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Presquevoix...
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5 mai 2013

L'urne

Dans l’urne, il y avait les cendres de son père. L’incinération – qui avait eu lieu deux jours plus tôt -  l’avait fortement éprouvé : c’était sa première crémation. Il n’avait jamais été proche de son père, il passait d’ailleurs le plus clair de son temps à l’éviter. Ce n’était pas  par hasard qu’il avait choisi d’habiter  Nice alors que son père habitait  Lille. Quarante années d’exaspération silencieuse, de non-dits, quarante années de faux-semblants… et cette punition supplémentaire que son père lui infligeait : l’incinération. Sans parler de ce petit récipient qu’il avait eu la faiblesse -  la lâcheté ? - d’accepter, avec  ces cendres qui finissaient par lui donner le vertige...

C’est dans le taxi qui l’avait amené à l’aéroport de Roissy, que lui était venue l’idée d’abandonner son père. Pourquoi pas  les toilettes de l’aéroport ?  C’était le lieu le moins surveillé pour déposer un petit colis en ces temps de névrose sécuritaire. Ni vu, ni connu ! Il lui suffisait de laisser le récipient derrière les WC et de s’éclipser, personne ne se souviendrait de l’homme au complet noir. C’est donc ce qu’il fit une heure avant d’embarquer, l’esprit presque tranquille.

10 avril 2013

La gargouille

Marie avait crié " Tu as vu ? ", en pointant son doigt vers la voûte. Il avait suivi l’ongle rouge de son index et avait découvert l’inquiétante gargouille. Quand Marie avait ajouté qu'elle lui ressemblait, il n’avait pu s’empêcher de pâlir.
En rentrant chez lui, il s'était posté devant la glace et avait fait la même grimace que la gargouille. Il avait dû se rendre à l'évidence : Marie avait raison !
Aussitôt, il tomba à genoux en sanglotant : A quoi ça sert  de vivre quand on ressemble à ça ?

PS : texte écrit dans le cadre des " impromptus littéraires ".

27 avril 2012

Service à domicile

Licenciée par son patron, elle avait décidé de créer un service à domicile encore inconnu en France, mais très en vogue au Texas : le ménage érotique. Pour l’instant la promotion de sa petite entreprise se faisait de bouche à oreille. Elle avait quatre femmes de chambres – toutes d’anciennes collègues de travail -  et ses clients, souvent célibataires,  faisaient régulièrement appel à ses services une fois par semaine.

Elle essayait de  fidéliser sa clientèle avec la carte 30 heures qui permettait d’avoir une réduction de 10 % sur l’heure de ménage. Quand un futur client l’appelait au téléphone, elle était très claire : il s’agissait  de ménage et rien d’autre, aucun geste déplacé et aucune grossièreté ne pouvaient être tolérés pendant les heures de ménages sous peine de poursuites et de radiation définitive du fichier.

Jusqu'à présent, elle n'avait eu qu'une seule plainte, de la part de Cindy : un client lui avait glissé, en s'approchant un peu trop près d'elle,  qu'avec un châssis comme le sien, elle méritait bien mieux que  de se servir d'un  plumeau !


PS : texte écrit à partir de cette vidéo

28 février 2012

Le Strangers’ Bar

Arrivée depuis peu dans ce pays, elle essayait les bars, comme d’autres essaient les chaussures. Quand elle a poussé la porte du Strangers’ bar*, elle a remarqué, surprise, qu’il n’y avait aucun étranger. Elle s’en est étonnée auprès du garçon,  planté derrière le bar. Il lui a répondu, morose.
-  Vous êtes la première étrangère que je vois depuis longtemps. On les a tous renvoyés chez eux, pas de travail pour eux ici. Je dis pas ça pour vous, hein, mais bon, c’est comme ça !
-  Pourquoi vous changez pas le nom du bar, alors ? Au moins ça serait clair.
-  Oh, les noms… a-t-il fait d’un air désabusé.
Puis il a ajouté, en la regardant bizarrement.
-  Vous savez, les politiques ça va ça vient. En tout cas, maintenant, les étrangers ont pas la cote ici…
Elle a bu son jus d’orange d’un trait, puis elle est partie au plus vite…

*le bar des étrangers

27 janvier 2012

Le boot camp commando

Son nouveau petit copain  lui avait dit le plus grand bien du boot camp commando du club Med, et elle l’avait suivi les yeux fermés, il était tellement beau. Sans doute n’aurait-elle pas dû lui faire confiance. Un ancien parachutiste, nostalgique de la grande fraternité de l’armée et des chambrées à 10, ne pouvait pas être de bon conseil.
Quand elle est arrivée  à Pompadour, elle a été surprise de l’accueil du « sergent-chef ». Le type avait le crâne rasé, un treillis vert, un béret et des lunettes de soleil vissées sur les yeux. Il  leur  a indiqué leur « campement » respectif et leur a  dit, avec un rictus qui se voulait un sourire, que le lever serait à 5 h. Pour ajouter aussitôt, en détaillant sa jupe étroite et ses mocassins.
-    Et demain, tenue sportive, hein ? On commence par de les sauts d’obstacles et les pompes !
Son petit ami est parti guilleret vers la tente des garçons ; quant à elle, elle s’est résignée à aller vers la sienne, le regard morne. Elle appréhendait le lever à 5 heures, mais ce qu’elle craignait le plus, c’était le reste : il y avait 3 ans qu’elle ne faisait plus de sport.


PS : texte écrit à partir de ce petit article du Figaro.

23 janvier 2012

Le tatouage

Elle s’était fait tatouer le prénom  de son copain sur son épaule droite. Seulement, il y a deux jours, elle avait reçu un SMS qui disait : « C fini avec toa Kevin »
Depuis, elle n’arrivait plus à dormir. Qu’allait-elle faire pour masquer son putain de prénom sur son épaule ? Allait-elle devoir en trouver un qui ait le même prénom que lui ?

20 janvier 2012

La « tristitude », c’est quoi ?

Elle se sentait accablée en permanence, sans raison aucune, avec cette envie de pleurer à chaque fois qu’une personne croisait sa route. Quelle imbécile elle faisait !  Etait-ce un virus qu’on lui avait inoculé ? Etait-ce la crise ? Etaient-ce ses séances chez le psy qui la perturbaient au point qu’elle se sentait  obligée de se remettre en question dès qu’elle demandait deux saucisses de Francfort chez le boucher ? Qu’avait-elle fait, au juste, pour en arriver là ?
Etait-ce ça,  la tristitude ?


19 janvier 2012

Les idées

Quand elle avait essayé de discuter avec son amie des problèmes qui se posaient actuellement dans l’éducation nationale, celle-ci lui avait répondu.
-    Ecoute, j’ai mes idées depuis longtemps et ne pense pas que tu vas me convaincre avec tes arguments !
Elle s’était tue, accablée, et n’avait pas osé lui demander si elle avait acquis son stock d’idées dès la naissance.

14 décembre 2011

Le monument aux morts

Tous les jours, en nocturne, et ce depuis trois mois, il urinait sur le monument aux morts. Quand les gendarmes l’arrêtèrent le mardi 12 décembre et lui en demandèrent la raison, il se justifia en disant que son grand-père était mort pour la France.

- Et alors ? répondit l’un des gendarmes.
- Alors rien ; certains mettent des fleurs, moi je pisse. Pourquoi on ferait tous la même chose ?

Le temps que le gendarme trouve une réplique, il était déjà parti…

22 novembre 2011

La crise

Depuis que, trois semaines plus tôt, il  était devenu ministre de l'économie de ce petit pays membre des PIGS,  les voisins le battaient froid.

Dimanche dernier, après la messe,  une mini-manifestation avait été improvisée sous ses fenêtres. Il avait clairement vu et entendu une trentaine d’hommes et de femmes, brandissant le poing et scandant des slogans hostiles : « Ce n’est pas une crise, c’est une escroquerie ! Dehors, dehors, les ministres et les banquiers ! ». Quelqu'un avait même cogné à sa porte d'un geste rageur et il s'était terré sous le lit en attendant que le calme revienne.

Il fallait absolument  qu’il déménage ou on lui ferait la peau…

27 novembre 2010

La mamie

Elle avait changé juste après son anniversaire - elle venait de fêter ses 70 ans -  et sa première remarque déplacée avait été pour son fils et  sa belle-fille :
- Avec un bide comme le tien Mathieu, moi, je ferai un régime ; quant à toi Marie, tu as un cul du bordel de Dieu !
Ils n’avaient rien dit mais n’en avaient pas moins pensé qu’elle perdait la tête. Leurs regards perplexes l’avaient fait pouffer de rire et depuis, elle n’arrêtait pas… Ce qu’elle préférait, en semaine, c’était faire la sortie des lycées. Juste avant midi, ou à 16 heures, elle se postait non loin de l’entrée d’un lycée parisien – jamais le même -  et multipliait les propos indécents qu’elle savourait avec bonheur sous le regard ahuri des adolescents en fleur…

19 novembre 2011

L’accident

Il avait survécu à un grave accident de la route et s’était promis de faire un pèlerinage à Lourdes. Cette petite médaille de la Vierge qu’il gardait autour de son cou depuis l’âge de 10 ans n’était certainement pas étrangère à ce miracle.

Lourdes l’enchanta et la visite du sanctuaire le combla. Cependant, le dernier jour, en sortant de son hôtel, il fut fauché par un car de pèlerins. L’histoire ne dit pas quelle explication Dieu lui  donna…

4 février 2025

Le stage bien être

 

Hélène avait vu l’annonce suivante dans sa revue « médiation et bien être » et, immédiatement, elle s’était inscrite.

 

« Participez à notre stage bien-être en utilisant des méthodes encore ignorées de tous, mais qui feront de vous des précurseurs du voyage vers l’unité intérieure. Herbert Dumontier, coach en bien être, vous accompagnera durant ce stage exceptionnel de trois jours. Vous y découvrirez les outils indispensables afin de monter les marches qu’ils vous manquent dans votre acquisition des atouts du développement personnel. Vous pourrez – et nous vous y encourageons -  accéder ensuite à un stage supplémentaire d’une journée qui vous fera connaître la pierre aux liens qui libèrent.

N'hésitez pas à nous contacter au numéro suivant : 01 48 10 54 68 »

 

Le stage de trois jours et celui d’une journée lui avaient couté 4000 euros. Résultat : un mois après son retour de stage, elle n’avait constaté aucune amélioration. Pire, elle doutait encore plus d’elle-même et sa collègue de travail lui avait même dit : « Tu es sacrément morose en ce moment, Hélène. ». Sans parler de son mari qui lui avait demandé si elle ne couvait pas un « burn out ». Chose à laquelle, elle avait répondu par une crise de larmes, ce qui l’avait conduit à la prendre dans ses bras.

 

  • Je crois que je ne suis pas faite pour la vie, c’est tout.

 

Son mari qui ne manquait pas d’humour et d’une certaine sagesse lui avait répondu.

 

  • Ma chérie, à l’âge qui est le tien, tu devrais savoir que  vivre c’est être embarquée sur un long voilier qui traverse parfois des tempêtes houleuses mais, ensuite, des cieux plus affables reviennent. Je te conseille de t’accrocher à la barre de ce voilier de la vie et de fixer le cap qui est le tien. Et si cap; tu ne le trouves plus, demande-moi la boussole, et j’irai te la chercher.

 

Il lui a ensuite montré un CD qu’il a mis sur leur chaîne : « le Sabbatt Mater » de Pergolèse

 

Elle l’a regardé en souriant. Comment faisait-il pour trouver toujours les mots justes ? Était-ce son amour de la musique qui lui permettait de ne jamais sortir de la partition de la vie ?

 

PS : prochain texte, vendredi.

19 octobre 2011

Le Haka du cours de français

Jugeant que la disposition au travail de ses élèves de première était insuffisante, Madame Déliran imagina qu’un  Haka avant chaque cours de français pourrait peut-être changer la donne. Dès que les élèves arrivaient, ils posaient leurs affaires sur les tables, enlevaient leurs manteaux, se mettaient en lignes, jambes écartées, dans la même position que les joueurs de l’équipe des All blacks, et l’exercice commençait. Après quelques réticences, ils s’étaient tous pris au jeu et maintenant, ils hurlaient à pleins poumons. Les  paroles - qui faisaient vibrer la salle de classe pendant 1 minute – avaient été trouvées par un groupe de trois élèves volontaires :

J’aime le français, j’aime la prose, j’aime les poèmes (ouhouhouh) rentrez dans le texte, que votre cœur vibre, que le cerveau percute, ouvrez votre cœur aux mots. Ecoutez-les résonner ! C’est le texte, c’est le texte, c’est la vie, c’est la vie ! Partez chercher la clef du texte ( ouhouh). C’est une rencontre ! Faites face ! Ne baissez pas les bras ; Soyez vifs, perspicaces, faites danser  le texte !

Depuis un mois que la méthode avait démarré, elle avait pu observer des changements notables ; c’est ce qu’elle avait expliqué aux collègues qui s’étaient plaints, auprès du proviseur, de  cris qu’ils jugeaient déplacés…

30 octobre 2011

Le droit au bonheur

Tous les soirs c’était la même « farce », il lui déchirait les tympans avec ses solos de guitare électrique. Qu’il se prenne pour Jimmy Page, soit, mais pas à 20 heures, quand il rentrait du travail harassé ! Il lui avait dit de baisser sa sono sur tous les tons, mais rien à faire. S’il avait parlé à un chimpanzé, les résultats se seraient certainement moins fait attendre.

Quand il frappait à la porte de la chambre, un grognement lui répondait, et quand il entrait, il voyait  la longue tignasse de son fils, agitée de spasmes, qui balayait le manche de sa guitare. Des cahiers, des partitions, des feuilles et des chaussettes sales jonchaient le sol, des chemises étaient jetées en boule dans un coin de la pièce et l’encens masquait difficilement une odeur de fauve. Il ne pouvait plus le supporter. Trop dur. Il était à bout. Et s’il le renvoyait  chez sa mère ? Bon débarras après tout. Il pourrait enfin faire l’amour avec Marielle dans la salle à manger qui lui servait de chambre sans se sentir coupable et sans avoir à réprimer ses cris de jouissance. Sa mère comprendrait enfin ce que c’est que d’élever un Néandertalien de 1 mètre 80, adepte de la monosyllabe, dont les yeux ne s’éclairent que pour vous laisser entendre que vous n’êtes qu’un « vieux con » !

C’était décidé, dès ce soir il lui enverrait un mail pour lui demander de le prendre chez elle, elle avait déjà eu deux ans de tranquillité, elle ! Et tant pis pour l’année scolaire qui venait de débuter ; après tout, il avait bien droit au bonheur lui aussi !

2 janvier 2012

Les mots

Les mots ampoulés lui tenaient lieu de pensée. Il les prononçait en gardant chaque syllabe longuement en bouche. Le dernier mot dont il se gargarisait était "amphigourique",  l'avant-dernier anosognosie.  

PS ( à ne pas mettre entre toutes les mains ) : à propos d'amhigourique, un article de Libé qui peut vous intéresser : "Sarkozy ne parle pas mal, il refuse le style amphigourique".

22 décembre 2009

Les enfants (gballand)

Quand son fils rentra avec trois heures de retard, il ne lui dit rien mais il éructa à l’adresse de sa femme :

- Les enfants ? Qu’est-ce que ça t’apporte les enfants, hein ? Que des emmerdes, c’est simple ! Je te le dis, moi, vaut mieux élever des chiens, ils connaissent pas leur bonheur ceux qui ont des chiens !

26 octobre 2009

La visite du Président (gballand)

Le Président de la République arrivait dans deux jours et le Directeur avait réuni le personnel afin d’expliquer les enjeux de cette visite pour l’usine. 
Lors du casting, le Directeur avait choisi Marion Durand pour  tenir le rôle de la jeune ouvrière en blouse bleue près du président. Elle obéissait aux deux critères choisis par le président : ne pas dépasser 1 m 60  et des cheveux blonds. Le Président n'aimait pas les brunes. Marion avait accepté. Pour ce premier rôle, on lui avait alloué une somme de 200 euros. La veille de l’arrivée du Président, afin d’éviter des problèmes de retard dus aux mesures de sécurité, le personnel avait  dormi à l’usine et un repas froid avait été offert par le Directeur.
Le jour J, le secteur de l’usine était noir de CRS en tenue anti-guérilla. A 10 h 45,  le Président sortit de sa voiture survolté – il ne pouvait supporter de rester en position assise plus de 30 minutes -  suivi d’une cour servile. Il serra des mains, dont celle de Marion, distribua son sourire crispé aux ouvriers fatigués, puis son discours commença, haché et abyssal, comme à l’accoutumée. Trois minutes après le début de la harangue Marion, qui se trouvait à moins d’un mètre du Président, mit son masque « Casse toi pov’microbe » sur la bouche et fit  signe à la forêt de caméras.
Elle fut aussitôt enlevée par un garde du corps qui l’assomma d’un coup sur la tête.
Après trois heures de garde à vue, le nez gonflé, la tête douloureuse et un fichage génétique en prime, elle rentra chez elle. Au journal de 20 heures, elle remarqua que la  scène de l’enlèvement avait été coupée au montage.

La France prenait un virage dangereux…

28 septembre 2009

Le malheur des uns… (gballand)

Sur le blog je-double , un texte de G. Balland – «  Le malheur des uns… » -  illustré par un photomontage de Patrick Cassagnes.

Faites vous-même votre malheur, téléphonez au 02 75 25 88 34  »

Il avait lu cette annonce dans Libération et il avait téléphoné immédiatement. Sans doute fallait-il être un peu fou pour téléphoner..." (la suite)

11 septembre 2010

L’oral du baccalauréat peut-il déraper ?

Excellent, ce sketch de Dupontel, quel fou rire !

L’oral du baccalauréat réserve toujours bien des surprises aux examinateurs. J’ai une collègue qui s’est entendue chanter le fado " Barco Negro " par un candidat incapable d' expliquer cette chanson qui pourtant était sur sa liste de textes. Je crois même me souvenir que ma collègue a été sensible aux accents dramatiques de sa voix chevrotante… Un conseil : candidats de toutes les acadmies, si vous ne savez pas expliquer votre texte, chantez-le, ça peut rapporter gros !

25 mai 2009

Le kayak (gballand)

- Je me demande comment on peut avoir envie de faire du kayak ! a constaté mon mari en regardant par la fenêtre le voisin qui fixait son kayak sur le toit de sa voiture. Moi, ça me ferait bien chier !
Je ne lui ai rien dit, jusqu’à ce qu’il me pose la question suivante.
- T’aurais envie de faire du kayak, toi ?
- Oui, mais pas avec toi !
- Ah bon, pourquoi ?
Je n’ai pas jugé utile de lui répondre. Je préfère le laisser mariner. Ça lui fait du bien.

15 mai 2009

C’est « chiant » ! (gballand)

Hier, révolution en classe de terminale. Une élève se plaint du travail « chiant » que j’ai donné, suivie par deux autres qui n’ont qu’une envie, ne rien faire. Je m’échauffe avant d’ entrer en scène. Une autre bougonne parce qu’elle doit corriger son bac blanc, c’est aussi très « chiant » et « à quoi ça sert ? ». J’avance un argument, mais je m’aperçois bien vite que de 16 h à 17 h, en fin d’année scolaire ( en terminale, dès la fin du mois d’avril, les élèves se considèrent déjà « en fin d’année scolaire » ) ce type d’argument ne sert à rien. Je leur dis juste, un peu énervée, que l’école a dû être créée pour être « chiante », exprès, et que maintenant il n’y a rien d’autre à faire sinon travailler ! Une élève se met la tête dans les bras – un message du genre « et surtout qu’on ne me dérange plus ! » – et les autres se remettent peu à peu, avec une mauvaise volonté évidente, à leurs tâches diverses.
Je dois dire que parfois, j’aurais très envie de me mettre debout sur le bureau –  je bénéficierais peut-être ainsi d’un séjour en hôpital psychiatrique, celui du Rouvray a un parc magnifique, et le mois de mai n’est-il pas le meilleur mois pour admirer la nature ?  - et de leur « gueuler » combien je les trouve « chiants », eux, tout particulièrement, combien ils « m’emmerdent » avec leur poil dans la main et leur mauvaise foi évidente qui ébranlerait la plus sainte d’entre toutes les saintes. Je ne leur ai encore rien dit, sans doute par  courtoisie. S’ils me lisent un jour – c’est assez peu probable -  ils connaîtront le fond de ma pensée.

2 juillet 2022

Rire

Quand je serai à la retraite et que mes journées ressembleront à de vastes prés dépeuplés, j’essaierai de me faire rire au moins une fois par jour ou plus, si affinités avec moi-même. Chacun sait qu’il est plus simple, et beaucoup plus harmonieux, de se faire rire que de faire rire les autres. Ce sera donc, au départ, mon seul et unique programme. Le Père éternel n’existant pas dans le monde qui est le mien, ni la jouissance éternelle, il me faudra donc un rire éternel que je nourrirai moi-même jour après jour…

PS : prochain texte, mercredi.

11 janvier 2023

Vieillir

A chaque fois qu’elle allait voir sa mère à l’EHPAD, elle regrettait qu’elle n’ait pas la maladie d’Alzheimer. Au moins, elle glisserait sur la pente de la mémoire jusqu’à ne plus se souvenir de rien. La paix, donc. Que la paix soit avec vous - disait le curé les rares fois où elle était allée à l’église dans son enfance – et avec votre esprit, ajoutait-il. Oui, son esprit avait besoin de paix plutôt que d’entendre la même boucle sonore qui émanait de l’esprit noir de sa mère.

PS : prochain texte, samedi

23 août 2022

L’avis de…

Il avait fait passer l'avis de décès de sa mère dans le journal, mais elle n’était toujours pas morte. Comment allait-il expliquer ça ?

Pourtant l’incendie avait eu lieu, les pins avaient brulé, le jardin avait perdu arbustes, fleurs et fruits,  la maison  avait brûlé aux trois quart, la femme de ménage aussi avait brûlé… mais sa mère, non. Une intervention divine ?  Pourtant elle disait pis que pendre de Dieu, comme de son mari - mort il y a 2 ans - comme de lui, son fils, toujours vivant à cinquante ans. Mais jusqu’à quand ? Il lui semblait que sa respiration s’amenuisait et il était à bout de souffle quand il montait les marches qui le menaient au clocher de l'église d'Etrangeville.

Il devait passer à la dernière phase pour la faire disparaître, mais celle-ci exigeait concentration, courage, actes de contrition, prières et, surtout, la grâce de Dieu. Mais l'aurait-il, lui, cette grâce ? Pourtant, il était prêtre...

 

PS : prochain texte, lundi prochain.

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