Le boucher
Boucher depuis 20 ans, il était devenu végétarien. Sa femme – professeur dans l’enseignement technique - s’en était étonnée.
- Toi, un amoureux de la viande ?
- Eh oui, maintenant à chaque fois que j’en mange, je vois un corps humain devant moi. Ce n’est plus possible.
Sa femme se mit donc à la cuisine végétarienne, excepté le jeudi où elle mangeait du foie pour se fortifier, disait-elle.
Son mari lui avait souligné.
- Tu remplaces la Foi par le foie.
- Exactement. Le foie ça régénère, la religion ça extermine, regarde ce qui se passe au Moyen Orient.
Petit-fils et fils d’athée, il ne pouvait qu’être d’accord avec elle. C’est juste avant la mort de son père, d’ailleurs, qu’il avait appris que son grand-père avait quitté la religion catholique après avoir « fauté » - comme disait son père – avec une religieuse, sa grand-mère donc. Il en avait eu le souffle coupé.
- Passer de nonne à jeune mariée, une épopée avait-il dit à son père.
Son père avait conclu en disant.
- L’amour a ses raisons que la raison ne connait pas. En tout cas, il a fini par détester l’église et les curés, ta grand-mère aussi, moi aussi et ta sœur aussi d’ailleurs.
Soudain, lui revint à l’esprit cette phrase que sa grand-mère répétait souvent : « l’esprit est ardent mais la chair est faible ». Il la nota sur une feuille, la mit près de sa caisse à la boucherie, et sourit en pensant à cette grand-mère qui avait si mal commencé sa vie, dans un couvent, mais l’avait si bien terminée dans les bras de son grand-père aimant.
PS : prochain texte, vendredi.