Presquevoix...

L’effet papillon

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 Cette robe bleue à pois rouges, c’était celle qu’Hélène portait le jour de l’enterrement de son père. Il y avait eu l’église, la messe,  le cimetière, et le déjeuner où elle  avait rencontré un vague cousin avec qui elle jouait, enfant. Il lui avait raconté des souvenirs qu’elle avait rangés dans des tiroirs fermés à clef. Quand elle s’était étonnée de sa mémoire il lui avait répondu qu’à cette époque il était fou amoureux d’elle. Le rouge lui était monté aux joues et seule une pirouette l’avait sauvée de son embarras.

A la  première date anniversaire de la mort de son père, Hélène avait vu un papillon de la même couleur que la robe portée le jour de l’enterrement de son père. Peut-on pour autant parler "d’effet papillon » ?

En tout cas, selon la fille aînée d’Hélène, oui, et quand elle évoque la façon dont ses parents se sont rencontrés, elle conclut immanquablement par cette remarque devenue « culte » dans cette famille de trois enfants : « Et qui pourra encore dire qu’un enterrement ne fait pas le bonheur ? ».

 

PS : photo gentiment prêtée par ESPIGUETTE.

 

 

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Le hasard fait-il bien les choses ?

 

Un homme est assis dans un café, il n’arrive pas se concentrer sur son journal et décide de parler à sa voisine

H : Bonjour, vous m’excuserez d’interrompre votre lecture mais en vous regardant je me suis dit…

F : Vous vous êtes dit : « Tiens je m’emmerde ! Et si j’allais me distraire un peu en tapant la discut avec la fille qui lit au lieu de rester seul dans mon coin. Elle est pas canon mais faut pas être difficile par les temps qui courent. »

H : Je l’aurais plus joliment dit.

F : Oui mais ça aurait perdu de sa vérité !

H : Qu’est-ce que vous en savez, vous ne m’avez pas encore entendu.

F : (blasée) Alors allez-y, je vous écoute.

H : (ennuyé) Ce n’est pas facile de recommencer tout après avoir été coupé dans son élan.

F : Alors au revoir. Je dois rendre ce livre demain  ou j’aurai une amende.

H : Je paierai votre amende.

F : Vous croyez qu’on peut m’acheter comme ça ?

H : (Il rit) Et qu’est-ce que je ferai de vous une fois que je vous aurai achetée ?

F : (Elle le regarde attentivement ) Je ne sais pas, je n’ai pas d’imagination.

H : Donnez-moi votre main !

F : Pour quoi faire ?

H : Pour vous lire les lignes de la main et savoir si vous aurez de l’imagination dans les années à venir.

F : Très drôle ! Vous êtes voyant ?

H : A mes heures… et je vois… je vois… que vous n’avez pas beaucoup de sens de l’humour, c’est dommage à votre âge.

F : (énervée) Et qu’est-ce qu’il a mon âge ?

H : C’est bien ce que je disais, vous n’avez aucun sens de l’humour. Vous aurez un ulcère.

F : J’en ai déjà un, bravo !

H : Je n’ai aucun mérite.

F : Je ne disais pas ça pour vous féliciter. Tenez, donnez-moi votre main !

H : Pourquoi ?

F : Ne soyez pas méfiant, laissez-vous faire. Vous avez de l’humour, vous, alors la vie doit être beaucoup plus simple !

H : (Il lui donne sa main mais semble sur ses gardes) Alors ?

F : (Elle se concentre ) … votre solitude passagère ne sera nullement atténuée par vos tentatives de drague  dans les cafés. Centrez-vous plutôt sur vous-même pour comprendre ce qui vous empêche de réussir votre vie sentimentale, surprise en fin de semaine.

H : ( Il la regarde le sourire aux lèvres) Vous écrivez des horoscopes ?

F : Oui, bravo ! Dans Paris Normandie !

H : Vous plaisantez ?

F : Comme vous le savez déjà, je n’ai aucun humour !

H : Tout le monde peut changer.

F : Oui, mais en cinq minutes, ça serait un record.

H : Qu’est-ce que vous lisez ?

 ( Elle lui montre son livre)

H : L'influence des planètes sur les signes astrologiques ! Alors c’est vrai ? Vous écrivez vraiment des horoscopes ?

F : C’est la stricte vérité.

H : Vous y croyez ?

F : J’en vis alors je m’efforce d’y croire. Et vous, vous faites quoi, en dehors de baratiner dans les cafés ? Laissez-moi deviner !

H : Je doute que vous arriviez à trouver.

F : Vous doutez de mes dons ?

H : Allez-y !

F : Vous êtes soit guitariste, soit prof.

H : ( surpris ) Bravo, je suis les deux. Vous voulez que je refasse mon introduction à notre rencontre.

F : Eh bien pourquoi pas ? On finit par  prendre goût aux rencontres. J’efface tout ce qu’il y a eu entre nous et on recommence depuis le début. A vous !

H : Vous m’excuserez de vous interrompre dans votre lecture mais en vous regardant je me suis dit que je vous connaissais déjà, pourtant je suis persuadé que nous ne nous sommes jamais rencontrés physiquement, jamais vus, que nous avons d’ailleurs des goûts tellement différents, que nous ne sommes jamais allés aux mêmes concerts ou aux mêmes films ou aux mêmes pièces de théâtre ; pourtant je vous connais déjà, c’est une certitude et je vous assure que je ne crois pas en la réincarnation ! Je ne me l’explique pas, mais c’est ainsi, je vous connais

F : C’est  émouvant. On a presque envie d’y croire. Félicitations, mais maintenant je dois partir.

H : (empressé) Laissez-moi au moins votre numéro de téléphone.

F : Si vous voulez me revoir, lisez Paris Normandie, mon nom est au bas de la rubrique horoscope. Toutes les rencontres se méritent ou sinon… en valent-elles la peine ? Au revoir.

H : A bientôt.

F : Au fait, j’oubliais de vous dire que nous habitons au même numéro de la rue St Julien, le 45. Je vous y ai vu plusieurs fois ! Vous, pourtant, vous semblez ne jamais m’avoir remarquée… L’amour ferme les yeux et le chagrin les ouvre j’imagine… A très bientôt je pense…

H : Attendez, attendez, vous habitez au 45 de la rue Saint Julien ! Mais ce n’est pas possible, je…

F :  ( elle se lève ) Puisque je vous le dis.

H : Mais ne partez pas comme ça, attendez…

           

(Elle part sans se retourner.)

 

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Le bac

20170615_114019Tremplin vers les études supérieures, le bac donne du fil à retordre aux candidats. Déjà, il faut remplir l’en-tête ! Malgré les consignes répétées à plusieurs reprises, nombre d’entre eux la remplissent mal. Et, pour le bac philo, cette perle vue sur une copie : « le bac à lauréat » ! Mais avec un seul lauréat pour toute la France. Le système serait-il devenu hyper sélectif ?

Merci au candidat qui a égayé notre surveillance !

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L’esprit d’entreprise

Depuis que l’entreprise WWA était cotée en bourse, les chiffres des cotations apparaissaient toutes les heures sur le grand écran placé dans l’open space. Si les chiffres baissaient, un employé criait : Allez, on serre les dents et on participe à l’effort collectif ! Si les chiffres montaient, le même employé disait d’une voix ferme : C’est bien mais on peut encore mieux faire ! Et les galériens de WWA redoublaient d’effort.

Quand les hommes et les femmes de WWA rentraient chez eux, ils se rendaient à peine compte qu’ils répétaient la même chose à leurs enfants. En surveillant leurs devoirs ils disaient :  Allez, serre les dents pour revenir au niveau !   ou C’est bien mais tu peux encore mieux  faire ! 

 

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Le pari

20170610_141609A l’époque, elle aurait déjà dû s’en douter, un rien peut changer le cours du destin.

-          Pas cap ! lui avait dit Mathieu l’air rigolard.

-          Pas cap ? Moi ? Tu me connais mal.

Et elle avait accepté ce pari absurde qui ne lui rapportait rien, si ce n’est l’estime d’un amoureux stupide. Il lui fallait aller jusqu’au bout et tenir une semaine entière.

Dans quelque position qu’elle se trouvât – même la tête en bas - elle savait que l’épreuve serait difficile, peut-être même fatale. Et si elle en mourait ? Quand elle avait évoqué cette possibilité, Mathieu avait éclaté de rire.

-          On ne meurt pas de dire à quelqu’un qu’on l’aime même si on ne l’aime pas !

-          Qui sait ? Tu auras peut être un cadavre sur la conscience.

Et à quoi cela rimait-il de dire à ce garçon qu’elle connaissait à peine - si ce n’est par le surnom dont il était affublé - qu’elle l’aimait ? On l’appelait « Le muet », parce qu’il ne parlait à personne e présentait toujours un visage neutre, comme s’il était incapable d’empathie.

Quand elle lui avait fait sa « déclaration » -  à l’époque elle devait avoir 20 ans – il l’avait regardée de son air inexpressif et lui avait répondu.

-          C’est un pari ?

Elle avait rougi en assurant que non. Bien sûr il n’en avait rien cru. Pour faire passer sa gêne, elle l’avait invité à faire un tour au  jardin du Luxembourg ; la journée était belle et elle adorait voir les enfants jouer près du bassin. Il avait accepté en esquissant presque un sourire.

C’était il y a dix ans. Aujourd’hui, elle n'a plus de nouvelles de Mathieu. S’il la voyait avec « le muet », c’est lui qui perdrait l'usage de la parole car il se rendrait compte que l’amour peut parfois changer le cours d’une vie…

 

PS : photo prise en mai sur les quais de Rouen.

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La carrière

Il avait fait carrière dans la maladie, comme d’autres font carrière dans la politique. Il était passé de la constipation  aux migraines, du phlegmon à  l’urticaire géant, de l’ulcère à l’estomac  aux calculs rénaux, et de la prostatite à la goutte. Comment terminerait-il sa carrière ?

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duo de juin

Caro et moi-même entamons un nouveau duo pour ce mois de Juin. Caro a trouvé que cette vidéo saurait faire frétiller notre imaginaire.

Aujourd’hui, vous pouvez lire mon texte, très librement inspirée de cette vidéo.

 

Voir Venise et…

 

Ils avaient décidé de faire leur voyage de noces à Venise. Eux qui se définissaient comme « des intellectuels  allergiques aux modes et aux traditions » cumulaient déjà deux « tares » : le mariage et Venise.

Depuis leur arrivée, ils enfilaient des colliers de « Oh » et de « Ah » qui laissaient dans leur sillage des sourires amusés. Venise était vraiment telle qu’on la décrivait.

Le comble de l’extase : des funérailles sur l’eau ! Sur la première gondole trônait le cercueil, et sur les trois autres, la famille vêtue de noir.  Ils mitraillèrent. L’extase ! C’était tellement émouvant.

Le soir même ils firent l’amour dans leur lit « king size ». « Pour conjurer la mort, » se dirent-ils en riant avant de se dévorer l’un l’autre.

Ils eurent droit à des coups furieux contre la paroi, accompagnés de protestations en anglais - « Stop your fucking noises ! ».  Ils  répondirent en riant « Bullshit » et jouirent bruyamment, comme un pied de nez à ces grincheux qui  voulaient les empêcher d’être heureux.

Le lendemain, ils partaient à nouveau à l’assaut du grand canal, mais le temps était nettement moins agréable que la veille. Un ciel gris et un léger vent d’Ouest semblaient avoir découragé la plupart des touristes. Les gondoliers, eux, affichaient le même sourire que par beau temps, mais leur nombre avait diminué de moitié.

Le type qui les embarqua sur sa gondole - aussi noire que brillante - devait avoir dépassé l’âge de la retraite et sa barbiche blanche lui donnait un petit air démoniaque. Il leur dit  « Luna di miele ? » et le couple répondit « Ecco » à l’unisson. « Molto bene », répondit le gondolier tout sourire. Et il ajouta en français.

-          Alors pour vous, ce sera  le grand jeu.

-          Vous avez vécu en France ? demanda la jeune femme.

-          Oui, à Paris, je travaillais dans un magasin de pompes funèbres, sans parler de mes activités annexes, dit-il sans l’ombre d’un accent.

Le couple se regarda,  surpris. Le gondolier actionna sa rame à une vitesse phénoménale qui les fit douter de l’âge qu’ils lui avaient donné.

C’est face au palazzo ducale que la « chose » arriva. Les témoins de la scène certifièrent que deux mains géantes sortirent de l’eau. L’une se saisit de la femme, l’autre de l’homme, et ils furent maintenus au-dessus de l’eau pendant deux longues minutes alors qu’un air d’opéra  retentissait.

Les mêmes témoins ajoutèrent que le gondolier avait miraculeusement réussi à s’éloigner à grands coups d’aviron. La police voulut avoir son témoignage, mais aucun gondolier de Venise ne le connaissait.

Quant à l’homme et à la femme, on ne retrouva jamais leurs corps et ils font maintenant partie de la légende de Venise. Un scénario soigneusement orchestré et à la mise en scène grandiose retrace leur épopée dont les touristes raffolent. A quoi tiennent les légendes !

Bien sûr, l’histoire ne dit pas à qui appartenaient ces mains, mais qui aurait pu le dire ? Seul le gondolier, peut-être, mais peut-on retrouver un homme qui n’en est pas tout à fait un ?

 

PS : prochain texte mercredi 14 juin.

 

 

 

 

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Duo de juin

Caro et moi-même entamons un nouveau duo pour ce mois de Juin. Caro  a trouvé que cette vidéo saurait stimuler notre imaginaire. Aujourd’hui, vous pouvez lire son texte. Le mien sera publié le 11 juin.

 

 

Le dernier rêve

Je ne rêve jamais.

Excepté la nuit passée. J’ai remarqué, alors que j’allais éteindre mon portable, que mon frère avait laissé un message. Ou sa femme, la condessa*. Il était deux heures du matin, je venais de quitter l’appartement d’un vague amant avec qui je ne voulais pas finir la nuit. Ecouter la voix sèche de Paolo ou de sa femme, non. Il suffisait que l’un ou l’autre m’intime de les rejoindre pour que je saute dans le premier vol du matin.

J’ai éteint ma lampe de chevet et peu après deux mains gigantesques ont surgi du grand Canal pour agripper la façade d’un palazzo*. Ce n’était pas le nôtre mais celui de la grand-tante Ursula. Tout tremblait en moi. Ces mains allaient-elles nous sauver ? Ou nous détruire ? Je me suis réveillée en panique. Après quelques heures et plusieurs cachets, j’ai enfin renoué avec un sommeil vidé de ses drames.

Je ne rêve jamais pourtant.

Le lendemain, vers 20 h, j’ai pris le train de nuit, celui qui laisse le voyageur découvrir Venise au matin. Mon compagnon de compartiment, un Luigi sans doute marié, et charmant, m’a laissé sa carte de visite annotée de son numéro de portable et le journal qu’il avait acheté gare de Lyon. Le paysage s’assombrissait, je commandais un café à l’homme qui poussait le chariot. Il avait l’air si épuisé que je lui en aurais bien offert un. Je me mis à parcourir Il Gazzettinno* tout en repensant aux mots affolés de mon frère. « Reviens-vite, maman est devenue folle ». J’avais beau lui dire que Milan-Venise était plus rapide que Les Lilas-Venise, peine perdue. Soudain je vis l’article et j’éclatai de rire ! Les deux mains bleues, notre palazzo et tout ce tintouin à coup sûr ourdi par maman pour faire rager son fils. J’imaginais ma mère, allongée dans son altana* et sirotant son Bellini*, fière du bon tour qu’elle avait joué à Paolo. La grande condessa comme nous la surnommions, férue d’art, soutien reconnu d’artistes plus ou moins doués avait dû jubiler à l’idée de pouvoir participer de manière aussi éclatante à la biennale ! Et au vu de tous faire l’originale, elle qui l’était jusqu’au bout des ongles…

*  condessa : comtesse

*  palazzo : palais vénitien

Il Gazzettinno : quotidien italien surtout diffusé en Vénétie, dans le Frioul et dans le Nord-Est de l'Italie

*  altana : terrasse vénitienne

 * Bellini : Cocktail Bellini, inventé par Giuseppe Cipriani au Harry's Bar de Venise. Ce cocktail doit son nom au peintre vénitien et se déguste bien frais.

 

 

 

 

 

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Être, oui, mais qui ?

Aujourd’hui, son nouveau psychiatre lui a annoncé qu’elle n’était certainement pas bipolaire. Elle a presque été déçue qu’on lui retire ce label officiel.

Qu’allait-elle être maintenant ?

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Père et fils

20170527_183850Le père et le fils travaillaient dans le même garage. Souvent, on voyait leur tenue de travail sécher à la porte. La mère tenait le linge propre, comme elle l’avait toujours vu faire par sa propre mère. C’était son rôle. Elle était la gardienne du linge et des estomacs.

Père et fils s’entendaient bien. Ils partaient le matin en sifflotant, et le soir, ils revenaient toujours ensemble. A table, la mère les écoutait ; le déroulé des événements de la journée ressemblait à s’y méprendre au déroulé des événements de la journée précédente.

Un jour, il n’y eut plus qu’une tenue de travail à la porte, celle du père. Les voisins s'étonnèrent mais leurs questions ne reçurent jamais aucune réponse précise. Jusqu’au jour où un corps fut repêché dans la Creuse. C’était celui du fils. Les langues alors se délièrent. S’agissait-il vraiment d’un suicide comme on le laissait entendre ?

 

PS : photo prise dans la Creuse en mai 2017.

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