Presquevoix...

Curiosité

Voici un texte de  Gilda - une amie brésilienne de Belo Horizonte -  traduit en français par mes bons soins.

 

Une femme meurt. En arrivant au ciel, Elle est durement rappelée à l'ordre.

- Tu ne devrais pas être ici ! Tu es arrivée avant que ton heure ne soit venue.

- Ce n'est pas de ma faute, répond-elle.

- Ah bon, ce n'est pas de ta faute ? C'est de la faute  de ta curiosité peut-être ?

- Bon, c'est vrai, c'est de ma faute, j'ai traversé la rue alors que je lisais un message reçu sur mon portable.

- Mais pourquoi n'as-tu pas lu le premier message que tu as reçu ?

- Parce que le deuxième était beaucoup plus intéressant. Il annonçait : comment vous débarrasser rapidement de votre belle-mère.

- Peux-tu lire ton premier message ?

- Impossible, mon portable est resté sur terre.

- Voici ce qu'il disait : message d'utilité publique. Attention avant de traverser la rue, il faut regarder des deux côtés !

 

 

 PS :

 

 

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Conflit

Il faisait partie de ces hommes qui pensaient que si l’on ne parlait pas d’une chose, elle n’existait  pas.

Elle faisait partie de ces femmes qui pensaient que si l’on s’obstinait à ne pas parler d'une chose, c'était du déni.

Dès lors, pouvaient-ils s’entendre ?

 

 

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Le boucher

M. Mouton était établi depuis vingt-cinq ans comme boucher à St Jean Pied de Port et il travaillait la viande sous toutes les coutures. La bavette, le paleron, l’araignée,  le jarret, les jambonneaux, les filets, les plats de côte, les gigots et les côtelettes étaient toute sa vie mais, depuis quelques mois, l’enthousiasme n’était plus au rendez-vous ; la viande le rendait morose et il ne pouvait plus avaler un seul morceau de chair cuisinée.

Il avait même fini par devenir végétarien, au grand désespoir de sa femme qui tenait la caisse de la « Boucherie Moderne »  depuis dix-neuf ans. Madame Mouton faisait des pieds et des mains  pour que l’étrange goût de son mari pour les végétaux et les fruits soit gardé dans le plus grand secret. Car, qui peut imaginer qu’une clientèle – aussi fidèle soit-elle -  continue à se fournir en viande auprès d’un boucher végétarien ?

 

PS : prochain texte le 15 aout.

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Les lettres anonymes

Elle n’avait qu’une passion : les lettres anonymes. Elle suscitait les confidences des élèves,  brodait patiemment le canevas de chaque histoire,  puis elle envoyait une lettre aux collègues qu'elles détestait secrètement.

Cette année il n’y  avait eu que 3 lettres mais malgré leur petit nombre,  la méfiance avait été à son apogée dans l’établissement.

Elle se félicitait d'avoir fait disparaître  de son quotidien un vide sidéral,  mais elle devait constamment se surveiller car sa jouissance était telle qu'elle craignait de se trahir...

 

PS : prochain texte, le 10 aout.

 

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Le Vaccin

La veille, il s’était fait vacciner contre sa mère ; ce vaccin avait été mis au point l’année passée aux Etats-Unis par un chercheur qui - disait l’article qu’il avait lu dans le Guardian -  avait le mal de mère.

Le lendemain du vaccin, il subit une réaction violente, si violente qu’il se fit porter pâle au travail et passa la journée au lit. Le surlendemain, sa mère l’appela.

-          Tiens, tu ne m’as pas appelée hier.

-          Non, j’étais malade.

-          De quoi ?

-          Une réaction à un vaccin.

-          Un vaccin ? A ton âge ?

-          Il n’y a pas d’âge pour les vaccins.

-          Contre quoi tu t’es fait vacciner ?

Il éluda mais sa mère ne l’entendit pas de cette oreille et chercha à savoir. Le vaccin devait déjà commencer à faire effet car il lui cloua magistralement le bec et lui raccrocha au nez.

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Impasse

20170505_102337_1C’est à cette fenêtre qu’il l’avait vue apparaître pour la première fois, trente ans plus tôt. Et,  même si elle l’avait quitté depuis 27 ans trois semaines et deux jours, il passait chaque jour devant cette fenêtre, attendant qu’elle l’ouvre et l’appelle pour lui dire qu’elle s’était trompée, que c’était lui qu’elle aimait et non  l’autre, ce salopard qui se disait son ami et lui avait  volé sa vie.

 

 

PS : photo prise à Lyon en mai 2017

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Le SDF

Elle sortait de son stage de théâtre quand il l’avait abordée.

- T’as pas deux euros ?

« Non », dit-elle après avoir tâté sa poche droite, celle où elle laissait toujours une pièce au cas où.

- Alors, tu te fous que je sois à la rue ! Éclata-t-il.

Mise à rude épreuve par un stage qu’elle avait certes choisi, mais qui la déstabilisait, elle répondit sur le même ton.

- Non je m’en fous pas, mais j’ai rien, merde !

Le type la regarda interloqué puis il poursuivit son chemin. Elle aussi.

Oui, le théâtre c’était ça, se laisser aller à des émotions qu’elle retenait en permanence…

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Le chien

Enfant, je rêvais de m'effacer. Je me souviens du jour où  je m’étais installée dans la niche du chien. Je dois dire que j’enviais mon chien. Lui, au moins, on lui fichait la paix. J’étais recroquevillée à l’intérieur depuis au moins un quart d’heure quand j’ai entendu ma mère qui m’appelait de sa voix de maîtresse. J’ai aboyé furieusement, juste pour le plaisir ; j’étais contente de jouer au chien. Une fois devant la niche, ma mère a hésité, puis elle s’est accroupie pour regarder à l’intérieur. Quand elle m’a vue, son visage est devenu cramoisi. J’ai juste eu le temps de m’effacer avant qu’elle ne me donne une gifle sonore.

 Depuis, j’ai continué à m'effacer, sauf hier. On m’a convoquée dans le bureau du patron pour une faute professionnelle que je n’avais pas commise.

-          Ce n’est pas moi, ai-je dit d’une voix ferme.

Mais rien n’y a fait, le patron n’écoutait aucun de mes arguments, il s’est approché de moi, l’index menaçant. Alors, en désespoir de cause, j’ai aboyé et j’ai montré des dents. Le patron s’est retranché derrière son bureau et je suis sortie la tête haute.

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Champagne !

20170714_152121A l’hôpital, elle avait dit « champagne ! » et le personnel s’était incliné. Prive-t-on une malade – fut-elle au service des soins intensifs – d’un verre de champagne le jour de son anniversaire ?

Par contre, quand elle a insisté auprès des infirmières pour qu’elles boivent un verre avec elle, celles-ci ont catégoriquement refusé.

-          Je risque de vous piquer de travers après mon verre, lui a répondu  une infirmière en souriant.

Et la malade de dire, une fois l’infirmière partie.

-          Quelle godiche ! Un verre de champagne, ça n’a jamais fait de mal à personne !

 

PS : prochain texte le mercredi 26 juillet.

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Martine

Avant-hier, on attendait devant le théâtre pour voir une compagnie régionale quand Martine est arrivée, souriante et détendue. La vache,  qu’est-ce qu’elle a grossi Martine ! Enfin, ça, je l’ai gardé pour moi, forcément. Elle nous a parlé de son opération des genoux – les deux, parce qu’elle ne fait jamais les choses à moitié Martine.

Elle appréhendait sa visite chez le chirurgien ; elle croyait qu’il allait lui parler de sa « surcharge pondérale », mais en fait non, il ne lui en a même pas touché un mot. Je me demande bien pourquoi, parce que ça saute aux yeux qu’elle est grosse Martine.

En tout cas, Martine, elle était très contente de son chirurgien : gentil, prévenant, le gendre idéal. Et psychologue en plus, parce que c’est bien le seul à avoir compris que le simple fait de parler de régimes, ça la faisait grossir.

De retour du théâtre, mon mari m’a dit sur le ton de la confidence : « Eh bien moi, j’aimerais pas être les genoux de Martine, qu’est-ce qu’ils doivent morfler ! ».

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