La chienne
Elle était en admiration devant sa chienne qui avait de très bons résultats partout - séduction, amour, obéissance, féminité – le contraire de son adolescente de fille, renfermée, garçon manqué, indisciplinée. Son mari, lui, ne se prononçait pas ; le silence lui apportait paix et sérénité. Pour Noël, Peggy – le nom de leur chienne – eut un joli collier en cuir avec deux saphirs, une brume parfumée enveloppante de chez Dior et une ravissante laisse en cuir torsadée. Quant à leur fille – Éléonore, en dehors de son chèque de 100 euros, elle hérita de l’encyclopédie universalis de son grand-père, décédé deux ans plus tôt. Elle ne remercia pas ses parents et partit dans sa chambre ; quant à la gracieuse femelle lévrier italien, elle sauta sur les jambes de son maître et de sa maîtresse pour les remercier. Toutefois, en ce 24 décembre, le père d’Eléonore, habituellement taiseux s’autorisa à dire.
- Tu ne trouves pas que tu la gâtes trop ?
- Qui ? Eléonore ou la chienne ? répondit sa femme. Ecoute, à défaut de pouvoir gâter ma fille qui ressemble à un sac de patate, je gâte ma chienne. Quel mal y a-t-il à ça ?
- Rien, sinon que tu risques de t’en éloigner pour l’éternité.
- Eh bien, attendons l’éternité, alors !
Madame resta donc avec sa chienne sur les genoux, alors que monsieur partit discrètement dans la chambre de sa fille d’où sortait une musique classique assourdissante qui ressemblait fort au requiem de Mozart. Il entra.
- Drôle de musique pour Noël, non ?
- Ben non, répliqua sa fille, j’assiste à l’enterrement de maman et ça fait du bien !
Son père sourit et lui tendit une enveloppe qu’il accompagna de deux mots : Pour compléter la première ! et il conclut avec un « bon enterrement ! » avant de fermer la porte de la chambre de sa fille.
PS : prochain texte, samedi.
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