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Presquevoix...
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31 décembre 2024

La chienne

 

Elle était en admiration devant sa chienne qui avait de très bons résultats partout - séduction, amour, obéissance, féminité – le contraire de son adolescente de fille, renfermée, garçon manqué, indisciplinée. Son mari, lui, ne se prononçait pas ; le silence lui apportait paix et sérénité. Pour Noël, Peggy – le nom de leur chienne – eut un joli collier en cuir avec deux saphirs, une brume parfumée enveloppante de chez Dior et une ravissante laisse en cuir torsadée.  Quant à leur fille – Éléonore, en dehors de son chèque de 100 euros, elle hérita de l’encyclopédie universalis de son grand-père, décédé deux ans plus tôt. Elle ne  remercia pas ses parents et partit dans sa chambre ; quant à la gracieuse femelle lévrier italien, elle sauta sur les jambes de son maître et de sa maîtresse pour les remercier. Toutefois, en ce 24 décembre, le père d’Eléonore, habituellement taiseux s’autorisa à dire.

 

  • Tu ne trouves pas que tu la gâtes trop ?
  • Qui ? Eléonore ou la chienne ? répondit sa femme.  Ecoute, à défaut de pouvoir gâter ma fille qui ressemble à un sac de patate, je gâte ma chienne. Quel mal y a-t-il à ça ?
  • Rien, sinon que tu risques de t’en éloigner pour l’éternité.
  • Eh bien, attendons l’éternité, alors !

 

Madame resta donc avec sa chienne sur les genoux, alors que monsieur partit discrètement dans la chambre de sa fille d’où sortait une musique classique assourdissante qui ressemblait fort au requiem de Mozart. Il entra.

 

  • Drôle de musique pour Noël, non ?
  • Ben non, répliqua sa fille, j’assiste à l’enterrement de maman et ça fait du bien !

 

Son père sourit et lui tendit une enveloppe qu’il accompagna de deux mots : Pour compléter la première ! et il conclut avec un « bon enterrement ! » avant de fermer la porte de la chambre de sa fille.

 

PS : prochain texte, samedi.

26 décembre 2024

La playlist

 

Ils étaient tous installés au salon quand Bruno me dit, pour je ne sais quelle raison.

 

  • J’espère ne pas assister à ton inhumation, je serais trop ému.
  • Merci, c’est gentil à toi
  • Mais au cas où, tu as pensé à ta playlist ?
  • Ma playlist ?
  • Oui, celle de l’enterrement.

 

Et une conversation s’en suivit - drôle certes, mais un tantinet inquiétante - sur la playlist de l’enterrement.  D’un côté de la table Mireille cria « moi je veux Higelin et  la joie de vivre » , de l’autre Pascal, évoqua « le requiem de Fauré », ce qui incita sa femme à souligner qu’il avait toujours été prétentieux. Christine elle préférait l’Ave Maria de Gounod, mais chantée par sa sœur, à moins que celle-ci ne fût morte avant elle. Marie, elle, préférait « la Paloma » chantée par Arnaud et Mireille Mathieu, ce qui fit rire la tablée. Bruno, lui, dit qu’il allait s’enregistrer pour son enterrement, et pourquoi pas « immortels » de Bashung ? Sa femme répliqua qu’il allait plomber la cérémonie déjà lourde avec sa voix et sa guitare mais il n’en démordit pas. Quant au convive qui n’avait pas encore pris la parole, Gérard, il conclut.

 

  • Moi, je suis d’accord avec le requiem de Fauré, mais il faut grouper les enterrements. Et si on ne peut pas grouper, alors je prendrai Tannhäuser, juste l’ouverture, bien sûr.

Quant la maîtresse de maison sonna le départ – c’est ainsi qu’elle faisait quand elle invitait -  elle leur souhaita à tous de beaux rêves puis elle ajouta.

  •  Comme la nuit porte conseil, vous me direz si votre chanson a changé dans la nuit. Sinon, je note tout et on fera une répétition générale de notre projet inhumation dans trois mois. D’accord ?

 

Tout le monde cria un « D’accord » collectif. Il faut dire que le calvados – excellent – leur avait donné un entrain certain.

 

PS : prochain texte, le 31 décembre.

21 décembre 2024

Memoranda

 

Julien lui avait dit : « Rendez-vous à Memoranda à 10 h ».

 

A 10 h, il n’était pas là, ni à 11 h, ni à midi. Juliette est sortie de la librairie avec une série de livres de Freud et Jung sous les bras, peut-être qu’eux sauraient. Les jours ont passé. Des rêves sont arrivés avec leurs revenants qui vivaient dans des pays lointains. Elle a ainsi rencontré un enfant perdu qui l’a terrifiée et puis elle a quitté la porte des livres pour se promener au pays des hommes. C’est là qu’elle a retrouvé Julien. Il ne se serait pas arrêté si elle ne l’avait pas appelé.

 

  • Alors ? a-t-elle dit.
  • Alors quoi ?
  • Notre rendez-vous à la librairie Memoranda il y a un mois.
  • Ah oui, excuse-moi, j’avais écrit le rendez-vous quelque part pour m’en souvenir, puis j’ai perdu la feuille.
  • Et le téléphone portable ?
  • Perdu aussi.
  • Je vois. Au revoir Julien, et à jamais, aucun rendez-vous n’est possible avec des hommes qui habitent au pays de nulle part.

 

En descendant l’avenue de la liberté, elle s’est demandée comment elle avait pu aimer cette transparence qui habitait Julien des pieds à la tête. « Si loin de lui, si loin du monde », -a-t-elle pensé, Puis elle a aspiré l’air du large qui entrait dans la ville de Brest. Elle devait partir, il était temps.

 

PS : prochain texte, jeudi

 

17 décembre 2024

Cynisme

 

A quand la Sécurité sociale de la mort ? Quand les morts auront des dents, sans doute ! Oui, il semblerait que les portes soient grandes ouvertes à la compétitivité funéraire. Le funéraire, un monde paradisiaque pour notre société capitaliste avancée, où l’on fait payer le maximum, même si vous demandez le minimum. Je l’ai vécu avec le décès de mon père. Évidemment, en ce qui concerne les profits, il y a aussi le pré-funéraire : les EHPAD !

 

 Aujourd’hui, le capitalisme passe aussi à l’assaut des crèches, pourquoi pas ? Nous allons vers un monde meilleur où les enfants tomberont malades en crèche pour cause de maltraitance, ou peut-être  même y mourront-ils, comme on meurt en EHPAD, sauf que mourir en crèche, c’est un peu tôt, non ?

 

Je me demande – cynique que je suis -  si nous ne sommes pas à deux petits pas du « paradis du capitalisme », ce monde où seuls les ultra-riches pourront vivre, se soigner et avoir droit à l’éducation et à la culture. Quant aux autres…

 

PS : prochain texte, samedi.

13 décembre 2024

L'instant

L'instant

 

 

 

Juliette avait demandé à Marie pourquoi elle ne sortait plus depuis une semaine et celle-ci lui avait simplement répondu.

 

  • Je crée des instants.
  • Des instants de quoi ?
  • De rien.

 

Certes, Marie avait menti, comme souvent, mais à quoi bon expliquer des choses à des gens qui posent des questions sans en attendre les réponses ?

 

  • Et cette robe, avait ajouté son amie, c’est nouveau ?
  • Une création d’un instant.
  • De toi ?
  • Non, d’un ami.

 

Et Marie s’était jurée de s’arrêter au mot « ami » car elle savait Juliette curieuse, notamment de l’intimité des autres. La sienne était-t-elle au bord du vide pour qu’elle s’intéresse ainsi à celle des autres ?

 

  • Au fait, Juliette, comment va Roméo, je veux dire, ton mari ?
  • Il crée, mais pas dans l’instant, lui. Il est arrivé au quinzième chapitre de son nouveau roman et il continue encore. Six mois déjà !

 

Elle a évité de dire à Juliette que son mari ne  terminerait sans doute pas ce roman, tout comme les précédents, à moins que dans le souffle de l’instant, il ne  trouve une conclusion. Qui sait ?

 

PS 2: prochain texte, mardi.

 

11 décembre 2024

Le quatrième âge

 

A 92 ans, elle se demandait ce qu’elle faisait encore sur terre à part enrichir les actionnaires de cet EHPAD privé où elle résidait.

C’est ainsi qu’elle décida – contre toute attente –  de poser des questions et d’écouter les autres. Parler en EHPAD n’était pas chose facile – tous les résidents étaient sourds sans parler des problèmes cognitifs qui étaient les leurs. Pour les fuir, elle allait au café de l’annexe de l'hôpital juste en face de l’EHPAD et là, que de conversations se tissaient dans l’attente du café ou du jus de fruit. Des histoires de vie mais surtout de maladies, chez des personnes de tous âges. Étonnamment, ces récits l’apaisaient car à chaque fois elle se disait : « Je suis vielle, certes, mais quelle chance j’ai eu dans ma vie de ne jamais être malade ! »

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

7 décembre 2024

Le peintre du dimanche

 

Il ne peignait jamais la vie comme elle était, mais aux couleurs de son humeur. Quand il était heureux, les couleurs célébraient la vie. Quand il était triste, la toile était plongée dans une obscurité désolée.

 

A part sur ses toiles, il n’exprimait jamais d’émotions. D’ailleurs, dans le service où il travaillait, on l’avait surnommé « le sphinx ». Il ne s’en offusquait pas.

 

Un jour, il arriva au bureau avec l’un de ses tableaux. Quand il enleva le papier qui l’enveloppait, sa collègue découvrit des jaunes, des rouges, des verts et des oranges qui éclaboussaient la toile.

 

  • Dis-moi, c’est la révolution ! s’exclama-t-elle.

 

Il ne répondit rien.

 

  • Bon, on la met où – demanda sa collègue - je suis sûre qu’elle va nous donner de l’énergie pour toute la journée.

 

Il désigna le mur en face du bureau de sa collègue et elle y plaça le tableau.

 

  • Comme ça ?
  • Oui.
  • Et comment elle s’appelle ta toile ?
  • Isabelle, dit-il en rougissant.

 

Isabelle comprit alors qu’il était amoureux d’elle.

 

C’est ainsi que le peintre du dimanche passa du sous-rire au sourire.

 

 

PS : prochain texte, mercredi.

4 décembre 2024

L’invité

 

Paul avait été invité à dîner par une amie d’enfance qui, depuis son mariage, évoluait dans un milieu légèrement différent du sien. Il lui avait posé la question suivante.

 

  • Est-ce que parfois, pendant ce dîner, j’aurais le droit d’enlever mon masque ?
  • Ah bon, tu porteras un masque ?
  • Manière de dire.
  • De quel masque tu parles, alors ?
  • Mais du masque social, de la bienséance.

 

Son amie l’a observé un instant, puis a dit, sur un air de conclusion.

 

  • Effectivement, la bienséance impose des limites.
  • Mais au fait, il y aura qui au repas à part toi, ton mari et moi.
  • Eh bien un député et sa femme, une amie architecte et son mari et, un juge qui vient de divorcer.
  • De quel parti le député ?
  • LR

 

Ce LR a déclenché chez Paul un fou-rire intérieur. Il a évité bien sûr de dire qu’avec LR, l’air serait peut-être au Rassemblement Négligé et donc, qu’il se mettrait en jean.

 

De ce repas, qui a été long et poussif, il ne se souvient de rien sinon que le député LR avait placé la réplique suivante.

 

  • L’assistanat est vraiment le cancer de la société.

 

Paul qui était au chômage, lui a renvoyé immédiatement.

 

  • Il y a cancer et cancer. Personnellement on m’a diagnostiqué un cancer du cerveau, dû, je pense, en partie, aux interventions de nos hommes politiques de droite dans les médias. Vous me direz, il ne tient qu’à moi de ne pas les écouter, c’est vrai, c’est d’ailleurs ce que me disait mon ex compagne. Et si je l’avais écoutée, non seulement je n’aurais pas de cancer, mais elle vivrait encore avec moi.

 

Le lendemain, l’air compatissant, son amie lui avait demandé où il en était de son cancer. Paul lui ayant dit qu’il s’agissait d’une blague, elle lui a répliqué que la connerie avait des limites et qu’elle préférait ne plus  revoir quelqu’un qui dépassait les limites de la bienséance..

 

PS : prochain texte, samedi.

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