Presquevoix...

Le frère

Son frère était son miroir grossissant et il lui en était reconnaissant. Quand il prenait 1 kilo, son frère en prenait 3, et quand il en prenait 2, celui-ci en prenait immanquablement  6.

Comme il ne  voyait son frère qu’une fois par semestre, l’effet loupe n’en était que plus saisissant. Il se mettait alors au régime avec pesée chaque jour et une mise à jour  de sa  courbe de poids sur son carnet de santé en ligne…

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Chirurgie

Depuis qu’elle s’était fait lifter le visage et les paupières intérieures, pour avoir l’air d’être une maman plus jeune – elle avait eu son premier enfant à 38 ans et le deuxième à 40 -  son fils de 6 ans s’obstinait à ne pas la reconnaître. Il n’arrêtait pas de dire.

-          Je veux ma maman.

Ce à quoi elle répondait patiemment.

-          Mais c’est moi ta maman, mon chéri.

Jusqu’au jour où il rétorqua.

-          Non, t’es pas ma maman, t’es moche et je t’aime pas !

 

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Retrouvailles

Ils se retrouvèrent par hasard lors d’un enterrement, quarante ans jour pour jour après leur premier rencontre, celle où ils avaient failli…

Elle était avec son mari, il était avec sa femme. Ils échappèrent un instant à leurs obligations familiales pour se saluer.

-  Tu n’as pas changé, lui dit-il.

-  Toi si, rétorqua-t-elle peu soucieuse des convenances.

Puis la conversation se poursuivit aimablement sans que ni l’un ni l’autre n’aborde « le sujet ». Dix minutes plus tard, ils furent rejoints par leurs conjoints respectifs qui  s’étonnaient de leur absence.

Les présentations furent faites, sans enthousiasme, et chacun se jaugea poliment.

Quinze minutes plus tard, ils se séparèrent, se promettant bien sûr de se revoir, mais ils n’avaient surtout pas échangé leurs numéros de téléphone.

 

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Déménager

DElle voulait déménager, mais  passer de son cerveau 1 à son cerveau 2 était loin d’être simple car aucun déménageur ne voulait lui faire un devis.  Puis, par le hasard le plus complet, elle avait rencontré « Seigneur déménagements ». Comme ils faisaient aussi garde-meubles, elle en avait profité pour leur demander de garder le mobilier qu’elle savait ne plus lui être utile mais  dont elle hésitait à se débarrasser définitivement, d’autant plus qu’il s’agissait d’héritages.

Malgré le coût du devis, elle avait signé. Le déménagement eut lieu le jour de la Pentecôte. Quand on sonna, elle descendit et ne vit qu’un jeune homme frêle à la barbe bien taillée et aux yeux clairs.

- Vous êtes seul ? Dit-elle étonnée.

Il lui répondit,  de façon énigmatique, qu’avec l’aide de Dieu tout était possible. Et  tout fut possible. En deux temps trois mouvements, le transfert fut fait  Elle se sentit plus légère.

Avant de lui tendre  la facture rédigée sur papier bible, le jeune homme lui dit.

- Voyez, et gardez-vous de toute avarice ; car encore que quelqu’un soit riche, sa vie n’est pas dans ses biens.

- Je vous demande pardon ?

- Évangile selon Luc, chap. 12, p. 58, vers 15.

- Je ne connais pas les Evangiles.

Il fouilla dans l’une de ses poches et lui tendit le nouveau testament.

- Cadeau ! Ça peut toujours servir. Habiter un nouveau cerveau  n’est jamais simple et je sais de quoi je parle.

Elle prit le nouveau testament, le remercia et le jeune homme partit immédiatement.

Elle constata qu’il avait  raison, habiter son nouveau cerveau fut loin d’être une sinécure et chaque jour – pour pallier la nostalgie qui était la sienne  -  elle ouvrait  le nouveau testament au hasard afin d’y trouver une citation à méditer. Le premier jour, elle tomba sur celle-ci : Ne jugez pas sur l’apparence, mais portez un jugement juste.

 

PS : photo prêtée par D. Hasselmann

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Les hommes

Il pleut. Impossible d’aller à mon rendez-vous : je suis phobique. Une seule goutte d’eau me met dans un état indescriptible. Ma première crise date de l’époque où j’étais mariée. Nous étions au mois de juillet et nous venions de fêter notre première semaine de mariage. Nous avions décidé de célébrer les semaines et non les années car nous étions convaincus que cela fortifierait notre amour.

Lorsque nous sommes sortis du restaurant - moi dans la robe rouge qui lui avait plu lorsqu’il m’avait vue pour la première fois, et lui en jeans - nous avons marché jusqu’au fleuve. A l’endroit exact de notre première rencontre, il m’a embrassée. C’est à ce moment-là que j’ai senti la première goutte de pluie. J’ai frissonné. Allez savoir pourquoi,  le lendemain de cette pluie d’été, il partait. Notre mariage a totalisé huit jours de vie commune.

Depuis son départ, je ne cesse de rencontrer des hommes : les petites annonces du journal local font merveille ; Meetic aussi.

Je me suis fixée une règle à laquelle je ne déroge jamais : un homme par mois. Jusqu’à présent je n’ai pas été déçue mais ai-je vraiment le temps de l’être ? Je les reçois souvent chez moi et je les fais parler d’eux. Contrairement à ce que l’on pense, les hommes adorent parler, il suffit de savoir s’y prendre. Moi, j’aime les écouter, surtout quand ils parlent de leur femme. C’est étrange de les entendre parler de celle que j’aurais pu être.

Après chaque rencontre, je prends des notes. Un jour j’écrirai sans doute un roman…

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La lettre

Monsieur,

 Je prends la liberté de vous écrire cette missive pour vous signaler que vous avez tout bonnement oublié de me téléphoner afin de me donner un nouveau rendez-vous et ce, depuis le mois de février 2008.

 Je vous rappelle brièvement les faits : avant les vacances de février, vous m’aviez donné un rendez-vous sur la même plage horaire qu’un autre de vos « patients », et j’ai donc attendu trois quarts d’heure dans votre salle d’attente – terriblement déprimante à vrai dire et je vous conseille d’en changer les couleurs -  pour  finalement repartir sans avoir pu être écoutée. Vous m’aviez alors assuré – et je vous avais bien sûr fait pleinement confiance -  que vous me rappelleriez  sous peu.

 Le problème, voyez-vous – serait-ce un  manque d’éthique  de votre part ?- c’est que deux mois ont passé et  que je n’ai toujours pas eu de coup de téléphone de votre secrétariat.

 Puis-je me permettre de vous dire que vous avez une chance inouïe : je ne suis ni paranoïaque, ni de tempérament  suicidaire, juste un peu névrosée, comme vous sans doute. Imaginez qu’en deux mois, j’aurais eu largement le temps de vous harceler téléphoniquement ou de faire preuve d’imagination et d’opiniâtreté afin de réussir mon suicide ! Mais il est vrai que vous êtes bien placé pour savoir que la vie est faite de « drames » – petits et grands – et que, finalement, nous sommes tous appelés à disparaître un jour ou l’autre : alors, un peu plus tôt, est-ce si grave surtout lorsqu’il ne s’agit pas de soi ?

 J’espère que vous excuserez cet  humour noir  - j’affectionne particulièrement ce genre - qui n’a pour but que de mettre l’accent sur ce « petit » oubli qui aurait pu avoir de graves conséquences pour vous, et surtout pour moi.

 En espérant que vous ne m’en voudrez pas de ce rappel, veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

 Elisa Mayer

 PS : je mets bien sûr fin à mes rendez-vous hebdomadaires.

 

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Le corps

20150102_145429Quand il avait vu le corps allongé sur les feuilles, son œil de peintre avait tout d’abord remarqué l’harmonie des couleurs ; l’instant d’ après il avait paniqué. Que faisait-elle là ? Etait-elle morte ? Certainement. Ce n’était nullement l’époque pour une sieste en pleine nature ; la température extérieure atteignait à peine quatre degrés.

Il décida de passer son chemin. Ne pas s’impliquer et prendre ses distances, comme à l’accoutumé.

Le lendemain matin, en prenant son café au bar des fleurs, ses yeux tombèrent sur le gros titre et la photo de Paris Normandie : « le corps d’une femme retrouvée dans la forêt du Rouvray ». Il avala sa gorgée de travers. Etait-elle encore vivante quand il l’avait vue ? Il se persuada que non.

En rentrant chez lui, il installa son chevalet, sa toile, ses pinceaux et il se mit au travail. Des teintes roses et marrons surgirent, deux troncs d’arbres émergèrent et sur le lit de feuilles mortes, le corps, allongé de tout son long…

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Ambition « En saigner »

Qui-veut-apprendre-a-apprendre_236642Avachissement des corps sur les tables, blousons bouclés jusqu’au cou malgré les 22 degrés de température intérieure – macération assurée - ;  fredonnements épisodiques – la nouvelle star c’est aussi en cours - ;  reniflements ponctuels – ils n’ont jamais de mouchoirs et en demandent toujours un au prof - ;  ricanements intempestifs – il y a toujours quelqu’un pour faire une bonne blague bien nulle - ; vibreurs ici ou là – le portable est une excroissance corporelle - ; chewing-gums consciencieusement mâchés – « c’est pour la concentration, c’est prouvé ! » (sic) - ; ennui délibéré – ça fait « style » -   mauvaise foi permanente – « J’ai rien fait, pourquoi c’est toujours moi qui prend ? » - ;  fainéantise chevillée au corps – on n’étudie plus, c’est ringard, on y va « au talent » ( sic)…  voici un aperçu, non exhaustif, de ce que la pub ne dira jamais, ça nuirait au recrutement.

 

 

PS : bien évidemment, c’est une caricature ;)

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La robe de mariée

Elle allait fêter ses noces d’or ; 50 ans de bonheur mitigé avec un mari qu’elle avait pour habitude d’appeler « ma cellule de dégrisement ».

En regardant sa robe de mariée sagement remisée sous une housse avec un soupçon d’antimite, elle n’avait pu que se rendre à l’évidence : loin était le temps où elle pouvait se targuer d' une taille de guêpe. Depuis 30 ans elle mangeait trop. Sa taille enflait et elle arborait trois bourrelets que le bonhomme Michelin n’aurait pas reniés.

Lors de la fête organisée par sa fille pour fêter une union dont chacun connaissait les hauts, mais surtout les bas, elle prit sa famille à témoin pour dire le plus sérieusement du monde : « Quand je mourrai, enterrez-moi dans ma robe de mariée. Pas grave si on peut pas la fermer, de toutes façons, personne verra rien, je serai sur le dos, comme une baleine échouée, et je bougerai plus pour des siècles et des siècles ! »

 

 

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Le billet de train

Elle a pris une assurance – 4 % du montant du billet – et elle est au guichet  pour savoir si elle peut être remboursée. Le guichetier, avec une pointe de cynisme, lui fait remarquer que les clauses de l’assurance sont tellement restrictives qu’elle ne pourrait être remboursée qu’en cas de décès, et encore, le sien.  Et dans ce cas, souligne-t-il, vous n’en auriez plus besoin !

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