Mère et belle-mère
A chaque fois qu’ils se disputaient son mari sortait la réponse type habituelle : « De toute façon tu es comme ta mère. »
Cette fois-là, avec calme – elle suivait un traitement qui lui permettait de diminuer ses états d’énervement – elle lui répondit.
- Ah oui, en quoi je lui ressemble ?
- Comment ça en quoi ?
- Quelle est la particularité de mon caractère qui me fait ressembler à ma mère ?
Il attendit un instant et répliqua.
- Tu grimpes au rideau, comme elle.
Elle l’observa un instant, son visage pâle, sa façon particulière de tout contrôler en permanence, sa difficulté à laisser connaître ses affects et elle lui dit.
- 12 ans que je grimpe au rideau, donc ?
- Tu vois, tu essaies aussi de me faire grimper au rideau, je te connais.
D’une voix lente et en articulant, elle lui dit
- Oui, je sais, toi tu es calme, pausé, raisonnable, et moi je suis une hystérique.
- Je n’ai pas dit hystérique.
- Non, mais tu le penses profondément.
- Tu te trompes.
- Parfait. Je vais me coucher. Au fait, avant de me rendre dans mes appartements. Je vais te dire que toi aussi, tu es comme la tienne, de mère, et je te laisse la nuit pour deviner en quoi. Au revoir mon chéri. Bonne nuit.
Elle se coucha à 22 h 30 - lui la rejoignit à 23 h - et, après avoir lu quelque page du « livre de l’intranquillité », sa nuit fut merveilleuse, au contraire de celle de son mari qui fut désastreuse.
Bien sûr, le lendemain, elle souligna à de multiples reprises sa nuit de rêve et ajouta qu’en raison de sa fatigue à lui, elle accompagnerait leur fils à l’école. Il la remercia. C’est à ce moment qu’elle lui dit.
- Au fait, pour ta mère, tu as trouvé ?
- Trouvé quoi ?
- En quoi tu lui ressemblais ?
- Non, rien ne m’est venu.
- C’est sans doute pour ça que tu as passé une mauvaise nuit.
Et elle sortit de la chambre en disant à son fils de se dépêcher sinon il allait arriver en retard à l’école, puis elle ajouta.
- Ton père est fatigué parce qu’il a pensé toute la nuit ; alors c’est moi qui t’accompagne.
Perfide, pensa-t-il, perfide, elle m’aura à l’usure.
PS : prochain texte, dimanche.
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