Passion libraire
Au fronton de sa librairie « Nos amis les livres » - on pouvait lire : « Ici, la littérature est reine : on lit, on achète, on discute et on accepte de ne pas être d’accord. »
Oui, les choses étaient dites. C’est ainsi qu’elle souhaitait sa librairie, un lieu de vente de livres, certes, mais aussi un lieu de rencontre entre les livres, les lecteurs, la libraire et les auteurs »
Militante de la lecture, elle l’était depuis son enfance et, à 50 ans, elle avait quitté son métier de professeur de français pour devenir libraire dans la petite ville de 3000 habitants où elle était née.
Peu à peu, au fil de ses dernières années d’enseignante, le goût des élèves l’avait quittée, et elle avait fini par haïr l’éducation nationale, les ministres, les inspecteurs et les programmes imposés qui l’ennuyaient à mourir.
Désormais, elle ferait ce qu’elle voulait et, d’abord et avant tout, la promotion des livres qu’elle aimait, sans oublier bien sûr, ce que ses électeurs souhaitaient et qui parfois la sortait de ses goûts personnels. Son rôle : en finir avec la monoculture de l’esprit !
Lors d’un entretien qu’on lui avait demandé dans le journal local, elle s’était dite médecin des âmes, car ne soigne-t-on pas aussi avec des prescriptions littéraires ? Cette révélation lui avait apporté de nouveaux lecteurs et même, le médecin qui habitait non loin de chez elle, et lui avait dit en souriant.
- Je ne savais pas qu’un libraire pourrait me faire concurrence.
De temps à autres, d’anciens élèves apparaissaient dans sa librairie et elle leur disait en souriant, comme pour s’excuser, qu’elle ne leur imposerait plus de pensum sur des livres qu’ils devraient lire.
Un ancien élève, entré dans sa librairie par hasard ou presque, lui dit en plaisantant à demi.
- Je me souviens que vos cours étaient un peu ennuyeux, mais bon, ce n’était pas de votre faute. Ce n’est pas facile de parler de livres qu’on n’a pas choisis à des élèves qui n’ont pas choisi d’être là.
- Tu as raison Damien, d’ailleurs à ce propos, j’ai l’intention de mettre en place des moments où on l’on parlerait de livres qu’on aime ou qu’on arrête de lire parce qu’on les déteste, ça t’intéresserait ?
Le jeune homme sourit, hésita puis donna son assentiment. C’est ainsi que débutèrent ces séances du soir intitulées - « vous l’avez aimé ou vous l’avez détesté, dites-nous pourquoi ! ». Son ancien élève fut un lecteur et un participant assidu et drôle. Elle prêtait cinq livres qui tournaient et les lecteurs en parlaient ensemble un mois plus tard.
Sa librairie devint peu à peu un lieu de convivialité. Une ancienne élève lui proposa de mettre en place, au fond de sa librairie, un mini salon de thé. Elle accepta son idée qui lui permettrait d’élargir ce noyau d’amoureux des livres et de la conversation.
Une ancienne élève, qui était entrée dans la librairie après l’avoir reconnue, lui dit en souriant.
- Vous avez l’air heureuse dans cette librairie, cela s’entend à votre voix.
- Je n’avais pas l’air heureuse en cours ?
- Pas vraiment. Mais bon, être prof, ce n’est pas facile, hein ? Je le sais, je suis devenue prof moi-même, mais pas de français, de maths !
Elles éclatèrent de rire et se promirent de prendre un café ensemble, ailleurs que dans la librairie, pour parler d’autre chose que de littérature.
PS : prochain texte, mardi.