La guerre des portables
A la maison, l’état de guerre avait été déclarée. Le père - Ayatollah du contrôle parental - observait, surveillait et vérifiait le téléphone de sa fille, éteint dès 21 heures et gardé dans la chambre des parents.
- Et l’autonomie ? hurla un jour l’adolescente de 16 ans.
Le père répondit, énervé.
- L’autonomie, mon cul ! On a vu ce que cela donnait quand on t’a rendu le portable sans contrôle aucun ! Ta moyenne a baissé de trois points. Bosse tes cours, travaille pendant les vacances et ensuite on verra si tu es autonome ! Et sache que de mon vivant, jamais je n’abdiquerai ! jamais !
Elle monta dans sa chambre, claqua la porte et mit la musique à fond.
Les ressentiments et l’épuisement minait l’univers familial. La mère regrettait presque d’être mère et le père, lui, ne pensait plus qu’à une chose : éliminer ces « putains » de portable.
Le fils, 11 ans, attendait son heure. Ne notait-il pas toutes les répliques de sa sœur pour les utiliser contre les parents ?
Une semaine après la crise, l’enfant demanda à sa mère.
- Quand est-ce que j'aurai un portable ?
La réponse tomba aussitôt.
- On verra !
Sa sœur et alliée lui avait enseigné une chose indispensable pour que ses vœux soient réalisés par les parents : ne jamais s’avouer vaincu et, s’adresser d’abord à leur mère. Il se souvenait de cette phrase percutante.
- Quand le conflit arrive entre les parents, ça permet de grapiller de petites choses. Donc n’oublie jamais de faire entrer les désaccords entre eux.
Le jour où le fils dit à son père.
- Mais toi aussi tu as un portable et tu le regardes.
Le père changea de ton.
- J’ai un portable oui, mais je ne le regarde pas toutes les minutes comme ta sœur et par ailleurs, je n’ai pas de travail à faire en rentrant chez moi, moi !
- Moi non plus, rétorqua l’enfant.
- Eh bien tu devrais, et si tu n’en as pas, relis tes cours, c’est comme ça qu’on progresse. Et dis-toi bien une chose : pas de portable, c’est aussi la possibilité de ne pas être contrôlé en permanence par tes parents.
- Maman, elle dit pas comme toi.
Le soir même, il entendit une dispute entre son père et sa mère et celui qui avait débuté les hostilités, c’était son père. Bingo, pensa l’enfant, le portable, c’est pour bientôt !
PS : prochain texte, dimanche 23 mai.
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