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Presquevoix...
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21 juillet 2026

Ennemis ?

Mais que faisaient les enfants juchés sur le mur qui séparait la propriété de leurs parents à celle du voisin.

  • Fichez- le camp, avait dit le voisin en criant car les enfants l’importunaient en le privant de son silence habituel.

Mais les enfants ne partirent pas.

  • Fichez le camp où je vais chercher ma carabine à plomb.
  • Chiche, dit le plus téméraire.

Le voisin le fit et pointa sa carabine sur les enfants.

  • Alors, on rit moins maintenant, hein ? Allez, fichez le camp.

Celui qui lui avait dit chiche resta sur le mur et le nargua.

  • Moi je m’en fous du plomb !

Le voisin s’approcha de l’enfant qui ne bougeait pas, le regarda droit dans les yeux et lui dit.

  • Un dur à cuire, à ce que je vois. Très bien. Viens me voir demain, on en parlera tous les deux des armes à feu, et tu verras que ce n’est pas si simple que ça de s’en servir.

L’enfant accepta et ce fut le début d’une amitié entre un adulte taiseux et un enfant rebelle, amitié grâce à laquelle un adulte revint sur le chemin de l’enfance et un enfant regarda attentivement le monde des adultes sans les considérer comme des ennemis.

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

15 juillet 2026

Passion libraire

 

Au fronton de sa librairie « Nos amis les livres » - on pouvait lire : « Ici, la littérature est reine : on lit, on achète, on discute et on accepte de ne pas être d’accord. »

Oui, les choses étaient dites. C’est ainsi qu’elle souhaitait sa librairie, un lieu de vente de livres, certes, mais aussi un lieu de rencontre entre les livres, les lecteurs, la libraire et les auteurs »

Militante de la lecture, elle l’était depuis son enfance et, à 50 ans, elle avait quitté son métier de professeur de français pour devenir libraire dans la petite ville de 3000 habitants où elle était née.

Peu à peu, au fil de ses dernières années d’enseignante, le goût des élèves l’avait quittée, et elle avait fini par haïr l’éducation nationale, les ministres, les inspecteurs et les programmes imposés qui l’ennuyaient à mourir.

Désormais, elle ferait ce qu’elle voulait et, d’abord et avant tout, la promotion des livres qu’elle aimait, sans oublier bien sûr, ce que ses électeurs souhaitaient et qui parfois la sortait de ses goûts personnels. Son rôle : en finir avec la monoculture de l’esprit !

Lors d’un entretien qu’on lui avait demandé dans le journal local, elle s’était dite médecin des âmes, car ne soigne-t-on pas aussi avec des prescriptions littéraires ? Cette révélation lui avait apporté de nouveaux lecteurs et même, le médecin qui habitait non loin de chez elle, et lui avait dit en souriant.

  • Je ne savais pas qu’un libraire pourrait me faire concurrence.

De temps à autres, d’anciens élèves apparaissaient dans sa librairie et elle leur disait en souriant, comme pour s’excuser, qu’elle ne leur imposerait plus de pensum sur des livres qu’ils devraient lire.

Un ancien élève, entré dans sa librairie par hasard ou presque, lui dit en plaisantant à demi.

  • Je me souviens que vos cours étaient un peu ennuyeux, mais bon, ce n’était pas de votre faute. Ce n’est pas facile de parler de livres qu’on n’a pas choisis à des élèves qui n’ont pas choisi d’être là.
  • Tu as raison Damien, d’ailleurs à ce propos, j’ai l’intention de mettre en place des moments où on l’on parlerait de livres qu’on aime ou qu’on arrête de lire parce qu’on les déteste, ça t’intéresserait ?

Le jeune homme sourit, hésita puis donna son assentiment. C’est ainsi que débutèrent ces séances du soir intitulées - « vous l’avez aimé ou vous l’avez détesté, dites-nous pourquoi ! ». Son ancien élève fut un lecteur et un participant assidu et drôle. Elle prêtait cinq livres qui tournaient et les lecteurs en parlaient ensemble un mois plus tard.

Sa librairie devint peu à peu un lieu de convivialité. Une ancienne élève lui proposa de mettre en place, au fond de sa librairie, un mini salon de thé. Elle accepta son idée qui lui permettrait d’élargir ce noyau d’amoureux des livres et de la conversation.

Une ancienne élève, qui était entrée dans la librairie après l’avoir reconnue, lui dit en souriant.

  • Vous avez l’air heureuse dans cette librairie, cela s’entend à votre voix.
  • Je n’avais pas l’air heureuse en cours ?
  • Pas vraiment. Mais bon, être prof, ce n’est pas facile, hein ? Je le sais, je suis devenue prof  moi-même, mais pas de français, de maths !

Elles éclatèrent de rire et se promirent de prendre un café ensemble, ailleurs que dans la librairie, pour parler d’autre chose que de littérature.

 

PS : prochain texte, mardi.

 

13 juillet 2026

Être con

 

Il y a plusieurs types de cons, vous en conviendrez.

Il me semble néanmoins que choisir la ligne des cons – et il m’arrive aussi de me situer sur cette ligne – c’est se demander, à un moment donné, si on sera con à plein temps, à temps partiel ou à mi-temps.

Depuis quelques années, il semble  que l’homme ou la femme politique qui choisit cette ligne, soit plus souvent con à temps complet qu’à temps partiel ou à mi-temps. Choisit-il ou choisit-elle cette ligne par négligence, par facilité, par aveuglement, par conviction ? Ceci mérite réflexion.

En raison de ce choix, une chose est sûre, de plus en plus nombreuses sont les salles de déception des électeurs dans le monde entier. D’ailleurs, ces salles se construisent à une telle vitesse, qu’il s’avère désormais impossible de calculer leur nombre et combien de déçus elles contiennent.

Le jour où nous le saurons, le monde vivra peut-être ses derniers jours…

 

PS : prochain texte, mercredi.

11 juillet 2026

L’élection présidentielle de 2027

 

Jésus – déprimé par l’élection au deuxième tour de la candidate de l’extrême droite - l’ a froidement abattue de deux balles dans la tête.

Le jour de son arrivée au tribunal, une foule en liesse l’a ovationné en criant : « Jésus président, Jésus président ! ».

Ému, mais ne pouvant tenir aucun discours en raison des forces de l’ordre qui l’encadraient, Jésus a essayé malgré tout de remercier la foule.

Dans les annales, il fut noté qu’après ses dix premiers jours de détention, Jésus avait reçu 50 000 lettres de félicitations. « Du jamais vu ! » disaient impressionnés les gardiens de la prison « Bonne nouvelle ».

Du jamais vu qui sans doute se réverrait, si le tout nouveau candidat de l’extrême droite – jeune et « frais » mais dont l’intelligence artisanale semblait limitée -   arrivait au pouvoir.

En attendant, c’était le président du Sénat  – 30 ans de carrière et de repas copieux au comptoir politique - qui assurait le service de Président par intérim. Résisterait-il à l’épreuve ?

 

PS : prochain texte, lundi.

9 juillet 2026

Un enfant ou un chien ?

 

Désormais, les jeunes couples choisissent un chien plutôt qu’un enfant. Le samedi, assise à la terrasse du café, je vois défiler cette armée de « couples à chiens ».

Je me souviens de ce jeune couple qui m’a dit qu’il quittait son appartement pour habiter dans une maison de 120 mètres carrés avec un grand jardin. Je leur ai demandé s’ils déménageaient car ils souhaitaient avoir un enfant, et la jeune femme m’a répondu en souriant : non, pas un enfant, un chien.

Il est vrai que le chien obéit et se plie plus facilement ; l’enfant lui, dit non dès deux ans. Et, comble de l’aspect pratique, la SPA – société protectrice des animaux - offre des avantages aux propriétaires de chiens : on peut abandonner son chien sur la route des vacances en pensant qu’il sera adopté par d’autres, un jour.

Peut-être aurons-nous bientôt une SPE – société protectrice des enfants – qui permettra à des familles d’adopter très rapidement des enfants abandonnés par d’autres familles, qui sait ?

 

PS : prochain texte, samedi

 

6 juillet 2026

Le tronc

 

Quand le curé voulut récupérer ce qu’il y avait dans le tronc, plus une seule pièce, le vide. Une blague de mauvais goût ou un besoin pressé d’argent ? Une semaine plus tard, il remit lui-même de l’argent dans le tronc et attendit, caché derrière le chœur. L’adolescent arriva à 14 h. Ce jeune d’environ 13 ans avait l’art et la manière de vider un tronc d’église. A 14 h 05, au moment où il mettait tout dans son sac, le curé arriva en courant. Les arts martiaux lui avaient enseigné les mille et une façons d’immobiliser un agresseur, ce qu’il fit.

  • Alors, on vole ?
  • Je vole pas, j’emprunte.
  • Il est d’accord au moins, Dieu ?
  • Je sais pas, Je lui parle pas.
  • Avant d’emprunter, on demande si l’autre est d’accord.
  • Personne ne peut parler à Dieu, il existe pas.
  • Moi je lui parle tous les jours et il me répond parfois.
  • Ah ouais, vous lui dites quoi, vos péchés ?
  • Ce soir je lui parlerai de toi et de ce que tu as fait.
  • Et puis ?
  • On verra ce qu’il me dira. Reviens demain.

L’adolescent revint et le curé lui dit de s’asseoir. Voici ce qu’il m’a dit.

  • Il ne faut point dérober, ni mentir, ni tromper l’autre.
  • Il vous a dit ça ?
  • Oui.
  • Et quoi d’autre ?
  • Voler est un péché sérieux, mais il y a peut-être des raisons pour ça ?
  • Ouais, c’est pour faire plaisir à ma mère que je vole. Elle aime pas les églises. C’est là que mon père travaille.
  • Je comprends. Elle lui en veut alors. Mais Dieu n’y est pour rien.
  • Dieu non, mais vous, oui.
  • Moi ?

L’adolescent ne dit rien et le curé l’observa attentivement. Il crut voir en son visage un autre visage, celui de Marie. Était-ce son fils ? Il avait 20 ans, elle 18. C’était la dernière fois où il était rentré au village pour dire adieu à sa mère avant d’entrer au séminaire.

  • Comment s’appelle ta mère ?
  • Marie.
  • Je l’ai connue il y a bien longtemps, à l’école primaire. Comment elle va ?
  • Bien. J’ai une sœur.
  • Qui s’appelle ?
  • Mathilde.  Et toi comment tu t’appelles ?
  • Thomas.
  • Beau prénom. Votre père vit avec vous ?
  • Oui, enfin pour moi c’est mon beau-père.
  • Dis-à ta mère de venir me voir un jour, si elle veut ?
  • Je lui dirai, et il  partit aussitôt.

Il regarda le visage du Christ sur la croix et lui dit : « Moi aussi j’ai pêché. Une fois, une seule, et ce qui devait arriver arriva. Il s’appelle Thomas, vous vous rendez compte ? Saint Thomas, celui qui a besoin de voir et toucher pour croire. La vie est une ritournelle cruelle parfois. Que dois-je faire ? Que puis-je faire ? Je vous le demande et peut-être m’aiderez-vous sur ce chemin de croix. »

Il revint au presbytère. A 21 heures il était au lit et lisait la Bible. La nuit, toutes sortes de rêves perturbèrent son sommeil, mais il ne se souvint que d’un : il marchait dans la forêt et arrivait dans une clairière où Marie l’attendait pour lui dire qu’il n’avait rien à craindre. Elle ne lui en voulait plus.

 

PS : prochain texte, jeudi.

3 juillet 2026

L’insecticide

 

Grand donneur de conseils dans le domaine de l’écriture, son ami avait tenu à lui dire, à elle qui jamais n’avait publié.

  • Quand tu écris, la fiction doit dépasser l’affection et infuser le réel. N’oublie jamais que le temps nous presse sans trêve vers le trou final, alors va au plus simple. Tiens, utilise pour t’aider un insecticide de mots.

Son petit monologue l’avait un peu agacée. Sans doute se croyait-il drôle, mais il n’était que fat. Rien de plus. Il avait publié trois livres chez un petit éditeur, certes, mais pour qui se prenait-il ? Elle savait même qu’il avait dû contacter lui-même les libraires de sa ville et des villes alentours pour faire la promotion de ses propres livres. Un marathon qui l’avait déprimé.

Elle avait préféré ne pas lui donner son opinion sur les trois livres qu’il avait publiés, et il ne la lui avait pas demandée d’ailleurs, sinon que lui aurait-elle dit ?  Trois choix possibles se seraient offerts à elle :

  • Tes livres sont courts, mais j’ai ressenti une pointe d’ennui. Ton univers est loin du mien et n’infuse pas mon réel.
  • Trop de mots tuent les mots, surtout pour des romans courts où il faut éviter les descriptions qui n’apportent rien au récit.
  • As-tu bénéficié d’une relecture attentive chez ton éditeur ? Si oui, on ne le dirait pas.

En y réfléchissant bien, elle pense qu’elle aurait choisi le numéro deux. Le fameux insecticide de mots qu’il lui avait conseillé, lui aurait été utile à lui aussi, mais ce produit miracle était-il encore en vente dans les magasins de farces et attrapes littéraires ? Il faudrait qu’elle le lui demande.

 

PS : prochain texte, lundi.

1 juillet 2026

La montagne d’ailleurs

La montagne d’ailleurs

 

« Que de gens ont voulu se suicider et se seront contentés de déchirer leur photographie »*, moi y compris. Oui, il est long le chemin vers la montagne d’ailleurs, et rares sont ceux qui y parviennent.

J’ai passé ma vie à croire que j’avais une chemise magique qui me protégeait des autres. Hélas, cette chemise, je l’ai retrouvée en lambeaux à l’âge de 45 ans.

Dans ma vie d’avant, je disais souvent aux personnes avec qui je partageais ma vie, ces deux phrases clés : « Nous sommes d’accord sur le fait que nous ne sommes pas d’accord » ou  « Quand on se parle à demi-mots on se comprend à moitié ». Jusqu’au jour où je fus confronté à un mur, celui contre lequel vous vous dites : c’est soit la lutte, soit la mort

« Le monde est à ceux qui se soulèvent tôt », disait mon père. Ce lève-tôt insatiable, était un amoureux de la joute oratoire et épistolaire. Je n’ai jamais voulu lui ressembler mais, avec le temps, j’ai fini par comprendre qu’à force d’éviter le chemin du père et de rester sur celui de la mère, je plongeais dans les eaux troubles de la soumission.

Je me suis soulevée tard, il y a un an, et j’ai eu du mal à trouver la montagne, celle où, en bas, vous avez le poste « secours police » au cas où la panique vous prendrait avant l’ascension.

Quand j’ai aperçu cette montagne, j’ai commencé à grimper lentement. Aujourd’hui, je suis à mi-parcours et j’ai trouvé un gîte qui va m’héberger le temps nécessaire avant de débuter la deuxième partie de mon voyage, la plus éprouvante, parfois, m’a dit l’ancien prêtre qui tient le gîte, mais celle qui vous mène vers la connaissance de l’âme qui est la vôtre.

 

*Citation de Jules Renard

PS : prochain texte, vendredi.

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