Presquevoix...

Etrangeté

J'ai un « ami » que je n'aime pas beaucoup. Vous me direz certainement : mais pourquoi en faire votre « ami » ?
Je répondrai : Par goût. J'aime avoir des « amis » que je n'aime pas beaucoup, pour la simple raison que lorsque nous décidons - d'un commun accord ou non - de ne plus être « amis », je ne ressens aucune douleur.
Ce que je veux m'éviter à tout prix, c'est la souffrance des séparations…

 

PS : Le blog sera en pause jusqu'à mardi prochain.

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Le départ

TEMPETEDes goélands affolés tournoyaient dans ses rêves diurnes et rien ne la consolait, pas même le sifflement de merles qui conversaient sur la branche de cerisier que, de son lit, elle pouvait entrevoir.

Elle se cognait à l’Impossible. La porte de l’avenir lui était fermée ; elle avait beau frapper chaque jour, personne,   jamais, ne répondait. Elle s’en retournait alors dans le couloir désert,  puis elle se  recouchait dans son lit de solitude.

Des voix persécutrices lui avaient laissé entendre qu’elle aurait dû  frapper à l’autre porte, la noire, celle qui indiquait « Inventaires », en lettres rouges.  Mais cette porte la terrifiait, elle préférait  s’abriter au cœur du déni.

Résignés, les goélands continuaient de tournoyer dans le ciel de son cerveau cotonneux,  emportant dans la folie de leurs mouvements circulaires une farandole de  souvenirs heureux. Un jour, quand la fatigue les gagnerait,  ils mourraient sur la grève, drapés du  linceul de leur vol absurde. 

 

PS : oeuvre de  Patricia 

 

 

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L'acte

Un jour où elle avait bu plus que de coutume, Marie avait confié à son amie qu’à chaque fois qu’elle faisait l’amour avec Samuel, elle mettait des boules Quiès. Son amie n’avait pas osé lui poser la question  qui lui brûlait la langue, et bien lui en avait pris. Marie avait aussitôt ajouté.

-          Tu te demandes certainement pourquoi ? C’est simple, quand Samuel commence à prendre son pied, il hurle tellement qu’on dirait que toutes les bêtes  de la forêt vierge se sont données rendez-vous dans notre chambre. Et ça, tu ne peux pas t’imaginer comme ça me déconcentre ! 

Elle resta silencieuse mais une question lui trottait dans la tête : comment faisaient-ils avec les enfants ?

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La corde

20160523_114300Le nœud coulant avait certainement été placé sur son chemin par un Dieu bienveillant. Il lui suffisait de peu de choses, grimper sur ce qui pourrait faire office de support, placer sa tête au bon endroit et donner un coup de pied énergique pour envoyer balader ce sur quoi il était monté. 

S’il faisait le bilan de sa courte vie, la colonne « passif » débordait, alors que la colonne « actif » restait désespérément vide. Il y a deux jours, il aurait pu noter le nom de Béatrice dans la colonne « actif », mais elle était partie.

« Marre de toi, ne cherche surtout pas à me revoir. » avait-elle écrit sur une petite feuille rose qu’elle avait mis en évidence sur la table de la salle à manger.

Le simple fait de penser à Béatrice le fit sangloter. Tout à sa douleur, il n’avait pas vu une petite fille d’une huitaine d'années qui le regardait attentivement. En le voyant pleurer, elle s’approcha.

-          Ça va pas ?

Il la considéra avec stupeur. Il n’allait tout de même pas lui dire qu’il en avait marre au point de se suicider. Que répondre à une enfant ? Il n’avait pas l’habitude des enfants ; d’ailleurs, en général, il les fuyait.

Il décida de jouer la franchise.

-          Eh bien, comment te dire, j’ai du chagrin et je me demande bien comment je vais me sortir de tout ça.

-          Ton amoureuse t’a quitté ?

-          Tu as deviné. C’est ça, et ça fait mal.

La petite fille se risqua à ajouter une phrase d’encouragement.

-          Ben t’en trouveras une autre.

-          Tu crois ?

-          Forcément, tu as l’air gentil.

-          Merci de m’avoir consolé. Tu vois, ça va mieux.

-          Bon, alors à bientôt, conclut-elle en faisant un petit signe de la main.

-          A bientôt, dit-il en lui rendant son salut.

Cette petite fille n’imaginait certainement pas que ce « à bientôt » lui avait évité le pire…

 

PS : photo prise par moi-même dans le parc du lycée.

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Le prix de Diane

Elle s’est regardée plusieurs fois dans le haut miroir doré placé dans  l’entrée de la grande maison bourgeoise où elle résidait avec sa famille. Elle était à croquer, et son chapeau mettait particulièrement en valeur son port altier. Elle l’étrennait pour son premier prix de Diane, rendez-vous hippique prestigieux où toute la haute société de la capitale se devait d’être vue.

Le lendemain, lors d’un thé chez la comtesse de Sorgue, elle fit un rapide compte-rendu de sa journée et elle ne put s’empêcher de s’indigner que « certains esprits chagrins »  pensent qu’il serait important de règlementer les dimensions des couvre-chefs sur les stades hippiques…

 

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La gifle

20151213_101026La dernière fois que j’ai vu mon père, c’était le jour de mes dix ans, le jour où il a giflé ma mère parce qu’elle lui a dit que c’était  un enculé qui ne pensait qu’à bouffer son fric pour ses tiercés de merde.
Quand j’ai demandé à ma mère s’il reviendrait un jour, elle m’a juste répliqué.
- T’occupe pas de lui, on n’a pas besoin de ce salaud ! Et d’abord, c’est même pas ton père !
Seulement, hier, la sœur de ma mère m’a appris que ce « salaud », c’était bien mon père.  Quand j’en ai parlé à ma mère, elle a hurlé que j’étais un connard qui n’avait même pas la reconnaissance du ventre.
Moi aussi je l’ai giflée, j’étais à bout. J’ai pris mes clics et mes clacs et je suis parti. Elle a hurlé : « bon débarras ! »

Maintenant, je suis devant cette porte bleue, c’est là qu’il habite. Il suffit juste que je sonne et qu’il ouvre la porte…

PS : photo prise par GB

 

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Duo de Juin

Pour ce nouveau Duo, avec Caro, il s'agissait d'écrire un texte lié de près ou de loin à  la chanson de Alain Souchon :  Foule sentimentale.

Après le texte de Caro, voici le mien :

 

Les paroles

 

Sa hantise d’être un jour atteinte de la maladie d’Alzeimer avait conduit Maud à placer dans la conversation des paroles de chansons afin de mettre sa mémoire à l’épreuve. Elle suivait la courbe de température de ses humeurs et de ses goûts qui allaient de Alain Souchon à Léo Ferré , en passant par Patricia Kaas  et Jeanne Cherhal

Ce matin-là, en ouvrant les volets –  et bien qu’il plût des cordes – elle chantonna « Oh la la la vie en rose ». Jean, encore ensommeillé, préféra ne rien dire ; il détestait parler le matin.

A 8 heures, alors que son mari terminait  de lire son  journal devant son café noir, Maud déclara tout à trac : « Du ciel dévale, un désir qui nous emballe ».

Il lui signifia que ce qui dévalait du ciel, ce n’était pas du désir mais des trombes d’eau,  que la journée commençait mal, d’autant plus qu’il y avait une grève des bus, qu’il devait se rendre au travail à pied et que son cartable était terriblement lourd avec ses deux paquets de copies toutes aussi mauvaises les unes que les autres.

Au fait, ajouta-t-il, puisque tu ne bosses pas aujourd’hui, n’oublie pas d’acheter « On connaît la chanson » à la FNAC.

En verve, elle enchaîna.

-          « On nous fait croire, que le bonheur c’est d’avoir, de l’avoir plein nos armoires ».

-          S’il te plaît, les leçons de morale ce sera pour plus tard, d'accord ? En tout cas, moi, il faut que j’aille au boulot. Je ne suis pas à mi-temps, comme d'autres...

A ce moment-là - et elle aurait mieux fait de se taire – elle inséra deux nouveaux vers de « foule sentimentale » : « On nous prend faut pas déconner dès qu'on est né pour des cons »

Le mot « cons » agit sur lui comme un  détonateur. Il jeta son cartable avec une telle violence que toutes ses copies, patiemment corrigées  de sa petite écriture ronde, jonchèrent le sol. Il se lança dans une tirade qui aurait pu être celle d’une pièce de théâtre de boulevard si le théâtre de boulevard s’était un jour intéressé aux professeurs.

-          Des "cons", oui, c’est certain ! Jusqu’à quand cette putain de vie « dérisoire » ? On est devenu « des gens lavés, hors d'usage », passés à la machine de l’Education Nationale. Une vie qui se résume à traquer des erreurs au stylo rouge, pour les retrouver, une semaine plus tard, sur la même copie du même crétin qui n’en a rien à foutre de tes corrections. Et il faut voir « comme on nous parle ». Tu as vu « comme on nous parle » ? Comme  à des chiens ! Plus aucune crédibilité !  Ils fichent le système en l’air et  ils voudraient, en plus, qu’on travaille 42 ans et demi ! Je n’ai pas envie de circuler en déambulateur dans ma salle de classe ; et puis d’abord, il n’y a pas de place entre les rangées.

A la fin de sa tirade, il tomba comme  foudroyé sur le tapis du salon.

Maud paniqua. Que faire ? Qui appeler ? Que dire ? Elle finit par penser au 18...

L’histoire ne dit pas si les pompiers sont arrivés à temps, mais on peut imaginer que oui, car nos vies sont-elles aussi dérisoires que certains voudraient  le laisser croire ?

 

 

 

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Duo de Juin

Pour ce nouveau Duo, avec Caro, Il s'agissait d'écrire un texte lié de près ou de loin à  la chanson de Alain Souchon :  Foule sentimentale.

Aujourd'hui vous pouvez lire le texte de Caro. Le mien sera publié jeudi.

 

 

Nulle part ailleurs

 

Jocelyne le connaît bien. Elle prend un pot en grès, choisit un large pinceau. Un peu de poudre sur une peau jeune et dorée. Florian se laisse faire et regarde au bout de la vaste salle les paravents et les rideaux sombres derrière lesquels se dissimulent les caméras et les projecteurs. Jocelyne estompe une invisible ride. Florian observe la maquilleuse. Depuis combien de temps se croisent-ils dans les box fragiles des studios de AZAR Productions ? Plusieurs saisons. Il est arrivé ici en même temps que Loïs, une jolie blonde, toute en discrétion pour assister aux enregistrements. Tous deux sont les seuls à être restés, fidèles. Les autres viennent et vont, visages jeunes et interchangeables. Une foule indistincte d’étudiants, de provinciaux, d’hommes et de femmes de tous les âges, seuls, en bande, en famille. Il ne les connaît pas.

Un dernier regard dans le miroir qu’on lui tend, Florian se lève, sourit, remercie. Dans ce décor mouvant, le jeune homme circule avec grâce. La caméra l’attire et il se doute qu’elle aussi le couve d’un regard appréciateur. Déjà, les shootings auxquels il ne croyait pas au début, se bousculent dans son agenda. Avec ces cachets inespérés, il a échangé sa studette nichée au 6ème contre un futur espace tout en volumes, espace vitré et mezzanine qu’il retape avec bonheur. Il sent bien la fatigue : les séances de pose, le gros œuvre le dimanche pour ses 54,7 m2 de liberté dans le XIème, son job aux horaires en phase avec ceux de l’autre hémisphère. Nuits courtes, jours longs. Et ces émissions auxquelles il aime assister perdu au sein d’un public anonyme.

Plus que quelques minutes et lui, Loïs, les autres vont s’asseoir dans les gradins blancs du public. Un homme au fond dont personne ne sait rien agitera des cartons, applaudir, rire, marquer son mécontentement, huer. Ici rien ne dure, assistants, présentateurs vedettes, pin-up météorologistes. Tous s’envolent pour la gloire cathodique ou s’écrasent et meurent. Les décors se métamorphosent à la première baisse d’audience ; une nouvelle formule s’invite et renaît pour mieux faire briller les feux de l’audimat.

Loïs lui sourit. Florian se risque à un rapide clin d’œil. Ils se sont retrouvés lors du shooting de mercredi, par hasard. Ils ont discuté. Curieusement, lorsque pour les besoins du clip publicitaire, il a penché sa tête vers la jeune femme, effleuré ce casque blond et lisse, il s’est senti assailli par un sentiment étrange. Et là, alors que trois habitants de la Trinité-sur-mer les séparent, Florian ressent à nouveau cet attrait inusité. Pourquoi elle ? Pourquoi pas une autre ? Lui qui sort n’importe quelle nana sans même se poser de questions.

Soudain l’orchestre lance quelques notes, un riff, un autre plus appuyé ; les rythmes claquent sur le métal des cymbales et sur les futs aux peaux impeccablement tendues. La star sort peu à peu de l’ombre. « Il est laid », telle est la première pensée de Florian. Puis doucement, il se laisse bercer par les mots, ferme les paupières à demi. Il ne rêve être nulle part ailleurs. C’est ici, dans ce clinquant, cet univers de pacotille, qu’il se sent bien. Il a oublié Loïs. Il n’a pas besoin de lire le panneau que le jeune assistant agite pour chantonner déjà : « Foule sentimentale / On a soif d'idéal /Attirée par les étoiles, les voiles / Que des choses pas commerciales / Foule sentimentale ».

Il ne remarque pas non plus le chanteur qui s’approche à faible distance du public et qui observe la masse moutonnante. Pas plus que le regard mi- amusé, mi- interrogateur qu’il leur jette avant d’entonner une dernière fois son refrain.

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Le cutter

Ils se disputaient sans arrêt, l’alcool n’arrangeait pas leurs affaires. S’il y avait une chose qu’elle adorait, c’était le défier. Ce jour-là, après son premier verre de vin, elle lui dit.

-          Tiens, la bague à deux balles que tu m’as offerte pour mon anniversaire, tu vois ce que j’en fais ? Je la mets à la poubelle.

Et elle joignit le geste à la parole.

Il n’en croyait pas ses yeux. Elle jetait la bague fantaisie qu’il avait choisie avec soin sans éprouver le moindre remords.

-          Tu te fous de moi ? rugit-il.

-          Oui, bien sûr, lui assura-t-elle.

-          Ah bon, c’est comme ça !

Il alla chercher un cutter dans le tiroir et le brandit sous ses yeux.

-          Tu sais ce que je vais faire avec ça ?

Elle ne répondit rien, habituée à ses rodomontades.

-          Eh bien je vais m’arracher ce putain de tatouage sur le bras que tu m’as payé pour mon anniversaire.

Et il commença à se lacérer la peau avec son cutter. Elle lui ordonna d’arrêter, mais lui continua son carnage en éprouvant une jouissance que rien n’aurait pu remplacer…

 

PS : texte écrit à partir d’un fait divers lu dans le journal régional

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Le paradis

20160515_100240La rouille de la culpabilité rongeait chaque grain de sa peau et elle devait en finir. Qui était-elle finalement ?

Ce jour-là, elle avait mis sa robe mauve, à peine égayée par quelques touches de vert et un décolleté effronté.

Arrivée sur la place, elle s’est fondue dans la foule, sans peur, contrairement aux jours précédents. Dans son sac, la bombe, celle qu’elle devait déposer dans une poubelle, juste à l’entrée de la station de métro.

Cette fois-ci, sa main serait ferme car maintenant, elle était sûre que cet acte purificatoire lui ouvrirait les portes du paradis…

 

PS : photo prise par GB

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