Presquevoix...

Une nouvelle force

Hier, le visage lumineux – peut-être trop d’ailleurs – Hélène lui avait dit que la force de l’Eïnothérapie était de pouvoir travailler sur une tension corporelle sans avoir besoin de connaître l’origine de la tension.

Véronique l’avait regardée l’air étonné et s’était contentée de répondre, le plus banalement du monde, qu’elle préférait savoir d’où venait ses tensions.

-          Toi oui, mais les autres non.

-          Tu crois ?

-          Oui.

Hélène continua.

-          Au fait, tes problèmes de dos, tu pourrais les résoudre grâce à l’Eïnothérapie.

-          Peut-être, mais comme j’en ai plein le dos de mon boulot, je ne pense pas que l’Eïnothérapie puisse m'en libérer.

-          Alors essaie la méditation de pleine conscience.

-          Je te remercie de tes conseils Hélène, conclut-elle quelque peu agressive, mais, quand je t’observe, je n’ai pas vraiment l’impression que tu vas mieux qu’avant. Par exemple, tes problèmes avec tes enfants semblent toujours provoquer quelques tensions en toi.

Puis elle  quitta le café sans lui dire aurevoir.

Deux jours plus tard, elle envoya un SMS à Hélène pour s'excuser de son attitude. Hélène, elle, se contenta de lui envoyer le titre d'un livre  : " Comment bien vivre avec soi-même". Livre, bien sûr, que jamais Véronique ne lut.

 

 

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L'amie

 

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Malgré ses 60 ans passés, Juliette se prenait pour un ange. Allez savoir pourquoi ?

Je n’osais pas lui dire qu’elle ferait mieux d’aller voir un psy, pourtant ce n’était pas l’envie qui me manquait.

Elle passait son temps à projeter - le mal de préférence – chez les autres.

Juliette était un ange qu’aucun homme n’avait voulu accompagner pour la simple et bonne raison – disait-elle – qu’elle savait trop de choses.

Un jour, au cours d’une conversation dans un salon de thé, je lui ai demandé ce qu’elle savait sur les hommes. Et elle m’a répondu, l’air sérieux.

-          Je les vois au fond d’eux-mêmes et ça les dérange.

-          Et que vois-tu ?

-          Ce qu’ils veulent cacher, bien sûr.

Je n’ai pas insisté. J’aurais eu envie de lui dire qu’on voyait mieux le mal chez l’autre que dans sa malle personnelle, mais cela en valait-il la peine ? J’ai juste ajouté.

-          Je crois que  j’ai eu de la chance avec mon mari. 

Et elle m’a répondu.

-          Ton mari, de toute façon, c’est un gentil petit chien !

-          Un gentil petit chien ? Je ne m’en étais pas rendu compte.

-          Eh oui, Les anges ont les yeux ouverts, les autres ont les yeux fermés.

Je n’ai plus jamais revu Juliette, et je crois que je m’en porte mieux.

 

PS : photo prise au Tréport en 2016

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Demande

- Excusez-moi de vous dire ça tout de suite, mais j’ai l’habitude d’aller  à l’essentiel, profession oblige : alors, on couche ou pas ?

Sa question eut sur lui l'effet d'une douche glacée. Toute l'excitation qu'il avait senti monter  retomba d'un coup, d’un seul. Il sentit son sexe se recroqueviller, misérable, et il eut l’impression de se vider de son sang. Non, il ne pouvait plus rien imaginer avec elle, l'affaire était classée.

- Alors ? Insista-t-elle.
- Oui, enfin non ! On ne couche pas !
- La franchise ne paie décidément pas avec les hommes, constata-t-elle un peu amère.

Puis elle prit son manteau et claqua la porte.

 

 

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Rêves

 

 

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Le jour où Béatrice les a vus sortir de terre, son visage s’est liquéfié. Ils existaient donc. On ne lui avait pas menti, ou plutôt il ne lui avait pas menti. Car c’est lui, cet ami étrange et merveilleux - appelé Joseph - qui lui a dit que ses frères allaient sortir de terre avec leurs lunettes de plongée. Ensuite il a ajouté.

-          Ils sont fous, mais ne crains rien, ils ne sont pas violents. Tout au plus te parleront-ils, si tu les inspires, ou plus, si affinité.

Il l’avait tellement habitué à ses histoires loufoques que Béatrice a souri. Seulement, ce matin-là, ils étaient tous présents et elle était seule dans le parc. Elle a essayé de leur dire bonjour, mais aucun mot n’est sorti de sa bouche. Elle a voulu courir, mais son corps était figé.

C’est à ce moment-là que le premier est sorti complètement de terre et a éclaté de rire. Un rire tonitruant qui l’a glacée  des pieds à la tête. Il lui a dit.

-          Regarde-moi godiche, je ne ressemble à rien. C’est moi qui devrais avoir peur de toi. Sale temps dans ton cerveau, on dirait, pourtant il fait beau dehors.

Comment pouvait-il se moquer d’elle de cette façon ? Elle a voulu lui répondre, mais elle ne pouvait pas articuler et seul un borborygme est sorti.

-          T’es bourré ou quoi ? Mon frère me l’avait bien dit, tu es folle à lier. Les fous ne sont pas ceux qu’on croit.

Depuis cette rencontre, Béatrice a disparu. Où ? Nul ne le sait, même Joseph, mais ne ment-il pas ? Quand je lui ai posé la question, il m’a répondu.

-          Il ne vaut mieux pas en parler. Béatrice a disparu car elle voulait disparaître, c’est tout. Un jour, elle reviendra, et elle t’expliquera tout.

Je n’ai plus jamais revu Béatrice, sauf dans mes rêves, des rêves où elle me raconte des choses étranges mais qui maintenant se transforment en cauchemar.

D’ailleurs, hier, elle m’a demandé de tuer Joseph. Seulement, maintenant, Joseph est mon amant, que puis-je faire ?

 

PS : photo prise à Lausanne en 2014

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les mots

-          Un mot a un corps, tu sais ? lui avait-il dit avec son ton sentencieux.

Cet idiot croyait toujours qu’elle marchait un pas  derrière lui, ou peut être plus. Elle, savait bien que les mots avaient un corps puisqu’elle venait de terminer un roman qui, tel un jeune arbre, avait laissé ses racines en elle.

Ce roman, bien sûr, il ne l’avait pas lu, tout comme il n’avait lu aucun des textes qu’elle lui avait laissés ; mais ça, peu lui importait puisque des corps naissaient en elle…

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Souvenir

 

 

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Sa fille s’était arrêtée devant la fontaine et ne souhaitait pas partir.

-          Dis maman, elle fait quoi la dame ?

-          Quelle dame ?

-          Celle qui a la tête dans l’eau.

Elle se rendit compte, une fois de plus, que sa fille de 7 ans ne regardait nullement la même chose qu’elle. C’était une enfant, il est vrai, et elle était une adulte - en était-elle sûre ? -  qui n’avait vu que les trois chevaux qui s’abreuvaient.

-          Eh bien elle boit la dame, non ? et puis après elle parlera peut-être aux chevaux.

-          Les chevaux ne parlent pas comme nous, tu le sais bien maman.

Elle ne put s’empêcher de rire, mais sa fille n’apprécia pas. Elle lui dit aussitôt.

-          Tu sais maman ce qu’ils disent les chevaux ?

-          Non.

-          Que les adultes ne savent rien.

Elle ne répondit pas. Sa fille avait-elle raison ? En ce qui la concernait, oui. Elle ne savait rien ou presque rien, ni sur elle, ni sur sa famille. Et ce n’était pas faute de vouloir.

En voyant son air peiné, sa fille ajouta.

-          Tu sais ce qu’ils disent aussi les chevaux maman ?

-          Non.

-          Que j’ai de la chance d’avoir une maman comme toi, mais ils disent aussi que tu as l’air trop triste.

Elle adressa un sourire à sa fille. Juliette avait senti la profondeur de sa détresse. Il était temps qu’elle parle de ce souvenir qui ne la laissait jamais en paix, ce souvenir très lointain où elle entendait un coup de feu dans une maison vide et des chevaux qui hennissaient dehors...

 

PS : photo prise à Lausanne il y a quatre ans.

 

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Une étrange aventure

Un jour, verte de rage, Anne avait attaché Jean  devant le miroir de leur chambre à coucher. Naïve, elle s’était dit qu’il finirait peut-être par se connaître mieux. Hélas, Jean était non seulement presbyte, mais têtu,  et sa sortie du miroir s’avéra difficile.

Elle demanda donc l’aide de Marie, une brillante artiste – circassienne - qui accepta le défi et convia aussitôt Jean à participer à son nouveau spectacle : « les aventures du miroir du moi  ».

Le spectacle eut un franc succès mais – et jamais Anne  ne l’aurait cru possible  -  Marie enleva Jean  et l’emmena au septième ciel pour des siècles et des siècles...

 

 

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Le garage

 

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Il s’était créé un "garage" étonnant. Le nombre de voitures - aussi hétéroclites les unes que les autres -  augmentait au fil des ans et ce lieu prenait petit à petit l'aspect d'une casse, à l’image de son cerveau, peut-être.

Aucune voiture n’aurait pu rouler mais certaines, insistait-il, étaient en cours de réparation.

Lui aussi aurait eu besoin d'une révision, mais est-ce possible quand on entrepose des souvenirs  qui conduisent au chaos intérieur ?

 

PS : photo prise au Portugal en juillet 2019

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Ressemblance

Il m’écrasait sous sa générosité et son extrême prévenance provoquait chez moi des allergies inexpliquées. Je ne supportais plus ses cadeaux, ni même ses mots. Son dernier cadeau en date : un pot à tabac africain. Je dois dire que je m'étais étonné de ce cadeau qui venait comme un cheveu sur la soupe, d’autant plus que je ne fume pas, que je n'ai jamais fumé et que l'Afrique ne m'interesse pas.

Par la suite, en observant ce pot, je me suis rendu compte de la ressemblance entre lui… et moi. Vous penserez sans doute que je suis atteint de paranoïa galopante, mais non, je ne crois pas, simple affaire de lucidité.

La semaine suivante, cet ami et moi nous sommes rencontrés par hasard chez une connaissance. Je lui ai fait part de ma réflexion. Il a ri, et tellement fort que je m'en suis senti mortifié. Je me suis contenté de lui dire.

- Ton rire est une réponse.

 Il m'a regardé avec étonnement.

Lorsque j'en ai parlé à ma femme, le lendemain, elle a changé de conversation. Pourquoi ? J'ai insisté et elle m'a simplement répondu.

- Tu t'es toujours trouvé trop gros, c’est normal !

Est-ce là une réponse qu'une femme fait à son mari pour le rassurer ? Et pourquoi ce « c’est normal », laissé en suspens ? Depuis ce jour là, je me demande si lui et ma femme n’auraient pas une liaison. Comment expliquer, sinon, son attention répétée à mon égard ? 

 

PS : prochain texte vendredi 6 septembre.

 

 

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Le monde funéraire est-il funèbre ?

Après une réponse à une annonce du journal local, elle était devenue « deuilleuse » dans une agence funéraire très particulière. Il lui était demandé, lors d'un étrange rituel,  de loger chaque défunt au royaume des morts afin que les vivants puissent tranquillement continuer leur vie sur terre.

Deux choses lui avaient semblé difficiles dans ce travail dont nul ne parlait en France : le masque qu’elle devait porter et le fait de toucher le corps des défunts.

Comment avait-elle pu s’habituer à cet entre-deux ? Elle n’aurait pu le dire mais, quand son heure viendrait, elle savait qu'elle pourrait se glisser  sans peur dans le royaume des morts afin de laisser les vivants vivre en paix…

 

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