Presquevoix...

Déchéance programmée

Pour ses 50 ans on lui avait offert un soin  visage et des massages, pour ses soixante ans une cure thermale, pour ses 70 ans un déambulateur connecté avec freins à disques, et pour ses quatre-vingts ans une convention obsèques.

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les chaises-longues

20170830_090415C’est là qu’ils s’asseyaient il y a bien longtemps. Les chaises longues sont restées, témoignages de leur présence. Aurait-on pu appeler amour ce qui les unissait ? Sans doute pas, mais peu importe le nom que l’on donne aux sentiments qui unissent les êtres, le plus important n’est-il pas que quelque chose les unisse ?

 

PS : photo prise à Bonnemare, en Seine Maritime.

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Adolescence

Ils étaient assis devant elle dans l’attente de quelque chose, ou de rien. Des visages étaient fermés, d’autres ouverts.  A ceux qui étaient enfermés en eux-mêmes, elle avait envie de dire : « Entrouvrez une fenêtre, sinon jamais nous ne pourrons échanger quoi que ce soit ! ». Sans doute leur dirait-elle, lorsque le moment serait venu…

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Vocation

20170823_141555Le Christ l’avait regardé avec commisération d’un air de dire : « Mon pauvre gars, t’es pas au bout de tes peines ! ». Il n’avait pas supporté ce regard annonceur de cent ans de solitude et il avait détourné  les yeux.

Dans le journal où, quarante ans plus tard, il raconta sa rencontre avec Dieu, il ne parla jamais de ce moment-là, comme s’il ne voulait pas que le Christ sût à quel point la solitude lui faisait peur…

PS : photo prise dans une collégiale du Val de Loire

 

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Exagérer !

« Faut quand même pas exagérer, hein ! ». C’était la ritournelle que tous avaient aux lèvres, au café où elle s’était arrêtée pour lire le journal.

- Ouais, parce que 4 mois de vacances et ça se met déjà en grève, faut quand même pas exagérer !

 Elle aurait bien voulu apporter son grain de sel, mais elle resta sur sa réserve. Elle préférait écouter et observer.

- D’accord, p’têtre qu’ils préparent leurs cours chez eux, bon 10 heures quoi, après ya p’têtre les corrections mais bon, ça va pas chercher loin ! Faut quand même pas exagérer !

- Ouais puis les fonctionnaires,  c'est la sécurité de l'emploi, alors faut quand même pas exagérer, hein !  Qu'on les foute à leur compte et y comprendront !

Elle était partie avant le dénouement, mais elle se demandait bien pourquoi « certains » exagéraient ainsi...

 

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Le p’tit vélo

20170811_151819On lui avait souvent dit qu’elle avait un « p’tit vélo qui  tournait dans sa tête ». De là venait-il son amour pour le vélo ? Peut-être. Le vélo était chez elle une seconde nature.

Certains auraient pu parler d’addiction, mais y avait-il addiction plus saine ? Quant au « p’tit vélo qui tournait dans sa tête », il était toujours là mais, plus elle vieillissait, plus elle s’observait et observait les autres, et plus elle comprenait que tout un chacun avait « un p’tit vélo qui lui tournait dans la tête ». Et, certains p’tits vélos faisaient plus de dégâts que d’autres…

 

PS : photo prise dans le Perche.

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Consultations

A l’hôpital, il donnait des consultations d’oubli mais, selon les cas, il pouvait aussi donner des ordonnances de vie. Devant l’étonnement des patients, il répondait.

-          Eh oui, il faut s’autoriser à vivre, et ce n’est pas donné à tout le monde, croyez-moi. L’ordonnance est là pour vous certifier que vous en avez le droit.

Les patients opinaient et, quand ils regardaient l’ordonnance, ils étaient toujours surpris de constater que le médecin avait écrit ce qu’il leur avait dit de vive voix à une différence près : l’achat de magnésium, sans doute pour faire plus sérieux.

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Le fil à linge

20170823_145923Quand  il avait vu le linge étendu sur le fil, il n’avait pu s’empêcher de s’arrêter. A qui appartenaient ces  sous-vêtements ? Son esprit vagabonda et, à défaut de voir la propriétaire, il prit une photo.

Soudain quelqu’un l’interpela.

-          Hep, vous là-bas, vous faites quoi ?

-          Je prends une photo, c’est interdit ?

-          C’est du voyeurisme, dit la dame qui avait atteint la soixantaine bien tassée et devait certainement faire du 100  E, vu son imposant tour de poitrine.

-          Mais en quoi ça vous gêne que je prenne une photo,  la voie est publique !

-          Oui, mais  les sous-vêtements ne le sont pas.

-          Le petit soutien-gorge bleu, c'est le vôtre ? demanda-t-il inocemment.

La dame manqua de s’étouffer, mais quand elle l’insulta, il était déjà loin…

 

PS : photo prise sur les bords de Loire

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Maman !

Comme à son habitude, elle attendait les parents de ses élèves à la sortie du cours de trapèze qu’elle donnait tous les mercredi après-midi. Ce jour-là, la maman de Louis, 6 ans, était en retard et celui-ci s’inquiétait un peu. L’avait-elle abandonné ? Quand il l’a vue au bout du couloir, il a couru se jeter dans ses bras, mais il lui a soudain  semblé important de revenir sur ses pas pour demander à son professeur.

-          Et toi ? Quand est-ce qu’elle arrive ta maman ?

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L’art de la ruse

Voici une histoire vraie, écrite par Gilda, mon amie de Belo Horizonte, et traduite du portugais par mes bons soins

 

Ivan, mon jeune frère, est un jour sorti du travail pour acheter de quoi préparer son sandwiche  de l’après-midi. Il a arrêté sa voiture en face d’une boulangerie et une moto s’est aussitôt garée derrière lui. Un jeune homme l’a abordé d’une voix sympathique et lui a dit de façon discrète : « Attaque à main armée ! Donne-moi ton argent, tout de suite. » Ivan a pris son portefeuille dans sa poche et lui a dit qu’il n’avait que 30 reais*. En se tournant vers le type qui le rackettait, afin qu’il voie bien qu’il travaillait et que ses vêtements étaient couverts de graisse, il lui a dit.

-          Tu vois, je travaille et je viens chercher du pain parce que je meurs de faim. Mais je vois que toi aussi tu travailles, même si je ne suis pas tout à fait  d’accord avec le type de travail que tu fais, mais chacun fait ce qu’il peut. Tu pourrais me prendre 20 « reais » et moi j’en garderais 10. Bien sûr, c’est toi qui choisis. Peut-être que tes besoins sont plus grands que ma faim.

Le voleur a répliqué.

-          Eh l’ami, je vois que tu es un gars travailleur, donne-moi 20 « reais », c’est génial !      

Ivan a tenu  à lui montrer ce qu’il avait dans son porte-monnaie parce qu’un mensonge aurait pu lui coûter la vie. Le voleur a ajouté « Je te crois, vieux ! ». Ivan est entré pour acheter son pain et en rentrant à la maison, il nous a tout raconté tranquillement.

Dans un lieu aussi violent que les grandes villes brésiliennes, l’arme d’un bon citoyen, c’est la ruse.

 

*le  real  est la monnaie brésilienne. 30 reais est l’équivalent de 8 euros.

 

 

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