Presquevoix...

Le confessionnal

20170606_143514Elle avait décidé d’ouvrir un confessionnal, une idée un peu folle, mais qui  marchait. Au début, un ou deux clients par jour, mais depuis un mois, elle pouvait recevoir jusqu’à 10 personnes par jour.

Son approche était simple : chacun pouvait déposer ses souffrances pendant la demi-heure qui lui était accordée et recevait une écoute inconditionnelle accompagnée d’une boisson au choix et d’un gâteau fait maison, pour la modique somme de 15 euros.

Seulement, au jeu de l’écoute, elle fut rapidement prise au piège, et ce qu’elle pensait être une activité anodine l’obligea à aller se faire écouter elle-même pour un prix beaucoup plus élevé que celui qu’elle pratiquait avec ses clients…

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Changement

Pourquoi la vie désenchante-t-elle ce qu’elle a enchanté ?

Il l’avait trouvée belle, très belle, puis moins belle, nettement moins belle et maintenant, non seulement  il la trouvait quelconque, mais bête. Il s’en voulait mais c’était ainsi, la vie avait transformé la soie en tissu grossier. Tout ce qui chez elle l’avait attiré, l’éloignait ; et tout ce qui l’avait ému, l’agaçait.

L'heure était venue de s'envoler à tire d'ailes...

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Le piano

20170618_145634Tout  chez Barbara le fascinait : sa voix, ses intonations,  son phrasé, ses attitudes.  C'est pour elle qu'il s'était mis au piano, seul d'abord, puis accompagné, mais son enthousiasme du départ était tombé aussitôt. Le professeur - pourtant soigneusement choisi -  l’avait découragé, et un seul cours avait suffi.

Certains enseignants ont des dons stupéfiants…

 

 

 

PS1 : photo prise dans un café à St Martin de Boscherville où l’abbaye vaut le détour.

PS2 : A voir sur Arte :  "Barbara, chansons pour une absente".

 

 

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Les origines

Le taxi nous ramène des urgences. Le chauffeur est noir et nous enjoint de nous préparer au gendarme couché. Le passager à la vertèbre fracturée demande.

-          C’est une expression qu’on utilise beaucoup aux Antilles. Vous êtes antillais ?

-          Non.

-          Mais alors vous êtes de quelle origine ? insiste le même passager

-          Ma mère est bretonne.

Cette réponse génère une minute de silence.

-          Ah, et votre père ?

-          Mon père est du Mali.

Ouf, soupir de soulagement ; car peut-on être tout à fait  breton si l’on est noir ?

 

 

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Les soucoupes volantes

20171125_083425Le jour de l’arrivée des soucoupes volantes en France, le ciel tirait sur l’orange et la ville se réveillait à peine d’une gueule de bois due à l’explosion sociale qui couvait depuis des mois et s’était propagée à l’échelle du pays.

Certains parlaient de révolution, mais il était encore trop tôt pour utiliser ce mot dont la puissance ne pouvait se résumer à des manifestations, certes importantes, mais qui étaient encore contrôlées.

La veille au soir, le chef d’Etat s’était accordé un droit d’antenne d’une demi-heure. Son discours creux aux accents emphatiques laissait augurer une fin de règne possible, mais quand ?

Et c’est dans ce contexte que les soucoupes volantes étaient arrivées dans toutes les villes de France. Dans chaque soucoupe, un responsable avait été désigné pour s’adresser à nous dans notre langue. Le message était simple :

« Réveillez-vous terriens de France ! Si vous ne vous débarrassez pas des guignols qui sont au pouvoir et de leurs sous-fifres, nous le ferons nous-mêmes et nous avons les moyens de mettre notre plan à exécution. C’est maintenant ou jamais si vous  tenez à votre vie et à celle  de votre beau pays ! »

Pourquoi tout le monde adhéra à ce discours simple - voire simpliste - je n’en sais rien. Mais depuis ce jour, les guignols ont disparu ; le pays revit, et nous aussi…

 

PS : photo prise à Rouen, un matin de novembre.

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Le professeur et l'élève

Elle était au fond de la classe et bavardait avec sa voisine, sans prêter la moindre attention au cours. Le professeur s’est interrompu pour lui demander d’être attentive à l’exercice sur le livre. Elle a répondu.

-          J’ai pas de livre.

Patiemment, le professeur a rétorqué.

-          Très bien. Je le rétro projette et tu te mets au travail.

Une fois le livre rétro projeté, le professeur a remarqué qu’elle continuait ostensiblement à ne rien faire.

-          Tu te mets au travail maintenant ! lui a-t-il répété d’un ton sec.

-          Je peux pas voir, je suis hypermétrope.

Enervé, le professeur a répondu.

-          Toi, tu n’es pas hypermétrope, tu es simplement hyper casse-couilles.

A la fin du cours, l’élève s’est rendu chez le conseiller d’éducation et a demandé à faire un rapport sur le professeur. Une feuille lui a été donnée et elle a tranquillement rédigé son compte-rendu des faits…

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Rêve

20170606_114703Il suffit de peu pour rêver, surtout si on file la femme qu’on aime. La dernière fenêtre au deuxième étage, c’est là qu’elle habite. Que fait-elle ?

Il se prend un pêcheur qui jette ses filets ; le poisson, c’est elle, mais elle ne l’aime pas. Elle se refuse à lui. Il est obsédé par cette femme qui pourrait s’appeler Fantasme.

L’arbre tend ses branches vers la fenêtre. Aura-t-il le courage de monter et de frapper au carreau ? Mais si elle n’est pas seule ?

Soudain il entend qu'on l'appelle et il se retourne. Elle est là, souriante, accrochée au bras d’un homme qui fait deux têtes de plus qu’elle, et donc une de plus que lui. Il lui adresse un sourire crispé. Elle lui demande.

-          Bonjour, qu’est-ce que tu fais là ?

Son visage s’empourpre et il s’enferme dans une explication stupide.

-          Oh, j’allais voir une expo d’un photographe que personne ne connaît.

-          Tu veux monter prendre un thé ?

-          Non merci.

-          Je te présente Juan, mon amoureux.

Amoureux, comme ce mot peut-être douloureux. Il sourit mécaniquement à Juan, le chanceux, et préfère s’éloigner à grands pas sans même adresser un au revoir à celle qu’il adore en silence.

 

PS : photo prise à Paris non loin de St Germain des Prés.

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la part d'ombre

Le jour où je suis arrivé chez ce psychanalyste, choisi au hasard dans l’annuaire, en  disant « Je voudrais connaître ma part d’ombre » ; il a ri. Quand il s’est arrêté, il m’a regardé droit dans les yeux et m’a répondu.

-        Ça va vous coûter cher.

J’ai rétorqué.

-        Je suis prêt à payer le prix qu’il faudra.

Alors il a ajouté avec un petit rictus étrange.

-        Si ce n’était  qu’une question de prix… et il a laissé sa phrase en suspens.

Juste après, il m’a demandé de m’allonger. J’ai failli refuser, mais je ne pouvais plus reculer, j’aurais eu l’air ridicule. C’était il y a 20 ans.

Je crois que maintenant, j’ai compris pourquoi il riait.

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Le masque

20171117_113211L’homme avait soudain surgi du renfoncement de l’escalier, un masque de clown sur son visage.

-          Bouge pas ! Lui intima-t-il.

Elle obéit. Que voulait-il d’elle ? Elle ne mit pas longtemps à le savoir.

-          Ouvre ta porte !

Il la poussa à l’intérieur.

-          Pourquoi ? osa-t-elle.

-          Ta gueule ! Fais-moi à bouffer !

Elle lui réchauffa du  bœuf bourguignon et le mit sur la table où elle avait placé une assiette, des couverts et un verre.

-          Vous n’allez tout de même pas manger avec votre masque ? se risqua-t-elle.

-          Qu’est-ce que ça peut te foutre, geula-t-il.

Quand il retira son masque de clown, elle hurla.

-          C'est toi ? Mais tu es complètement cinglé !

-          Ben oui, c'est moi, et alors ? Après un an de vie commune, tu m’as fichu à la porte, et jamais une seule fois, pendant ces douze mois, tu n'as accepté de me faire à manger. Il fallait bien prendre les grands moyens !

 

PS : photo prise à Paris, au marché St Pierre.

 

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Le général

Le général était un pisse-froid, sec comme une trique. On ne connaissait aucune faille au général, le général était un roc. Debout à cinq heures, exercices de 5 heures à 5 heures 25, douche froide à 5 h 30 déjeuner à 5 h 45, départ pour le quartier général à 6 h,  arrivée à 6 h 15... une partition réglée à la seconde près. Pas de place pour l’imprévu, une hygiène de vie méticuleuse, un corps d’armée qui lui obéissait au doigt et à l’œil et, pour toutes distractions, des parades militaires et des cérémonies de décoration. Le général était le genre d’homme dont on pouvait dire à voix basse, sur son passage : « Il ne rit que quand il se brûle.»

Le général était marié. Sa femme, Bernadette - 30 années d’active au service du général - avait déjà une belle carrière derrière elle ; il faut dire qu’elle avait été elle-même, fille de général. 

Le général était misogyne, personne  ne s’en étonnera. Il s’était marié par convenance, avait eu deux enfants réglementaires - un garçon et une fille – et  menait son « unité » familiale à la baguette. Il ne tolérait aucun manquement au règlement et ses sanctions étaient à la mesure de ses exigences. Son fils faisait une brillante carrière dans la cavalerie, quant à sa fille, il ne la voyait plus, pour incompatibilité d’humeur.

En 30 ans,  Le général n’avait jamais ri ; lâcher prise n’était pas dans ses habitudes.

Quand sa femme avait voulu passer son permis de conduire, à 50 ans, le général avait simplement dit, d’un ton qui ne souffrait aucune réplique : «  Bernadette, une femme de général ne conduit pas, elle se fait conduire ! ». Mais sa femme tint bon.

60 leçons de conduite plus tard, Bernadette échoua à son examen. Ce fut un drame. Quand elle l’annonça au général, il eut un « rictus » qu’elle prit – peut-être n’eut-elle pas tort -  pour un sourire. Ce fut la seule et l’unique décontraction de la mâchoire inférieure qu’elle lui eut jamais connue en 30 ans de mariage et elle en fut blessée.

A partir de ce jour-là, la vie de famille du général devint une véritable guerre de tranchée…

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