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11 avril 2024

La peur

« Demain à 11 heures, grand ramassage des peurs ». Le haut-parleur diffusa le message sur la place de la mairie. Le lendemain, à l’heure dite, le camion était là mais personne ne vint. Il faut dire que dans cette petite ville de la banlieue parisienne où chacun s’enfermait à double tour, nul ne souhaitait que son voisin sache qu’il avait peur. On préférait vivre avec ses peurs, sourire en sortant de chez soi, sourire dans les rues, et sourire en rentrant chez soi. Ici, les conversations quotidiennes se limitaient au stricte nécessaire : le temps, les courses et plus si affinités, ce qui était très rare. Même le curé avait peur des paroissiens. Il s’étonnait de voir si peu de fidèles dans son église et se demandait si c’était la couleur de sa peau – noire – ou son accent qui éloignaient les fidèles ? Un jour, il osa tout de même poser la question au sacristain, un homme qui habitait cette ville depuis 20 ans. Celui-ci lui répondit.

  • Non, de toute façon, le noir n’est pas une couleur, monsieur le curé, vous le savez bien.
  • Alors, pourquoi ce silence et cette église que les paroissiens désertent ?
  • Pour la simple raison qu’ici, on se méfie. Ça a commencé avec le premier enlèvement il y a quinze ans, le deuxième, il y a dix ans, le troisième il y a cinq ans et maintenant on attend le quatrième. Je précise que les neuf disparues venaient d’assister à la messe et n’ont jamais réapparu. Maintenant vous comprenez pourquoi.

Le curé réfléchit un instant puis ajouta.

  • Et pourquoi ce « grand ramassage des peurs », si tout un chacun sait que personne ne va rien y déposer ?
  • Je me demande si ce n’est pas une idée de Dieu ?

Le curé sourit et répondit.

  • Il est vrai que Dieu a parfois de l’humour.

Le sacristain devint subitement sérieux et répliqua que bien sûr, Dieu n’y était pour rien, et que c’était le nouveau maire qui pensait que ce camion était une façon de dire aux citoyens qu’ils devaient ouvrir l’œil, et sans peur aucune.

  • Qui étaient les disparus, demanda le curé ?
  • Des femmes. Certains ont évoqué une secte, d’autres un réseau de prostitution, d’autres encore des querelles de couples. Quant à la police, ses enquêtes n’ont abouti à rien.

Et le sacristain, avant de quitter le curé lui dit qu’il espérait que le prochain ne serait pas un homme, lui par exemple ? Avec les fous, on ne sait jamais, conclut-il d’une voix de baryton tout en fixant le curé de ses yeux noirs.

 

PS : prochain texte, dimanche.

7 janvier 2026

Vous avez dit humour ?

 

Vu le chemin vers lequel notre société avance, j’ai l’étrange impression que bientôt l’humour sera « inapproprié » ou plutôt, nous serons autorisés à utiliser l’humour en respectant un certain nombre de conditions préalables -  ou  règles strictes.

Par exemple : les catholiques pourront faire de l’humour sur les catholiques, les musulmans sur les musulmans, les juifs sur les juifs, les athées sur les athées, les blancs sur les blancs, les noirs sur les noirs, les métisses sur les métisses, les hétéros sur les hétéros, les homos sur les homos,  les trans sur les trans, les femmes sur les femmes, les hommes sur les hommes, les riches sur les riches, les pauvres sur les pauvres, les politiques sur les politiques, les boulangers sur les boulangers, les profs sur les profs, et ainsi de suite jusqu’à l’infini…

Merveilleuse société que celle-ci où nous vivrons parqués – nous le sommes déjà en partie, il est vrai – dans des réserves indépendantes – d’où nous ne sortirons peut-être plus, ou si peu !

Oui, un autre monde est possible… avant la fin de celui-ci que Monsieur Trump nous annonce. Quel beau cadeau de nouvelle année que le sien, le kidnapping du président Vénézuélien afin que les Vénézuéliens puissent mieux vivre !  Ce bouffon pathologique notoire s’importe peu de piétiner les règles du droit international et l’ONU se contente d’être « alarmée » par la situation. L’ONU serait-elle devenue l’Organisation du Néant Unifié.

J’ai honte de ma nationalité française après avoir entendu le premier discours de notre président, ce lâche vassal des États Unis, suite à l’enlèvement de Monsieur Maduro. Ah, on se prend à regretter Monsieur de Villepin. M. Macron est certes revenu sur ses pas le 5 janvier, mais ce qui a été dit ne sera jamais oublié.  Pauvre fantoche que celui-ci !

Il me semble que maintenant, en France, tout le monde devra se mettre à l’anglais et un anglais intensif, car bientôt, ce n’est pas Poutine qui va nous envahir, mais ce sont les États Unis 😉 !

 

PS : prochain texte, samedi.

5 janvier 2026

La Famille est un plat qui se mange froid ( deuxième et dernière partie)

 

Il est 17 heures. Finalement l’horloge a tourné assez vite. Je n’ai même pas encore aperçu mon mari, l’as des ronds de jambe en famille. Mais où est-il ? Ah, il parle à l’un des frères de mon père, le roi des jeux de mots, s’il est en forme, et là, il semble l’être car mon mari sourit. Derrière, je vois sa femme qui a l’air de s’ennuyer. Tiens, je vais lui dire deux mots avant de partir afin de savoir comment vont ses enfants. Mon père, lui, est assis près du buffet, son mal de dos l’oblige à s’éloigner un instant des conversations ambiantes en s’asseyant.  Son visage semble apaisé, il faut dire qu’il est dans sa propre famille et qu’il l’apprécie, de façon générale.

Je vois qu’il est 19 heures, le moment est venu du dernier tour de piste.  J’embrasse, je promets que je téléphonerai, je souris, je lance une plaisanterie, je plaque une bise sur deux joues plus très fraîches, je souris, je certifie que nous nous reverrons bientôt, je serre la main – tiens, c’était qui au fait ? je ne me suis même pas posée la question – je souris, j’assure avoir été heureuse de le rencontrer – je lui ai à peine parlé – comment je peux être aussi hypocrite moi-même ? Une seule explication : l’éducation. Une dernière bise, une dernière parole d’adieu, un dernier regard souriant, une dernière phrase stéréotypée et voilà, c’est fini, je peux partir l’esprit en paix. 2025 m’ouvre le chemin de 2026 avec ses plaines, ses vallées, ses bosses, ses ornières, adieu paillettes, sourires et champagne, à l’année prochaine. La bise à tout le monde. Et ne m’oubliez pas pendant toute l’année que vous passerez à ne pas me voir !

 

         Chacun recherche sa chacune. La salle résonne du brouhaha des dernières messes basses. On devait maintenant penser à conclure et tout le monde sait que la conclusion est un exercice périlleux. La porte va se refermer sur les hôtes fatigués qui ne manqueront pas de commenter, j’imagine, dans toute la légèreté de leur dialogue, cette clôture de l’année 2025.

 

En voici un exemple possible :

 

- Alors ?

- Alors quoi ? J’en peux plus, je suis vannée, épuisée, lessivée, à tordre. Putain mais quelle idée ce repas, quelle idée !

- C’est la tienne !

- Hein ? La mienne ?

- Eh oui ma cocotte, la tienne !

- Ouais… peut-être, mais je n’aurais pas dû !

- Tu as remarqué quelque chose ?

- J’étais toujours à la cuisine, alors pour remarquer quelque chose, il aurait fallu que j’ai un don de double vue ! D’ailleurs, entre parenthèses, tu aurais pu me donner un coup de main, c’est quand même ta famille !

- Ouais, mais c’est toi qui as voulu les inviter ! Alors, tu as remarqué quelque chose ?

- Ben non, quoi ?

- Cette année, personne ne s’est engueulé !

- C’est vrai, tu as raison. Et ça tient à quoi ? C’est un miracle ?

- Non, pas de miracle ! Ils se sont tous cassé du sucre les uns sur le dos des autres, mais discrètement.

- Ben tu vois, je n’avais rien remarqué. Il faut dire que j’étais toujours à la cuisine. Tu aurais quand même pu m’aider un peu, c’est ta famille non ?

- Ouais, mais c’est toi qui as voulu les inviter !

- Tu as toujours le don pour détourner la conversation.

- Ce n’est quand même pas moi qui t’ai dit de les inviter ? Allez, bonne année 2026 ma chérie !

 

PS :  prochain texte, mercredi.

2 janvier 2026

La Famille est un plat qui se mange froid (première partie)

        La salle accueille trente personnes alors que sa capacité réelle n’aurait  pas dû dépasser vingt personnes, malgré le canapé et la table qui avaient été reléguées dans la cour intérieure encombrée d’objets aussi variés que bizarres. Après les embrassades et les accolades annuelles qui mouillent les joues et ramollissent les sourires sur les lèvres, après les préliminaires verbeux, après les cadeaux échangés et les manteaux déposés, tout le monde s’éparpille dans la salle nue à la recherche du moins mauvais partenaire. On se connait tous - famille oblige - mais tout le monde ne se fréquente pas. Certains se voient en dehors des dates de La Fête, d’autres non. Certains aiment à être réunis, d’autre non. Certains se vouent une « neutralité malveillante » et d’autres s’apprécient.

 

         Il est midi et l’après-midi promet d’être longue pour ceux qui, depuis longtemps, ont perdu la fibre familiale ou, sans y prendre garde, l’ont laissée mourir à petit feu au gré de leurs heureuses ou fastidieuses années de mariage ou de concubinage. A ceux-la, une seule solution leur aurait permis un après–midi paisible, la méthode du pharmacien Coué à laquelle ils se sont peut-être d’ailleurs préparés dans le silence de leur salle de bain le matin même : “La journée sera merveilleuse, la journée sera merveilleuse, la journée sera merveilleuse, la journée sera merveilleuse…”.

 

         Pour ma part, je suis arrivée ici de bonne humeur. Pour l’instant, il ne s’est encore rien passé mais je sens que cela ne saurait tarder, ne serait-ce qu’en regardant le visage de ma marraine. Bien sûr elle croule sous les problèmes médicaux, bien sûr ça fait une heure que nous sommes debout et ça ne l’arrange pas vu son état, bien sûr nous n’avons encore rien mangé de consistant, mais quand même, sa tête annonce une bourrasque familiale force 7.

 

         Je pourrais associer chaque réunion de nouvelle année à l’image de l’une de ces grandes lessiveuses qui trônaient dans les cours intérieures de nos grands-mères : le linge familiale va bouillir quatre heures durant, ou plus, soumis à des tensions de 60 degrés ou plus.

 

Je n’avais pas remarqué que ma mère me regardait d’une drôle de manière. Il faut dire qu’elle n’est pas loin d’Yvonne, la sœur aînée de mon père. Cinquante années n’ont pas suffi à créer le climat nécessaire à une communication raisonnable ! Dernièrement, on m’a dit qu’Yvonne avait traité ma mère de “Garce”, j’ai été un peu surprise de la vivacité de son propos mais au fond, ça ne m’étonne pas car ma mère est aussi sur le chemin de l’excès.

 

         Tout est un peu terne jusqu’à présent. Si au moins on disait quelque chose de drôle, mais non. Allez, on va boire un peu pour se dérider et on espère que l’alcool va ouvrir les cœurs. Allez, on tient le bon bout, un premier verre, un deuxième, un troisième et on va définitivement arrêter de s’ennuyer ensemble, peut-être même qu’on va trouver du plaisir. Parfois on a juste besoin d’un coup de pouce pour se mettre en selle. Allez, voilà, c’est fait.

 

          J’arrive près de ma mère et immanquablement la conversation démarre autour des ratages de ce jour de l’an : « Ils n’ont quand même pas fait que ça comme buffet, c’est tout de même un peu juste. Ils n’ont même pas jugé utile de nous donner des assiettes normales, non, des assiettes en papier, c’est d’un pratique pour couper la viande ! Et ils nous ont mis un vin…de la piquette, un vin âpre, certainement acheté en gros à intermarché ou à carrefour, puisqu’ils ne jurent que par carrefour. Ils ont sûrement eu le foie gras bon marché, Ils auraient au moins pu faire quelque chose de chaud ! Ça jette un froid ces tranchouilles de porc qui viennent direct de chez le charcutier, ils n’ont même pas fait cuire la viande eux même… Et les gâteaux ont l’air pitoyable, c’est quand même une conclusion le dessert, c’est là-dessus que l’on reste pour se faire une opinion. C’est le bouquet final, la gerbe de compliments ou la gifle de critiques. Et bien, rien de chez le boulanger, tout de chez Picard ».

 

Je m’éloigne d’elle afin de me délivrer des médisances et je parle aux uns et aux autres.

 

Quinze heures, je regarde autour de moi, tout ne se passe pas si mal. J’ai tout de même réussi à parler – entre quelques passages au buffet -  à Martin qui m’a fait des confidences sur ses relations avec Jean, puis à Marion qui m’a parlé de Jeanne qui elle, m’a parlé de Lionel, qui lui m’a parlé de Martin. Étonnant, et drôle parfois, mais cette écoute m’a un peu fatiguée. Je remarque que personne ne m’a posé de questions. (…)

 

PS : deuxième et dernière partie, lundi.

29 décembre 2025

Les huitres

Chez le poissonnier, la cliente – une dame d’une cinquantaine d’années grande et d’allure sportive - demande au vendeur.

  • Mon mari voudrait des huitres bonnet C
  • Bonnet C ?
  • Oui, c’est ce qu’il m’a dit, mais il s'est peut-être trompé.
  • Sans doute. Enfin il a peut-être voulu comparer les huitres à des soutien-gorge ?
  • Oui, c’est ça. Mon mari a de l’humour, parfois.
  • Si vous le dites, répond le poissonnier, l’air étonné.
  • Alors, pour les soutien-gorge ça va de A à E. Et pour les huitres ?
  • La catégorie du milieu c’est 3 pour les huitres.
  • Alors 32 huîtres bonnet 3.
  • Parfait, je vous fais ça. Et dites à votre mari qu’il a de la chance que je connaisse le bonnet C.
  • Si je peux me permettre, comment le connaissez-vous ?
  • Ma femme met des bonnets C et c’est moi qui lui achète ses soutien-gorge.

La cliente regarde le poissonnier, surprise, et finit par dire.

  • C’est rare qu’un homme achète les soutien-gorge de son épouse ?
  • Oui, mais moi, je préfère que ça ne déborde pas, elle aussi d’ailleurs, alors c’est moi qui me mets les mains à la tâche, si je puis dire.

La cliente sourit et ajoute.

  • J’en parlerai à mon mari. Peut-être viendra-t-il vous voir car il y a bien longtemps qu’il ne met pas les mains à la tâche, lui. Je plaisante, bien sûr.
  • Bien sûr, bien sûr. Votre mari est peut-être de ces hommes qui ne peuvent pas faire plusieurs tâches à la fois.
  • C’est exactement ça. Comment avez-vous deviné ?
  • L’habitude madame, l’habitude.

La conversation s’arrête là car un nouveau client arrive, la dame sourit au poissonnier et conclut.

  • Mon mari mesure 1 mètre 95 pour 95 kilos, vous le reconnaîtrez sûrement s’il passe dans votre poissonnerie pour acheter des huitres. N’oubliez pas alors de lui parler du bonnet C ! Au revoir monsieur.

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

 

 

24 décembre 2025

Le réveillon du 24 décembre

 

On était le 23 décembre. Elle venait de se faire quitter trois semaines plus tôt par son petit ami. L’appartement avait été décoré malgré le drame - elle tenait aux traditions – et boules, guirlandes argentées, fils dorés aux ampoules clignotantes projetaient leurs lumières sur la pièce désertée par les objets de l’homme aimé. Il ne restait de lui qu’un vieux fauteuil à bascule où elle était en train d’énumérer les différents scénarios que Noël lui réserverait. A vrai dire, elle n’en voyait que deux. La sonnerie du téléphone interrompit ses pensées. Elle décrocha.

 

  • Allô ?
  • Lise ? c’est moi.
  • Bonjour maman.
  • Tu vas bien ? Je téléphonais à tout hasard pour savoir si tu voulais venir demain pour le réveillon ?
  • Demain, non, je ne peux pas, j’ai rendez-vous avec le père Noël.
  • Tu te moques de moi ?
  • Mais non maman. Je te téléphonerai le 25, embrasse papa, puis elle raccrocha.

Elle n’était pas douée pour le bonheur. Depuis deux semaines elle avait une sensibilité à fleur de peau ; les allées et venues quotidiennes de son ex pour retirer de son appartement livres, disques, vêtements, meubles, sans compter les cadeaux – peu nombreux, il est vrai – qu’il lui avait offerts pendant leurs deux années de vie commune y étaient certainement pour beaucoup. Voulait-il les offrir à celle qui lui succédait ? Comment était-elle ? Elle préféra oublier l’autre femme pour repenser au coup de téléphone mystérieux, reçu la veille, et qui lui trottait encore dans la tête. l’homme avait dit.

 

  • Lise ?
  • Oui.
  • Le Père Noël.
  • Pardon ?
  • C’est le père Noël qui vous appelle.
  • C’est une blague de mauvais goût, vous mériteriez que je vous raccroche au nez.
  • Surtout ne raccrochez pas ! J’ai un cadeau pour vous. Le 24 décembre, mes rennes me déposeront devant ront chez vous à 21 heures, au 26 rue des framboisiers, premier étage gauche, pour que je puisse vous donner un cadeau que vous avez bien mérité.
  • Vous vous trouvez drôle ?
  • Alors, c’est oui ?
  • Ne vous fatiguez pas, j’ai reconnu votre voix. Vous êtes...
  • Ça m’étonnerait que vous m’ayez reconnu, on ne s’est jamais rencontré.  A demain. 

 

Elle contemplait son appartement vide et se demandait, tout en se balançant, qui s’invitait chez elle le soir de Noël. Elle pensa soudain à ses six années de laborieuses études universitaires, six années de formules alambiquées, de laboratoires anonymes, pour finir sa vie à jouer la vendeuse en enregistrant les plaintes de vieux clients anesthésiés de solitude ou de mères de famille déprimées, dans une pharmacie parisienne du 18ème arrondissement, éclairée par des néons blafards. Et c’est bien pour ça, pour oublier cette grisaille et cet ennui, que le 24 décembre elle ouvrirait sa porte au père Noël.  La vie se déciderait peut-être enfin à l’aimer. Elle pourrait peut-être s’habiller pour lui ? Mettre sa robe achetée un mois plus tôt chez Renata et qu’elle n’avait encore jamais portée ? 

      La matinée du 24 décembre fut passée à ranger l’appartement où, à vrai dire, il n’y avait plus grand chose à ranger. L’après-midi fut réservée à une déambulation dans la supérette du quartier afin de trouver les ingrédients nécessaires à la préparation de son repas en tête à tête avec le père Noël : huîtres et dindes seraient au menu, peut-être arriverait-il affamé de sa course en traîneau ? La robe fut sortie, déposée sur le lit et longuement observée. Elle était noire avec un large décolleté carré ; il lui sembla qu’elle devrait jeter un châle sur ses épaules afin que le père Noël ne pensât pas qu’elle essayait de le séduire. Le maquillage, lui, serait discret. Elle mettrait ses chaussures noires à talons plats au cas où le père Noël serait plus petit qu’elle.

      A 20 h 30, elle l’attendait assise dans son fauteuil à bascule. La dinde était au four, les huîtres ouvertes et la bûche se glaçait tranquillement au réfrigérateur. Elle alluma la radio, le vide de la pièce s’emplit et elle put s’assoupir peu à peu ; le léger porto qu’elle venait de prendre lui donnerait l’assurance dont elle avait besoin. Elle se réveilla à 20 h 57, au moment où la radio annonçait dans un spot spécial « Hier, un prisonnier s’est échappé du quartier de sécurité de la prison ... ». Mais la sonnerie de la porte d’entrée retentit.

­      -  Oui ?

  • Le Père Noël !
  • Montez, je vous attendais !

 

     Lorsqu’il sonna, le rouge lui vint aux joues. Elle colla sa pupille contre l’œilleton et vit la barbe blanche sous le bonnet rouge et blanc : c’était lui ! Elle ouvrit. Le père Noël la dévisagea l’air satisfait et la complimenta sur sa robe. Elle sentit que le père Noël n’était pas un saint ; cela se voyait dans son regard. Dans ses mains, il tenait le cadeau promis. Il ne fit aucune difficulté à rester dîner et assura même qu’il l’avait envisagé sans oser le lui demander. Lorsqu’en entrant, il entendit le flot continu d’informations déversées par la radio, il courut l’éteindre d’une façon brutale dont il s’excusa immédiatement.

  • Oublions le monde et pensons à nous, c’est Noël !

     Elle obtempéra et lui proposa de s’installer dans l’unique fauteuil de l’appartement pour prendre l’apéritif. Il s’étonna de l’absence de mobilier, mais quand elle lui en eut expliqué la raison, il eut le tact de s’excuser de sa curiosité. Elle voulut ouvrir son cadeau, il lui assura que le mieux était de respecter la tradition et d’attendre les douze coups de minuit. D’ici là, ils auraient amplement fait connaissance ; son coup d’œil bizarrement familier la mit mal à l’aise, mais elle l’oublia aussitôt et se résigna à attendre comme elle l’avait toujours fait.

 

  • Vous vous invitez souvent chez les gens ? Lui demanda-t-elle enfin pour rompre un silence gênant.
  • A vrai dire vous êtes la première. D’habitude je viens mais on ne m’attend pas !
  • Et pourquoi avoir changé vos habitudes ?
  • Parce que c’est Noël.
  • Vous êtes donc père Noël à plein temps ?
  • Oui, mais ces derniers temps je ne suis pas beaucoup sorti.
  • La préparation des cadeaux peut-être ?
  • En partie… à vrai dire j’ai été renvoyé de mes fonctions pour un temps.
  • Ah bon, pourquoi ?
  • On pensait que j’allais trop loin dans mes attributions. Désolé je ne peux pas...

 

      Il l’observa attentivement, laissant sa phrase en suspens. Elle remarqua l’étrangeté de son regard, mais comme elle pensait au champagne, aux gâteaux à apéritif et à sa dinde qui cuisait sereinement au four, elle oublia aussitôt la petite lueur mauvaise qui n’avait fait que glisser dans ses yeux et courut vers la cuisine.

     Une heure plus tard, il la trainait hors de la cuisine, sa robe noire tâchée de rouge. Le père Noël n’avait pu attendre que minuit sonne.

     Il se dit en lui-même : « Pauvre fille, ça me fait un peu de peine quand même, elle avait l’air si contente, mais bon, elle attendait trop de moi ! ». Puis il conclut : « Pour une fois, ce n’est pas moi qui serai le dindon de la farce ! »

 

PS : prochain texte, lundi.

 

 

 

22 décembre 2025

Dialogue au café : deux hommes âgés assis face à face

 

  • Encore une journée « d’écroulée » !
  • Oh, tant que ça va !
  • Oui, quand ça va, ça va.
  • Et puis on  se rapproche de Noël.
  • Ben oui, mine de rien.
  • Bizarre quand même, ce temps.
  • Y fait même pas froid. Ya plus de saisons.
  • C’est ça le réchauffement.
  • Oui t’as raison. Un drôle de réchauffement.
  • Tu veux un autre café.
  • Non merci. Un ça suffit.
  • Ah, Noël, ça change l’ambiance.
  • C’est sûr mais ya trop de monde partout.
  • T’as raison, mais ça change quand même.
  • Ah ça, pour changer ça change.
  • Tu fais quoi à Noël ?
  • Pas grand-chose. Ma fille vient avec les enfants
  • Et toi ?
  • Rien. Enfin si, télé avec ma femme.
  • Alors, Joyeux Noël.
  • Ouais et puis après y aura le jour de l’an.
  • Ben oui, mine de rien.
  • Bon, j’y vais ma femme m’attend.
  • Moi aussi. bonne journée.

 

PS : prochain texte, mercredi.

19 décembre 2025

De la guerre aux voeux

 

« Nous sommes en guerre », telle est la phrase clé de notre président de la République. En 2020, la guerre était contre le COVID et maintenant, en alternance, M. Macron évoque la guerre à venir contre la Russie ou la guerre contre le narcotrafic.

Emmanuel, est le prénom qui a été donné à notre président et qui signifie « Dieu est avec nous », N’y aurait-il pas eu une erreur de casting en ce qui concerne M. Macron qui se pétrifie dans les ténèbres de son inconscient en proie à une guerre entre lui et lui ? 

Je pense que pour en finir avec cette guerre, notre président devrait quitter le merveilleux palais de l’Élysée où il s’enlise depuis 2018. Sans parler de la descente aux enfers qu’il nous impose à nous pauvres citoyens !

Monsieur Macron, dont la force d’âme semble être extrêmement limitée, préfère choisir la force des armes.

Je me permets de souhaiter à notre président un joyeux Noël 2025. J’ai demandé au père Noël de lui apporter au pied de son sapin  « Le livre rouge »… de Jung.

Par ailleurs, avec une légère avance, je lui souhaite aussi  mes meilleurs vœux de  bordel  pour 2026 !

 

PS : prochain texte, lundi.

 

17 décembre 2025

Le roi du ON

Paul parlait toujours de lui en disant « on », pourtant il ne parlait que de lui, de lui tout seul. Par exemple il annonçait à la cantonade :  demain on ne va pas au travail tant mieux ou, cet été on va faire du vélo ou, on aime aller au ciné pour passer un bon moment ou, on aime les gens qui ont de l’humour.

« Pourquoi ce on perpétuel alors que tu ne vis avec personne ? », lui avait demandé Jean. Paul fut surpris, il s’interrogea un instant puis il demanda.

  • Et toi ?
  • Ben moi je dis Je si je ne parle que de moi. Essaie, tu verras, ça va marcher.
  • On ne va pas y arriver, enfin je ne vais pas y arriver. Tu vois, c’est impossible dès le premier essai on se trompe
  • Essaie encore.
  • S’il te plait, arrête de me parler comme si j’étais un enfant !

 Jean sourit et conclut en disant.

  • Oui, l’homme est à lui-même une énigme. On le sait.

 

PS : prochain texte, vendredi.

15 mars 2025

Ecrivaine ?

 

L’écriture était son passe-temps quotidien et sans doute plus que ça. Parfois elle en parlait autour d’elle et on lui disait.

 

  • Ah bon, tu écris ? Je savais que tu étais prof mais pas écrivaine ?
  • C’est quoi être écrivaine ?

 

Et on lui répondait.

 

  • Être éditée pour être connue et reconnue.

 

Et elle ajoutait.

 

  • Moi je m’édite moi-même – gratuitement - et je médite aussi, si besoin est. C’est d’une grande aide la méditation.

 

Ses amies souriaient poliment, mais jamais elles ne lui posaient de questions sur ses écrits.

 

Soudain elle eut une idée. Elle écrirait un texte pour son enterrement, texte qu’elle laisserait à ses enfants dans une enveloppe fermée qu’ils ouvriraient le jour J afin de le lire. Elle choisirait le texte le plus drôle, bien sûr, histoire de rasséréner les futurs voyageurs pour l’au-delà car tout le monde a besoin d’entrain pour se préparer à ce long voyage dont on ne revient jamais.

 

Peut-être que le jour J, on la considèrerait  comme une écrivaine ?

 

PS : prochain texte, mardi.

 

7 décembre 2024

Le peintre du dimanche

 

Il ne peignait jamais la vie comme elle était, mais aux couleurs de son humeur. Quand il était heureux, les couleurs célébraient la vie. Quand il était triste, la toile était plongée dans une obscurité désolée.

 

A part sur ses toiles, il n’exprimait jamais d’émotions. D’ailleurs, dans le service où il travaillait, on l’avait surnommé « le sphinx ». Il ne s’en offusquait pas.

 

Un jour, il arriva au bureau avec l’un de ses tableaux. Quand il enleva le papier qui l’enveloppait, sa collègue découvrit des jaunes, des rouges, des verts et des oranges qui éclaboussaient la toile.

 

  • Dis-moi, c’est la révolution ! s’exclama-t-elle.

 

Il ne répondit rien.

 

  • Bon, on la met où – demanda sa collègue - je suis sûre qu’elle va nous donner de l’énergie pour toute la journée.

 

Il désigna le mur en face du bureau de sa collègue et elle y plaça le tableau.

 

  • Comme ça ?
  • Oui.
  • Et comment elle s’appelle ta toile ?
  • Isabelle, dit-il en rougissant.

 

Isabelle comprit alors qu’il était amoureux d’elle.

 

C’est ainsi que le peintre du dimanche passa du sous-rire au sourire.

 

 

PS : prochain texte, mercredi.

4 décembre 2024

L’invité

 

Paul avait été invité à dîner par une amie d’enfance qui, depuis son mariage, évoluait dans un milieu légèrement différent du sien. Il lui avait posé la question suivante.

 

  • Est-ce que parfois, pendant ce dîner, j’aurais le droit d’enlever mon masque ?
  • Ah bon, tu porteras un masque ?
  • Manière de dire.
  • De quel masque tu parles, alors ?
  • Mais du masque social, de la bienséance.

 

Son amie l’a observé un instant, puis a dit, sur un air de conclusion.

 

  • Effectivement, la bienséance impose des limites.
  • Mais au fait, il y aura qui au repas à part toi, ton mari et moi.
  • Eh bien un député et sa femme, une amie architecte et son mari et, un juge qui vient de divorcer.
  • De quel parti le député ?
  • LR

 

Ce LR a déclenché chez Paul un fou-rire intérieur. Il a évité bien sûr de dire qu’avec LR, l’air serait peut-être au Rassemblement Négligé et donc, qu’il se mettrait en jean.

 

De ce repas, qui a été long et poussif, il ne se souvient de rien sinon que le député LR avait placé la réplique suivante.

 

  • L’assistanat est vraiment le cancer de la société.

 

Paul qui était au chômage, lui a renvoyé immédiatement.

 

  • Il y a cancer et cancer. Personnellement on m’a diagnostiqué un cancer du cerveau, dû, je pense, en partie, aux interventions de nos hommes politiques de droite dans les médias. Vous me direz, il ne tient qu’à moi de ne pas les écouter, c’est vrai, c’est d’ailleurs ce que me disait mon ex compagne. Et si je l’avais écoutée, non seulement je n’aurais pas de cancer, mais elle vivrait encore avec moi.

 

Le lendemain, l’air compatissant, son amie lui avait demandé où il en était de son cancer. Paul lui ayant dit qu’il s’agissait d’une blague, elle lui a répliqué que la connerie avait des limites et qu’elle préférait ne plus  revoir quelqu’un qui dépassait les limites de la bienséance..

 

PS : prochain texte, samedi.

30 novembre 2024

Une vie

 

Jean avait commencé sa vie en tant qu’humoriste et il l’avait finie en tant que fanatique, un métier ardu et dangereux. Trois ans durant il a incarné la Vérité avec une ceinture d’explosifs à la taille. Il est mort le 25 décembre. Un choc pour sa femme, Marie, catholique pratiquante. Celle-ci m’a dit, quand je lui ai demandé si elle avait préféré son mari humoriste ou fanatique. 

  • Humoriste, bien sûr, un métier plus léger, mais mon mari ne supportait plus que le public rie de moins en moins de ses sketches, ça le faisait pleurer et souvent il me disait : « Il faut en finir, il faut en finir, il faut en finir ». C’est ce qui est arrivé quand il est devenu fanatique, un métier radical. Enfin, il est plus heureux là-haut, et maintenant moi et mes filles nous sommes plus heureuses ici-bas, car on en avait marre de ne plus pouvoir écouter de la musique, le Coran l’interdisait semble-t-il. Maintenant, je dirais que la vie est beaucoup plus légère. On chante, on prie et le dimanche on va à l’église St Jean Baptiste pour penser à lui et prier pour lui, amen !

 

PS : prochain texte, mercredi.

22 septembre 2024

Scène de théâtre : La salle de bain

(Ils se brossent les dents tous les deux dans la salle de bain)

Elle : Tu ne trouves pas que c’est bien cette petite armoire à glaces qui permet de voir son profil droit et son profil gauche.

Lui : Bof !

Elle  : Tu dis ça parce que tu n’aimes aucun de tes profils.

Lui  : C’est faux.

Elle :  Alors, il y en a un que tu aimes ?

Lui : Le droit peut-être.

Elle : Tu vois, en cherchant bien.

Lui : Mais bon, quand je vois mon nez qui pique du nez…

Elle : Oh, il y a pire.

Lui :  Comment ça, pire ?

Elle : Eh bien regarde-toi de profil, tu vois ce début de double menton ?

Lui : N’exagérons rien.

Elle : Non, non, je n’exagère pas, tu devrais faire un peu plus attention.

Lui : Comme toi ?

Elle :  Exactement.

Lui : Pourtant, malgré toutes les pommades que tu te colles sur le visage, ce n’est pas les rides qui manquent.

Elle : Où ?

Lui ( avec force gestes) :  Regarde là, et là, et là, il va falloir que tu changes de crème.

Elle : Tu sais que tu es un sacré con !

Lui : Moi ? Tout ça parce que je te signale qu’il y a quelques travaux de restauration à faire ?

Elle : Peut-être, mais tu es un sacré con. Tu as vu les mots que tu utilises ? Tu manques totalement de délicatesse avec moi ! 

Lui : Qu’est-ce qu’ils ont mes mots ? C’est des mots simples.

Elle : Oui, on ne peut plus simples et désagréables, voire humiliants !

Lui : Tout de suite les grands mots !

Elle : De toute façon, ce n’est pas ton genre de faire dans la dentelle. Souviens-toi, le jour où je suis partie toute seule en vacances et où tu m’as dit qu’avec les valises que j’avais sous les yeux, ce n’était pas la peine de prendre un sac de voyage !

Lui : Décidément, tu ne comprends rien à l’humour !

Elle : Et si je te disais que tu as les yeux qui tombent ? Si je te disais que tu ressembles à un cocker vieillissant ?

Lui : Eh bien je te dirais que ce n’est pas drôle.

Elle : Pourquoi ?

Lui : Parce que ta comparaison est très en dessous de la mienne.

Elle : En dessous ? C’est bizarre cette façon que tu as de me rabaisser, toujours.

Lui : Je ne te rabaisse pas, je te remets à ta place.

Elle : Pire encore, tiens. Tu es vraiment un gros con !

Lui : Tu remarques qu’à chaque fois que tu ne trouves rien à dire, tu me balances des grossièretés ?

Elle : C’est ça, fais-moi la leçon Monsieur le professeur.

Lui :  C’est ce que je fais le mieux !

Elle : Peut-être. Quoique je ne t’aie encore jamais vu en cours.

Lui : Viens !

Elle : Très drôle.

Lui : Je ne vois rien de drôle là-dedans.

Elle : Façon de parler. Tu sais très bien que je ne pourrai jamais entrer dans ton lycée, c’est un bunker !

Lui : Bon, cette conversation ne mène à rien. Rideau !

Elle : Quoi, rideau ! Tu joues au dictateur ?

Lui : Bon, je dois aller bosser moi !

Elle : Et moi ?

Lui : Pas toi, tu es en congé.

Elle : Je te rappelle que je suis en congé maternité, donc ce n’est pas un congé de tout repos. Ce n’est pas toi qui le portes, ton fils, ça se voit ! En plus, à 42 ans, un premier enfant, c’est de la haute voltige.

Lui : Je me demande comment on va faire avec un enfant, déjà qu’on n’arrête pas de s’engueuler sans !

Elle : Eh bien au moins, pour une fois, on aura de vraies raisons de s’engueuler.

Lui : Merci de cette précision, tu as toujours su trouver les mots qui donnent le moral avant d’aller travailler. Et n’oublie pas de te reposer, hein ? Sinon, gare aux attaques de rides !

Elle : Excessivement drôle ! Allez, dépêche-toi, le travail c’est la santé !

(Il sort de la salle de bain en chantonnant « Ah ça ira ça ira ça ira, n’oublie pas ta crème pour cacher tes rides, ah ça ira ça ira ça ira, un peu plus de crème et  tu s’ras plus jeune ! ».)

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

19 septembre 2024

Colère

Son mari parlait très fort et à l’âge qui était le sien – quatre-vingts ans – sa voix tenait plus de l’aboiement. Pourquoi cette colère gagnait-elle du terrain avec l’âge ? Que s’était-il passé ? Un jour, n’en pouvant plus, sa femme lui avait dit.

 

  • Écoute, c’est insupportable de t’entendre ainsi crier. Je crois qu’il va falloir que je t’achète un collier anti-aboiements. D’abord, à qui parles-tu ? Il n’y a que nous deux ici.
  • Eh bien, c’est à toi que je parle, mais tu es sourde comme un pot.
  • Si j’étais sourde, je ne t’entendrais pas aboyer, a-t-elle répliqué.
  • Si tu m’entends c’est que j’en arrive à l’extrême et que je frise l’extinction de voix. Tu comprends oui ou non, hurla-t-il !

 

Sa femme a souri et a terminé la conversation en disant.

 

  • Je comprends, mais les chiens aboient et la caravane passe.

 

Alors qu’elle trottinait vers la cuisine, il a éructé.

 

  • Elle aura ma peau, putain, elle l’aura, c’est sûr !

 

Ce n’est pas ce jour-là qu’il est décédé, mais un an plus tard en criant, le cigare à la main, devant un match de foot.  Le jour de son enterrement sa femme ne dit qu’une phrase courte.

 

  • Je lui avais bien dit d’arrêter de fumer et d’arrêter de crier

 

PS : prochain texte, dimanche

8 septembre 2024

Le cuisinier

Je vous transmets, la lettre que mon père, décédé le 14 aout à l’âge vénérable de 89 ans, avait écrite avec une certaine ironie au chef cuisinier de l’EHPAD où il résidait. La lettre date du 13 octobre 2023

 

R. B.

Représentant des résidents au Conseil de la Vie Sociale

à

Monsieur J B

Chef cuisinier

 

Monsieur

 

Dans la plupart des entreprises et administrations, au moment du départ d’un collaborateur apprécié, il est de coutume d’organiser un pot en son honneur (…) Faute de cette sympathique réunion - et je me demande bien pourquoi elle n’a pas eu lieu - je crois de mon devoir de vous livrer par écrit mes vifs compliments afin qu’il en reste trace.

 

Au grand soulagement de bon nombre de résidents encore en mesure de donner un avis, vous allez quitter, dans deux jours, cet établissement où, durant plusieurs années vous avez œuvré, mais œuvrer est-il le mot qui convient ?

 

En effet, qui regrettera vos haricots, petit-pois et lentilles fort mal cuits, parfois même jusqu’à vos pommes de terre insuffisamment cuites ? Qui regrettera vos fruits de saison, hélas très rarement servis mais pratiquement jamais mûrs ? Qui regrettera votre cuisine de bas étage pour des mets aux appellations ronflantes dignes d’un trois étoiles, et que la direction s’autorise grâce à l’escroquerie de la « labellisation » Gault et Millau !

 

Enfin, à titre personnel et en celui de mon épouse qui, comme moi, ne peut manger que de la viande hachée, je tiens tout spécialement à vous remercier pour le soin tout particulier que vous avez souvent pris à nous choisir une autre viande que celle des morceaux servis aux autres résidents, c’est-à-dire en nous donnant de la viande provenant de bas morceaux et, qui plus est, renfermait parfois des bouts d’os et de cartilages. Pourquoi se gêner pour de petits vieux qui sont souvent incapables de se faire entendre ? Heureusement, comme vous avez pu le constater de vive-voix au fil des mois et encore en lisant cet écrit, je n’ai aucun problème cognitif et je sais m’expliquer lorsque les choses ne fonctionnent pas comme elles le devraient.

 

Vu le prix élevé payé par les résidents dans cet EHPAD, ils seraient pourtant en droit d’exiger

une certaine qualité dans les prestations proposées.

 

Je vous autorise, bien entendu, à faire le meilleur usage de cette lettre et notamment à la communiquer à votre futur employeur qui en sera sûrement ravi !

 

Exerçant mon mandat au grand jour, j’en remets une copie à madame la Directrice de l’Ehpad.

 

Croyez, Monsieur, en mes sentiments qui ne sont pas les meilleurs.

 

 

PS prochain texte, dimanche 15 septembre

 

 

 

15 septembre 2024

Le pékinois

L’air fier, ce monsieur promenait son pékinois non loin du Trocadéro, comme tous les matins. Soudain, une vieille dame en pantalon noir et casquette noire s’est approchée de lui en disant : "Je n’ai jamais vu de chien laid, aussi beau que le vôtre."

 

Cet habitant du seizième arrondissement de Paris n’a su que lui  répondre mais l’a regardée d’un air hautain, il faut dire que sa tenue s’adaptait peu au quartier où elle déambulait. Elle a ajouté.

 

  • Vous ne trouvez pas qu’il ressemble un peu à notre président votre pékinois ?
  • Euh, à vrai dire, cela ne m’était jamais venu à l’esprit.
  • Eh bien je vais vous dire pourquoi. C’est le genre de chien tête de mule qui se prend pour un roi. Avec lui, il faut absolument se rendre dans une école d’éducation canine. Malgré leur petite taille, les pékinois ont tendance à adopter une attitude dominante envers les hommes et les autres animaux. Vous voyez, notre président c’est pareil, il a besoin d’une école d’éducation car il se prend pour le roi ;  il ne tient pas compte des résultats des élections : la preuve, il prend un premier ministre chez les Républicains alors que LR a eu 47 députés et se trouve en quatrième position à l’Assemblée Nationale.

 

L’homme l’a écouté jusqu’à la fin de sa dernière réplique et lui a dit l’air pincé.

 

  • Nous n’allons pas comparer mon chien avec le président tout de même.
  • Et pourquoi pas ? Tiens, n’oubliez pas que le pékinois signale les étrangers en aboyant. Un peu comme notre président qui veut qu’on boute les étrangers hors de France en aboyant comme madame Lepen. D’ailleurs, elle aussi elle a quelque chose du Pékinois, non ?

 

Excédé, l’homme au pékinois a fini par lui dire.

 

  • Écoutez madame, vos réflexions m’indisposent, je vais donc poursuivre mon chemin.
  • Bon vent monsieur et bon courage avec votre Pékinois, hein ? N’oubliez pas que le dominant, c’est vous, pas lui !

 

Le monsieur est parti l’air agacé et s’est dit que la prochaine fois, s’il la rencontrait, il lui dirait qu’il était fier de voter LR et qu’il n’avait pas besoin de ses conseils stupides pour élever son pékinois.

 

 

PS : prochain texte, jeudi.

5 septembre 2024

La Foi

Mon ami Christian, catholique pratiquant, est sorti de l’aveuglement de la religion il y a peu, et j’avoue qu’il m’a étonné. Quand je l’ai retrouvé dimanche après la messe, au café de l’église, il m’a dit.

 

  • Tu sais Jean Pierre, on parle souvent des profondeurs de la foi mais…
  • Mais quoi ? ai-je ajouté.
  • Je me demande… enfin… tu vois je me demande si les curés, au lieu d’être dans le déni ou le mensonge, ne devraient pas tout simplement assumer ce qu’ils sont, des êtres de chair.

 

J’avoue en avoir été abasourdi. Lui si catholique, si collet monté, si classique me dire une chose pareille. Je n’ai su que lui répondre, puis j’ai fini par lui dire.

 

  • Tu as raison Christian, la foi ne devrait jamais nous éloigner de notre humanité et de nos désirs… euh… tu me comprends ?
  • Bien sûr. Tu veux dire de nos désirs sexuels.
  • Exactement. C’est ça. Merci de m’aider car ce n’est pas  simple d’en parler.
  • C’est effectivement ce que j’ai dit au curé lors de ma dernière confession.
  • Tu lui as dit quoi ?
  • Ce que tout le monde savait sur lui c’est-à-dire que de temps en temps, il sortait du périmètre de sa profession.
  • Et alors ?
  • Alors il m’a dit « la chair est faible, vous le savez mon fils. »
  • Je lui ai dit que oui, bien sûr, mais que, moi, en tout cas, je n’avais jamais trompé ma femme. »
  • Et qu’est-ce qu’il t’a répondu ?
  • Que ça n’allait pas tarder peut-être…
  • Les voies du seigneur sont impénétrables, ai-je répondu, par contre celles du curé…

 

Christian a souri mais j’ai senti tout de même qu’il se posait des questions…

 

PS : prochain texte, dimanche

2 septembre 2024

Un métier de chien

La dernière fois que la femme au labrador noir était venue la voir, elle avait terminé la consultation vétérinaire en répétant tout bas « Pauvre bête, pauvre bête, pauvre bête… » Et, le soir, en rentrant chez elle, elle avait dit à son compagnon.

  • Quel métier de chien, il y a des maîtres qui leur mènent la vie dure à ces pauvres bêtes ! Ces maîtres débiles, j’aurais presque envie de les flinguer.

Lui n’avait pas répondu et elle avait continué.

  • C’est comme les parents, d’ailleurs, j’aurais envie de les flinguer quand ils mènent la vie dure à leurs enfants. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas voulu d’enfants, ni de conjoint, j’ai trop souffert enfant.

Là, son épagneul avait répondu en aboyant, ce qui était rare.

  • Je comprends que tu aboies Syrus, mais tu sais moi, au moins, quand j’étais enfant, je pouvais parler alors que le pauvre labrador noir, lui, il ne peut rien dire à sa maîtresse sadique. Toi non plus d’ailleurs, mais toi et moi, c’est autre chose, non ?

Et l’épagneul était immédiatement venu s’allonger à ses pieds.

 

PS : prochain texte, jeudi.

24 août 2024

Vivant ou mort ?

Hier, j’ai reçu un coup de fil de ma banque qui me disait que j’étais mort. J’ai aussitôt répondu.

 

  • Je ne peux pas être mort puisque je suis vivant.
  • Prouvez-le, m’a répliqué l’employé au bout du fil.
  • Comment ? ai-je demandé.

 

Et ce « connard » m’a donné une liste innombrable de choses à faire. La première, c’était de régulariser ma situation auprès de ma caisse de retraite sinon je ne toucherais plus rien. Là, mon cœur a fait un bond. Quand je pense que j’ai une retraite réduite à rien, et il me fallait me justifier ou plutôt, dire que j’étais vivant pour toujours toucher ce rien.

 

Il y a des moments dans la vie où l’on voudrait se pendre pour en finir avec l’absurdité de la vie. Mais non, je ne laisserai pas aux caisses de retraite le pouvoir de garder le rien qui m’appartient. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’aller à l’église, moi qui n’y allais plus depuis ma première communion. Je suis allé vers le confessionnal en espérant que le curé viendrait. Ce qu’il a fait immédiatement, mais était-ce bien le curé ? Il m’a simplement dit.

 

  • Je vous écoute mon fils, parlez en toute confiance.

 

Ma confession a duré trente minutes, une suite de récriminations contre la banque, la caisse de retraites, l’état, ma mère, mon père et la vie, tout simplement. A la fin de la confession, le curé m’a dit.

 

  • Je vous ai écouté et je vous comprends, mon fils. Quoi de plus absurde que d’être mort lorsque l’on est vivant. Repartez dans la paix, mon fils, mais auparavant, recueillez-vous quelques instants afin de ne pas éprouver ce désir si humain, qui est celui du ressentiment. Désir que moi-même j’ai ressenti plusieurs fois et pour lequel j’ai dû me confesser aussi. Ressentir, c’est sentir deux fois et souffrir deux fois.

 

Quand je suis sorti du confessionnal, j’ai vu au loin le curé s’éloigner et je me suis rendu compte qu’il n’était pas vêtu de noir, non, mais qu’il portait un long pantalon pourpre et que ses cheveux étaient longs, si longs qu’il avait tout du hippie. Était-ce une hallucination due à mon état fébrile ?

 

 Enfin, je dois dire que depuis je vais mieux et je ne veux plus me pendre, non, mais j’ai décidé de les emmerder, tous ces « connards » qui me disaient mort ! Tiens, je me demande si je ne vais pas envoyer à mon conseiller bancaire un colissimo avec mes excréments. Oui, une très bonne idée pour commencer, et ensuite, je retournerai peut-être me confesser. Mieux vaut une thérapie au confessionnal, qu’une thérapie chez un psy, ça revient moins cher.

 

 

PS : prochain texte, vendredi..

30 août 2024

Le robot

Ce petit robot de1m73 est arrivé au pouvoir, en France, en mai 2017 par l’opération du Saint Esprit Patronal, Financier et Médiatique.  Même opération en 2022, et ce robot au MOI hypertrophié, a continué son rôle de président. Depuis, il a perdu quelques années, une partie de ses cheveux – des touffes annexes ont été mises en place pour combler les vides – et son « intelligence artificielle » s’est atrophiée.

 

Ce robot Moi pensait avoir des pensées « dites » profondes. L’une d’entre elles est évoquée dans le Journal du dimanche, le 12 février 2017 : « J’ai toujours assumé la dimension de verticalité, de transcendance, mais en même temps elle doit s’ancrer dans de l’immanence complète de la matérialité ».  Peut-être qu’en septembre 2024, il pourra dire – et je m’excuse, bien sûr, d’ironiser sa pensée « profonde » : « J’ai toujours assumé le matérialisme de ce que je n’ai jamais assumé, mais en même temps, j’assume l’immanence complète de ma transcendance verticale » 

 

Depuis la dissolution de l’Assemblée Nationale et la démission de son gouvernement, le robot MOI se prend non seulement pour le Président, mais pour l’ensemble des ministres démissionnaires. La situation semble grave, d’autant plus qu’en France, nous n’avons pas encore de cliniques psychiatriques pour robots, cliniques qui nous permettraient de changer le programme du robot Président.

 

La question que je me pose est donc la suivante :  comment se débarrasser d’un robot créé par l’opération du Saint Esprit Patronal, Financier et Médiatique ? Faut-il que le peuple investisse l’Élysée ? Faut-il que le peuple lui demande, une bonne fois pour toute, de se taire car il en a marre d’écouter le vide ?

 

Je conclurai en disant qu'il y a deux sortes de présidents, les mauvais et les pires. Je vous laisse imaginer à quelle "caste" appartient ce robot.

 

PS : prochain texte, lundi

20 août 2024

Le cercle de la gauche disparue

C’était un drôle de cercle. Au centre, un parano, à l’instabilité permanente. Sur les ailes, quatre ou cinq hommes qui oscillaient entre désabusement et humour. Le parano en était arrivé au stade où il se demandait si des acteurs n’avaient pas été payés pour l’emmerder. S’ajoutait à cette paranoïa quelques petits problèmes de santé qui se manifestaient par des crises d’éternuements. L’un des membres du cercle des gauchistes osait parfois dire.

 

  • A tes souhaits.

 

Ce à quoi le parano répondait, agacé.

 

  • Je n’ai aucun souhait.

 

Un autre ajoutait.

 

  • Même pas pour la nouvelle année ?
  •  Sache que maintenant, pour moi les années sont toutes les mêmes et je n’en attends rien ni pour moi, ni pour la société. Basta les manifs et les désirs d’autre chose.
  • Oui mais tout de même, quand les nuages de l’extrême droite arrivent… répliquaient les autres.
  • Et alors ? disait le parano.
  • Alors on se bouge quand même, car l’aveuglement et l’attente sont les ennemis du peuple, tu te souviens ?

 

Ces hommes étaient tous des héritiers d’un parti de gauche, aujourd’hui disparu. D’ailleurs la gauche existe-t-elle encore ? Parfois le silence s’installait à la table du café où ils se réunissaient à trois, quatre, cinq ou six, parfois ; mais le sixième était à un stade élevé de misanthropie et sortait rarement de chez lui, malgré l’encouragement de sa femme qui, elle, aurait bien aimé que son âme s'aère.

 

Ils formaient un bien étrange cercle que la clientèle du café connaissait, mais que personne ne côtoyait vraiment. Sans doute parce que personne n’apprécie l’étrangeté des autres surtout si elle est le miroir – pâle ou non - de nous-mêmes ?

 

PS : prochain texte, samedi.

15 août 2024

Les vulnérables, on les préfère quand ils se taisent

Ah, les vulnérables, on les chouchoute, on les aime, on les écoute, on veut les voir vivre longtemps ; mais pourquoi, si les structures pour les accueillir ne font pas preuve d’humanité ?

 

Mon père est décédé hier à 24 heures et je n’en parlerais pas dans ce blog s’il n’y avait pas en moi une colère immense, aussi grande que celle de mon père qui, lui, vivait en Ehpad – pour des raisons de santé - mais n’avait aucun problème cognitif. Hélas pour l’Ehpad, mon père entendait, ouvrait les yeux, notait, se plaignait, utilisait son ordinateur et écrivait moult e-mails à la directrice lorsque les choses dépassaient les bornes. De quoi ne l’a-t-on pas accusé mon pauvre père dans cet Ehpad extrêmement couteux !  Tout ceci parce que mon père signalait ce qui ne fonctionnait pas - et très vivement, c’est certain - car il lui était insupportable de voir que les dits « vulnérables » n’étaient pas écoutés lorsqu’ils prenaient la parole.

 

Je peux vous dire que dans les Ehpad privés, les vieux, on les préfère malentendants, aveugles, avec problèmes cognitifs de préférence, gentils et obéissants. Ceux qui disent ce qui ne va pas et pourquoi les choses devraient changer, on apprécie le jour où ils disparaissent.

 

Je pourrais aussi parler du service de gériatrie du CHU de Rouen où mon père est resté trois jours, du 10 au 13 aout. Trois jours d’enfer car on ne voulait pas l’écouter là non plus, on voulait qu’il s’asseye dans un fauteuil pour manger alors que son dos ne le tolérait pas. Pas de fauteuil, pas de goûter, juste de l’eau, ont décidé les aides-soignants. Punition. Et même chose le soir car mon père refusait de s’asseoir dans le même fauteuil. Le médecin a évoqué l’étouffement possible et mon père lui a répondu vertement qu’on pouvait relever le lit pour qu’il mange !  Pas de lit relevé, pas de dîner donc. Eh oui, un vieux ne doit pas dire NON. Il doit obéir et avoir mal. Mon père n’était pas un emmerdeur, il avait mal, très mal au dos – et ce depuis 5 ans -  tout simplement, et il gueulait si on refusait de prendre en compte sa douleur.

 

Il est donc parti mardi 13 aout à 15 h de l’hôpital, en ambulance pour revenir à l’Ehpad.  A 16 h, je suis passée au service gériatrie afin de demander à l’infirmière des renseignements sur ce qu’il avait et dans quel état il était juste avant son départ de l’hôpital en ambulance. Elle m’a répondu : «  Assez bien ». Pourtant, le soir à 24 h, lorsque ma mère s’est levée, inquiète, elle l’a  retrouvé mort dans son lit.

 

Bref, tout cela pour dire que ce merveilleux service de gériatrie va avoir de mes nouvelles par lettre recommandée avec accusé de réception, envoyée au chef de service ; sans parler de la lettre que j’enverrai à notre merveilleuse Agence Régionale de Santé, qui ne contrôle pas les Ehpad et répond rarement aux demandes des résidents – ou de leur famille - qui signalent des malversations, voir des règles non respectées. Bien évidemment, je n’oublierai pas nos députés, tous partis confondus, qui recevront une missive que leur attaché parlementaire lira peut-être, sans qu’il y soit répondu de façon claire et précise. Mon père en a fait l’expérience avec M. Juvin, député LR, en ce qui concerne sa proposition de loi "Bien vieillir" le droit des personnes âgées à emménager en établissement avec leur compagnon à quatre pattes. Propositions dont il s’est moqué en signalant que le personnel ne suffisait pas pour les résidents, donc qui s’occuperait des animaux à quatre pattes ? Ce député – ancien médecin -  l’a remercié de sa lettre sans même avoir pris la peine de la lire ! Merci M. Juvin de la peine que vous prenez pour les citoyens de ce pays qui paient votre salaire de député !

 

Pour conclure, je dirai que dès aujourd’hui l’écriture, la dérision et l’ironie seront les trois armes que j’utiliserai afin de poursuivre la « croisade » de mon père. Oui, il faut qu’on arrête de prendre les vieux pour des cons !

 

 

PS : prochain texte, mardi.

10 mai 2022

Le lycée Portes Ouvertes

Comme l’éducation nationale laissait à désirer le proviseur du lycée – dans une foulée dangereuse peut-être - avait décidé de mettre en place le lycée Portes Ouvertes. Ce qui signifiait que les élèves venaient quand ils le souhaitaient et entraient et sortaient des cours quand ils en avaient envie, en silence, de préférence. Seulement, le silence qui auparavant était peu respecté, l’était encore moins avec ce nouveau système.

Les professeurs de l’établissement avaient eu du mal à accepter ce règlement « innovant » - comme l’avait souligné le proviseur - mais les parents, eux, étaient satisfaits. Ils ne supportaient plus ces SMS envoyés chaque jour en raison des absences de leurs enfants.

Le lycée Portes Ouvertes était aussi connu sous le nom de lycée des Droits. Point d’obligations traumatisantes pour les adolescents ou les parents. Seuls les professeurs souffraient, mais leur salaire « mirifique » les autorisait-ils à faire grève ? Certes non.

L’année suivait donc son cours. Une seule « loi » dans l’établissement : une seule note était obligatoire chaque trimestre, et de cette note – quel que soit le type d’exercice ou de devoir demandé, en présentiel ou en distanciel - suffisait à obtenir une moyenne.

Hélas, le lycée Portes Ouvertes fut le lieu d’une agression. Oh, une petite agression puisque mort ne s’en suivit pas – trois coups de poignards, qu’est-ce donc ? Un professeur avait été poignardé par trois élèves qui, malgré la somme des droits dont ils pouvaient bénéficier, n’avait pas supporté que leur seule note du trimestre ne dépassât pas le 10/20. Oui, le professeur avait eu l’effronterie de refuser de passer de 10/20 à 12/20 comme le demandaient ces trois élèves.  Comment une telle injustice pouvait-elle être supportée ?

C’est à partir de ce jour que commença la grève des élèves. De nuit, ceux-ci dormaient dans l’établissement - des tentes s’étaient aussi dressées dans le parc – et de jour, quand ils le souhaitaient, les élèves mettaient en place des cours en "autonomie". Tout au long de ces quatre longues semaines, l’entrée des adultes avaient été interdites, et aucun professeur ne s’en était plaint…

PS : prochain texte, vendredi.

17 mai 2022

Le plaisir du rien

A leur troisième rendez-vous, elle lui avait dit, étonnée qu’il soit au RSA depuis cinq ans.

-  Tu fais rien, mais tu le fais bien.

-  Merci.

Après un silence qui n’en finissait pas de durer, il finit par ajouter.

-          Toi aussi tu as un certain don, parce que c’est pas simple de ne rien dire.

Elle se demanda quoi lui répondre, d’ailleurs devait-elle lui répondre ? Pensait-il qu’elle avait l’air de rien ? Le doute entra en elle, comme dans ces moments de l’enfance où sa mère – son père lui était un taiseux – lui posait question sur question afin de sonder l’intérieur de cette petite fille si introvertie. Elle regarda l’homme assis en face d’elle en souriant puis, gentiment, elle lui répondit.

-          Merci, c’est gentil. Ne rien dire et parfois parler de rien, ça m’apaise. Le regard en dit bien plus long que les mots.

-          Tu as raison. Continuons de ne rien dire, alors. Parce que je préfère ne rien dire que de parler de rien.

Pendant les multiples rendez-vous qui se succédèrent, le rien occupa une place importante ; et, même si parfois le rien ne rime à rien, ce chemin du rien ne leur coûtait rien, ce qui ne gâtait rien…

 

PS : prochain texte, vendredi prochain.

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