Presquevoix...

La rentrée

Deux jours avant la rentrée, c’était toujours la même chose, les rêves succédaient aux rêves. La veille, dans son premier rêve, elle était redevenue élève et séchait sur un problème de maths que le professeur – une femme à l’impeccable blouse blanche - avait donné en anglais afin de vérifier leur niveau de compétence dans les deux disciplines. Quant au rêve suivant, redevenue professeur, elle essayait de se présenter à la classe mais aucun son ne sortait et les élèves finissaient par se lasser de ce rôle muet. Elle se réveilla en sursaut à quatre heures du matin, et la première chose qu’elle fit ce fut de vérifier l’usage de sa voix en hurlant.

Son mari lui en voulut beaucoup…

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Les travaux d’Hercule

Elle lui avait demandé de ranger sa chambre.  Une hérésie. Demande-t-on à un adolescent de mettre de l’ordre dans sa chambre ? Le  rangement dura une semaine. Le premier jour, il mit ses chaussettes au sale, le deuxième jour  il changea la housse de couette, le troisième jour le drap du dessous, le quatrième jour  il ramassa ses livres et les fourra dans son bureau, le cinquième jour il s’attaqua aux feuilles qui traînaient par terre et il les jeta en vrac dans un tiroir, le sixième jour  il mit ses caleçons dans la machine et le septième jour… il se reposa.

 

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Mères

Un jour, son amie Muriel lui avait dit sur un ton de confidence.

-          Ma mère, je ne sais pas comment je pourrais la remercier  de tout ce qu’elle a fait pour moi : je lui dois tout !

Pour ne pas être en reste, Marie avait enchaîné sur le même ton : moi aussi, je lui dois tout à ma mère, même - et surtout - ma dépression ! 

 Muriel n’avait rien répondu.

 

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Le parloir

DÇa faisait 1 mois qu’il était dans la 129. Un mois à tourner en rond, à refuser les promenades et à maudire celle par la faute de qui il était en prison. Il n’en pouvait plus des coups tapés contre les portes, des insultes et des télés qui gueulaient. « La salope, la salope, la salope… » ressassait-il comme un mantra.

Soudain, l’œilleton se leva et il entendit le surveillant dire « parloir ! ». La première fois qu’il l’entendait, ce mot, depuis son incarcération. Parloir ? Qui pouvait bien venir le voir ?

Son premier mouvement fut de ne pas y aller, et puis la curiosité fut plus forte. Il mit son sweat et suivit le surveillant qui avait déjà ouvert la porte. Le long des couloirs crasseux, il fut saisi par l’horreur d’être tombé dans cet étau. « La salope » murmura-t-il une dernière fois. On lui désigna le box et  il la vit. Elle attendait les bras croisés, le visage  chiffonné par la fatigue. Il s’assit face à elle et s’essuya les yeux rapidement.

-          Tu croyais que je ne viendrais pas ? chuchota-t-elle.

-          Je pensais que tu m’en voudrais ; tu sais c’est pas moi, c’est à cause de cette salope, c’est à cause d’elle.

Elle le regarda droit dans les yeux.

-          Il vaut mieux pas commencer comme ça Jérôme. Arrête de rejeter la faute sur les autres. Cette salope, c’est quand même toi qui la dealait, non, et pas qu’un peu ! Alors assume et grandis.

Il réprima un geste de la main et tut ce qui lui brûlait les lèvres. Après tout, elle avait peut-être raison, et peut-être que la salope, au fond, c’était lui…

 

PS : photo gentiment prêtée par Dominique Hasselmann.

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La panne

Il avait griffonné plusieurs débuts d’histoire - celle de la femme qui se prenait pour un chien, celle du type qui racontait compulsivement des histoires drôles qui ne faisaient rire personne, celle de l’homme qui se faisait mettre à la porte de chez lui et qui se retrouvait nez à nez avec son voisin qui lui souhaitait de bonnes vacances, celle d’une femme qui faisait l’amour avec des dizaines d’hommes sauf son mari… - puis il les avait toutes fait disparaître les unes après les autres. Non, ce jour-là rien ne trouvait grâce à ses yeux. Il ferait mieux d’arrêter d’écrire. Et c’est ce qu’il fit.

Le lendemain, il s’acheta une canne à  pêche et partit à vélo vers la Bouille. Il trouva un joli coin ombragé et installa son matériel. C’est en ramenant un soutien-gorge en lieu et place d’un gardon qu’il cria Euréka. Il délaissa sa canne, nota quelques lignes sur  calepin apporté au cas où, rangea ses affaires et rentra chez lui.

Il écrivit 50 pages d’affilé ; son premier roman prenait forme…

 

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Le CAC

Hier, pour la première fois depuis dix ans, il avait fait les courses avec elle. Ils avaient parcouru les rayons d’Intermarché et mis leurs produits ensemble dans le caddy ; le bonheur presque absolu.

A la caisse, il avait tout rangé dans les sacs bleus à une vitesse qu’elle avait jugée tout à fait raisonnable. Lorsqu’elle eut payé, elle lui déclara :

-          Tu es reçu !

Il s’étonna :

-          Je suis reçu ? Mais à quoi ?

-          Tu as ton diplôme du CAC : « Certificat d’Aptitude aux Courses ». Avec 20 sur 20 dans toutes les disciplines : recherche des produits, choix des produits selon leur coût et leur qualité, rangement des produits.

Ce qu’il ne savait pas encore, c’est que les dix années à venir , il serait préposé aux courses, comme elle l’avait été les dix années précédentes.

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L'odeur

Avant-hier, le directeur m’a convoquée dans son bureau, au vingtième étage de la Tour Breteuil, pour connaître mon avis sur l’entreprise COR. Je le lui ai donné sans mâcher mes mots, mais au moment où j’ai voulu sortir, il m’a coincée contre l’armoire en fer. Il m’a dit  qu’il aimait mon côté rebelle et que ça l’excitait. Sa chemise était  bleu pâle et il sentait le musc. J’ai gardé sur moi son odeur pendant toute la journée. En parfait gentleman, il n’a pas insisté  quand je lui ai demandé d’arrêter et je suis sortie la tête haute.

Seulement voilà, maintenant, son odeur m'obsède...

 

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La pièce

Cette pièce de théâtre, elle l’avait au moins vue 6 fois en vingt ans, mais dès qu’elle repassait au théâtre, elle se réservait une place. Ce samedi 13 avril, quand arriva la scène finale, le fameux moment où le détective réunit tous les habitants de la maison pour leur annoncer qui est le coupable, elle se leva du Fauteuil H 3 situé à l’orchestre et elle hurla en pointant son doigt vers la scène  : « Je sais qui est le meurtrier, c’est lui, c’est lui ! ».

Toute la salle se tourna vers elle et oublia les acteurs.

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Confidence

Le dimanche après-midi semblait tirer en longueur, comme tous les dimanches après-midi qu’elle passait avec sa mère, chambre 12, au première étage de la maison de retraite où elle résidait depuis deux ans. Elle finit par  lui demander, plus par ennui que par curiosité.

- Quelle est la pire chose que tu aies faite dans ta vie ?

Sa mère hésita un instant et lui demanda, soupçonneuse, pourquoi elle lui posait cette question alors qu’elle connaissait déjà la réponse. Devant l’étonnement manifeste de sa fille, elle  répondit, agacée : me marier avec ton père, bien sûr, comme si je ne te l’avais pas déjà dit mille fois !

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Improvisation estivale

Les vacances c'est aussi improviser, et la compagnie  "World line" le fait avec enthousiasme.  Je vous laisse en sa compagnie.

Je serai de retour  le 16 aout, pour de nouvelles aventures fictionnelles. A bientôt !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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