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Presquevoix...
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28 novembre 2014

Bonheur

Il  pensait qu’il était plus facile de rendre heureux la femme d’un autre que la sienne. Il aurait facilement pu le vérifier, mais au dernier moment, il n’avait jamais réussi à sauter le pas : question d’éthique,  de culpabilité, de peur ou de confort, allez savoir !

PS : la liste n’est pas exhaustive

19 octobre 2014

Duo d'octobre

Toujours  Tom Jones et  " Love is in the air "  pour le deuxième texte du duo, le mien.

 

Où est l’amour ?

 

« Love is in the air », sa fille se passait en boucle cette vieille chanson  que Carole ne pouvait plus supporter.

-          Diminue le son s’il te plaît ou je fais un malheur !

C’est sur cette chanson qu’elle avait rencontré  son premier amour.  « Love is in the air, tu viens danser ? » lui avait-il dit,  et Carole l’avait suivi sur la piste improvisée de la place du village.

Il était beau et la regardait droit dans les yeux. Il  la changeait des lourdauds du village, tous promis  à la ferme de leurs parents. Ceux-là, elle n’en voulait pas. Non. Elle, elle vivrait à Paris, là où les gens se pressaient dans des avenues de lumières, des cinémas, des théâtres, là où l’attendait la vie, la vraie.

« Love is in the air »… la voix grave de Tom Jones avait accompagné leurs tours de piste et elle l’avait aimé, bêtement, simplement.

Il avait maintenu son étreinte à la fin de la danse et lui avait murmuré à l’oreille « love is in the air ». Carole avait voulu qu’il connaisse le champ où elle aimait rêver - celui où, allongée dans l’herbe haute, elle écoutait les cloches des vaches se répondre de vallée en vallée. La fin d’après-midi était belle, le vent léger et ils avaient monté le chemin de terre main dans la main.

Ils avaient fait l’amour derrière un bouquet de noisetiers. Sur le chemin du retour, il lui avait annoncé qu’il repartait le lendemain. Des examens à la fac d’anglais, s’était-il justifié, en ajoutant qu’il avait raté la session de juin.  Et nous ? Avait-elle eu envie de dire, mais ses lèvres étaient restées closes.

Il lui avait demandé son adresse. Pourquoi ? Jamais plus elle n’avait eu de nouvelles de lui.

Allongée sur la banquette, sa fille continuait d’écouter la chanson de Tom Jones en chantonnant les paroles. Ressemblait-elle à son père ? Sans doute, mais comment se souvenir d’un homme absent depuis 18 ans ? « Love is in the air », répétait la jeune fille de façon têtue, oui, l’amour est toujours quelque part, pensa Carole rêveuse, mais où ?

Dans un mois, sa fille rentrerait en fac d’anglais et quitterait le foyer familial…

 

 

1 octobre 2014

La cocotte-minute

Quand elle partait en vacances, plutôt que d’emporter ses bijoux de famille, elle les cachait dans les endroits les plus insolites. Le dernier endroit choisi, ce fut la vieille cocotte-minute qui trônait à la cave. Elle pensa que personne n’aurait l’idée de l’ouvrir.

Une fois revenue de vacances, elle oublia de reprendre ses bijoux, jusqu’au jour où elle en eut besoin, pour une soirée organisée par sa belle-sœur.

Elle descendit à la cave, chercha vainement la  cocotte pendant dix minutes puis remonta afin de demander à son mari si, par hasard, il l'avait mise ailleurs.

-          Je l’ai emportée à la décharge, avec la vieille gazinière et les cartons qui encombraient la cave.

Elle pâlit et s’évanouit. Son mari n’eut le temps de rien faire. La pression avait été trop forte.

 

29 septembre 2014

La fiche

Sur la fiche  qu'elle donnait à remplir aux élèves de seconde en début d'année, elle concluait toujours par ces deux questions qui parfois leur donnaient du fil à retordre :

  1. Qu'aimez-vous le plus ?
  2. Que détestez-vous le plus ?

A la deuxième question, l'une de ses élèves avait répondu : « ma belle-mère ».

 

1 septembre 2014

La rentrée

Deux jours avant la rentrée, c’était toujours la même chose, les rêves succédaient aux rêves. La veille, dans son premier rêve, elle était redevenue élève et séchait sur un problème de maths que le professeur – une femme à l’impeccable blouse blanche - avait donné en anglais afin de vérifier leur niveau de compétence dans les deux disciplines. Quant au rêve suivant, redevenue professeur, elle essayait de se présenter à la classe mais aucun son ne sortait et les élèves finissaient par se lasser de ce rôle muet. Elle se réveilla en sursaut à quatre heures du matin, et la première chose qu’elle fit ce fut de vérifier l’usage de sa voix en hurlant.

Son mari lui en voulut beaucoup…

30 août 2014

Les travaux d’Hercule

Elle lui avait demandé de ranger sa chambre.  Une hérésie. Demande-t-on à un adolescent de mettre de l’ordre dans sa chambre ? Le  rangement dura une semaine. Le premier jour, il mit ses chaussettes au sale, le deuxième jour  il changea la housse de couette, le troisième jour le drap du dessous, le quatrième jour  il ramassa ses livres et les fourra dans son bureau, le cinquième jour il s’attaqua aux feuilles qui traînaient par terre et il les jeta en vrac dans un tiroir, le sixième jour  il mit ses caleçons dans la machine et le septième jour… il se reposa.

 

16 août 2014

Confidence

Le dimanche après-midi semblait tirer en longueur, comme tous les dimanches après-midi qu’elle passait avec sa mère, chambre 12, au première étage de la maison de retraite où elle résidait depuis deux ans. Elle finit par  lui demander, plus par ennui que par curiosité.

- Quelle est la pire chose que tu aies faite dans ta vie ?

Sa mère hésita un instant et lui demanda, soupçonneuse, pourquoi elle lui posait cette question alors qu’elle connaissait déjà la réponse. Devant l’étonnement manifeste de sa fille, elle  répondit, agacée : me marier avec ton père, bien sûr, comme si je ne te l’avais pas déjà dit mille fois !

12 juillet 2014

La voix

Elle devait se marier dans quatre jours mais il y avait cette extinction de voix qui n’en finissait pas. Allait-elle seulement pouvoir dire OUI ? Le curé l’entendrait-il ? Sa voix cherchait-elle à lui dire quelque chose qu’elle ne pouvait entendre ?

Pourtant, ce nouveau mari, elle l’avait  choisi avec soin ; pas comme le premier ni comme le deuxième ni même comme le troisième ou le quatrième. Avec celui-ci, ce serait du solide, elle le sentait.

Mais il y avait la voix, ou plutôt son absence...

 

 

2 juillet 2014

Double vie

Le matin, il partait à 8 heures, sans faire de bruit, avant qu’elle ne finisse son petit déjeuner et il revenait le soir vers 18 heures comme si de rien n’était. Sa discrétion était telle qu’elle ne s’autorisait pas à lui faire de réflexion. Un jour, pourtant, elle le suivit ; non par jalousie, mais par curiosité. Et la vérité lui apparut, dans toute sa crudité : pendant la journée il se faisait appeler Boris chez les voisins du bout de la rue et le soir, chez elle, c’était Michel. Le goujat  avait une double vie !

Elle finit par l’accepter. Après tout son amour paraissait intact. Il ronronnait avec autant de bonheur qu’avant et il se blottissait toujours aussi affectueusement au creux de son ventre quand elle s’endormait le soir. Maintenant elle pouvait même en  rire : quand je pense que tu me trompes !

Et à chaque fois il lui répondait par un miaulement qui lui fendait l’âme.

29 janvier 2014

Les deux gélules

Depuis six mois, à chaque fois qu’elle allait chez sa belle-mère, elle prenait deux gélules – aux effets anti-stress -  recommandées par une amie qui prenaient exactement les mêmes avant d’aller chez sa sœur. Cette même amie lui avait d’ailleurs confié avoir été conseillée par une autre amie qui les prenait systématiquement avant d’aller chez sa mère…

 

11 mai 2014

L'élève

Il n’a rien fait pendant l’année, mais cette absence de travail date de plus loin encore, de la sixième ou même avant... En fin de troisième on l’a orienté en seconde, pas de projet, on ne voulait pas le garder au collège : la politique des quotas est implacable ! Alors  il est arrivé au lycée avec son paquetage d’élève presque mauvais à tout. Le professeur lui demande de rester à la fin du cours pour une petite mise au point :

-  Qu’est-ce que tu veux faire plus tard Kevin ?

-  Gendarme.

-  Oui, mais pour être gendarme il faut étudier, avoir son bac.

-  Alors je serai chômeur.

-  Oui, mais pour être chômeur il faut déjà avoir travaillé.

-  Alors je ferai la manche

-  Oui mais pour faire la manche, il faut jouer de la guitare ou chanter.

-  Ben moi je ferai que la manche, ça suffit.

Le professeur le regarde ahuri et rien ne lui vient à l’esprit. Alors il lui fait signe de partir, que pourrait-il ajouter ?

23 avril 2014

Les DVD

En regardant les DVD sur le rebord de la cheminée, elle remarqua que deux d’entre eux n’avaient pas été retirés de leur emballage transparent ; c’était justement les 2 DVD qu’elle lui avait offerts pour son anniversaire,  l’année dernière.  Elle les glissa aussitôt dans son sac, ni vu ni connu, inutile de laisser les personnages se morfondre dans l’univers étroit de leur petite boîte. Elle leur trouverait un public de choix puisque sa mère ne daignait pas s’intéresser à eux.

Et pour son prochain anniversaire, elle lui offrirait une boîte d'un pâté quelconque, inutile de donner des perles à des cochons…

 

21 avril 2014

Les exercices

Je me souviens bien, il y a longtemps de cela, j’avais décidé d’être heureuse, juste pour voir. Plusieurs fois par jour, devant ma glace, je me disais  « Je veux être heureuse », la méthode Coué fait parfois des miracles. Ensuite je suis passée aux exercices pratiques. J’ai commencé par des exercices simples. Par exemple, m’extasier devant un papillon, une fleur, un arbre, un ciel… avec des « Oh » et des « Ah ».

Puis, j’ai choisi le chemin de la contemplation esthétique. J’ai fréquenté assidûment les musées. Je m’installais devant une toile et j’essayais de ressentir quelque chose qui aurait pu ressembler à du bonheur.

Ensuite, des œuvres d’art, je suis passée au genre humain et là, j’ai eu peur, toujours cette impression que le monde des hommes n’est pas fait pour vous et que vous n’y aurez jamais votre place. Afin d’adoucir l’épreuve j’ai commencé par les enfants ; je leur souriais et ils me répondaient. Parfois même, je leur parlais. Encouragée par leur fraîcheur, j’ai voulu faire le grand écart jusqu’aux adultes, mais là, l’angoisse m’a saisie !

Pour l’instant, je les observe, de loin. Je sais qu’il ne suffit pas de rester au bord de la route, mais l'asphalte est encore brûlant, alors j'attends encore un peu…

9 avril 2014

Voiture 45

Voiture 45, direction Bordeaux. Elle s’installe confortablement, retire son livre de son sac et se prépare à la lecture. Personne à côté d’elle.

Des allées et venues dans le couloir central, des voix s’interpellent, deux hommes s’installent derrière elle. Le train démarre. Elle reprend la page 29 pour la troisième fois parce que les deux hommes parlent fort, beaucoup trop fort pour qu’elle puisse passer à la page 30. Elle finit par intercaler les mots du livre et leurs mots ; ce charabia l’horripile.

L’un des hommes, le plus âgé sans doute, parle du ton coupant de celui qui sait. Elle est presque obligée de l’écouter. Tant pis, il l’aura cherché !

3 janvier 2014

Les autres

Les autres lui servaient juste de décor. Elle ne leur accordait pas plus de place qu’à une chaise ou à un porte-manteau. Et si, par le plus grand des hasards, la chaise ou le porte manteau s’avisaient d’émettre une opinion, elle se chargeait de les remettre à leur place su-le-champ ; le temps n’était pas encore venu où les objets lui cloueraient le bec.

 

6 décembre 2013

Duo

Pour ce nouveau Duo avec Caro, du blog « les heures de coton », voici les ingrédients : écrire sur "L'aquarium", de Saint Saëns

Son texte est ci-dessous, le mien est sur son blog

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En eaux dormantes

 

-          C’est quoi ton signe ?

Je lève la tête. Le regard de Catherine me scrute.

-          Louise, c’est bon, dis-moi ton signe astrologique.

Je la laisse digresser, clan des taureaux, des scorpions... Je pensais qu’un samedi à la piscine avec une session solarium aurait signifié doux farniente. C’est sans compter sur le nouveau dada de Catherine, l’astrologie.

-          Alors tu es quoi ?

Je hausse les épaules. Ma mère dans toute sa raideur religieuse avait supprimé toute allusion aux astres, divination, horoscope, etc. Et chez nous, la volonté maternelle faisait loi.

Je réponds « compliqué » et réenclenche mon iPod. Selon les astres, j’appartiens à des eaux dormantes. Naissance à une heure qui trace une ligne incertaine entre deux signes, deux éléments. Née donc de signe astrologique inconnu. Par réaction, j’ai banalement plongé dans l’ésotérisme et consulté une multitude d’astrologues, cartomanciennes… Sans succès.

Je me cale sur le transat, absorbée par les éclats chlorés d’un grand bassin étrangement tranquille. Un souvenir me toise brusquement dans mes songeries désordonnées : l’image d’un homme qui, un jour, m’a abordée dans un café. Il portait une cravate bleue très laide, ornée de constellations. Il s’était assis devant moi et le serveur lui avait aussitôt apporté aussitôt un café.

-          Je suis là pour le rendez-vous.

Je haussai les épaules ; je n’avais aucun rendez-vous.

-          Si, vous en avez un. Vous venez chez moi mardi prochain. Je préférais vous prévenir, boule de cristal, carte et thème, pendules resteront muets.

Je n’arrivai pas à détacher mon regard de sa ridicule cravate.

-          Ça ? – fit-il en agitant le bout de tissu - ça vous dérange. Il faut bien que je fasse un peu couleur locale, non ?

Et il se mit à rire. Il étala devant moi des tarots en un parfait arc de cercle. Je choisis une carte. Je la retournai, elle était vierge. L’homme me sourit, il ramassa le paquet et me laissa la carte que j’avais prise après avoir inscrit quelques mots dessus. Il se leva et disparut.

Je sortis après avoir payé les deux consommations. Au bout d’un moment, je pris la carte dans ma poche et lus « Ne cherche pas. Tu as déjà trouvé. » Je stoppai net. Je me tenais devant les bacs d’un bouquiniste qui soldait son arrière-boutique. Et des CD. J’en achetai un.

Ce soir-là, il faisait chaud. Je mis en marche ma chaîne et écoutai le disque inconnu. Dès que cette musique liquide envahit la pièce, je plongeai en eaux froides et reposantes. Dès lors, je sus, signe astrologique, réponses à mes questions usées et aussi à celles que je n’avais jamais formulées. Tout redevenait simple.

Simple oui. Sauf que je n’ai pas conscience d’un possible passé apaisé. Sauf que je ne parle pas de cela à quiconque, signe, ascendant, influence planétaire. Rien. Puisque l’on sait sans savoir. Pourquoi une question, pourquoi une réponse.

Catherine me montre une carte.

-          J’ai rendez-vous chez ce gars la semaine prochaine. Tu ne veux pas m’accompagner. Il a l’air un peu ridicule avec sa cravate, mais je ne sais pas, je le sens bien. Pas toi ?

Je souris en entendant une voix murmurer en souriant « Ne cherche pas. Tu as déjà trouvé. »  

23 octobre 2013

Le gentil

Il était gentil, c’est ce qu’on disait de lui parce qu’on ne savait pas quoi dire d’autre. Souvent, il répétait en écho ce que les autres énonçaient, comme s’il avait peur d’exprimer une opinion quelconque. Et parfois, il se donnait même la peine d’achever leurs phrases avant qu'ils ne le fassent eux-mêmes.
Oui, il était vraiment gentil, sauf le jour où il tua le chat de sa voisine en lui tordant le cou. Nul ne comprit pourquoi…


3 octobre 2013

La non-rencontre

Je me demande comment j’ai pu coucher avec ce type, un moment d’égarement ; certainement un  un effet des pilules euphorisantes que je prends depuis 15 jours.

La première fois que je l’ai vu, il était en costume et il présentait plutôt bien : grand, brun, les yeux bleus, et cet air d’effleurer la vie sans vraiment y toucher. Une semaine plus tard, nous nous retrouvions dans une chambre d’hôtel. Quand je suis arrivée, la réceptionniste m’a dit que monsieur était déjà dans la chambre. J’ai frappé à la porte en chuchotant mon prénom et il a ouvert.

En le voyant déguisé en petit chaperon rouge,  j’ai failli tourner les talons. Je lui ai juste demandé s’il fallait venir costumée. Il m’a répondu que de toute façon, j’étais déjà déguisée.

Je vous épargne les détails de notre après-midi ; la fête  s’est  illico transformée en fiasco.

Une heure plus tard, il partait furieux en claquant la porte de la chambre, son costume de petit chaperon rouge sous le bras. Quant à moi, je suis restée allongée sur le lit, aussi inerte que la grand-mère du conte. Mais qu’est-ce qu’il aurait voulu, ce crétin ; que je me transforme en loup ?

 

17 septembre 2013

Le Renoir

Elle avait vite fait le tour de cette minuscule foire à tout de province. Seul un tableau l'avait séduite. En y regardant de plus près on aurait même dit un Renoir. Ce coup de pinceau si particulier. Quand elle demanda le prix au vendeur, il lui annonça dix euros.


-    Dix euros ! répondit-elle en écho.
-    Oui, pourquoi ? C’est pas assez cher ?
-    Si, si, l’assura-t-elle.
-    Depuis le temps que j’ai cette croute au grenier et que je veux m’en débarrasser !


Elle repartit ravie, la « croute » sous le bras. En arrivant chez elle, elle plaça le tableau sur la table, l’examina attentivement et passa délicatement le doigt sur la peinture. Vraiment un joli coup de pinceau. C’est ce que lui dit aussi un ami, collectionneur, qui la pressa de le faire expertiser. Quinze jours plus tard, elle apprenait qu’elle était l’heureuse propriétaire d’un Renoir qui lui avait coûté 10 euros.

14 août 2013

Le retour

Aussi loin qu’il se souvenait, il avait toujours aimé faire souffrir. Il se rappelait le regard apeuré de sa cousine lorsqu'il avait achevé, de ses mains, l’oiseau visé avec le petit lance pierre qu'il s'était fabriqué. Quand elle avait hurlé, il lui avait plaqué la main sur la bouche en jurant qu'il lui ferait subir le même sort si elle continuait à crier. En sentant sa chair chaude palpiter contre lui, quelque chose s'était passée et ce quelque chose là, il avait fallu qu'il le retrouve, encore et encore.


Il n'avait jamais eu ni honte, ni remords ; il était le plus fort. Torturer le faisait jouir. La première fois qu’il avait tué, c'était arrivé par hasard, et puis il y avait pris goût. Il se souvenait de la robe jaune de la première fille, le jaune l'excitait. Elle avait voulu s’enfuir, sa robe s'était accrochée aux ronces et il avait vu, sous le bustier déchiré, sa poitrine qui se soulevait par saccades. Il aurait juste pu la violer, mais elle l'avait regardé jusqu'au bout, ses yeux bleus plantés dans les siens et il savait qu’elle l’aurait dénoncé.


Jamais la police ne l’avait soupçonné. La seule erreur qu’il avait commise, c’était de retourner sur les lieux de son enfance. Après sept ans d’absence, sa mère l’avait vu revenir sans plaisir ; il ressemblait trop à son père. Dès son arrivée, elle lui avait demandé quand il repartait, et il était sorti en claquant la porte. « Le retour du prédateur, tu t'en souviendras », pensa-t-il méchamment. Il fit un tour dans le village, l’air désœuvré, pour s’arrêter enfin devant la boulangerie, il avait faim. C’est là qu’il la vit, à côté de la caisse. Elle le reconnut tout de suite. Elle avait juste dit « C’est toi ? », et sa voix avait tremblé. Il avait répondu quelque chose de banal et avait soupesé ses deux seins du regard. Il s’était rappelé sa chair chaude comme le pain et la sève était montée d’un seul coup.


Le soir, il avait attendu la fermeture du rideau de fer, tapi derrière un mur et puis il l’avait suivie. Elle semblait ne pas l’avoir remarqué et avançait en balançant ses hanches. Elle prit la route du cimetière, les maisons s’espaçaient et c’est au bout de la rue qu’il lui attrapa le bras en l’attirant à lui. Il lui mit une main sur la bouche, puis il la força à le suivre vers le bois. Elle lui opposa moins de résistance qu’il ne l’aurait imaginé. Ce qu’il se passa après, il ne voulut jamais en parler, même à son avocat…

PS : nouvelle petite pause estivale de quelques jours

 

19 juillet 2013

Le corps d’athlète

Hier, son mari s’est allongé sur le palier du premier étage et il a commencé à faire de vagues mouvements avec ses jambes. Elle s’est inquiétée.

-   Qu’est-ce que tu fais ?

-   Je me sculpte un corps d’athlète ! a-t-il répondu

-   Tu crois que tu vas y arriver ?

-    Occupe-toi de tes fesses ! a-t-il conclu.

Une fois dans la salle de bain, elle  a regardé ses fesses, dans toute la crudité de la lumière blanche. Oui, effectivement, ses fesses ramollissaient…

16 juillet 2013

Duo

Aujourd'hui, duo de juillet avec Caro-carito du blog les heures de coton. Les consignes étaient les suivantes : utiliser cette phrase de Christian Bobin - Les jambes de vingt ans sont faites  pour aller au bout du monde.  Tout au moins je le croyais - et nous inspirer de cette image.

Ci-dessous, vous pouvez lire son texte ; quant au mien, il  est sur son blog.

 

Paris, juillet 2013

Un pas devant moi

Je l’ai toujours connu et, en même temps, je ne le connais pas vraiment. Nous avons grandi côte à côte. Un seul mur partagé par nos maisons mitoyennes, un grillage vert entre deux rectangles de pelouse traçait une limite fragile entre nous. Une frontière que brisait l’ombre du vieux prunier.

Je le suivais partout dans sa course jamais interrompue : le long de notre rue, de la maternelle au lycée, sur les bancs du stade où il lançait un javelot, toujours plus loin. Un pas derrière lui quand il me traîna dans ma première boum. Et aussi plus tard quand je faillis le planter là, au milieu du trottoir, avant de le suivre dans cette soirée embuée de fumée de cigarettes. Ce soir-là et d’autres par la suite, au cours desquels son visage émergeait, souriant, rieur. Deux yeux sombres, sans une once de concession. Faits pour foncer. Avertissant tous ces gens qui se révoltaient tranquillement avant de se fondre dans une vie sans relief de ne pas s’y frotter. Je restai. A ses côtés, moi l’indécise, je me découvrais étrangement vivante, en relief.

Il est parti, déroulant sa vie sans hésiter. On the road*. Je m’inscrivis à la fac la plus proche, Valenciennes. Nous ne croisions plus, ni à Noël que j’évitais, ni pendant l’été, il baroudait toujours ailleurs. Je reçus juste une carte d’anniversaire avec sa signature, un bisou chiche et cette phrase « Les jambes de vingt ans sont faites pour aller au bout du monde.  » Je décidais de l’oublier puisque tout s’efface, mais je gardais la phrase, prenant un billet pour l’Inde, puis la Hongrie… la Nouvelle-Zélande. Le bout du monde, ça fait toujours un but. Un jour, ses parents ont déménagé, les miens se sont séparés. Il est devenu un de ses visages qui apparaissent sans raison au milieu de nos pensées et sur lequel on n’arrive pas à remettre un nom, un lieu, une anecdote. Le passé nous échappe si aisément.

Je sais que sans lui, je n’aurais pas mis un pied devant l’autre, je n’aurais jamais osé avancer, décider, croire. Je serais restée là, le nez en l’air, les mains dans les poches. Les traces que les autres laissent en nous, on ne sait pas les reconnaître ou on ne veut pas vraiment. Dans cette ville d’enfance, grande comme un mouchoir de poche, nous nous sommes retrouvés, nos enfants déjà adolescents, nouveaux conjoints ou relation sur le fil de nos quarantaines. Sur nos smartphones, nos parents avaient des cheveux blancs et semblaient avoir rétréci.

Nous nous sommes retrouvés. Lui marchait toujours un pas devant moi, même si les routes deviennent plus incertaines au fil des ans. Il fut facile de fixer une heure pour se retrouver au Gibus. De s’y rendre à chaque fois que l’un de nous débarquait. Quand nous sommes entrés dans ce bar au décor identique, il a commandé une queue de singe ; le patron a rigolé : « Tiens, v’là les anciens. » « La première fois que j’en ai goûté un, j’ai détesté, mais bon ça faisait classe, non. » Je murmurai un vague assentiment, j’avais été une abonnée fidèle du lait fraise. Après était venu le moment des bières ou des cafés bien serrés en journée. Je posais ma tête contre son épaule. Comment faisions-nous pour ne pas voir que nous avions vieilli ? Nous parlions à demi-mot d’eux, famille, travail, ennuis ; nous évoquions aussi nos envies, nos rêves, nos erreurs.

Lors d’une fête chez des potes ou un cousin, ce fut l’occasion de découvrir nos conjoints, revoir nos parents. Ma tante se pencha vers moi alors que Marc allait me chercher un verre. J’eus un léger mouvement de recul, allait-on encore me demander pourquoi nous n’étions jamais sortis ensemble, me ressasser le « Vous êtes si mignons ensemble. » À 48 ans, on ne tombe pas amoureuse d’un gars qui aura toujours 16 ans.

Il y eut simplement ces mots : « Vous ne vous êtes pas vu pendant un bon moment. » J’ai hoché la tête. Comment expliquer qu’il avait toujours été là, un pas devant moi.  En me quittant et me donnant cette phrase, il avait fait que la gamine paresseuse que j’aurais pu être, nez en l’air et prête à ne rien faire, soit autre. Qu’il soit présent ou que son absence ne se tisse que de quelques mots, je lui avais toujours emboîté le pas.

 

* sur la route

15 juillet 2013

Voler

Moi, je voulais être hôtesse de l’air mais je n’ai pas pu. J’avais les langues mais pas les mensurations, aucune compagnie ne m’a acceptée. Du coup j’ai fait une dépression et je suis allée voir un psychiatre. Au troisième rendez-vous il m’a dit : quand un projet  bat de l’aile, il vaut mieux en faire son deuil ! Vous, ce qu’il vous faut, c’est voler de vos propres ailes.  

10 juillet 2013

Alain

A chaque fois qu’elle rencontrait un homme, elle ne pouvait s’empêcher de l’appeler Alain.

Avec le dernier en date – qui s’appelait Tristan – L’aventure avait tourné court ; non parce qu'il ne voulait pas se faire appeler Alain, mais parce qu'il avait décidé de l’appeler « Mathilde » alors qu’elle s’appelait  Hélène.

2 juillet 2013

La marelle

Elle jouait toute seule à la marelle sur le trottoir, juste devant le numéro 13. Elle allait lancer sa pierre plate quand un homme en uniforme de policier s’approcha d’elle.

-          Tu ne sais pas que c’est interdit d’écrire à la craie sur les trottoirs ?

La petite fille regarda le policier engoncé dans son uniforme bleu sombre et ne répondit rien. Il insista.

-          Tu sais que je pourrais t’emmener au poste pour ça ?

La petite fille se taisait toujours mais son visage pâlit.

-          Elle est là ta mère ? demanda le policier d’un ton brusque.

-          Non, elle est partie faire des courses.

Il observa la marelle d’un air pensif, puis il demanda à la petite fille.

-          Donne-moi ta pierre.

Elle la lui donna et le policier lança la pierre directement sur le ciel.

-          C’est de la triche ! S’écria-t-elle.

 Il la considéra amusé.

-          Tu ne vas quand même pas donner des leçons à quelqu’un qui représente la loi ! A mon âge, j’ai bien le droit de brûler les étapes et d’aller au ciel, conclut-il.

Soudain, elle vit le policier  s’élancer à cloche-pied sur la marelle. Elle était contente parce qu'elle savait  qu'une fois arrivé au ciel, il disparaîtrait. Sa mère lui avait toujours dit que c’était ce qui arrivait aux gens qui trichaient. Bien fait pour lui !

 

 

 

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