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Presquevoix...
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28 juin 2025

Dans le trou du rafale

 

 

Notre premier ministre appartient au club CGT, un club réservé aux hommes politiques de plus de cinquante ans : le club des Catholiques Gloutons et tricheurs. Ah, les gueuletons des gloutons ne font pas bon ménage avec la sortie d’un rafale.

Il me semble que manger que dalle dans un rafale pendant 24 heures lui aurait fait le plus grand bien ! Hélas, on a réussi à l’extraire, et avec quel brio, jugez-en par la vidéo !

Dommage que le ridicule ne tue pas, sinon nous aurions pu avoir un nouveau premier ministre de gauche cette fois, qui sait ?

Après une légère réflexion matinale, je suis arrivée à la conclusion que monsieur Bayrou – tout comme notre président - souffre de profonds troubles  de l’humour, troubles qui adviennent aux personnes qui vivent au tréfond de leur narcissisme destructeur.  

 Sans doute faudrait-il créer un conclave des troubles de l’humour. Qu'en pensez-vous M. Bayrou ?

 

PS : prochain texte, jeudi

24 juin 2025

Le dernier dialogue

Lors de sa dernière visite à l’hôpital, sa mère lui avait dit, de sa chambre où elle avait vue sur la cathédrale.

 

  • Et dans quel centre de condoléances on va m’envoyer ?

 

Sa fille avait souri et lui avait répondu.

 

  • En fait, l’hôpital a décidé de te renvoyer à l’ehpad, car eux aussi ont un Kinésithérapeute. Tu le verras deux fois par semaine d’après ce que j’ai compris.
  • Les radins. On coûte trop cher à 90 ans, c’est ça ? Tu vois, j’en ai assez et  je pense que je vais faire pleuvoir la mort.

 

Sa fille avait regardé le visage si maigre de sa mère qui, depuis trois jours, mangeait à peine et buvait si peu.

 

  • Tu crois que tu as un don surnaturel, maman ?
  • Ce don, il n’est pas compliqué à avoir. Il suffit de vouloir. Demain je ne serai plus là. Fini le vieux pruneau ridé, à moi la paix éternelle !  Je te dis donc adieu ma fille.

 

Elle lui demanda de l’embrasser avant de partir, chose qu’elle ne faisait jamais.

Sa mère n’avait pas menti. Elle mourut le lendemain à trois heures du matin afin d’atteindre ce royaume qu’elle appelait celui de la paix, royaume où elle retrouverait son mari et où tous deux rencontreraient, peut-être, cette harmonie qu’il leur avait été si difficile de trouver de leur vivant.

 

PS : prochain texte samedi

 

 

21 juin 2025

L’eau de vie

 

Sur les berges de la Seine, non loin d’un saule pleureur, Pierre, soixante ans, est allongé dans l’herbe et observe le ciel bleu. Rompant ce calme, il dit à Paul.

  • Tu ne trouves qu’avec l’âge les raideurs se déplacent ?

Paul qui regarde un vol de goélands répond, amusé.

  • Il y a raideur et raideur ! Sans doute faut-il raison garder, tu ne trouves pas ? Il est vrai que dans cette sensation de gêne et de déplacement, nous sommes maintenus en éveil !

Pierre reste un moment silencieux et ajoute.

  • Un éveil long et douloureux !

Paul conclut avec légèreté.

  • La mollesse du lâcher-prise est la seule solution. Tout change, tout passe. Acceptons-le, même si cette acceptation provoque douleur et souffrance. Tout passe au fil de l’eau de la vie. Regarde la Seine et le voyage qu’elle nous offre. 

Après un long moment où nul bruit ne trouble le calme, Pierre dit.

  • « Une goutte d’eau suffit pour créer un monde. » Tu te souviens ?
  • Oui, Bachelard, c’est toute notre jeunesse, Bachelard !
  • Oui, c’est… et ce n’est plus.

Cette petite phrase les fait sourire. Ils se remettent en position assise et observent  la somptuosité du fleuve dans le calme de cette journée limpide.

 

PS : prochain texte, mardi.

18 juin 2025

Vous avez dit spirituel ?

 

Dans le diocèse, ses collègues l’appelaient « le voyeur », ou pire. Enfin, juste ses collègues car les fidèles n’en parlaient pas ou presque, peut-être l’ignoraient-ils ? Jusqu’au jour où un enfant de chœur, de retour de la messe, avait dit à ses parents.

 

  • Monsieur le curé a dit que le vicaire était un adepte des abus spirituels. C’est quoi un abus spirituel ?

 

Ses parents, ce jour-là, ont tourné de l’œil, l’un comme l’autre. L’enfant a immédiatement pensé que tout ce qui avait trait à la spiritualité était extrêmement dangereux. C’est ainsi qu’à l’âge de 15 ans, il a laissé le catholicisme et est entré dans la laïcité, au grand désespoir de ses parents qui pensaient que le catholicisme était le plus court chemin vers le ciel ; mais le ciel peut attendre* a pensé l’enfant…

 

*Excellent film d’Enrst Lubitsch que je ne me lasse pas de revoir une fois par an.

 

PS : prochain texte, samedi.

 

15 juin 2025

Monsieur Re-taille-haut (ou Retailleau pour les intimes)

 

Souvent Marie étudie son voisin, monsieur Re-taille-haut. Depuis sa rupture du tendon d’Achille, elle ne peut plus bouger, alors la « fenêtre sur cour » est un centre d’observation du plus grand intérêt.

Grâce à ses jumelles puissantes, elle remarque, au fil des jours, que cet homme n’a plus qu’un œil droit qui louche à l’extrême droite. La génétique est implacable, se dit-elle. Avec sa gueule de croque-mort comment va-t-il finir ? Encore un dont l’ambition dépasse la raison ! Elle note sa réflexion dans son carnet du jour puis elle décide de s’allonger dans son lit. Une petite sieste loin de ce monde sans pitié lui fera du bien.

 

PS : prochain texte, mercredi.

11 juin 2025

Solitude

Désespéré par sa solitude, il avait passé cette annonce dans le journal local :

« Homme, 55 ans, né le lendemain de la chance et vivant dans une cage de verre, cherche âme sœur. Si vous voulez me rencontrer, téléphonez-moi au 08 88 88 88 88. »

Il avait eu deux appels, une femme de 88 ans, qui s’était dit qu’avec autant de 8 dans son numéro de téléphone, elle aurait peut-être une chance, malgré la différence d’âge ; et une toute jeune fille de 20 ans, étudiante en troisième année de psychologie qui souhaitait expérimenter avec lui une thérapie brève dont elle avait entendu parler en cours.

Curieusement, il avait dit non aux deux et, une semaine plus tard, il se jetait dans la Seine d’où il avait été repêché par la brigade Fluviale.

C’est à l’hôpital psychiatrique – où il avait été « hébergé » temporairement -  qu’il trouva une solution à ses angoisses : la thérapie musicale.

Un an plus tard, après une formation rapide, il devint musico-thérapeute dans un Ehpad sénior où il utilisa la diversité musicale comme médiation thérapeutique.

 

PS : prochain texte, dimanche.

 

8 juin 2025

Rupture

 

Après une relation d’un mois où les musiques de la passion et de la jouissance s’étaient conjuguées, elle lui avait envoyé une nature morte. Au-dessous, en lettres majuscules rouges, était écrit MENENTO MORI suivi de « Je ne peux t’aimer que mort car L’avantage avec les morts, c’est qu’ils ne nous contredisent plus.»

 

Quand il avait montré cette lettre à un ami de longue date, psychologue, celui-ci lui avait simplement dit.

 

  • « Quand on tue de grands rêves, il coule beaucoup de sang », ce n’est pas de moi mais de Milan kundera. Surtout, romps avec cette cinglée, sinon elle va te conduire tout droit dans le cabinet d’un psychiatre, voire pire !

 

Il avait suivi son conseil. Une semaine plus tard, il avait envoyé à cette femme aimée, une carte postale d’une mer perturbée sur les côtes Bretonnes. Au dos de la carte, de sa calligraphie parfaite, il avait écrit : « Les femmes c’est comme le café, au début ça excite, mais l’énervement suit rapidement. Le futur mort te dit ADIEU. »

 

PS : prochain texte, Mercredi.

4 juin 2025

L’américain

Mon seul et unique ami américain s’appelle Donald. Dans sa famille, ils sont promoteurs immobiliers de père en fils. La dernière fois que Donald est venu  à Paris – une conférence internationale sur la communication dans le secteur immobilier – il m’a dit que depuis son dernier divorce, il préférait entretenir une prostituée plutôt que de se remarier.  

  • Pourquoi ? lui ai-je demandé.

J’avoue que je suis plutôt classique dans mon genre, alors ce genre d’histoire suscite ma curiosité.

Donald a hésité puis il m’a répliqué en souriant, avec son accent inénarrable.

  • I'm the boss. All a woman has to do is shut up and say yes, that's enough!*

Ce jour-là Brigitte – mon épouse - n’était pas avec nous. Heureusement, car elle a la main leste et je dois dire que sa gifle épouse la forme de ma joue.

D’ailleurs, je dois vous avouer qu’avec Brigitte notre histoire d’amour a commencé par une gifle, juste parce que je ne connaissais pas la deuxième réplique du rôle qui était le mien dans la scène 1 de l’acte 2 de Hamlet. Mon épouse, à l’âge avancé qui est le sien, a toujours gardé la même énergie. Je pense – sans me tromper – que Donald ne la supporterait pas.

 

 *C’est moi le patron ! Une femme n’a juste qu’à se taire et dire oui, ça suffit !

PS :prochain texte, dimanche.

1 juin 2025

Lire

Lire

 

La première fois que Léa avait rencontré Romuald – un apéritif dinatoire chez une amie commune -  il lui avait demandé à brûle pourpoint comment elle lisait.

Surprise, elle l’avait regardé attentivement avant de répondre.

  • Allongée. Parfois même, quand il fait beau, je me mets dans un hamac les jambes pendantes, mais ça dépend des livres.
  • Belle posture, avait-il répondu le regard presque égrillard.

Elle rougit légèrement mais ne répliqua rien. Ses yeux noirs qui la scrutaient mettaient en scène un océan de douleurs. Son amie Laura ajouta.

  • Et toi Romuald, comment tu lis ?
  • Sur mon lit, les pieds au mur, j’ai des problèmes de circulation.
  • A 35 ans, tu plaisantes ?
  • Nullement. Tu m’as déjà vu plaisanter ?
  • Rarement, c’est vrai. Tu n’es pas du genre trublion, mais plutôt du genre flippant.
  • On peut dire que tu n’arranges pas mon portrait ma chère Laura. Ne la crois surtout pas Léa.

Quand il parlait, celle-ci imaginait sa vie. De l’amertume, d’abord. Une séparation, peut-être ? Sans doute des désillusions plein sa besace. Le « gros lot du névrosé », se dit-elle en se souvenant de son précédent compagnon.

  • Et en général, vous lisez quoi Léa ? demanda Romuald d’une voix très douce.
  • Oh, je suis ce qu’on appelle une obsédée textuelle, je lis tout, du roman le plus léger au roman le plus classique. Et vous ?
  • Moi ? Je lis ce qui peut me sortir du quotidien, pauvre quotidien qui ne produit que de l’ordinaire. Beaucoup de policiers mais j’adore Fernando Pessoa qui me fait plonger dans la profondeur de ce qui m’habite. Je suis aussi un écrivain de circonstance. Par exemple, là, je pourrais écrire sur vous.

Laura l’interrompit pour dire.

  • Méfie-toi de lui Léa, c’est un flatteur. Je dirais même plus, un flagorneur. Tu ne peux imaginer le nombre de mes amies qu’il a séduites !

Romuald fit une moue agacée avant de répondre un peu sèchement.

  • Oui, mais pas toi Laura. Tu le regrettes ? De toute façon, je ne suis pas quelqu’un de recommandable, c’est vrai.

Léa sourit et ajouta.

  • Le genre amer qui cherche dans l’écriture de quoi assouvir sa peine ?
  • Exactement. Je vois que nous pourrions tous les deux poursuivre notre conversation au café Flore un jour prochain. Fixons un rendez-vous, tu veux bien ? 

Léa accepta, et mal lui en prit.

Après leur aventure estivale de deux mois – sexuellement désastreuse - elle passa de la lecture en hamac à des paroles ponctuées de pleurs sur le divan du psychanalyste.

L’été suivant, elle passa une semaine à Montolieu*-  réputé comme étant le village du livre et des arts -  où elle assista à un atelier d’écriture dont l’intitulé était : Lire court et écrire court sur sa vie. C'était Romuald qui l'animait...

 

* https://www.montolieu-livre.fr/

PS : Merci à Chinou ( https://chinou.canalblog.com/ ) pour m’avoir permis d’utiliser son aquarelle.

Prochain texte, mercredi.

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