Presquevoix...

Le test

Avant qu’elle n’épouse son mari, sa future belle-mère lui avait fait passer le test du repassage. Elle n’avait fait aucun commentaire, mais le soir même elle disait à son fils.

-          Je me demande comment tu peux vouloir passer ta vie avec une fille pareille. Elle fait des faux plis partout.

Son fils ne lui avait pas répondu. Il ne répondait jamais à sa mère.

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La prière

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Il était allé prier Notre Dame de toute Tendresse, qui sait si cette prière aurait une influence sur sa femme ?

Avec elle, il avait usé toutes les stratégies et ce serait la dernière avant la solution finale qui, sans doute,  la rendrait heureuse.

Elle pourrait ainsi lui dresser un autel sur lequel elle tresserait son long chapelet de louanges.

 

PS : photo prise en Normandie

 

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les gens qui doutent

les gens_qui_doutent*

Il lui avait dit qu’il ne doutait de rien, jamais, et elle lui avait immédiatement répondu qu’alors, rien ne serait possible entre eux.

« C’est trop bête » insista-t-il, comme pour se faire pardonner son assurance. "Si je  dis que je ne doute de rien c’est bien sûr parce que je doute de tout."

Elle l’avait laissé dire, mais elle doutait de l’authenticité de son affirmation…

 

 *première strophe - chantée par moi-même -  d'une très belle  chanson d'Anne Sylvestre.

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Debby

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Elle était impudique, frivole et volage. Trois choses qui exaspéraient sa mère, mais il aimait Debby.

Debby, c’était une valse à trois temps et quand elle dansait nue dans son appartement, quand elle s’allongeait sur son lit ou quand elle l’embrassait en emprisonnant sa langue, il oubliait sa mère et son catéchisme. Il disait même : « Rien à faire de tes sermons : j’aime Debby ! »

Debby ce n’était pas un oiseau qu’on mettait en cage. Debby c’était une partition inachevée. Debby c’étaient des notes qui montaient au ciel.

Et puis un jour Debby est partie.

Quand elle a eu claqué la porte, il s’est mis au piano et a créé sa valse pour Debby…

 

PS : photo prise dans la ville du Havre. Cette sculpture est de Bernard Mougin.

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Les préservatifs

A l’association « le cœur sur la main », on leur avait dit de laisser les préservatifs sur la table d’entrée ; les visiteurs et  visiteuses pourraient ainsi se servir sans culpabilité aucune.

Elle avait suivi les consignes, mais quand elle avait vu le type en prendre une plein brassée dans le panier, elle n’avait pu s’empêcher de lui dire en souriant.

-          Vous faites des provisions ?

Il s’était senti obligé de lui fournir des explications.

-          Je viens de sortir de prison, j’en avais pris pour 5 ans, alors j’ai du temps à rattraper.

-          Je comprends, 5 ans c’est long !

-          Ouais, conclut-il,  cette année je vais mettre le feu aux poudres !

Sur quoi, il partit de son pas mal assuré ; avait-il bu ?

Elle se demandait tout de même s’il allait en trouver beaucoup pour coucher avec lui. Mais bon, il pourrait toujours revendre ses préservatifs et en tirer un bon prix !

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Le couple

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Ils s’entendaient à merveille et avaient toute leur vie navigué dans des eaux calmes. Leur activité commune : la pêche. C’est pour ça qu’ils s’étaient mariés. D’ailleurs, elle avait coutume de dire que c’est lui qui l’avait ferrée ! Lui ajoutait avec un clin d'oeil qu’à l’époque, elle était plate comme une limande alors que maintenant…

Et depuis 30 ans, ils pêchaient ensemble sur le port de Dieppe. Leurs conversations économisaient les pensées et les mots.

-          Ça mord ? lui disait-il.

Et elle répondait « oui » ou « non ». Parfois, elle ajoutait une réflexion personnelle : « Ce soir on va se régaler » ou « c’est la misère » ou " le Bon Dieu n'est pas avec nous."

Quand il est mort, elle a fait graver une canne à pêche sur sa pierre tombale. 

 

PS : photo prise à Dieppe

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La place

Est-il plus facile de se mettre à la place des autres quand on n’a jamais trouvé la sienne ?

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Le clystère

Lorsque le psychiatre constata le  symptôme dont son patient s’était doté, il lui dit admiratif.

-          Une grande et belle oeuvre que vous vous êtes forgé là, mais je dois vous dire que plus une oeuvre est parfaite, plus il est difficile de s’en défaire !

Le patient ne répondit rien. Qu’aurait-il pu dire ? Il demanda juste au psychiatre s’il avait des clystères d’eau bénite car c’étaient les seuls qui le soulageaient de ses maux de tête récurrents.

 Le psychiatre ne le contraria pas et lui donna le clystère demandé. Le patient répondit Amen et se fourra le clystère dans les fesses avant que le médecin n’ait eu le temps de dire ouf. La messe était dite !

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Le bal perdu

Texte publié il y a fort longtemps en écoutant cette chanson que j'avais découverte sur l'un des anciens blogs de Patrick.

 

Bourvil & Elsa - Le petit bal perdu

 

A 65 ans, elle avait décidé de remonter sur les planches, en souvenir du temps où elle faisait des radios-crochets. Elle avait un peu forci – il faut dire qu’elle ne se privait de rien et surtout pas de charcuterie - et sa tenue de scène n’avait pas été facile à trouver. Elle se souvenait encore de sa robe  en lamé argenté ; quand elle la mettait ils étaient tous à ses pieds ! Maintenant dans les aigus sa voix frôlait l’abîme, mais  chanter était sa passion ; d’ailleurs, lors de l’anniversaire de Patrick, ils l’avaient tous encouragée à l’unisson.

-    Arlette t’es toujours la meilleure !

Mais étaient-ils sincères ?

L’heure n’était plus aux doutes, c’était son tour. Toute tremblante elle s’avança sur la scène  que les spots balayaient. Elle sourit au public. La chaleur avait fait gonfler ses pieds et ses chaussures à bouts pointus la faisaient terriblement souffrir. Quant à sa jupe noire moulante, elle rendait chaque mouvement difficile. Elle réussit pourtant à s’avancer jusqu’au micro à petits pas. Après une profonde inspiration, elle fit un signe de tête timide au pianiste qui attaqua les premiers accords du « p’tit bal perdu » et elle oublia tout...

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Comment supporter sa mère ?

Maintenant, quand elle va chez sa mère, elle prend des pilules antipulsionnelles, c'est une amie qui les lui a conseillées, ayant elle-même de gros problèmes avec sa mère vieillissante qui se prend pour ce qu'elle n'est pas.

Son amie lui a certifié qu'il lui suffira de prendre une pilule deux heures avant la rencontre pour ne ressentir aucune irritation ni aucune volonté de l'assassiner.

-          Tu ne le regretteras pas et c'est complètement inoffensif. La preuve, j'en prends depuis deux ans et, miracle, je suis d'une bonne humeur inaltérable  alors qu'avant j'avais envie de la réduire en bouillie.

A la pharmacie, on lui a tout de même conseillé de ne prendre qu’une demi-pilule au départ parce qu’il y a déjà eu des cas – rares, certes, mais jamais anodins - de somnolence prolongée. Le discours du pharmacien l’a un peu refroidie mais elle a acheté la boîte. Tout, plutôt que cette irritation qui parfois ne la quitte pas des heures après la rencontre.

Il faut dire que la mémoire hyper sélective de sa mère, son idéalisation sans faille d'elle-même, ses projections à tout crin ainsi que son profond mépris de l’autre ont fait sérieusement pencher la balance.

Après un mois d’utilisation, elle doit convenir que son amie avait raison. Ces pilules sont merveilleuses à part quelques courtes périodes de somnolence que sa mère, bien sûr, a remarquées et qui lui font dire systématiquement : «  C’est moi qui vieillis et c’est toi qui es fatiguée en permanence ; à croire que je suis exceptionnelle ! »

 

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