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30 mars 2026

Le clown

 

Déguisé en clown, debout sur les marches de l’église St Jean Baptiste, cet homme prêchait sous les non-regards de passants qui jamais ne s’arrêtaient.

D’une voix forte il disait.

« Nous les désenchantés, nous préférons ce qui nous éloigne à ce qui nous unit. Aveugles nous sommes, aveugles nous resterons si nous continuons étrangers à nous-mêmes ! Le monde de la non-vérité est en marche. Ouvrez les yeux mes amis, ouvrez-les où vous serez perdus à jamais. La non-intelligence tend à faire de nous les robots que les gouvernements souhaitent afin de nous faire entrer dans le monde des esclaves. Ouvrez les yeux, n’arrêtez jamais de les ouvrir ! »

Soudain le prédicateur m’a regardée – j’étais le seul public - m’a souri et m’a remerciée de l’écouter. Puis il a ajouté.

  • Attention à toi car bientôt la police de la pensée va t’arrêter. On ne doit pas m’écouter, ont-ils dit. Tout le monde le sait, mais pas toi. Qui es-tu ?

J’ai cru qu’il était fou. Hélas, ce qu’il a prévu est arrivé. Je me suis retrouvée en garde à vue avec lui. Moi, je suis sortie au bout de 6 heures car j’ai pu appeler mon mari qui est avocat, mais lui, non. Quand j’ai voulu lui donner le numéro de téléphone de mon mari, il m’a dit.

  • Inutile, je ne crois ni en la police ni en la justice. Laisse-moi là où je suis. Je ne sais pas qui tu es, mais nous sommes appelés à nous retrouver : la mémoire des opprimés ne s’efface jamais, sache-le !

C’était il y a un mois. Hélas, je ne l’ai toujours pas revu sur le parvis de l’Eglise. Je l’ai dit à mon mari mais celui-ci a souri puis a ajouté.

  • Encore une de tes folies passagères. Tu devrais prendre des gouttes parce que sinon, tu vas devenir comme ce cinglé.

 Je me demande si mon mari aussi, n’est pas pris au piège de la police de la pensée.

Moi, maintenant, je ne souris plus, je ne parle plus, et j’erre seule dans le désert de la foule en jetant mes regards de droite et de gauche afin de voir si je  retrouve le clown de l’Eglise St Jean Baptiste.

 

PS : prochain texte, mercredi.

 

28 mars 2026

Le fils

 

Quand son fils de 13 ans lui posait une question, Marion lui répondait toujours « Demande à ton père ». Sa belle-sœur finit par s’en étonner.

  • Pourquoi tu répètes cette phrase à ton fils à longueur de temps ?

 Ce à quoi Marion répondit.

  • Je ne peux pas penser pour deux ! En plus c’est un garçon et là, ce qui est encore plus dur c’est qu’il ressemble à son père. Un genre de clone, tu vois ?

Sa belle-sœur se permit d’ajouter.

  • Tu plaisantes ou tu le penses vraiment ?
  • Non, je ne plaisante pas. Je crois que ton neveu est aussi borné que son père, qui est aussi ton frère d’ailleurs. Alors ça me fatigue. Quatre ans au moins que ça me fatigue. C’est pour ça que je ne réponds plus aux questions. Je me repose. Voilà, c’est tout. Et maintenant, c’est son père qui pense.

Sa belle-sœur ne trouva rien à répondre mais en rentrant chez elle, elle en fit part à son mari qui lui répondit simplement.

  • Ma soeur a toujours eu de l’humour.
  • Euh, ça de l’humour ?
  • Je connais bien ma sœur. Elle fait un pas de côté parce qu’elle veut souffler. En attendant, elle est encore avec ton frère, alors touchons du bois.

Sa femme se tut en constatant qu’entre le frère et la sœur, nombreux étaient les points communs. Était-ce pareil pour elle et son frère ?

 

PS :prochain texte, lundi.

 

26 mars 2026

Les rôles

 

Depuis son départ du monde politique, François H suivait des cours de théâtre qu’il appréciait mais il ne comprenait pas pourquoi, inlassablement, on lui donnait à jouer des rôles de con.

Quand il a posé la question au professeur, celle-ci lui a juste dit.

  • Ecoute François, tu as débuté il y a deux ans, tu es proche des soixante-dix ans, je ne vais tout de même pas te donner des rôles de jeune premier ?

François n’a rien répondu car le professeur de théâtre ressemblait étrangement à sa première femme.

 Pour la fête de fin d’année, et dans son nième rôle de con, il lui fallait acheter un journal. Il s’est décidé à acheter le Figaro chez le vendeur de journaux du coin de sa rue. Et, curieusement, il s’est entendu lui expliquer.

  • J’achète le Figaro à cause d’un rôle que je joue au théâtre.

Le vendeur lui a demandé.

  • Ah, vous avez changé de rôle alors, parce que si je me souviens bien, avant, vous étiez plutôt dans la politique, non ?
  • Effectivement, mais on ne peut pas jouer le même rôle jusqu’à la mort !

Le vendeur a souri et lui a répondu.

  • Vous ne voulez pas le journal la Croix, en plus ?
  • Pourquoi la Croix ?
  • Parce qu’il faut toujours avoir foi en soi, si je peux me permettre.

François a bien sûr dit qu’il goûtait son humour, mais tout le reste de la journée, il l’a passé à ruminer autour de la question suivante :  Est-ce par hasard qu’on m’assigne à des rôles de con ?

 

PS : prochain texte, samedi.

24 mars 2026

Vous avez dit grossiereté ?

 

Atteint du syndrome de la Grossièreté*, Martin fut obligé, malgré lui, d’arrêter sa carrière d’enseignant. Et pour cause, les parents multipliaient les plaintes auprès du proviseur car leurs enfants ne supportaient plus d’être traités de fainéants, d’imbéciles à poil dans la main ou de primates même pas capable d’ouvrir un livre de maths. Sans compter les injures que le professeur adressait au proviseur, et au ministre lui-même, en leur écrivant des lettres.

Il fut rapidement réorienté au CNED ( centre national d’enseignement à distance), relégué dans un placard à balais, juste à côté des toilettes, pourvu d'une table et d'un vieil ordinateur. Martin y éructait à mi-temps et dormait la deuxième moitié du temps – il avait apporté un tapis de sol et un oreiller - du lundi au vendredi, sur fond de chasses d'eau.

Son activité essentielle consistait à écrire des lettres. Depuis l’arrivée de Monsieur Macron au pouvoir, il en avait écrit une cinquantième, sans aucune réponse. Par contre, nombreux étaient ses rendez-vous au rectorat, dans le bureau du psychologue, afin de surveiller l’évolution de sa   pathologie et de lui trouver une « réorientation ». Qu’allait-on faire de ce professeur qui n’avait que 45 ans ?     

 * syndrome non encore répertorié par le DSM ( Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux)

 

PS : prochain texte, jeudi.

 

22 mars 2026

Politique et polémique

 

Souvent, quand son mari rentrait de ses réunions de parti, à des heures indues, son épouse lui demandait pourquoi ces réunions n’en finissaient pas.

Ce soir-là, quand il arriva, elle achevait de voir à la télévision le film Alice et le maire. Sans doute fut-ce pour cette raison qu’elle lui demanda.

  • Au fait, c’est quoi la politique pour toi ?
  • Pour moi la politique c’est la polémique. C’est ça mon carburant énergétique.
  • Et les idées, l’engagement ? ajouta-t-elle.
  • Les idées, il y en a de moins en moins. On travaille à l’économie ; et l’idéologie est d’un autre âge. Quant à l’engagement, oui, il est là, mais maintenant c’est plutôt la carrière, tu le sais bien.
  • Rappelle-moi le nom de ton parti ?
  • PS
  • Parti Siphonné, c’est ça ?

Il s’énerva - il lui reprochait souvent son esprit « étroit », à des lustres de l’humour – et il finit par lui dire.

  • Tu peux penser ce que tu veux, mais si on n’était pas là, ça serait pire. La gauche c’est aussi nous.
  • Eh bien si vous n’étiez pas là, on survivrait je pense. En tout cas, moi j’en ai marre. Je ne voterai plus PS et, surtout, j’oubliais de te dire, je me barre.
  • Tu te barres ?
  • Oui, avec quelqu’un de La France Insoumise, ça me changera des soumis !

Et elle disparut dans la chambre d’ami en claquant la porte derrière elle. Quant à lui, il hurla à plusieurs reprises.

  • Salope, tu veux ma peau, tu veux ma peau et celle du PS, c’est ça ?

 

PS : prochain texte, mardi

 

19 mars 2026

La première fois

 

On se souvient, parfois avec émoi, de sa première relation sexuelle. Pour Marie, ce fut en Irlande, pays catholique s’il en est.

Elle faisait du stop sur la route qui devait la mener à Dublin. Le temps était pluvieux, comme souvent en Irlande. Elle avait 19 ans, portait un long imperméable blanc, et elle était seule sur cette route humide avec son sac à dos.  Les gens lui avaient dit que l’Irlande était accueillante, mais là, non, elle n’y croyait plus à cette Irlande merveilleuse.

Soudain une voiture s’arrêta et un homme, d’environ trente-cinq ans, les yeux bleus et revêtu d’un pull vert clair s’arrêta.

  • Vous allez où ?
  • Dublin.
  • Moi aussi, montez.

Le voyage se passa agréablement et un échange commença en Français – la langue de cet homme était ponctuée d’un séduisant accent irlandais – autour de la vie. Elle apprit qu’il était un curé, mais un curé défroqué.

  • Pourquoi lui demanda-telle, vous ne croyiez plus ?
  • Pas vraiment, il s’agissait plutôt d’une incompréhension de l’église par rapport aux relations que j’entretenais avec une femme.

Elle ne posa nulle autre question. Avant d’arriver à Dublin il lui dit.

  • Vous avez un endroit où dormir.
  • Non, aucun, mais je pense aller à l’auberge de jeunesse.
  • Eh bien, si vous n’avez pas peur des vieux de 40 ans, je vous invite chez moi.

Ce qu’elle fit. Elle ne le regretta nullement. Sa maison de cet homme était accueillante et son lit moelleux.

Trente ans plus tard, quand elle racontait l’histoire à ses amies, elle y ajoutait un certain humour et disait.

  • Une incroyable histoire pour moi qui étais catholique, à l’époque. D’ailleurs, cela y ajoutait un certain piment : un curé défroqué qui n’hésite pas à retirer son froc, vous imaginez ? Et, si je puis dire, le battant de sa cloche était long et vigoureux, sans parler de ses deux petites clochettes qui au départ m’ont amusée. Je peux vous dire en tout cas, qu’il a eu toutes les attentions nécessaires. Il m’a même lu, après m’avoir dévêtue et m’avoir glissé sons sa couette un verset de la Bible qui m’a profondément rassurée : « L'amour est patient, il est plein de bonté ; l'amour n'est pas envieux ; l'amour ne se vante pas, il ne s'enfle pas d'orgueil ». Puis il a continué par cette autre citation qu’il a dite juste avant de plonger sa tête entre mes jambes : « Dieu est amour et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu. » Je dois dire que si je n’ai jamais atteint l’orgasme à l’église, je l’ai atteint avec ce curé défroqué : une première fois lorsqu’il a usé du pouvoir de sa profonde sagesse buccale, et une deuxième fois, lorsque le battant de sa cloche est entré en moi lentement mais si sûrement. Voilà, je n’ai rien d’autre à ajouter, si ce n’est qu’ensuite je ne suis plus allée à l’église et que j’ai laissé fleurir les boutons de mon clitoris au gré du vent.

Parfois elle concluait en disant « J’espère que l’histoire vous a plu. ». Et, si on lui demandait comment leur rencontre s’était terminée, elle ajoutait ceci.

  • Il m’a dit, avant que je ne parte : j’aime mon prochain comme moi-même, mais je n’essaie nullement de le posséder. C’est ce que l’église m’a enseigné en me demandant de la quitter. Toi, tu es jeune et tu rencontreras d’autres hommes qui pourront t’apporter le même plaisir que moi. Quant à moi, je butine et je crois que je le ferai jusqu’à ce que Dieu me le permette.  Ensuite il a ri, moi aussi, et nous nous sommes longuement embrassés. Jamais nous ne nous sommes revus.

Le succès de Marie était toujours le même lorsqu’on écoutait cette aventure.  Nous toutes aurions voulu connaître cette même première fois douce et belle comme une montée au ciel.

Parfois, lorsque nous nous voyions en l’absence de Marie, nous nous demandions tout de même – étant donné que cette histoire avait de multiples variantes – si cette aventure lui était vraiment arrivée. Mais peu nous importait finalement, elle nous faisait tellement rêver.

 

PS : prochain texte, dimanche.

17 mars 2026

Les examens

 

Tous les jours, elle rencontrait cet homme de quarante ans qui faisait la manche près du café qu’elle fréquentait. A chaque fois elle lui donnait un euro, et de temps en temps, si le temps le permettait, elle s’arrêtait pour lui dire deux trois mots.

Ami de la répétition - il aimait les boucles - mais parfois, un élément nouveau surgissait.

La dernière fois, il lui avait dit.

  • Moi, j’ai jamais réussi mes examens, mêmes mes examens de sang, parce que là j’en ai fait un et on m’a dit que j’avais un problème de globules, et que je devais aller chez le médecin pour qu’il lise mon analyse.
  • Alors allez y vite, prenez votre rendez-vous. Peut-être que ce n’est pas grave. 

Elle a regretté sa réponse convenue. Lui n’a fait que sourire et ils se sont quittés en se disant à demain.

PS : prochain texte, jeudi.

15 mars 2026

Lettre au Vice-Président des États Unis

Troublée par l’escalade guerrière provoquée par messieurs Trump et Netanyahou, j’ai envoyé vendredi, par la poste, la lettre suivante - traduite en anglais bien sûr, car j’aime cette langue - au Vice-Président américain. J’avoue avoir précédemment envoyé une lettre à notre Président, et à la Présidente de la commission Européenne. Dès lundi, j’en enverrai une au Premier Ministre Israélien, ainsi qu’à son Ambassadeur à Paris. Des actes infimes, certes, mais je me libère ainsi de cette colère qui m’envahit.

Voici donc cette lettre :

 

Monsieur Le Vice-Président,

 

Je me permets de vous écrire en tant que citoyenne française, amoureuse de la liberté, de la démocratie et de la langue anglaise.

Après avoir écouté quelques discours du Président des États-Unis, en anglais bien sûr, je me pose de nombreuses questions quant à ses capacités cognitives, mais vous aussi, j’imagine. Sa nièce, psychologue s’en pose aussi ; d’ailleurs, elle le signale lors d’un entretien avec une journaliste.

Ne croyez-vous pas que ceci puisse porter préjudice à l’avenir du monde ? Quand s’arrêtera cette « Epic Fury » ? Lors d’un discours devant les journalistes, Monsieur Trump a dit lui-même qu’au départ vous n’étiez pas tout à fait d’accord avec cette « Epic Fury », ce qui est tout à votre honneur, mais cet Epic Fury continue. Jusqu’où ira-t-elle ?

Ne pensez-vous pas, Monsieur, que ces interventions américaines intempestives nous font cheminer vers un monde à feu et à sang ?

J’ai entendu dire, Monsieur, que votre femme est enceinte de son quatrième enfant et que la naissance est prévue pour juillet. Naissance dont vous vous félicitez, et je le comprends. Mais quel avenir construisez-vous pour cet enfant à naître ? Vous ne vous posez aucune question ? Ou peut-être croyez que votre pays sera épargné par ces guerres que vous multipliez ? Savez-vous qu’en Iran déjà deux cents enfants sont morts, sans parler de Gaza ou sans doute plus de 20 000 enfants sont morts ? Cela va continuer jusqu’à quand cette tuerie d’enfants ?  

Est-ce bien sérieux, Monsieur, d’œuvrer au service d’un président qui souffre de problèmes de santé mentale en faisant semblant – comme tous les sénateurs républicains d’ailleurs - que son comportement est tout à fait normal ? Sans parler de l’ absence profonde d’humanité dont il fait preuve.

Monsieur Trump se dit croyant, ce qui laisse perplexe. Il ne me semble pas que Dieu – mais les pasteurs évangéliques venus récemment à la maison blanche lui ont peut-être dit le contraire et il les a crus – sauve des faiseurs de guerre qui détruisent l’humanité. D’ailleurs combien de morts votre Président a-t-il sur son « tableau de chasse » depuis son deuxième mandat ? Et le tout, sans que cela lui coupe l’appétit ou l’empêche de faire du golf dans sa très grande propriété de Mar-a-Lago.

Monsieur Trump représente actuellement l’incarnation de la violence et de la prédation, sans parler bien évidemment de son grand allié israélien, Monsieur Netanyahou, Premier ministre d'Israël. Tous deux sont à la première place ex-aequo sur le podium de la guerre. En ressentez-vous de la fierté M. Vance ?

Sachez qu’en France l’inquiétude se généralise et que notre regard sur les États-Unis change profondément. Si ce pays, pour certains, fut longtemps considéré comme celui de la liberté et de la capacité à s’enrichir, il est désormais, pour nombre d’entre nous, considéré comme celui de l’injustice et de la folie destructrice.

Si l’Union Européenne se tait face à cette entrée en guerre contre l’Iran – mis à part les trois pays courageux que sont l’Espagne, l’Irlande et la Norvège - les citoyens européens, eux, rejettent votre entrée en guerre en grande majorité. De même que les citoyens américains, d’ailleurs, qui à plus de 60 % sont contre cette guerre.

Comment expliquez-vous, Monsieur, que le Président Trump, qui a fait campagne pour la paix et qui a créé « the board of peace » œuvre maintenant pour la guerre ? Serait-ce que le mot guerre signifie paix maintenant, aux États-Unis, et que nul n’était au courant à part  les membres du gouvernement américain ? 

Après le Vietnam, l’Irak et l’Afghanistan, les États-Unis – qui sont « a great country », comme le dit M. Trump - auraient dû comprendre que la guerre ne sera jamais la paix, mais que la guerre conduit irrévocablement à l’anéantissement du monde, même si l’on est le premier exportateur de matériel de guerre et que l’on se trouve loin des conflits !

 

PS : prochain texte, mardi.

13 mars 2026

Le nouveau job

 

Au chômage depuis un an et inquiet de voir son allocation réduite à rien, Emmanuel avait répondu à une annonce de France Travail qui disait :

Cherchons dix hommes barbus, pour un travail de « guides » en contrat à durée déterminée. Très bon salaire assuré. Le travail demande patience et goût du risque. Aucune langue souhaitée. lieu de Travail Téhéran ( Iran) et voyage payé.

Une fois arrivé chez lui, il a téléphoné à sa mère qui s’inquiétait de la période difficile qu’il traversait.

  • J’ai une bonne nouvelle à t’apprendre maman. J’ai trouvé un job.
  • Parfait, quoi et où ?
  • Guide à Téhéran. Un CDD.
  • Tu t’es renseigné sur le travail ?
  • Un peu. On m’a dit que la journée, je resterai assis dans une résidence à Téhéran, et que je dormirai au même endroit la nuit. Le voyage est payé.
  • Bon, mais un guide qui reste assis, c’est rare, non ?
  • Visiblement pas à Téhéran car nous sommes 10 à être demandés comme guide, a répondu son fils. Ah, et je dois aussi acheter le Coran pour le lire dans l’avion.
  • Pourquoi tu dois lire le coran dans l’avion ?
  • Parce qu’un guide doit avoir commencé à lire le coran avant d’entrer dans la résidence qui est la sienne. Je suis allé l’acheter à la librairie, en collection poche, c’est moins cher.
  • Étrange tout de même tout ça. Et tu pars quand mon chéri ? Dimanche premier mars, de Roissy.  

Son fils l’avait appelé dès son arrivée à Téhéran. Il avait voyagé dans le même avion que les neuf autres guides. Hélas, depuis 6 jours, elle n’avait plus de nouvelles d'Emmanuel. Exactement depuis que l’opération « Epic Fury » avait commencé. Aucune communication n’était possible et elle se demandait maintenant si son fils ne mourrait pas comme le guide suprême. Les 10 guides français serviraient-t-ils tous d’appât ?

Quand elle a téléphoné à France Travail pour le leur demander, toutes les lignes étaient occupées et elle a abandonné. De toute façon, elle savait qu’elle n’aurait aucune réponse de cette agence qui travaillait avec des sous-traitants depuis bien longtemps.

 

PS : prochain texte, dimanche.

11 mars 2026

Conflits

 

En sortant de chez elle, Marion a rencontré son voisin retraité qui prenait son courrier dans sa boîte aux lettres.

  • De bonnes nouvelles Monsieur Girard ? lui a-t-elle demandé.
  • Non, que de la pub. Je vais mettre tout ça à la poubelle et après, je descends à la cave.
  • Vous faites des travaux ?
  • Non, mais à la cave c’est là où je serai le plus en sécurité si les drones américains ou iraniens arrivent.
  • Les temps sont durs, c’est vrai, Mais bon, aujourd’hui il fait beau et il vaut mieux jardiner. Quant aux drones, c’est pas pour demain.

Et, après ces « bonnes » paroles,  elle est partie tout de suite afin d’éviter que l’angoisse ne monte d’un cran.

Le soir, à la fin du repas, une fois les enfants au lit, Marion a demandé à son mari.

  • Et toi, tu en penses quoi de cette escalade guerrière entre Trump, Netanyahou et l’Iran ?
  • Je crois que le pire est à venir mais de toute façon, qu’est-ce qu’on peut faire, hein ?
  • Descendre à la cave, comme le voisin ?
  • Tu sais bien que le voisin est un peu cinglé. Allez, on s’informe et on avise ensuite.

Cette nuit-là, elle a fait un rêve étrange. Elle était dans un sous-marin avec Trump qui voulait la violer et elle lui disait.

  • Pauvre vieux sénile à neurone unique, je vais te tuer et tout ira mieux pour tout le monde !

Et elle s’est réveillée au moment où elle lui tirait une balle dans la tête.

Ce jour-là, Marion est partie au travail de très mauvaise humeur et, quand elle est arrivée au bureau, sa collègue, après un bonjour presque forcé, lui a dit.

Avant-hier tu n’as pas terminé ton dossier et le Directeur est de mauvaise humeur.

Marion s’est surprise à lui répliquer.

  • Eh bien moi aussi je suis de mauvaise humeur. D’ailleurs, je l’emmerde le Directeur, toi aussi je t’emmerde et pareil pour Trump. Je vous emmerde tous.

Sa collègue n’a rien répondu, mais dès midi, le bruit courait dans les couloirs que Marion était au bord du burn out.

 

PS : prochain texte, vendredi.

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