personnel et en celui de mon épouse qui, comme moi, ne peut manger que de la viande hachée, je tiens tout spécialement à vous remercier pour le soin particulier que vous avez souvent pris à nous choisir une autre viande que celle des morceaux servis aux autres résidents, c’est-à-dire en nous donnant de la viande provenant de bas morceaux et, qui plus est, renfermait parfois des bouts d’os et de cartilages. Pourquoi se gêner pour de petits vieux qui sont souvent incapables de se faire entendre ? Heureusement, comme vous avez pu le constater de vive-voix au fil des mois et encore en lisant cet écrit, je n’ai aucun problème cognitif et je sais m’expliquer lorsque les choses ne fonctionnent pas comme elles le devraient.

Vu le prix élevé payé par les résidents dans cet EHPAD, ils seraient pourtant en droit d’exiger une certaine qualité dans les prestations proposées.

Je vous autorise, bien entendu, à faire le meilleur usage de cette lettre et notamment à la communiquer à votre futur employeur qui en sera sûrement ravi !

Exerçant mon mandat au grand jour, j’en remets une copie à madame la Directrice de l’Ehpad.

 

Croyez, Monsieur, en mes sentiments qui ne sont pas les meilleurs.

 

PS : prochain texte, mercredi 16 avril.

 

5 avril 2025

La dentiste

 

 

Ces derniers temps, lorsqu’il allait chez la dentiste, il n’était pas rare qu’il reste trente minutes la bouche ouverte, moments pendant lesquels la dentiste en profitait pour soliloquer sur son mari, ses deux enfants, sa belle-mère, la vie en général.

 

Lors de son dernier rendez-vous, avant de régler sa facture avec la secrétaire, il a tout de même osé dire à sa dentiste.

 

  • Je n’ai jamais pris le temps de vous répondre car j’avais la bouche ouverte, mais dites-moi : comment allez-vous ?
  • C’est amusant que vous me posiez cette question, vous êtes le premier. Hélas, je n’ai pas trop le temps de vous répondre, je dois accueillir le client suivant.
  • Eh bien, soyez brève.

 

Après l’avoir observé un instant, elle conclut en souriant, et elle avait de très belles dents.

 

  • Tout d’abord, je dois dire que je vous préfère la bouche fermée, vous avez même une certaine classe. Pour répondre à votre question, je vais comme tout le monde avec des hauts et des bas. Plus de bas ces temps-ci, alors j’en profite pour vous raconter ma vie.
  • Ah. Vous savez que je suis psychologue ? Donc si vous souhaitez me parler plus longuement, passez donc dans mon cabinet.
  • Mon dieu, j’avais totalement oublié que c’était votre profession.
  • Venez me voir au cabinet et on parlera de tout ça. Là-bas, non seulement je serai tout ouïe, mais je pourrai ouvrir et fermer ma bouche à volonté ; je pourrai donc  vous poser une ou deux questions, cela vous permettra d’ avancer un peu dans l’analyse de votre vie.

 

Elle l’a remercié et il s’est dirigé vers la secrétaire alors que la dentiste appelait le client suivant en se demandant si elle prendrait la peine d’aller voir ce client psychologue.

 

PS : prochain texte, mercredi.

1 avril 2025

Rencontre

 

 

Elle l’avait rencontré au jardin botanique, juste en face du plan d’eau où elle apercevait, au loin, un carrousel. Tous deux étaient assis sur le même banc. Elle lisait un livre de Jane Austen* - Orgueil et préjugés - et lui un policier intitulé « Comment j’ai tué ma femme ». Comme elle s’était endormie et que son livre était tombé à terre, il l’avait ramassé et en avait tourné quelques pages ici et là puis ils s’était attardé sur cette citation qu’elle avait soulignée : «  Je déclare qu’après tout, il n’y a pas de plaisir qui vaille la lecture ! »  A son réveil, il  lui avait tendu son livre et avait dit.

 

  • Votre livre était tombé. D’habitude, je prends du « brise-souci » pour me soustraire à cette réalité qui me tue, mais le livre, c’est pas mal aussi
  • Un brise-souci ? Pour ma part je préfère les livres à la drogue ou l’alcool. Mais vous avez  bien raison, il y a des vérités qui sont bien trop lourdes et dans la vie, il est plus facile de faire l’expérience du malheur que celle du bonheur.

 

Il lui avait souri, s’était levé et avait conclu en disant.

 

  • Je vous ai laissé mon numéro de téléphone dans votre livre si vous voulez qu’on échange des titres de roman.

 

Elle l’avait remercié en ajoutant.

 

  • Pourquoi pas un rendez-vous au café du jardin botanique, bientôt. Je garde précieusement votre numéro. Au revoir.

 

En marchant à grands pas il s’était demandé si elle l’appellerait. Sans doute, avait-il réfléchi, car il avait lu dans ses yeux clairs, le reflet d’une vie trop tranquille.

 

* Si vous en avez l’occasion, allez voir le film intelligent, drôle et romantique « Jane Austen a gâché ma vie. » (https://www.youtube.com/watch?v=uoiW2NggkCw)

PS : prochain texte, samedi.

 

 

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