Presquevoix...

L’homme sans nom

Souvent je prends l'air bête parce qu'on ne se méfie pas des cons. Oui, vous avez raison, je suis peut-être vraiment con. C'est peut-être un travers chez moi, la connerie. D'ailleurs je m'appelle Travers, Jean Travers. Et vous ? Vous ne vous appelez pas ?  Etrange non ? Moi tous les gens que je connais ont un nom de famille, qu’il n’aime ou n’aime pas, mais ils en ont un. Et le prénom ? Pas de prénom non plus ? Bravo. Vous n’êtes personne, donc. Si vous saviez le nombre de plaisanteries auxquelles j’ai eu droit avec mon nom de famille ! La pire, je vous la laisse imaginer. Ouais, vous avez raison, c’est çelle des travers de porc. Je crois que c’est pour ça que j’ai arrêté d’en manger, du porc. L’avantage quand on a l’air bête, c’est qu’on n’imagine pas la violence qui est en vous. Vous ne me croyez pas ? Oui, je suis violent et je peux aller très très loin. Ah, je vois que vous avez peur. Rassurez-vous, dans un train en plein jour, je ne passe pas à l’acte, même quand on me dit que je suis peut-être vraiment con comme vous me l’avez dit tout à l’heure. Ne craigniez rien, je suis vraiment con et si con que le temps de latence est très long du stimulus à la réaction. Je ne vous rassure toujours pas ? Ecoutez, si je vous dis que mon père est un acteur, ça vous rassure ? Non, alors un homme politique ? Encore moins ? Bon, eh bien je passe à la vérité :  mon père était curé. Non, pas un curé pédophile, un gentil curé qui avait des besoins sexuels comme tous les autres hommes et qui a eu une relation avec ma mère qui était une gentille femme qui a cru que s’il passait de la prière à l’acte sexuel, il quitterait l’église. Bon évidemment, il n’en a rien fait et ne m’a pas reconnu. C’est peut-être pour ça, d’ailleurs, que le premier homme que j’ai tué – avec l’air con qui est le mien – c’est mon père, et dans le confessionnal où je lui avais demandé de m'écouter. Ah, ça vous en bouche un coin, hein ? Bon, allez, j’arrête avec mon histoire. Passons à la vôtre, parce que si vous n’avez pas de nom et de prénom, vous avez au moins une histoire, non ? Pas d’histoire non plus, vraiment ? Eh bien, vous ne méritez même pas que je vous tue. Qui tuerait un monde sans passé ?

 

PS : prochain texte, mercredi

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La fête des mères

Antoine était rentré de l’école primaire tout excité, le contraire de son état habituel, bougon. Etonnée, sa mère lui a demandé.

-          Tout à l’air de s’être bien passé à l’école, aujourd’hui ?

-          Oui, on a bien ri avec la maîtresse.

-          Et de quoi ?

-          Du collier de couilles pour la fête des mères.

-          Comment ça ? a hoqueté sa mère.

Et Antoine a tout expliqué, de la façon la plus claire possible, à sa mère qui tombait des nues. Il a commencé par lui dire qu’avant, on faisait des colliers de nouilles, qu’elle-même en avait fait, certainement, mais que la maîtresse avait dit que, avec me-too, on pouvait maintenant faire des colliers de couilles.

-          Tu comprends ? avait-il conclu.

Sa mère avait éructé.

-          Oui je comprends, mais elle est folle ou quoi ta maîtresse ? Tu sais ce que c’est les couilles ? Tu trouves ça drôle que la maîtresse dise ça ?

-          C’est pour rire maman, la maîtresse nous l’a expliqué. Bien sûr qu’elle ne veut pas couper les couilles des garçons. Elle a dit exactement : « Il faut séparer l’homme de ses couilles dès son plus jeune âge afin qu’il puisse réfléchir plus et qu’il évite de penser que les couilles passent avant le cerveau. Comme ça il sera aussi intelligent que les filles et arrêtera de les embêter tout le temps dans la cour de récréation en pensant qu’il est le plus fort. »

Sa mère n’a rien répondu. Elle a juste fait trois ou quatre longues respirations ventrales et a conclu.

-          J’en parlerai à papa ce soir.

Quand son mari est rentré à 20 h, harassé, comme à son habitude, elle a préféré se taire, écouter sa litanie, et attendre qu’Antoine soit au lit pour lui expliquer la situation. Jamais elle n’aurait pensé que ce mari en général si calme, si correct et si raisonnable eut pu réagir de la façon suivante : « Elle se fout de ma gueule la maîtresse. Qu’est-ce qu’elle a contre les couilles ? Encore une mal baisée ! Encore une revancharde qui n’a pas pu monter dans la hiérarchie, soi-disant parce qu’elle est une femme ! Eh bien je l’encule la maîtresse ! Je l’encule ! »

Sa femme a réussi à l’interrompre un instant.

-          Mais tu deviens fou, Romuald ?

-          Moi, fou ? Mais vous êtes toutes folles, des cinglées, des agressives, des mal baisées, oui des mal baisées.

-          Mais c’est toi qui me baises Romuald, a-t-elle ajouté.

-          Moi ? Moi ? Eh bien si je n’étais pas épuisé par le travail tous les jours de la semaine je te baiserais mieux.

-          Tu es dingue ou quoi ? Va te coucher, repose-toi et ça ira mieux demain.

-          Je me coucherai si je veux, tu commences à me faire chier en me parlant comme à un enfant de 6 ans. La guerre est déclarée Marion, et tu iras te faire baiser par qui tu veux, mais plus par moi.

-          Très bien, j’ai compris. Pour moi ce sera l’île de Lesbos cet été. Et, pour continuer sur le même ton que toi, non seulement tu me casses les couilles, mais tu n'as pas des couilles en or. Alors, oui, tu as raison, si l'amour se barre en couilles chez nous, je vais aller voir au deuxième, au troisième, ou au quatrième, qui sait, peut-être que des couilles seront à ma disposition à ces étages-là ?

Et, avant qu’il ne lui réponde quoi que ce soit, elle est sortie de chez elle, direction, son amie Murielle qui elle, aurait sûrement une petite idée sur la marche à suivre parce que, elle, elle s’était séparée de son mari il y a bien longtemps et donc…

PS : ce texte m’a été inspiré par la chanson suivante . 

PS 2 : prochain texte, samedi.

 

 

 

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Les objectifs

Il collectionnait les objectifs d’appareils photos ; quant aux autres objectifs, ceux de la vraie vie, il les laissait de côté, préférant que sa femme s’en charge.

Lui était un créateur, un vrai ; elle, non, elle s’enlisait dans la « bouillasse » du quotidien, centrée sur un travail qui l’occupait la journée entière pour un salaire de misère. Alors que lui s’élevait, elle déclinait. Un artiste a-t-il besoin de s’abaisser dans les sphères du monde matériel ? Non.

Parfois il s’inclinait vers elle – il appelait ça « sa minute de bonté » - et essayait de faire preuve d’empathie, car il fallait bien l’aider, la pauvre. La petite main de la survie financière c’était elle, et toute maladie devait être mise à distance.

Lui – et pour son plus grand malheur - c’était un artiste incompris dont les photos étaient rarement achetées, très rarement, mais tellement appréciées, disait-il. Oui, il créait et construisait son art pendant qu’elle sombrait dans la vie quotidienne, une vie qui ressemblait à un long tunnel où toute lumière avait disparu.

 

PS : prochain texte, mercredi.

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Le lycée et la mode

A chaque fois qu’elle entrait et sortait du lycée, elle ouvrait grand ses yeux ; non pour voir quels étaient les élèves qu’elle connaissait ou non, mais pour observer les tenues des filles, bien plus intéressantes que celles des garçons. Et voici ce qu’elle avait remarqué : deux types de vêtements étaient au sommet de la mode en ce printemps normand : les tops* et les abayas, simples.

Vous penserez certainement que nous naviguons sur le bateau des extrêmes. Eh bien oui. Commençons par les tops : ils sont utilisés que le temps soit frais ou chaud. Et même choses pour les abayas qui, forcément, s’accompagnent soit d’un voile léger, soit d’un hijab. Bien sûr, à l’intérieur du lycée le top reste tel que. L’abaya aussi. Par contre, le voile lui se transforme  en bandeau. Et, à la sortie du lycée, le voile reprend sa forme intégrale.

Elle avait l’impression que les tops parlaient rarement aux abayas et, vice-versa. Elle se demandait aussi ce qui conduisaient ces jeunes filles sur les chemins du top ou de l’abaya, deux chemins si différents. Il était bien sûr facile de penser que, peut-être… mais on pouvait aussi penser que, si ça se trouve… Bref, penser est un art si difficile que le cerveau parfois s’y perd…

 * tee shirt ultra court

PS : prochain texte, samedi.

 

 

 

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Le Perroquet du professeur

Depuis un an, John avait dans son appartement un perroquet qu’il avait appelé Bob. C’était un perroquet amazone à nuque jaune. Il avait été intelligemment entraîné chaque jour – sa patience avec l’oiseau était remarquable - à s’exprimer en anglais. Il faut dire que John était professeur d’anglais dans un lycée de la banlieue parisienne. Mots, sifflements, vocalisation, le monde des perroquets n’avait plus aucune surprise pour lui ; en ce qui concernait celui des élèves, c’était autre chose. La plupart, disait John, était NAC – Nul à Chier ne pouvait se dire dans le langage des professeurs.

 John avait enseigné à Bob quelques mots indispensables - « Your attention please ! », « articulate ! », « Are you ready ? » - afin que le perroquet puisse participer activement au cours et fasse avancer ses élèves dans le monde de la langue anglaise.

Lorsque ces jeunes gens « studieux » avaient vu le perroquet dans la salle de classe pour la première fois, il y avait eu un silence de mort. Il faut dire que Bob en imposait, non seulement par ses couleurs, mais aussi par ses yeux de charbon, les sons qu’il roucoulait étrangement, et ce corps qui parfois s’agitait.

Bob est resté très calme lors de sa présentation par John, mais quand celui-ci a demandé à l’un de ses élèves – et non le plus mauvais – de répéter une partie de ce qu’il avait dit, Bob le perroquet a certes écouté le jeune garçon avec patience, mais ensuite il a roucoulé trois fois en gloussant : « Articulate ! ». L’élève s’est arrêté immédiatement et Bob a répété de sa voix nasale « Articulate ! ». Le jeune garçon n’a rien dit et Bob a ajouté « your attention please ! ». L’élève pétrifié était muet. Et Bob a ajouté un « Fuck ! » que John ne lui avait nullement enseigné. D’où ce « Fuck » lui venait-il ?

John a regardé Bob en souriant, puis l’élève et, au bout de dix secondes, le professeur a dit au jeune garçon.

-          Tu as compris ?

-          Yes, a répondu l’élève.

-          Perfect, a ajouté John. Et vous, les autres, vous avez compris ?

-          Yes, a dit la classe d’une même voix.

-          Perfect a répété le professeur.

Puis il a ainsi conclu.

-          Vous avez remarqué que Bob ne plaisante pas avec l’écoute et la prononciation. Si vous ne l’écoutez pas, je peux vous assurer qu’il risque de vous voler dans les plumes.

Vous, lectrices et lecteurs, serez peut-être surpris, mais depuis que Bob était à côté de John dans la salle de classe, les élèves étaient beaucoup plus attentifs au professeur et leur niveau d’anglais s’était fortement amélioré.

Conclusion : un perroquet dans chaque classe, tel est le secret de la réussite, quelle que soit la discipline !

 

PS : prochain texte, mercredi.

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L’épitaphe

Sur le cercueil de son époux, elle avait demandé aux pompes funèbres d’écrire l’épitaphe suivante : « Je travaille. Chut ! » L’employé lui avait demandé si elle voulait ajouter quelque chose. Oui avait-elle répondu, précisez aussi : « J’ai un dossier urgent à rendre ».

-          Et pour les couleurs  - avait précisé le vendeur  - des lettres blanches,  noires, argent, dorées à la feuille d'or ?

-          Les moins chères, bien sûr.

L’employé se dit que pour une fois, les choses se déroulaient très rapidement et sans pleurs. Oui, cette femme avait l’air contente de ses choix et peut-être même – pensa-t-il – se sentait-elle rassurée de voir que pour une fois, son conjoint travaillerait sans s’arrêter pour des siècles et des siècles, et le tout pour son plus grand bonheur…

PS : prochain texte, samedi.

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Retraite

IMG_1339En cette fin d’après-midi ensoleillée, allongée dans son hamac, elle avait dit à son amie d’enfance.

-          Tu vois, moi, la retraite ça va être simple : ultra sieste !

Son amie hyperactive ne l’avait pas crue, elle s’énerva même.

-          Tu plaisantes ?

-          Non.

-          Enfin tu ne vas pas passer ta retraite à faire des siestes jusqu’à la mort, non ?

Elle avait souri, puis avait rajouté pour la rassurer.

-          Des siestes où je vais lire, bien sûr. J’ai au moins 50 livres que je n’ai pas lus sur les étagères. Sans parler des deux cents dont je ne me souviens même plus.

-          Et voyager ? Ajouta son amie.

-          Dans les livres et dans mon monde intérieur, c’est moins cher et ça suffira.

Elle avait certainement déçue son amie, une de plus, car oui, elle ne possédait aucune des qualités répertoriées dans la bible des retraitées de France. Mais, finalement, elle préférait être une femme sans qualité.

Elle se demanda tout de même, intérieurement, ce qu’elle ferait en dehors des siestes : ouvreuse de mots ? voyante imaginaire ? donneuse de phrases ? créatrice de mensonges ? chanteuse des rues ? Saltimbanque de l’humour ? Peut-être tout à la fois, ou peut-être rien du tout. Cela dépendrait des saisons, du temps, de ses rencontres, de son humeur et de ses envies….

 

PS : photo de Mado ( un peu transformée)

Prochain texte, mercredi.

 

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Les frontières ?

Ainsi commença le discours de la nouvelle présidente féministe :

« Ouvrir ou fermer les frontières, telle est la question, et quand il s’agit de frontières, FRONTEX est aux avant-postes de la soi-disant protection de l'Europe qui, en fait, n’est qu’une oppression déguisée. Après les damnés de la terre, viennent les damnés de la mer, et suivent derrière eux, tous les autres damnés, celles et ceux qui sont exploités sexuellement, économiquement ou humainement.  

Je sens sur nos fronts, la texture des mers et des mots, et je suis sûre que nous créerons, ensemble, une bible laïque qui sera le chant de la nouvelle politique des pays sans frontières. »

Et, devant une foule surprise - sur l’Ode à la joie - elle entonna, de sa puissante voix de contralto, l’hymne de « l’Ouverture des frontières ». Un hymne que nul ne connaissait encore, mais qui deviendrait, elle en était sûre, l'hymne de la solidarité.

PS : prochain texte, samedi.

 

 

 

 

 

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ERREUR

"Individu 1671137", me signale que le texte - Sirène -  publié ce matin à 7 h, avait déjà été publié en avril. Et c'est exact. J'avais complètement oublié. Ma mémoire n'est plus Reine, hélas !
Je publierai un autre texte demain matin et je jure que ce ne sera pas Sirène, encore une fois !

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Le gilet jaune

Il allait faire des courses tous les samedis et tous les dimanches avec son habit de cycliste, un habit de lumière disait-il. Mais, il avait ajouté un nouvel accessoire à son équipement : un gilet jaune.

Dimanche dernier, au marché, un type lui avait demandé ce qu’il faisait avec ce gilet alors que le temps était ensoleillé. Et lui avait répondu.

-          Le temps oui, peut-être, mais pas la démocratie. Alors maintenant c’est vélo et gilet jaune tous les jours, qu’il fasse beau ou mauvais, et ce, jusqu’aux élections législatives. Je pédale pour que la France ne reste pas dans le marasme. Peut-être qu’avec ce gilet jaune les gens vont ouvrir les yeux !

Le type n’avait rien répondu, et lui avait continué ses courses.

Il se demandait tout de même, combien de temps les gens allaient rester dans cette caverne où ils avaient été enfermés…

 

PS : prochain texte, mardi 31 mai.

 

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