Presquevoix...

Le tutu

 

tutu

Enfant, il volait souvent le tutu de sa sœur, se mettait devant la glace, et devenait le seul élève du cours de danse qu’il s’était créé.

Un mercredi soir, sa mère l’avait découvert dans son tutu blanc alors qu’il faisait un entrechat* dans sa chambre. Il tomba. Sa mère ne dit rien à part : "Je crois que tu t’es foulé la cheville, il y a de la crème dans le tiroir de la salle de bain."

Elle n’en parla jamais à son père,  mais elle ne le regarda plus jamais comme avant.

Sans doute vous demandez-vous si aujourd’hui, à l’âge de 35 ans, il danse encore ?

Eh bien oui, le tango et, quand il est seul chez lui, il n’hésite pas à mettre un tutu noir acheté dans une boutique étrange, rue des pas perdus…

 

*pas de danse classique

 

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le comique

« Le temps doit nous donner l'ambition de repenser la carrière des enseignants et l'organisation du travail", a déclaré Edouard Philippe le 11 décembre 2019. Un vrai comique troupier de la république en marche, ce premier ministre chez qui l'ambition - pour lui-même bien sûr - semble tenir un grand rôle.

Sa phrase est donc à comprendre de la façon suivante, avec le mot "temps" en trois exemplaires :

" Le temps doit nous donner l'ambition d'augmenter le temps de travail des enseignants tout en diminuant leur  temps de retraite."

Rien d'autre à ajouter en cette période sombre ! Manipulation et malhonnêteté semblent être, me semble-t-il, les deux "mamelles" du Macronisme.

D'ailleurs si M. Philippe perd son poste, qu'il devienne professeur ! De quoi, je ne sais pas, mais on lui trouvera toujours un poste car plus personne ne veut être enseignant. On se demande bien pourquoi...

 

 

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Le voyage

 

 

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Elle était dans un minuscule voilier, prête pour la course, pourtant elle ne connaissait rien, strictement rien à la voile. Le temps était clément, son esprit aussi. On lui avait dit qu’elle en aurait pour un an ; une année, c’est court pour ceux qui savent que ce sera la dernière.

L’eau était bleue à souhait, le ciel presque blanc laiteux, et son âme voguait déjà sur l'océan qui la mènerait vers une île lointaine, non encore identifiée mais qui, déjà, serait sienne, ou presque.

Elle imaginait que le nom de l’île commencerait par un G, première lettre du prénom de sa sœur, sœur honnis, sœur aimée, sœur bonne-sœur qui n’avait jamais donné son corps à un homme et avait gardé son cœur aux abris.

Juste avant que le voilier ne quitte le port, elle hurla "Bonne Année", mais à qui s'adressait-elle puisqu'elle ne connaissait plus personne ?

 

PS : photo gentiment prêtée par Chinou

 

 

 

 

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L’anniversaire

Un an, de presque sérénité. Aujourd’hui c’est l’anniversaire de sa mort. J’ai fait les choses simplement. J’ai commandé un gâteau au chocolat où j’ai fait écrire « à notre regrettée maman » ; ça, ce sera après la messe qui sera dite en sa mémoire. Pour l’occasion, je me suis acheté un complet sombre. Je pourrai toujours le remettre pour un enterrement ; les gens qui meurent ne manquent pas. Il suffit de lire la rubrique nécrologique du journal local.

J’ai voulu inviter ses trois frères et sœurs mais un seul viendra, celui qui fait encore semblant, le plus jeune.

Quant à mon frère - son fils, donc - il a décidé de ne pas venir. Malade, m’a-t-il dit. Il faut dire qu’elle ne l’a pas épargné, mais qui a-t-elle épargné ?

Seules seront présentes ma femme et ma fille. Ma femme, pour éviter un conflit ; ma fille pour faire plaisir à sa mère.

Vous auriez raison de me dire que cet anniversaire ne sert à rien, si ce n’est à donner l’illusion que ma mère était une mère normale. Hélas, ma mère était une égocentrique chez qui le paraître avait pris la place de l’être et ce, dès son adolescence, je le crains.

D’ailleurs, sur la tombe de ma mère, j’aurais pu mettre - si j’avais été courageux - l’épitaphe suivante : « Maman, épargne notre regretté père qui va devoir t'accueillir alors qu’il était si tranquille, au ciel, depuis 25 ans ! »

 

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Retour sur Noël

 

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Le Père Noël n’avait pas trouvé sa lettre dans sa boîte aux lettres, elle en était sûre et certaine. Sinon, au lieu de lui offrir d’abominables poupées, un casse-tête, un atelier de bracelets, des puzzles qu’elle détestait, sans parler de ces livres dont les histoires ne lui permettaient aucunement de rêver, il aurait tué sa mère, comme elle le lui demandait. "Ce n'était pas si difficile que ça quand même, et ça coûtait bien moins cher !" était la phrase qui tournait en boucle dans son cerveau de petite-fille de huit ans, un cerveau qui commençait à devenir malade, mais personne n'avait encore remarqué qu'il n'allait pas bien...

 

PS : boîte aux lettres prise en photo en 2016

 

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Pourquoi ne peut-on pas rire de tout ?

Pauvre Jésus, homosexuel, mon Dieu, il y en a qui souffrent comme ils respirent car c’était écrit avant qu’ils ne naissent ! Enfin, homosexuel, c'est ce que dit cette parodie de la Bible - "La Première Tentation du Christ" - réalisée par des humoristes brésiliens. Et cela ne plait pas à tout le monde au pays de M. Bolsonaro.  Pourtant, Dieu a le sens de l’humour, tout le monde le sait ; quant aux papes qui se sont succédés depuis la nuit des temps dans l'église catholique, qu'en est-il ?

 

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Deuil

20150625_100614Il lui avait dit qu’il était dans l’attente d’une émeute et qu’il ne pouvait pas parler avec elle pour se concentrer.

-          Une émeute ? Mais où ?

-          En moi. Une émeute intérieure.

Encore ses histoires de fou. Le problème c’est que l’homme qui lui parlait était son frère, et pas son demi-frère, son frère à part entière !

Elle se contenta de l’observer en silence. Le mot EMEUTE était entré en lui comme une tempête.

Elle finit par lui dire.

-          Quand vas-tu changer de cap ?

-          Je ne comprends pas.

-          Moi, c’est toi que je ne comprends pas. Va voir un médecin. Tu devrais pourtant être content maintenant qu’il a disparu. Tu le détestais !

-          Mais de qui tu parles ?

-          De Dieu le père !

Leur père avait été un homme dur, mais envers lui, elle n’avait jamais ressenti aucune haine, alors que Paul, lui, sombrait dans le remords de cette haine tenace qui l’avait grignoté depuis son enfance. Certes, sa naissance n’avait pas été choisie, mais quel enfant avait été désiré dans les années 60 ?

 

PS : photo prise à Lausanne en 2017.

 

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Le jeûne

Oui, je crois que je vais jeûner dès aujourd’hui. Marre d’être grosse et grasse. A moi le jeûne. Ensuite, je serai une autre femme, toujours aussi vieille, certes, mais quel bonheur de voguer sur les trottoirs avec un corps léger.

Car, comme le dit l’Eglise catholique, « Il n’est pas seulement un geste de pénitence, mais aussi un geste de solidarité avec les pauvres et une invitation au partage et à l’aumône. » Parfait, ça aussi je prends. Vive la solidarité, le partage et l’aumône. Certains de nos « grands patrons », d’ailleurs, pourraient jeûner aussi, diantre, cela changerait peut-être leur vie et la « bourse » qui est la leur.

Voilà d’ailleurs, sans doute, la nouvelle devise de notre gouvernement  « Année 2020 et suivantes, années du jeûne. » ; retraites et salaires obligent…

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Le royaume des quatre Moi

J'aime beaucoup cette "théorie" des quatre Moi évoquée par Irvin Yalom :

Le Moi public : connu de moi et des autres.

Le Moi aveugle : inconnu de moi et connu des autres.

Le Moi secret : connu de moi et inconnu des autres.

Le Moi inconscient : inconnu de moi et des autres.

 

Bonne année 2020, à vous et à vos Moi !

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Une odeur de mort

Depuis cinq ans, il tirait pour se faire la main. La dernière de ses victimes, ce serait sa mère, et là, il savait qu’il atteindrait la perfection.

La seule qu'il n'avait jamais voulu tuer, c'était Muriel, une jeune femme fragile qui supportait sa colère, comme elle avait supporté celle de son père. Un 29 décembre, il lui avait dit en criant.

- J’aime pas ton odeur, tu sens ma mère.

Elle essaya vainement de lui expliquer que ce parfum lui avait couté cher, très cher, mais il n’en démordait  pas : «  Cette odeur est insupportable. »

Pendant qu’elle versait le contenu du flacon dans le lavabo et regardait le liquide glisser le long des parois blanches, elle se demanda ce que sa mère avait bien pu lui faire.

Quand elle eut fini, il lui dit.

-          Très bien,  nous pourrons recommencer sur de bonnes bases dès le 31 décembre.

Elle obéit et n'imagina pas un instant que le 31 décembre, il tuerait sa mère, et que cette date serait, pour lui, une renaissance...

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