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21 décembre 2024

Memoranda

 

Julien lui avait dit : « Rendez-vous à Memoranda à 10 h ».

 

A 10 h, il n’était pas là, ni à 11 h, ni à midi. Juliette est sortie de la librairie avec une série de livres de Freud et Jung sous les bras, peut-être qu’eux sauraient. Les jours ont passé. Des rêves sont arrivés avec leurs revenants qui vivaient dans des pays lointains. Elle a ainsi rencontré un enfant perdu qui l’a terrifiée et puis elle a quitté la porte des livres pour se promener au pays des hommes. C’est là qu’elle a retrouvé Julien. Il ne se serait pas arrêté si elle ne l’avait pas appelé.

 

  • Alors ? a-t-elle dit.
  • Alors quoi ?
  • Notre rendez-vous à la librairie Memoranda il y a un mois.
  • Ah oui, excuse-moi, j’avais écrit le rendez-vous quelque part pour m’en souvenir, puis j’ai perdu la feuille.
  • Et le téléphone portable ?
  • Perdu aussi.
  • Je vois. Au revoir Julien, et à jamais, aucun rendez-vous n’est possible avec des hommes qui habitent au pays de nulle part.

 

En descendant l’avenue de la liberté, elle s’est demandée comment elle avait pu aimer cette transparence qui habitait Julien des pieds à la tête. « Si loin de lui, si loin du monde », -a-t-elle pensé, Puis elle a aspiré l’air du large qui entrait dans la ville de Brest. Elle devait partir, il était temps.

 

PS : prochain texte, jeudi

 

5 avril 2025

La dentiste

 

 

Ces derniers temps, lorsqu’il allait chez la dentiste, il n’était pas rare qu’il reste trente minutes la bouche ouverte, moments pendant lesquels la dentiste en profitait pour soliloquer sur son mari, ses deux enfants, sa belle-mère, la vie en général.

 

Lors de son dernier rendez-vous, avant de régler sa facture avec la secrétaire, il a tout de même osé dire à sa dentiste.

 

  • Je n’ai jamais pris le temps de vous répondre car j’avais la bouche ouverte, mais dites-moi : comment allez-vous ?
  • C’est amusant que vous me posiez cette question, vous êtes le premier. Hélas, je n’ai pas trop le temps de vous répondre, je dois accueillir le client suivant.
  • Eh bien, soyez brève.

 

Après l’avoir observé un instant, elle conclut en souriant, et elle avait de très belles dents.

 

  • Tout d’abord, je dois dire que je vous préfère la bouche fermée, vous avez même une certaine classe. Pour répondre à votre question, je vais comme tout le monde avec des hauts et des bas. Plus de bas ces temps-ci, alors j’en profite pour vous raconter ma vie.
  • Ah. Vous savez que je suis psychologue ? Donc si vous souhaitez me parler plus longuement, passez donc dans mon cabinet.
  • Mon dieu, j’avais totalement oublié que c’était votre profession.
  • Venez me voir au cabinet et on parlera de tout ça. Là-bas, non seulement je serai tout ouïe, mais je pourrai ouvrir et fermer ma bouche à volonté ; je pourrai donc  vous poser une ou deux questions, cela vous permettra d’ avancer un peu dans l’analyse de votre vie.

 

Elle l’a remercié et il s’est dirigé vers la secrétaire alors que la dentiste appelait le client suivant en se demandant si elle prendrait la peine d’aller voir ce client psychologue.

 

PS : prochain texte, mercredi.

21 janvier 2026

Les détours de langue

 

Depuis quelque temps, Paul avait une étrange façon de prendre parfois un mot pour un autre, ce qui donnait lieu à des quiproquos des plus surprenants.

Lors d’une conversation en tête à tête il lui avait dit.

  • Tu sais que c’est l’anniversaire de Marianne le 3 février et qu’il va falloir se cautériser.
  • Euh, ah bon, mais dis-moi ça va être douloureux alors !
  • Tu ne serais pas un peu radin, toi ?
  • Je ne crois pas. Enfin…
  • Ne te prends tout de même pas pour un bouc hémisphère.
  • Euh non, mes deux hémisphères fonctionnent plutôt bien. Et quelle somme on donne ?
  • Le rien est l’ennemi du bien, tu sais.
  • Ah oui ?
  • 10 euros minimum et jusqu’à 40 si tu as un grand réservoir.
  • Je ne suis pas banquier…

Et la conversation avait continué jusqu’à ce que Paul conclue par

  •  Les phrases parfois prêtent à effusion.
  • Euh tu veux dire confusion plutôt, c’est ça ?
  • Oui, sans doute, mais bon entre l’effusion et la confusion il n’y a qu’un petit pas pour éviter les collisions d’intérêts.
  • Si tu le dis. Tiens, voilà 15 euros puisque c’est toi qui t’en occupes.

Lorsqu’il avait quitté Paul, il s’était tout de même demandé ce qu’il devait lire dans ce jeu d’autos tamponneuses avec les mots. Etrange tout de même, et si Paul devenait sénile avant l’âge ?

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

1 avril 2025

Rencontre

 

 

Elle l’avait rencontré au jardin botanique, juste en face du plan d’eau où elle apercevait, au loin, un carrousel. Tous deux étaient assis sur le même banc. Elle lisait un livre de Jane Austen* - Orgueil et préjugés - et lui un policier intitulé « Comment j’ai tué ma femme ». Comme elle s’était endormie et que son livre était tombé à terre, il l’avait ramassé et en avait tourné quelques pages ici et là puis ils s’était attardé sur cette citation qu’elle avait soulignée : «  Je déclare qu’après tout, il n’y a pas de plaisir qui vaille la lecture ! »  A son réveil, il  lui avait tendu son livre et avait dit.

 

  • Votre livre était tombé. D’habitude, je prends du « brise-souci » pour me soustraire à cette réalité qui me tue, mais le livre, c’est pas mal aussi
  • Un brise-souci ? Pour ma part je préfère les livres à la drogue ou l’alcool. Mais vous avez  bien raison, il y a des vérités qui sont bien trop lourdes et dans la vie, il est plus facile de faire l’expérience du malheur que celle du bonheur.

 

Il lui avait souri, s’était levé et avait conclu en disant.

 

  • Je vous ai laissé mon numéro de téléphone dans votre livre si vous voulez qu’on échange des titres de roman.

 

Elle l’avait remercié en ajoutant.

 

  • Pourquoi pas un rendez-vous au café du jardin botanique, bientôt. Je garde précieusement votre numéro. Au revoir.

 

En marchant à grands pas il s’était demandé si elle l’appellerait. Sans doute, avait-il réfléchi, car il avait lu dans ses yeux clairs, le reflet d’une vie trop tranquille.

 

* Si vous en avez l’occasion, allez voir le film intelligent, drôle et romantique « Jane Austen a gâché ma vie. » (https://www.youtube.com/watch?v=uoiW2NggkCw)

PS : prochain texte, samedi.

 

 

29 mars 2025

Quand parlera-t-on de paix ?

 

 

Je ne sais pas si la Russie « représente « une menace existentielle pour notre société »  mais je sais que « l’instinct phallique et capitaliste sauvage » des hommes qui gouvernent nos pays en est une.

A quand une longue consultation psychologique obligatoire avant de se présenter comme président ? Le livre de Patrick Weill « un fou à la maison blanche » - qui fait allusion au président américain Woodrow Wilson - est édifiant.

Ce grand armement qui suppose protéger nos pays européens des troupes russes est d’abord et avant tout la mort de nos politiques sociales et environnementales. C’est aussi la fin de la jeunesse pour qui l’armée sera représentée comme le fer de lance de l’emploi. Un point positif pour notre économie française en souffrance : le chômage disparaîtra, vu le nombre de morts à venir, et nos ventes d’armes françaises augmenteront - nous sommes le troisième pays vendeur d’armes au monde.

L’Europe deviendra donc une maison de retraite surdimensionnée – dépourvue de personnel mais on fera appel aux migrants que Frontex avait expulsés – auquel on ajoutera un grand hôpital psychiatrique – pour les traumatisés de la guerre – et un énorme hôpital "public" européen pour les blessés de guerre. Évidemment le personnel sera au compte-goutte et on devra faire appel aux médecins d’Afrique ou d’ailleurs !

Quand je pense que notre n-ième ministre de l’Éducation nationale prétend lutter contre la violence et le harcèlement dans les écoles alors que le président pro-guerre dont elle dépend rêve d’envoyer nos jeunes au front. Quelle honte !

Mais quel sens donne-t-on à la vie dans le monde qui est le nôtre ?

 

PS : prochain texte, mardi.

 

 

 

 

26 mars 2025

Le vrai nom et le faux nom

 

Le psychiatre regarde et écoute son nouveau patient de l’unité 2. C’est un homme jeune, grand, barbu, habillé de vêtements d’un autre âge qui dit s’intéresser aux hommes comme certains s’intéressent aux animaux : les décrire, les classer, les étudier sont ses principales activités. Par contre, il ne leur parle jamais. Et il explique pourquoi au médecin.

 

  • A quoi bon le faire si les hommes s’obstinent à fermer les yeux ?  Surtout, dites bien au personnel et à vos patients que je m’appelle Jean Baptiste Gabriel, mais à vous, je peux dire la vérité : mon vrai nom, c’est Dieu.

 

Puis il conclut.

 

  • On ne peut faire confiance à personne en ce bas monde, même pas à soi !

 

Le psychiatre hoche la tête et lui assure qu’il gardera le secret. A la fin de l’entretien, le patient met ses écouteurs sur les oreilles et sort la tête haute.

 

Une fois seul, le psychiatre se dit que non, celui-ci ne peut pas être Dieu, car Dieu ne se mettrait jamais d’écouteurs dans les oreilles.

 

PS : prochain texte, dimanche.

 

22 mars 2025

Le « con-circulaire »

 

Tout d’abord, il me faut avouer que les cinq phrases entre guillemets et en caractères gras de ce texte ont été empruntées à Jean Michel, du blog    textes et intertextes ( https://textes-et-intertextes.blogspot.com/2025/02/parlez-moi.html#comment-form )

 

 

Tout le monde dans le groupe de théâtre donnait à Jean le surnom de « con-circulaire », mais lui ne le savait pas, bien sûr. Nous sommes souvent les derniers à apprendre ce que les autres disent de nous.

 

Olivier, dernier arrivé de ce groupe de théâtre amateur finit par poser la question à Romuald et Marie qu’il croisa un jour, par hasard, à la terrasse du café des poètes.

 

  • Alors Olivier, le théâtre, pas trop dur au début ? lui demanda Marie.
  • Euh, à part les problèmes de mémoire et le stress… mais je ne suis pas le seul. Je crois que Jean lui aussi n’est pas toujours à l’aise.
  • Notre ami le « con-circulaire » tu veux dire. Oui, il rame un peu. Souvent la prof lui dit « Restez concentré, restez avec moi ».

 

 Marie ajouta comme s’il s’agissait d’un alexandrin.

 

  • « /Vo/tre/ peau /est/ un/ blanc/ de/ vo/lai/lle/ po/ché/ ! » C’est fou ce qu’il est blanc, Jean, vous ne trouvez pas ?
  • La prof serait contente de t’entendre déclamer ainsi ce merveilleux alexandrin de ta création, dit Romuald.
  • Mais pourquoi vous l’appelez le « con-circulaire », Jean ? demanda Olivier.
  • C’est une de mes idées parce que Jean tourne toujours autour du pot quand il veut poser une question à la prof. Et je crois que parfois la prof trouve ses questions un peu connes.

 

Olivier sourit poliment sans rien dire, de peur d’être lui-même traité de con-circulaire ou de con-débonnaire ou de con tout court ! Au bout d’un moment de silence Marie ajouta.

 

  • Comme Romuald souvent le dit : « Ce n’est pas le sujet et c’est parfois un complément. »
  • C’est-à-dire ? demanda Olivier.
  • Un complément de la vie qui est la nôtre sur scène.
  • Mais dis-nous Olivier, « question d’amour, d’humour, d’humeur », tu en penses quoi du théâtre ?

 

Le visage d’Oliver passa à l’écarlate et il se tut. Marie insista.

 

  • Alors ?
  • Vous voulez que je la joue con-circulaire ou con tout court ? essaya de plaisanter Olivier.
  • Va pour le con tout court, dit Romuald.
  • Parfait, c’est ce que je fais le mieux. Eh bien, le théâtre pour moi c’est « tâtonner sur les bosses et dans les creux » et m’emmêler les pinceaux. Je me sens si mal sur scène que je n’ai qu’une envie : descendre et laisser ma place. Humeur triste donc, humour noire, quant à l’amour…

 

Marie attendit un instant et finit par lui dire lentement.

 

  • Pas con et  honnête ce que tu dis. Je ne sais pas si j’aurais pu être aussi honnête que toi à mes débuts.

 

Et Romuald conclut.

  • Bon, tu n’as rien d’un « con-circulaire », Olivier, ni d’un con d’ailleurs, je te rassure. Bienvenu au pays du théâtre et, comme le disait Jules Renard :  "Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie"

 

PS : prochain texte, mercredi.

 

18 mars 2025

ELECTION OU ERECTION ?

 

 

Son amie Jocelyne lui avait fait un bien étrange discours la semaine dernière, si étrange qu’elle avait eu du mal à la croire.

Elle avait commencé ainsi.

 

  • Tu vois, entre érection et élection, seule change la consomne, et dans ces deux mots si proches, il faut lire le pouvoir et la domination. 

 

Je l’ai laissée continuer pour voir jusqu’où elle irait.

 

  • Donc, je me dis que notre président, et ceux qui l’ont précédé,  ont remplacé avantageusement – dans la durée -  une chose par une autre.  Le nôtre dort trois heures par nuit, alors il a de quoi mouliner et refaire son royaume. D’ailleurs la preuve c’est que maintenant il se met en scène comme chef des armées.
  • Aucune vie sexuelle donc ?
  • Non, un peu d’ecstasy, un peu de coc et du cannabis, comme beaucoup d’hommes « au sommet ».

 

Jocelyne l’étonnait. Elle, naïve comme elle était, jamais elle n’aurait imaginé que les êtres qui nous gouvernaient laissaient de côté notre « drogue nationale », l’alcool, pour d’autres drogues venues d’ailleurs.

 

  • Mais Jocelyne, comment cette idée t’est-elle venue ?
  • Je connais des femmes de gens de pouvoir moi madame !
  • Toi, une simple prof ?
  • Justement, la femme du président n’était-elle pas prof ? Voilà pourquoi.
  • Je vois.

 

Et la conversation a continué sur ce terrain-là jusqu’à ce qu’elle  demande à Jocelyne.

 

  • Et bien parle-lui en, à elle ?
  • Elle qui ?
  •  La femme du président.
  • Euh, je la connais très peu, mais pourquoi pas ? A ton avis, quelle question dois-je lui poser dans la lettre que je vais lui écrire ?
  • Une question simple : Pensez-vous que votre mari voudrait faire un troisième mandat ?

 

Son amie l’a observé, a réfléchi l’espace d’une minute et a conclu.

 

  • Chiche. Mais je transformerais ta question fort imprécise en : les élections présidentielles nuisent-elles aux érections présidentielles ou est-ce l’inverse ?
  • Si tu veux, c’est toi qui décides car c’est toi qui la connais un peu. Moi les érections du président…
  • Pourtant tu dis toi-même que ce mec est un va-t’en guerre.
  • Oui, et alors ?
  • Alors c’est parce qu’il veut être réélu d’une façon ou d’une autre. S’il allait voir un sexologue, il nous ferait moins chier avec le mot guerre qu’il avait déjà utilisé avec le COVID. Tu te souviens du « Nous sommes en guerre » ? D’ailleurs, s’il était allé voir un sexologue au moment du COVID, il ne se serait même pas présenté une deuxième fois.
  • Tu crois ?
  • J’en suis sûre.

 

En rentrant chez elle en métro, il lui est revenu en mémoire tous ces hommes de pouvoir qui nuisaient gravement à la santé des citoyens de ce monde. Elle a pensé à tous ceux qui ont été ou  sont dans le bal des faux-culs, disant préparer la paix alors qu'ils préparent la marche pour « la solution finale ».

 

PS : prochain texte, samedi.

19 janvier 2026

Le brouillon

Dans son enfance on lui avait donné le surnom de « brouillon », sa vie elle-même  n’avait - elle été qu’un brouillon ?

Le jour de ses quarante ans, avant qu’il ne souffle ses quatre bougies, son père lui avait dit.

  • Quand tu étais petit, tu écrivais comme un cochon, adulte pareil, mais quand vas-tu changer ? Vous le savez, vous, les enfants, quand il va changer ?

Il n’avait rien répondu - que répondre à un vieux père qui vous voit toujours, à 40 ans, comme le mauvais brouillon de votre enfance – mais il avait eu une furieuse envie de lui mettre son poing dans la figure. Chose qu’il n’avait pas faite, bien sûr, car sa femme et ses deux enfants étaient présents, sans parler des ses deux sœurs et de leurs familles.

Sa mère, comme à l’habitude, s’était tue, mais de sa mère, il n’attendait plus rien car il y a bien longtemps qu’elle s’était réduite au silence.

 

PS : prochain texte, mercredi.

15 janvier 2026

L’invité du président

 

Quand Brigitte a su que son mari avait invité Donald, elle  lui a dit.

  • Tu es sûr, c’est tout de même ennuyeux.
  • Ennuyeux ?

Emmanuel dans son obstination habituelle n’a rien voulu annuler et Donald est arrivé, sans son épouse, par un soir enneigé de janvier dans leur maison luxueuse où le feu crépitait dans la cheminée.

Dès son arrivée, Donald a dit – la conversation s’est tenue en anglais mais je vous en livre ici même la traduction intégrale.

  • Tu as aimé mon imitation de toi, Emmanuel ? Super, non ? Attention, je t’ai dans le viseur ! Tu sais qu’il faut tuer le droit international. Tu es OK ?
  • Euh… l’Europe… euh…
  • Je baise l’Europe Emmanuel.
  • Ah… euh…
  • Je sais que t’as aimé mon coup d’éclat avec Maduro, mais je peux faire encore mieux !
  • Euh, pourtant le Brésil…
  • Le Brésil sans Bolsanaro est un pays de merde, on va mettre au pouvoir le fils de Bolsonaro, Eduardo, ça c’est bien !
  • Mais le Mexique…
  • Le Mexique, c’est le narcotrafic  Emmanuel et La pauvre présidente fait rien, je vais envoyer quelqu’un d’autre à sa place, on va voir ça très vite, mais tout de suite, cap sur le Groenland.
  • Euh, tu parlais aussi de Cuba et…
  • J’attends trois mois pour Cuba. Et à la présidence on aura Marco Rubio, un homme dynamique qui déteste les communistes et dont les parents sont de Cuba. Mais d’abord et avant tout le Groenland !
  • Le Groenland fait tout de même partie de l’OTAN, à travers le Danemark.
  • Oui, mais j’élimine le Danemark, alors l’OTAN on s’en fout ! Et puis, l’OTAN, c’est moi !
  • Je vois Donald. Alors pourquoi tu viens me voir puisque tu sais déjà ce que tu vas faire.
  • On y arrive et tu vas voir, c’est mega-génial mon idée ! Ya combien de pays dans l’Union Européenne ?
  • 27.
  • Alors, voilà l’idée : 27 États supplémentaires aux États Unis.
  • Je ne comprends pas Donald.
  • C’est pourtant simple. Les 27 états européens vont se trouver sous la bannière des Etats Unis. Génial, non ?

A ce moment-là, Brigitte a toussé car un morceau de viande lui est passé en travers de la gorge, et elle essayait de l’extirper avec difficulté. Emmanuel s’est levé afin de l’aider mais Donald lui a dit immédiatement.

  • Laisse tomber, assieds-toi ! T’as vu l’âge qu’elle a ? Faut rayonner Emmanuel. Prends une jeune. T’as vu Melania ? Elle est bête, oui, mais elle présente bien, au moins.

Brigitte en ayant fini avec son morceau de viande lui a dit énervée.

  • Et vous, vous avez quel âge Donald ? Bientôt 80, non ? Et vous qui aimez les blancs, vous avez le visage rouge, très rouge, très très rouge. Bientôt l’infarctus peut-être.

Donald s’est tourné vers Emmanuel.

  • Divorce. Elle est moche et chiante.

A ce moment-là, Brigitte est sortie de table, et le monologue animé par Donald le méga-narcissique a suivi son cours. Emmanuel, ayant oublié ses médocs, était incapable d’accompagner le show. 

Deux heures plus tard, quand il entré dans la chambre de Brigitte, il a dit à de multiples reprises.

  • FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK, FUCK..

Ce à quoi Brigitte a répondu.

  • Il aurait fallu lui dire FUCK quand il était là ! Trop tard ! Et moi aussi je te dis FUCK Emmanuel ! Bonsoir et ferme la porte derrière toi.

 

PS : prochain texte, lundi.

 

12 janvier 2026

Notre Sainte Mère l’église

La dernière fois qu’elle est entrée dans une église, elle est allée droit vers Marie, un besoin de lui parler. Une fois devant la vierge, elle n’a cessé de rire, ce qui a immédiatement fait sortir  le curé de sa sainte sacristie.

  • Madame, arrêtez de hennir, lui a-t-il dit.

La jeune femme lui a répondu illico.

  • Hennir, monsieur le curé ? Je ne suis pas une jument.
  • Oh, vous me comprenez, a-t-il répondu, énervé.
  • Peut-être, mais vous pas. Rire, ce n’est pas entrer dans le règne animal.

La jeune femme a pensé que si cet imbécile de curé orchestrait ses sermons autour de l’humour il aurait sûrement plus de monde à l’église que les trois pelés et un tondu qu’elle avait aperçus, sortant de la messe, le dimanche précédent.

  • Pensez-vous que préparer un sermon devrait être ouvrir les vannes de l’humour ? a demandé le curé étonné.
  • Eh bien oui. Peut-être que Jésus avait de l’humour, lui ?

Le jeune curé – elle lui donnait une trentaine d’année – a rougi puis a rétorqué.

- Entre l’humour et l’Amour de Jésus pour les hommes, il n’y a nul gouffre. D’ailleurs humour rime avec Amour.

- Effectivement et, si je peux me permettre, l’humour est le chemin vers l’émancipation et le plaisir.

- Peut-être, qui sait ?

- On a l’impression, à entendre votre première phrase à mon égard que femme qui rit, femme déraisonnable.

- Absolument pas. Mais vous riez si fort devant cette magnifique sculpture de la vierge Marie que cela m’a surpris, cela m’a presque fait peur d’ailleurs. Et que trouviez-vous si drôle ?

- C’est l’enfant souriant que je trouvais drôle, et l’opposition avec sa mère, si sérieuse.  Et cela m’a rappelé un épisode de mon enfance avec ma tante Marie qui était très belle, elle aussi.

Ils se sont tus un instant. Le curé regardait le visage rond, plein, et séduisant de cette jeune femme qui sans doute avait le même âge que lui. Deux mondes différents a-t-il pensé, mais sommes-nous si éloignés que ça ?

  • Sans doute vous rendez-vous de temps en temps en notre église ?
  • Jamais. Je suis athée pour tout vous dire.

Il a souri et a conclu.

  • Les chemins des athées parfois rencontrent ceux des croyants. L’athéisme est à tes souhaits ce que la croyance est à moi-même, peut-être.
  • Euh... un peu d’autodérision monsieur le curé ?
  • Eh bien j’essaie de conclure avec un chemin de paix. Revenez   donc me voir en mon église, un dimanche ou un autre jour, si vous avez le temps.

Elle l’a observé un tantinet surprise. Ce jeune homme sérieux sous sa soutane avait, il est vrai, un charmant visage.

  • Je n’hésiterai pas monsieur le curé, d’autant que j’habite dans cette très belle ville depuis neuf mois. Par contre, pour que j’assiste à votre prochain sermon il vous faudra faire preuve d’humour et peut-être que…  Tenez, nous sommes lundi. Il vous reste encore cinq jours pour entrer dans le royaume de l’humour. A dimanche, donc, dit-elle, et elle est partie.

Le jeune curé l’a observée remonter la nef et s’est souvenu de l’entrée dans l’église d’un jeune couple qu’il avait marié trois semaines auparavant. Comme ils étaient beaux tous les deux. Etrange ce qu’il avait ressenti ce jour-là, et puis aujourd’hui, à nouveau cette émotion si particulière. Il devait vraiment penser à introduire l’humour dans son prochain sermon, il est sûr qu’ainsi elle reviendrait.

 

PS : prochain texte, jeudi.

17 décembre 2024

Cynisme

 

A quand la Sécurité sociale de la mort ? Quand les morts auront des dents, sans doute ! Oui, il semblerait que les portes soient grandes ouvertes à la compétitivité funéraire. Le funéraire, un monde paradisiaque pour notre société capitaliste avancée, où l’on fait payer le maximum, même si vous demandez le minimum. Je l’ai vécu avec le décès de mon père. Évidemment, en ce qui concerne les profits, il y a aussi le pré-funéraire : les EHPAD !

 

 Aujourd’hui, le capitalisme passe aussi à l’assaut des crèches, pourquoi pas ? Nous allons vers un monde meilleur où les enfants tomberont malades en crèche pour cause de maltraitance, ou peut-être  même y mourront-ils, comme on meurt en EHPAD, sauf que mourir en crèche, c’est un peu tôt, non ?

 

Je me demande – cynique que je suis -  si nous ne sommes pas à deux petits pas du « paradis du capitalisme », ce monde où seuls les ultra-riches pourront vivre, se soigner et avoir droit à l’éducation et à la culture. Quant aux autres…

 

PS : prochain texte, samedi.

10 janvier 2026

De la légion à la liaison il y a un cap

 

Elle n’avait jamais eu la légion d’honneur, dommage, mais pourquoi l’aurait-elle eue d’ailleurs ? Rien de spécial dans sa vie, vraiment rien, à part ses liaisons. Et là, l’honneur n’avait pas souvent été au rendez-vous, c’est d’ailleurs l’horreur qui avait prédominé.

Elle était passée par tous les caps, souvent celui des tempêtes – devenu celui de bonne espérance grâce au roi Jean II du Portugal - le cap Roux, son dernier compagnon était rouquin ; le cap Nord, l’avant dernier était suédois ; celui de Sainte Marie, au Portugal, son cinquième compagnon – portugais – lui avait donné envie de rentrer au couvent, après sa dépression. L’un des rares caps qu’elle n’avait pas connus, c’était le cap « Clear », en Irlande, car, côtés liaisons, elle avait rarement vu la lumière.

Maintenant, elle s’est calmée et elle évite à tout prix les liaisons dangereuses ; il faut dire que l’âge aidant…

Elle se concentre donc, désormais, sur la spiritualité ; un continent qu’elle n’a pas encore visité mais qui, semble-t-il, s’annonce vaste.

 

PS : prochain texte, lundi.

11 décembre 2024

Le quatrième âge

 

A 92 ans, elle se demandait ce qu’elle faisait encore sur terre à part enrichir les actionnaires de cet EHPAD privé où elle résidait.

C’est ainsi qu’elle décida – contre toute attente –  de poser des questions et d’écouter les autres. Parler en EHPAD n’était pas chose facile – tous les résidents étaient sourds sans parler des problèmes cognitifs qui étaient les leurs. Pour les fuir, elle allait au café de l’annexe de l'hôpital juste en face de l’EHPAD et là, que de conversations se tissaient dans l’attente du café ou du jus de fruit. Des histoires de vie mais surtout de maladies, chez des personnes de tous âges. Étonnamment, ces récits l’apaisaient car à chaque fois elle se disait : « Je suis vielle, certes, mais quelle chance j’ai eu dans ma vie de ne jamais être malade ! »

 

PS : prochain texte, vendredi.

 

16 mai 2024

Enterrement

Enterrement

Moi, les enterrements, ça m‘ouvre l’appétit, sans parler de la cérémonie  qui me donne envie de pleurer. Evidemment, c’est plus simple de pleurer pour les morts que pour les vivants. Je me demande, d’ailleurs, si à chaque fois que je vais à un enterrement, je ne  pleure pas sur ma propre  mort. Quand je sors de l’église ou du crématorium je passe par la case pâtisserie car il me faut un gâteau très sucré – je l’appelle le gâteau  de vie – qui est un  peu le couronnement de la cérémonie mortuaire.

Les enterrements, je connais bien : mes parents, deux frères, une sœur, des amis et puis ma femme, il y a deux ans ; c’est pour ça que j’ai dû trouver un subterfuge pour me sentir mieux.  Sans doute voudriez-vous savoir ce que j’ai mangé après l’enterrement de ma femme ? Eh bien, rien du tout. Je suis rentré chez moi – seul car nous n’avons pas eu d’enfants – et je me suis saoulé la gueule, seul aussi, car je ne voulais pas parler. Parler pour quoi ? Pour dire le contraire de ce que je ressentais, par bienséance ? Pas question.

Depuis que ma femme est morte, je parle beaucoup, beaucoup trop, et à n’importe qui. Etrange pour quelqu’un qui était silencieux. Sans doute que  je  regrette ma femme car elle avait de bons côtés ; le problème c’est qu’elle en avait tellement de mauvais…

Pour moi, la vie continue et je m’accroche comme une mauvaise herbe afin de signer la prorogation de mon bail terrestre, mais jusqu’à quand ?

 

PS : prochain texte, mardi.

21 mai 2024

L'ouverture

L’ouverture

Tous les jours, François, quatre-vingts ans, ouvrait les fenêtres, nu. Les hommes du village en riaient, les femmes moins. Marie, sa voisine d’en face, se rendit compte qu’il allait aussi chercher le journal « la Montagne »  dans sa boîte aux lettres, étrangement accoutré : un tee-shirt cachait le haut de son corps mais rien ne cachait le bas. Un jour, après l’arrivée du facteur, alors qu’il se dirigeait vers la boîte aux lettres, elle se permit de lui dire.

  • Vous ne croyez pas que vous exagérez !
  • J’aère Marie, je fais de mal à personne.
  • Vous savez que c’est interdit par la loi ?

Il lui répondit en souriant.

  • La loi je m’en bats les couilles !
  • Et les gendarmes aussi vous vous en battez les couilles ?
  • Il faudrait déjà que les gendarmes du coin aient des couilles au cul !

Marie partit, et lui resta immobile devant sa boîte aux lettres. Elle l’entendit conclure leur dialogue par : «  Bonne journée Marie, N’oubliez pas de vous aérer de temps en temps, ça fait du bien ! »

PS : prochain texte, samedi.

 

5 mai 2024

Le restaurant

Le restaurant

Lorsqu’Isabelle était gênée - et là, la situation qu’elle vivait confinait au ridicule - elle avait l’habitude de se passer sa langue sur ses lèvres, un geste parfois mal interprété.  En face d’elle, dans un restaurant bon chic bon genre, un compagnon d’un soir - amoureux de lui-même - ne lui laissait pas placer un mot.

Enervée, elle essaya d’adopter une attitude naturelle. L’homme, lui, continuait à parler jusqu’à ce que surgît l’épineux problème de son épouse ; parce qu’il avait une femme aimante, bien sûr, douce, mais « pas assez sexuée », lui dit-il en fixant son regard sur ses seins généreux.

Isabelle détestait déplaire, mais  ce presque inconnu n’était rien pour elle. N’écoutant que son  intrépidité, elle le regarda dans les yeux et décida d’arrêter sa diarrhée verbale.

La dernière et presque seule réplique d’Isabelle au cours de ce dîner fut la suivante.

  • Ecoutez, il faut que vous sachiez trois choses très importantes : d’abord, quand il n’y a pas de gêne, il n’y a pas de désir ; ensuite, si vous ne savez pas pourquoi votre femme se refuse, demandez-le lui car elle, elle saura pourquoi ; et, pour finir, rien ne sert de biaiser, il faut aimer à point. Voilà, bonne nuit monsieur et merci pour ce repas excellent que vous m’avez offert.

Son partenaire d’un soir l’observa  rassembler ses affaires puis il lui lança, presque hystérique : «  Salope… toutes des salopes ! »

 

PS : prochain texte, jeudi.

12 mai 2024

Théâtre

Théâtre

Cette annonce, qu'Isabelle avait lue dans le journal local, avait attiré son attention et grande était la tentation d’essayer l’art du théâtre avec le professeur Periné :

« En couple depuis longtemps ?  Faites du théâtre, vous pourrez ainsi – sans passer à l’acte – avoir le plaisir de  tuer votre conjoint(e)  sur scène, et le tout, en étant applaudi par le public. Venez nous rejoindre. Les cours sont donnés par Jean Périné, professeur de théâtre, maître dans l’art d’être en soi et de sortir de soi. »

Quinze jours plus tard, elle allait au premier cours pour s’inscrire et, grande fut sa surprise de voir que le professeur Périné   n’était autre que le mari de sa sœur, ancien inspecteur de français dans l’éducation nationale, et de son vrai nom : Ragot.

Était-il passé maître dans l’art de changer de personnalité, aussi ?

 

PS ; prochain texte, jeudi.

 

 

9 mai 2024

Comment se consulter ?

Comment se consulter?

Depuis quelque temps, sur la porte du cabinet du  ministre de l’intérieur on pouvait lire cette phrase écrite en noir sur une feuille blanche  :  « Je me consulte, prière de ne pas frapper à la porte. »

Plusieurs bruits couraient à Matignon pour expliquer ce mot : soit le ministre faisait une mini sieste, soit il avait une communication  « personnelle », soit il révisait des dossiers en raison de sa mémoire défaillante, soit… Et la liste des « soit » s’allongeait de jour en jour.

Personne, bien sûr, n’avait posé de question au ministre de l’intérieur, pas même le président, car celui-ci avait pour idée de  « catapulter  »   ce ministre qui semblait vouloir se propulser à une place qui n’était pas la sienne. «  Notre ministre de l’intérieur a besoin d’aller voir ailleurs si j’y suis ! » disait-il chaque jour à son premier ministre qui, lui-même, se demandait combien de temps il resterait à ce poste.

Le président, lui, ne se posait pas de questions, pourtant il ne dormait que 4 heures par nuit. Couché à une heure du matin, il était toujours réveillé à cinq heures par le même cauchemar : un nano-drone arrivait au-dessus de son lit et la voix de stentor de sa mère lui disait : tu as eu peur, hein ?

PS : prochain texte, dimanche

28 avril 2024

Le peintre du dimanche

Le peintre du dimanche

 

Il ne peignait jamais la vie comme elle était, mais aux couleurs de son humeur. Quand il était heureux, les couleurs célébraient la vie. Quand il était triste, la toile était plongée dans une obscurité désolée.

 

A part sur ses toiles, il n’exprimait jamais d’émotions. D’ailleurs, dans le service où il travaillait, on l’avait surnommé « le sphinx ». Il ne s’en offusquait pas.

 

Un jour, il arriva au bureau avec l’un de ses tableaux. Quand il enleva le papier qui l’enveloppait, sa collègue découvrit des jaunes, des rouges, des verts et des oranges qui éclaboussaient la toile.

 

  • Dis-moi, c’est la révolution ! s’exclama-t-elle.

 

Il ne répondit rien.

 

  • Bon, on la met où – demanda sa collègue -  je suis sûre qu’elle va nous donner de l’énergie pour toute la journée.

 

Il désigna le mur en face du bureau de sa collègue et elle y plaça le tableau.

 

  • Comme ça ?
  • Oui.
  • Et comment elle s’appelle ta toile ?
  • Isabelle, dit-il en rougissant.

 

Isabelle comprit alors qu’il était amoureux d’elle.

 

PS : prochain texte jeudi.

2 mai 2024

Fin

Fin

Il était mort le jour de son mariage, juste avant d’entrer à la mairie. La foule  était partie sous un ciel noir.

Le jour de ses funérailles, son père avait dit lors de  la mise en bière : « La seule fois de sa vie où il a pris une bonne décision. Que Dieu lui en soit reconnaissant ! ». Seules sa femme et sa fille avaient entendu, et jamais elles ne lui ont pardonné.

 

PS : prochain texte dimanche. 

18 avril 2024

Clair de lune

Dans les cheveux de ce jeune homme, il y avait souvent des araignées, mortes parfois. Pourquoi ne les chassait - il pas ?  Luna les regardait vivre dans ses cheveux blonds et épais, mais les faucheuses lui faisaient peur.  Parfois, elle se demandait si cet amoureux à la plastique étrange n’était pas, malgré son jeune âge, une « ruine humaine ». Il est vrai que son travail de plasticienne conduisait son regard sur des chemins bien insolites, parfois.

  • « L’art des ruines », lui a-t-elle chuchoté, c’est la musique de l’éphémère, l’amour aussi, non ?

Le visage perdu dans l’océan de ses yeux verts, le jeune homme lui a répondu

  • Peut-être. D’ailleurs, l’amour ne s’immisce-t-il pas aussi dans les ruines ?

Luna a acquiescé en soulignant que les araignées faisaient peut-être l’amour dans ses cheveux blonds.

  • Mais je n’ai pas d’araignées dans mes cheveux !
  • Si, elles semblent apprécier ta touffe blonde. Quant aux ruines… Tiens, si demain nous allions faire l’amour dans les ruines du château de Robert le Diable ?

Le jeune homme a tout de suite acquiescé car Luna avait l’art et la manière de le faire sortir de la nuit où il vivait depuis si longtemps…

PS : prochain texte, dimanche.

25 avril 2024

Rire ?

J’ai décidé de me faire rire au moins une fois par jour. Pourquoi, me direz-vous ? Eh bien, tout d’abord parce que j’ai essayé de faire rire mon mari. Echec. Son absence systématique de fou rire ou de sourire m’a rapidement conduite à un état dépressif. Alors pourquoi insister ? Rideau.

J’ai aussi essayé de faire rire mes amies. J’y ai réussi, parfois, mais il me fallait une amie qui allait justement rire de ce que je trouvais le plus drôle, raison pour laquelle je me suis mise en scène moi-même, pour moi-même comme seule public. J’avoue que tout ceci fonctionne à merveille.  Bien sûr, mon mari ne comprend pas les fous rire qui sont les miens, mais peu m’importe. Je ris quand je veux et où je veux, sans que personne ne sache pourquoi. Peut-être pense-t-on que je suis folle ? Eh bien l’hôpital psychiatrique sera mon deuxième public.

Ce qui me fait le plus rire, ce sont les blagues – obscènes parfois - que j’imagine sur notre société et son « aéropage » de femmes et d’hommes politiques. Je préfère bien sûr les garder pour moi car combattre la morale et les convenances est un vrai sport dans la société qui est la nôtre.

Rire est un stimulant qui protège ma santé psychique – mon mari dirait que non - et facilite ma lutte contre les manipulateurs précoces ou non. Qui peut rire longtemps ménage sa monture et voyage au pays de ses incompréhensions personnelles, sans parler de celles des autres – qu’il imagine à merveille.

Pour conclure, je dirais que rire maintient mes neurones en éveil ; enfin, ceux qui restent au poste... mais pour combien de temps ?

 

PS : prochain texte, dimanche.

21 avril 2024

La conférence de presse

Le pays était entré dans la société du « surveiller et punir ». Le premier ministre – un clone du président – avait entamé la liste des mesures répressives ; pourquoi hésiter quand le peuple se tait ? La dernière mesure annoncée consistait à punir par des amendes ou des travaux d’intérêt général les parents défaillants.  Une journaliste, lors de la conférence de presse mensuelle du premier ministre, se permit de lui poser la question suivante.

  • Je souhaiterais savoir quand vous mettrez en place des travaux d’intérêt général pour les hommes politiques accusés de corruption ou de malversation ?  Monsieur Sarkozy, par exemple, qui vient d'être condamné en appel à un an de prison, dont six mois avec sursis dans l'affaire « Bygmalion » pourrait mettre gracieusement – six heures par jour et cinq jours sur sept - ses multiples « talents » au service d’une association ou d’une ONG. N’est-il pas normal, quand on a servi ses intérêts personnels alors qu’on était au service de l’Etat, de travailler ensuite pour l’intérêt général ?

Le premier ministre toussa de façon répétée, sans regarder la journaliste, et passa à la question suivante, posée par un journaliste qui le renvoya à nouveau dans les cordes du ring.

  • Vous voulez supprimer « l’excuse de la minorité » qui réduit l’échelle des peines, cela peut faire sourire jaune lorsque l’on constate les appels à répétition de nos hommes politiques lorsqu’ils passent devant la justice !

Le premier ministre toussa une seconde fois, sans regarder le deuxième journaliste et passa à la troisième question, posée par une femme connue du grand public et que nul n’aurait imaginé s’avancer sur ce chemin-là..

  • Vous appelez la société à se mobiliser contre la violence des jeunes, mais vous êtes-vous posé des questions sur le pourquoi de cette violence ? Alors moi, simple journaliste, j’appellerais plutôt la société à se mobiliser contre la violence de la politique de notre gouvernement !

Le visage du premier ministre devint si blême qu’un « Oh » envahit le parterre de journalistes. Quelqu’un dit même : « Il va s’évanouir ! ». Il n’en fut rien, mais le premier ministre disparut immédiatement en s’appuyant sur ses deux gardes du corps. Nul ne le revit les jours suivants, et le gouvernement supprima sine die toutes les conférences de presse des ministres.

Était-ce une crise cardiaque ? Nul ne le sut, mais dans un média en ligne, une journaliste conclut son article par : « Ne vaut-il pas mieux guérir la France que mourir pour des mesures qui la font elle-même mourir ? »

 

PS : bien sûr, cette scène est fictive, mais vous vous en doutiez.

PS 1 : prochain texte, jeudi.

 

15 avril 2024

Alice

Lors d’une émission de télévision intitulée « les contes et nous », une vieille dame de quatre-vingts ans, invitée pour son essai autour des contes a dit.

  • Bientôt sortira mon deuxième livre intitulé « Alice au pays des violeurs » Je le publierai sous le pseudo de Louise Carole, mais ce ne sera pas une lecture pour les enfants, quoique…

Le présentateur a essayé de la dévier vers le livre pour lequel elle avait été convié, mais impossible, elle accélérait son débit.

  • Je vais vous lire un extrait de ce nouveau livre que Lewis Caroll n’aurait sans doute pas apprécié :

« Le raisonnement de la Reine-Présidente était que si la question ne se décidait pas en moins de rien, elle ferait trancher la bite à tous les hommes à la ronde. La jeune Alice – troublée - ne trouva rien de mieux à dire que :

  • Le raisonnement appartient au Tribunal, ne le croyez-vous pas ? Et la Reine- Présidente de répondre.
  • Les tribunaux ne savent pas décider ! »

Le  présentateur a essayé à nouveau d’arrêter le débit de la vieille dame, mais dans le public, une femme d’une cinquantaine d’année en a profité pour prendre la parole.

  • Oui, qu’on coupe la bite aux artistes prédateurs, aux vampires de chair fraiche qu’on porte aux nues et à tous ceux qui ne sont capables d’approfondir leur sujet qu’avec leur bite ! Tout ça parce qu’ils n’ont aucune profondeur d’esprit ! Nous les femmes, on en a marre de tout ça, qu’on là leur coupe !

Le présentateur a crié hors de lui.

  • Ça suffit mesdames, taisez-vous, c’est une émission littéraire pas un ring !

A ce moment-là, deux jeunes femmes d’une trentaine d’année, portant banderole disant « Mesdames les muses, fermez vos vagins pour garder vos esprits ouverts ! » sont arrivées sur le plateau en hurlant « Qu’on leur coupe la bite ! ». Il s’en est suivi une guerre sur le plateau et l’émission s’est arrêté brusquement sur un écran noir.

Le soir même, tous les réseaux sociaux en parlaient, et Louise Carole était passée à la moulinette d’instagram, twiter, facebook, tiktok and co.

 

PS : prochain texte, vendredi.

Presquevoix...
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