Presquevoix...

Révélation

20180509_142519Elle avait rendez-vous avec sa mère à 15 h, dans un salon de thé du centre ville.  Il ne lui restait  que 40 minutes pour savoir comment lui annoncer "la chose".

Elle pouvait déjà énoncer comment se déroulerait la rencontre : sa mère lui parlerait d’elle et il  lui faudrait adroitement la faire dévier d’un pouce, juste un, pour lui dire qu’elle était amoureuse, non d’un homme, mais d’une femme.

Là, ce serait l’explosion, raison pour laquelle elle avait choisi " The Orchad tea garden ". Sa mère, soucieuse des convenances, n’oserait pas hausser le ton dans ce lieu « sacré ». Elle se contenterait de froncer les sourcils et de lui dire un  « Décidément, tu me décevras toujours ! » suivi d’un : « Et tu as pensé à ton père ? ».

 

PS : photo prise à Cambridge en mai 2018

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Evidence

Un matin, au petit déjeuner, elle lui avait dit, comme si c’était une évidence.

-  Ce qui nous sépare, tu vois, c’est nous. Et j’ajouterais même : si nous n’étions pas nous, nous pourrions parfaitement vivre ensemble, sans ressentiments.

Il en avait noyé sa tartine dans son immense bol de café au lait.

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La vue

20180508_160221Tous les jours, elle montait en haut de la tour Sainte Mary, non pour la vue – qui pourtant avait un charme certain – mais pour se souvenir que la perspective devait être et rester le maître mot de sa vie.

Les jours de marché, les toiles tendues donnaient au paysage des  rayures colorées dont elle s’amusait à suivre le dessin imparfait de gauche à droite et, quand elle arrivait à l’extrémité droite de la place, ses yeux s’arrêtaient sur la boutique « Optical express ». C’est là qu’il travaillait. La première fois qu’elle l’avait vu – elle venait pour des lentilles de contact -  elle était tombée amoureuse de ses lunettes de myope, et sans doute de lui. Comment pouvait-il porter des lunettes aux verres si épais ?  

Elle ne lui avait encore jamais parlé, mais le jour où elle le ferait, elle savait que plus rien ne l’arrêterait, elle serait même capable de lui dire combien elle l’admirait d’assumer sa myopie…

 

PS : photo prise à Cambridge en mai 2018

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La quête

A tout hasard, elle était entrée dans cette boutique nommée « Au P’tit Bonheur » et elle avait présenté sa requête au vendeur qui lui avait répondu.

 

-          Non, désolé, je n’ai pas l’outil qu’il faut pour votre bonheur.

-          Vous n’avez même pas cherché, se plaignit-elle.

-          Pas besoin, je connais le catalogue par cœur. Et croyez-moi, personne n’aura ça ici.

 

Elle sortit un peu énervée par ce rabat-joie qui croyait connaître la ville – et peut-être même la vie -  sur le bout des doigts.

Peu importe, elle continuerait sa quête, l’essentiel n’étant peut-être pas l’objet en lui-même, mais le chemin pour le trouver…

 

 

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Pragmatisme

Bon, lui dit-elle, on a suffisamment parlé maintenant. Alors, on couche ou pas ?

Sa question eut sur lui l'effet d'une douche glacée. Toute l'excitation qu'il avait senti monter  retomba d'un seul coup. Il sentit son sexe se recroqueviller, misérable, dans son slip et il eut l’impression de se vider de son sang. Non, il ne pouvait plus rien imaginer avec elle, l'affaire était classée.

 

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Observer

20180427_155459Elle aimait voir le monde derrière les motifs des rideaux crochetés. Lui ne la voyait pas.

Rien ne lui plaisait tant que voyager sur  l’invisibilité des courbes de la pensée au hasard de plongées dans un océan vert que seul un mince filet de bitume traversait. Le pépiement des oiseaux, le ressac de la vie et l’appel des  couleurs à la prière de l’âme qui s’éveille…

 

PS : photo prise dans la Creuse.

PS' :  prochain texte : samedi 12 mai.

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Le principe de réalité

Elle essaya de lui expliquer : « Quand je n’étais pas morte, j’étais comme vous, je me croyais immortelle. Maintenant je sais l’effet que ça fait. »

Il répondit l’air las : « Et alors ? »

Elle tenta le tout pour le tout : « Alors ? Alors allez-y, dites-lui que vous l’aimez, sinon elle va vous laisser tomber et vous l'aurez bien cherché ! »

Il s’énerva : « Mais qui vous êtes pour me dire ça ? »

Elle s’étonna de sa naïveté : «  Je suis votre ange-gardien, mai j'aurais mieux fait d'aller au purgatoire plutôt que d'accepter cette mission ! »

Il feignit l'indifférence et continua à se ronger les ongles. Soudain, elle se rendit compte que ce type lui rappelait un ancien amoureux. N'était-ce pas ça, justement, qui rendait leurs relations difficiles ?

 

 

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Les cours de piano

20180501_164804Je me souviens de mes non-cours de piano. J’avais 9 ans et, le jeudi matin – jour des enfants – j’allais  chez mon professeur qui habitait une grande maison au fond d’un parc. Au milieu du parc,  un cèdre singulier étendait ses branches  jusqu’au deuxième étage de la maison. Je rêvais d’y élire domicile.

J’aurais voulu savoir jouer sans travailler. Mon professeur - une dame  dotée d’un certain humour  - sans doute lassée de me répéter les mêmes choses, finit par se plier aux règles que ma « paresse » lui avait fixées : elle jouait et je l’écoutais.

50 ans plus tard, j’ai repris le piano, c'est moi qui paie les cours, et je ne demande plus au professeur  - qui a 20 ans de moins que moi - de jouer à ma place…

 

PS : photo du lieu en question, prise aujourd'hui même.

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La voyante

S’il y a de la lumière, je sonne, s’était-il dit. La lumière s’était allumée et il avait sonné.

Il faisait confiance au hasard pour les rencontres. La femme qui lui avait ouvert avait au moins 80 ans, ses bigoudis laissaient apparaitre un crâne rose, et son menton s’ornait d’un long poil blanc.

-          C’est pour quoi ? Lui dit-elle en en souriant, laissant apparaître une dentition jaunie par la cigarette.

-          Euh, pour rien. Je me suis trompée.

-          Trompé ? Vous croyiez trouver qui ici ? Elisabeth Taylor ?

Il ne put s’empêcher de sourire. Elle avait au moins de l’humour.

-          Pour tout vous dire, je croyais que la propriétaire avait la moitié de votre âge, voire moins.

-          Je comprends que vous soyez déçu, mais dites-moi, vous sonnez pour passer le temps ?

-          Oui.

-          Tenez, entrez donc, je vais vous tirer les cartes.

-          C’est comme ça que vous gagnez votre vie ?

-          Pas vraiment, c’est un passe-temps.

Dans la salle à manger rose bonbon, il fut accueilli par les cris d’un perroquet qui disait en boucle « ta gueule Roger, ta gueule ».

-          C’est qui, Roger ?

-          Mon défunt mari.

-          Ah !

Une demie- heure plus tard, après lui avoir tiré les cartes, elle conclut un peu tristement.

-          Bon, rien de bien folichon. C’est pas demain que vous allez rencontrer Marilyn Monroe. Et puis pour le travail, changez, la comptabilité c’est pas fait pour vous. Pas assez créatif. Faites de la musique.

-          J’en ai jamais fait.

-          Chantez !

-          J’ai jamais chanté !

-          Eh bien commencez. A votre âge on peut tout faire.

Vous croyez ?

-          Bien sûr.

C’est le moment que le perroquet choisit pour dire : « Vas-y mon gars, vas-y. Fais pas comme Roger ! »

-          Vous voyez, Coco aussi vous encourage !

Elle lui tendit la main et conclut.

-          Revenez dans six mois. Je suis sûre que tout aura changé.

Il voulut lui donner 20 euros mais elle refusa son billet.

-          Non, c’était un plaisir. Généralement je vois que des vieux croutons, alors pour une fois que je vois un jeune.

Elle le regarda s’éloigner derrière ses rideaux en dentelles. Pauvre petit gars, pensa-t-elle, s’il savait qu’il va mourir demain…

 

PS : Prochain texte le mardi premier mai.

 

 

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Mesure de santé publique

Il allait nettement mieux depuis qu’il voyait un ami qui allait encore plus mal que lui.

Conseil de la Sécurité sociale : Vous allez mal ?  Rendez visite à quelqu’un dont la pathologie est plus lourde que la vôtre et vous irez mieux. Ce geste citoyen réduira le déficit de la sécurité sociale.

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