Duo de mars avec Caro.  Cette fois-ci, notre inducteur est une chanson de Serge Lama  - " Et puis on s'aperçoit " - à la mélancolie profonde...
Aujourd'hui vous pouvez lire mon texte.

 

 

La décision

 

Elle l’avait rencontré lors d’une foire à tout. Il s’était arrêté à son stand pour lui acheter des livres et elle lui avait chaudement conseillé l’aveuglement de José Saramago. Etait-ce prémonitoire ?

Ils s’étaient échangés leurs numéros de portable et s’étaient revus une dizaine de fois. Un amour naissait, peut-être. A leur dernière rencontre, il lui avait tendu un CD :  Je te conseille «  Et puis on s’aperçoit », c'est ma chanson fétiche.

Le soir même, allongée sur son canapé, elle écoutait Serge Lama. Sombre, très sombre. A vrai dire, elle n’en était pas surprise. Ce longiligne garçon de 40 ans à la silhouette noire traînait un air de vieil adolescent blasé et, à son énigmatique sourire de Joconde, elle comprenait que la mélancolie avait creusé chez lui un puits sans fond.

Cette chanson lui donna une irrésistible envie de pleurer. Après avoir sangloté tout son saoul, elle lui envoya le mail suivant : Paul, j’ai bien réfléchi. Il vaut mieux qu’on se quitte avant de se connaître. Pour moi, la vie c’est plutôt « Y’a d’la joie » que « Noir, c’est noir ». Je crois que tu  finiras par me haïr à force de me voir rire. Je te renverrai ton CD par la poste. N’essaie pas de me revoir. Sans rancune j’espère. Julia. 

Quatre ans passèrent, quatre ans de grandes et de petites joies, de pleurs aussi – parfois - jusqu’à ce fatidique 14 mars 2017.

Elle feuilletait un livre au rayon littérature française dans la librairie Compagnie quand un homme l’aborda.

-          Marie ?

Elle se retourna et manifesta bruyamment sa surprise.

-          Paul ? C’est toi ?

-          En chair et en os. Plus de chair qu’avant, d’ailleurs, tu ne trouves pas ?

-          C’est vrai. Un magicien est passé par là ?

-          Si on veut.

-          Qu'est-ce que tu deviens ?

-          Je dois te dire qu’il y a 4 ans, ta lettre m’a donné un coup de fouet. Je t’en ai vraiment voulu tu sais.

-          A ce point ?

-          Bien sûr, pour moi tu n’étais pas qu’une petite bulle de champagne.

Elle sourit et lui proposa de prendre un verre au café Cluny.

-          Va pour le verre. Seulement, cette fois,  risque zéro, je me garderai bien de te faire écouter ma chanson préférée !

Marie remarqua que Paul riait, il était beau quand son visage s'illuminait. C’était bien la première fois qu’elle l’entendait rire…