Presquevoix...

L’arme

20150625_102210Il était allé à Lausanne pour se fournir chez Forney, maison fondée en 1808. L’arme achetée était parfaite : petite, élégante et légère. L’usage qu’il en ferait atteindrait aussi la perfection.

Il s’était réservé une chambre de 32 mètres carrés à l’hôtel Beau-Rivage, avec vue sur le lac. Le soir de son arrivée, il avait prévu un « dîner émotions »   dans le restaurant gastronomique de l’hôtel.

Quand il était entré dans le hall, le réceptionniste l’avait observé d’un œil méfiant : pas le genre de la maison, avait-il dû penser, sans doute à cause de son costume fripé par le voyage et de sa coupe de cheveux peu classique. Sa carte bleue fut débitée sans problème et le réceptionniste retrouva le sourire.

-  Deuxième étage, chambre numéro 10, fit-il en lui tendant la clef. Nous vous souhaitons un agréable séjour à l’hôtel Beau-Rivage, Monsieur, et nous ferons tout pour vous satisfaire.

Son installation fut rapide. Il ouvrit la fenêtre, la vue était à la hauteur du prix, grandiose.

Il visualisa la scène après le dîner : il s'enfermerait dans sa chanbre, il ne tirerait  qu'un seul  coup et il en finirait avec ce qu’il appelait : mon intranquillité.

Sylvia elle-même en serait étonnée. Comment aurait-elle pu supposer qu’il se donnerait la mort dans l’hôtel où ils avaient passé leur nuit de noces ?

 PS : photo prise par gballand, à Lausanne.

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La petite soeur

Sa soeur était née. Horreur ! Comment supporter ce bébé tout rouge qui couinait à la moindre occasion, juste pour se faire remarquer ? Un lundi, en rentrant de l’école, elle avait frappé de porte en porte pour que les voisins l'adoptent, mais personne n’avait accepté.

Le soir même, sa mère – avertie par de bonnes âmes  -  lui avait donné une gifle mémorable. Elle s’était donc forcée à aimer sa soeur mais, à 70 ans passés, elle n’y arrivait toujours pas…

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Le forçat

20150604_100958C’était un vrai travail de forçat et il ne savait nullement combien de temps il pourrait encore tenir. Quelle faute avait-il donc commise ? De quoi était-il coupable au juste ?

Ses interrogations cessèrent quand une femme s’arrêta pour le prendre en photo. Il voulut lui dire combien il souffrait, combien ses questions le rongeaient, mais il n’osa pas. Elle aurait pu se moquer de lui. D’ailleurs, seul le cadrage  l’intéressait et, si elle semblait le prendre en gros plan, ce n’était nullement pour découvrir son âme mais pour emprisonner son image.

Quand elle rangea son appareil, le forçat faillit crier, mais sa voix lui manqua et la femme passa son chemin, comme les autres, comme tant d’autres…

 

PS : photo de gballand prise à Rouen, place de la Rougemare. Prochain texte : le dimanche 28 juin !

 

 

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Jesus

Jesus ( à prononcer à l’espagnol avec la jota)

La première chose que Jesus –  ce prénom avait été choisi par sa mère, d'origine espagnole – avait aimé chez Madeleine, c’était sa foi. Celle-ci, adepte de l’iphone, lui avait conseillé l’application « messe-info », proposée par les évêques de France : une application qui permettait d’assister aux messes les plus proches du lieu où l’on se trouvait.

Jesus téléchargea l’application in petto, mais de l’application à la séduction, il y avait une marge qui se transforma, pour lui, en un long chemin de croix…

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Manon

Ça faisait quatre mois que Manon allait mal. Elle n’arrêtait pas de me dire qu’elle avait envie de se foutre en l’air. Je n’en pouvais plus. Avec elle mes nuits étaient plus belles que mes jours ; au moins elle dormait. Agacé, j’ai fini par prendre une décision : et si tu faisais une psychothérapie de soutien ; La femme de Jean en a fait une et au bout de 10 séances elle allait mieux. Je te l’offre, ce sera mon cadeau d’anniversaire.
Manon n’a pas dit non, elle n’est pas contrariante. Enfin, elle n’était pas contrariante, jusqu’à ce fameux jour qui sonna la fin de sa dixième séance.
- On dirait que ça va mieux - ai-je remarqué - tu vois, 10 séances c’est ce qu’il te fallait.
Elle m’a répondu l’air embarrassée : Oui mais… enfin… j’ai quelque chose d’important à te dire.
J’étais un peu étonné de tant de mystères, surtout qu’entre elle et moi il n’y a jamais eu de secrets. Soudain elle s’est jetée à l’eau.
- Il faut que je te quitte. Toi et moi ça ne peut plus marcher. On est trop différents.
Je n’ai pas su quoi répondre. D’ailleurs je n’en ai pas eu le temps, elle est montée préparer sa valise puis elle est partie sur-le-champ.
Depuis deux semaines je suis seul avec la chatte - oui, elle m’a quand même laissé Louise – mais moi,  je n’ai qu’une envie : me foutre en l’air.

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Le fantasme

20150613_191121Chaque jour, à 18 heures tapantes,  il montait sur la petite échelle. C’était devenu une addiction. Mais que regardait-il ? vous demanderez-vous. Elle : la femme idéale, l’impossible incarnée.

Se savait-elle observée ? Bien sûr, et pour rien au monde elle ne se serait privée du rituel de 18 heures. Elle passait une demi-heure à se préparer. Ceci pourra vous étonner, mais un fantasme ne peut se contenter de médiocrité.

L’un comme l’autre savaient  que jamais ils ne pourraient s’étreindre. Et quand, par un hasard extrême, ils se croisaient dans l’escalier, ils s’évitaient consciencieusement, de peur de faire disparaître pour l'un, l'objet de son désir, pour l'autre l'objet de son plaisir.

 

 

PS : photo prise par GB.

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Pédagogie

Elle avait décidé de consacrer ses vacances à la fabrication d'un objet pédagogique qui, elle n’en doutait pas, ferait rapidement partie de la boîte à outils secrète de chaque professeur : La machine à claques. Composée d’un long bras articulé armé d’une main, cette machine se mettra en marche à partir d’une simple pression sur un bouton vert. D’une portée de 10 mètres et d’un rayon d’action élargi, son efficacité et sa facilité d’utilisation révolutionneront l’acte pédagogique. Par ailleurs, le fait de  placer l'objet sur le bureau du pédagogue, bien en évidence, évitera peut-être tout passage à l'acte ; nous ne doutons pas un seul instant que  les " apprenants " seront sensibles aux vertus dissuasives de l'outil.

 

PS : En tapant " machine à claques " dans youtube, je suis tombée sur cet extrait de film qui m'a fait rire ; peut-être provoquera-t-il le même effet chez vous.

 

 

 

 

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L’Oeil du géant

20150528_145227Depuis une semaine, son plafond de visites avait explosé. Elle qui, en temps normal,  atteignait un maximum de soixante visites par jour sur ses deux blogs, était passée à un pic de 110 sur chacun de ses blogs,  et l’essentiel de ses " visiteurs " venait des Etats-Unis, de Mountain View, en Californie. Etait-elle espionnée par la NSA ?

Minée par ses tendances paranoïaques, il ne lui en fallut pas plus pour se répandre en lamentations  auprès d’oreilles complaisantes qui cherchèrent à la rassurer : mais non, entre elle et Edward Snowden*, il n’y avait rien de commun ; franchement, qui pourrait bien s’intéresser à ses blogs dont l’audience confinait à l’infinitésimal ?  Mais non, personne ne lui en voulait, qui pourrait bien se venger de quoi que ce soit ?

Pourtant rien ne la rassura. Elle ferma ses blogs, éteignit son portable, se confina chez elle et ne répondit plus à aucun coup de téléphone. Elle n’était pas loin de penser qu’un drone en provenance directe des USA ferait exploser sa maison…

 

 

 

 

 

 

*Interview d'Edward Snowden, l'auteur des révélations sur les systèmes de surveillance des Etats-Unis

 

PS : photo prise par gballand.

Le prochain texte paraîtra  lundi 15 juin, je préfère vous prévenir au cas où vous penseriez que j’ai été enlevée par la NSA ou tuée par un drone…

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L’ annonce

Avocat, 40 ans, grand, plutôt bel homme, sportif, doux, prévenant, cultivé, cherche femme pour partager… ça, c’était le texte de l’annonce parue dans le Nouvel Observateur.
Quand elle était entrée dans le café, il l’avait reconnue tout de suite. Elle n’aurait jamais dû donner sa photo.
- Déçue ? Lui dit-il.
Elle resta sans voix.
 Il avait la quarantaine enrobée, devait mesurer 1 m 65 et il était laid, même très laid.
- Je suis bien avocat, ajouta-t-il.
- Au moins ça… s’entendit-elle répondre.
- Et je cherche une femme.
Elle répondit agacée.
- Et ça justifie tous ces mensonges ?
- Trois mensonges pour six vérités, répliqua-t-il, je n’ai pas droit à une chance ?
Elle ne put que sourire…

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L’ange déçu

20150524_183012Il s’était décapité par déception. Vous me direz : est-ce possible ? Un ange n’a-t-il pas la formation divine suffisante pour tout supporter ?

En général oui, mais L’homme qu’il protégeait l’avait poussé à bout. Combien de fois, sur le fil de l’écoute, avait-il  hoché la tête, fatigué, entre compassion et pitié. Mais un jour, la corde avait cassé, et lui -  l’ange-funambule - s’était retrouvé au sol, déçu et désespéré.

C’était « un cas difficile », on l’avait prévenu au départ. L’homme ignorait son coeur et son corps. Il croyait tout connaître mais ne connaissait rien. Il se disait doué de raison, mais ses raisonnements n’étaient qu’un prêt à penser, un stock donné à la naissance qu’il n’avait jamais interrogé ni regardé à la lumière du jour.

Une fois l’ange décapité, l’homme avait tenté de continuer son chemin, mais plus personne n’avait voulu le suivre et il était mort, loin de tous et de lui-même.

 

PS : photo prise par gballand

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