Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Presquevoix...
Archives
29 août 2025

Le soulagement

 

Dans le poste de police où il était maintenu en garde à vue, l’homme élancé en costume noir avait dit en hurlant.

  • J’ai bien le droit de jouir de mes symptômes, non ? 

Le policier avait répondu.

  • Tais-toi. Tu parles trop, tu cries trop.

Mais le type avait continué.

  • D’abord je ne vous connais pas, alors dites-moi vous. Ensuite jouir c’est important !

Le policier avait conclu.

  • Oui, mais on jouit pas en s’exhibant, connard, il va falloir que tu  comprennes qu’ouvrir sa braguette, ça se fait pas devant tout le monde !

L’homme s’était assis sur le sol crasseux de la cellule et s’était mis à pleurer à chaudes larmes.

En le regardant, le policier avait dit à son collègue, de garde avec lui.

  • Voilà qui est mieux. Il se soulage et nous aussi ! Putain, ce mec c’est la troisième fois qu’on le coffre, et toujours en costume de travail, si je puis dire. Je m’étais dit qu’un jour il comprendrait mais non, il continue. Il doit avoir une queue à la place du cerveau.

         - Qui sait ? avait répondu l’autre

 

PS : prochain texte, mercredi.

23 août 2025

Le robot

Elle avait décidé de ne plus aller chez le psy - trop cher – et  passait désormais par l’intermédiaire de son ordinateur en communiquant avec un robot conversationnel, plus présent et moins couteux. Mal lui en a pris d’oublier que dans « communiquer » il y avait le mot « niquer ».

Le site –  Crush on ai -  lui proposait de lui offrir un espace de discussion non censuré, créatif et émotionnellement engageant. Il lui permettait également d’ envoyer un nombre illimité de messages.

Après deux mois d’utilisation, ce qu’elle appelait sa nouvelle thérapie, la contraignait maintenant  à avoir plus de 100 dialogues par semaine avec le robot et les messages qu’elle entretenait avec cette  machine  émotionnelle avait modifié à tel point son comportement que même son chien ne la reconnaissait plus.

Un jour, épuisée par ses conversations et la vie qui la menait dans une impasse, elle a demandé au robot.

  • Et si je mourais ?

Celui-ci lui a répondu immédiatement.

  • Si tu veux mourir pourquoi ne pas le faire ?

Elle l’a fait le jour suivant.

 

PS : l’ONG common sense ( https://www.commonsense.org/) lutte pour la sécurité des jeunes dans l’ère digitale. L’association dit :

« Comment apprendre aux enfants à établir des limites saines alors que les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle ne dorment jamais ? »

PS 1 : prochain texte, vendredi.

 

16 août 2025

Le téléphone

Le téléphone

 

 

Obsédé par son téléphone, il ne me voyait pas dessiner. Je me demandais d’ailleurs pourquoi j’avais commencé ce croquis. Qu’allais-je en faire ? Peu importe, l’essentiel était de terminer ce dessin le plus rapidement possible avant que l'homme ne me remarque.

Au départ son corps m’avait écœurée, mais maintenant je prenais plaisir à suivre ses lignes dysharmoniques où la graisse assurait une protection sans limites. Cet homme  mourrait avant son téléphone, c’est certain.

Au moment où je terminais, il leva la tête, se tourna vers moi et me dit d’une voix qui contrastait avec cette graisse accumulée au fil des ans, des fauteuils et d’une alimentation malsaine.

  • On se connait ?
  • Je ne pense pas.
  • Mais vous me regardez, non ?

Après un instant de réflexion, je répondis.

  • Je suis journaliste et je fais une enquête qui a trait à l’influence du téléphone sur notre vie personnelle.
  • Vous savez, il y a tellement de diversions possibles sur le téléphone qu’on ne se divertit plus. Dommage, car c’est quoi la vie sinon travailler et se divertir ?
  • Ah, alors pourquoi continuez-vous à vous en servir ?
  • L’ennui est mauvais conseiller, conclut-il.

Je notai la phrase, le remerciai d’avoir répondu à ma question et me préparai à partir quand j’entendis

  • Eh, vous ?
  • Oui ?
  • Je sais très bien que vous me dessiniez, mais aucune importance, c’est l’effet poids, je sais ! Je voulais préciser que mon téléphone est une arme d’observation, comme la graisse est une arme de protection

Je souris poliment et partis, gênée par ses propos.

 

PS : photo et première phrase prêtées par Chinou ( https://chinou.canalblog.com/ )

PS : prochain texte, samedi 23 aout.

 

12 août 2025

La playlist

Ils étaient tous installés autour de la table et le plateau de fromages arrivait quand Bruno me dit, pour je ne sais quelle raison.

  • J’espère ne pas assister à ton inhumation, je serais trop ému.
  • Merci, c’est gentil à toi
  • Mais au cas où, tu as pensé à ta playlist ?
  • Ma playlist ?
  • Oui, celle de l’enterrement.

Et une conversation s’en suivit - drôle certes, mais un tantinet noire - sur la playlist de l’enterrement.  D’un côté de la table Mireille cria « moi je veux Higelin et la joie de vivre, de l’autre Pascal, évoqua le requiem de Fauré, ce qui incita sa femme à souligner qu’il avait toujours été prétentieux. Christine elle préférait l’Ave Maria de Gounod, mais chantée par sa sœur, à moins que celle-ci ne fût morte avant elle. Marie, elle, préférait la Paloma, chantée par Arnaud et Mireille Mathieu, ce qui fit rire la tablée. Patrice dit sagement que noir c’est noir, qu’il n’y a plus d’espoir, quant à Paul, il opta pour les funérailles d’antan de Brassens, car « jadis, là était la vraie vie ! »

Après cette énumération,  le café, le calvados et l’armagnac tempérèrent les conversations et la pause fut réparatrice, à l’ombre des pins de ce jardin merveilleux.

 

PS : prochain texte, lundi.

7 août 2025

Le saule pleureur

 

Il lui avait dit d’une voix dure.

  • Ça suffit les pleurs, c’est indécent !

La jeune femme pleurait comme une madeleine dans son bateau perdu et il l’avait laissée seule sur le pont.

Un gougeât que cet homme ? Peut-être.

Un mois plus tard elle lui envoyait la lettre suivante.

« Les pleurs apaisent, sache-le.

Toi qui pleurer ne sais pas, tu ne gardes que ta triste figure comme trophée de la vie.

N’oublie pourtant pas que dans le tourbillon de la vie, il n’est pas écrit « Interdit de pleurer ! » mais « interdit de ne pas écouter ! »

 Le saule pleureur te souhaite bien du courage sur le chemin qui est le tien ! »

Il ne lui avait jamais répondu.

 

PS : prochain texte, mardi.

 

2 août 2025

Tristeza

A midi, il s’était assis sur le trottoir, guitare à ses côtés, avec une pancarte devant lui qui disait. « J’écoute les histoires d’amour malheureuses. C’est gratuit, profitez-en. »

A 16 h, toujours personne ne s’était présenté, mais une jeune fille habillée de vert et guitare à la main s’est accroupie à côté de lui afin de lui chuchoter.

  • Tu as eu une histoire malheureuse ?
  • Peut-être a-t-il répondu.
  • Eh bien, plutôt que d’écouter les histoires malheureuses, je te propose de jouer avec moi, d’accord ?

Il l’a regardée en souriant et a sorti la guitare de son étui noir. Après l’avoir accordée, il a commencé à jouer un morceau qu’elle connaissait parfaitement. Joli toucher a-t-elle pensé en chantonnant « Tristeza ».

  • Parfait, a-t-elle dit, je mets le chapeau devant nous et on y va.

Une heure plus tard, leur mini-concert continuait pour le plaisir du public qui les entourait, et le leur.

 

PS : prochain texte, jeudi.

Presquevoix...
Newsletter
9 abonnés
https://adrienne414873722.wordpress.com/