Presquevoix...

Vacances

 

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- Dis, tu l’as vue ?
- Qui ?
- La mouette.
- Je me fous des mouettes !


L’ennui, avec ce type c’est qu’il se foutait de tout, il n’avait aucun respect pour rien et il assombrissait sa vie à la vitesse de l’éclair.
Elle prit une profonde inspiration avant de lui dire.


- Tu sais à quoi elle pense la mouette ?
- Les mouettes ne pensent pas !
- C’est ce que tu crois mais celle-ci, depuis tout à l’heure, elle te regarde et elle se dit que les hommes n’ont pas le sens de l’humour !
- Tu te fous de moi ?
- Non. Elle se dit que tu ne feras pas de vieux os car tu n’as aucun humour.


Il  la regarda l’œil cynique et lui dit.


- Ecoute, tu m’emmerdes avec tes mouettes. La prochaine fois, trouve-toi un ornithologue !

Puis, il lui tourna les talons et partit vers la gare.

Elle sourit, éteint son portable et continua sa promenade sur le port le cœur léger.

Les vacances commençaient vraiment…

PS : prochain texte vers le 20 aout, pour cause de vacances...

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Le marché

J’ai deux vies. Tout allait bien jusqu’à ce que  mon mari  téléphone à mon amant pour lui mettre cet étrange marché en main : “ Soit vous  habitez chez nous, soit je vous tue.” 

J’étais sidérée : comment mon mari, d’habitude si discret, avait-il pu téléphoner à mon amant pour lui imposer cette alternative ? On ne connaît jamais les gens avec qui l’on vit.

-          Institutionnaliser mon amant, ça jamais ! Me suis-je emportée.

Alors, je lui ai mis ce marché en main.

-          Si mon amant habite chez nous, j’en prends un autre !

Maintenant, mon mari hésite. Il faut dire que nous ne sommes pas grandement logés.

 

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Fernando

 

 

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Il lui avait dit qu'il s'appelait Fernando Pessoa. Bien sûr, elle ne l'avait pas cru, Fernando était mort en 1935 et on était en 2019.


- Je vois que vous ne croyez pas en la résurrection ! Ajouta-t-il.


Elle sourit et répondit.


- A mon âge, on ne croit plus en grand chose et on essaie de vivre le moment présent.
- Vous avez tort. Il faut croire en l'ordre naturelle des choses.

Elle se tut. Vu la tenue qui était la sienne, son visage parcheminé et le sac qu'il tenait à ses côtés, il lui donnait plutôt l'impression d'être un SDF au bout du rouleau.

- Tenez, voici dix euros, ça suffit pour vous aider à retourner chez-vous, à Lisbonne, Monsieur Pessoa ?
- Vous êtes charmante. Ecoutez donc ce que j'ai écrit ce matin-même :


" l'action est une maladie de la pensée, un cancer de l'imagination. Agir c'est s'exiler. Toute action est incomplète et imparfaite."


- Très beau, vraiment. Et si vous appeliez votre livre à venir "le livre de l'intranquillité" ?
- J'adore. Votre idée fera partie de mon voyage intérieur.

Il se séparèrent et au moment du départ, elle se rendit compte que le regard de l'homme semblait atteindre les profondeurs d'une folie intérieure. Fernando Pessoa avait-il été fou, lui aussi ?

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Les excuses

La semaine dernière, lors d'un voyage d'affaire,  il avait partagé une chambre d’hôtel avec un collègue  qui n’avait pu s’empêcher de s’excuser des dizaines de fois :  au coucher, au lever, en fermant les volets, en les ouvrant, en allant aux toilettes ou en  en sortant… Il avait aussi éprouvé le besoin de se justifier minutieusement sur la gestion de la penderie, le tic tac du réveil, la lumière. Il était dévoré par les excuses.

Le lendemain matin, au petit déjeuner, il s’était dirigé vers la table où son collègue était  déjà installé et il lui avait dit.

-          Excuse-moi d’arriver si tard, mais j’ai passé une nuit difficile.

-          Mon pauvre.

-          A cause de toi, d’ailleurs : tu t’excuses trop !

-          Moi ?

-          Oui, toi. Tu t’es excusé au moins 30 fois avant de dormir, sans parler des ronflements.

Son collègue lui a juste dit « je suis désolé, excuse-moi. ». A ce moment-là, il a failli lui demander s’il avait déjà réfléchi à ces excuses quotidiennes, mais il n’en a pas eu besoin car son collègue a conclu.

-          Quand on a eu une mère qui souffre de pathologie obsessionnelle, il y a deux solutions : le suicide ou les excuses. J’ai essayé le suicide, ça n’a pas marché, alors j’ai choisi les excuses !

Ensuite ils se sont tus, l’un comme l’autre, et ont bu leur café.

Il y a des silences qui valent mieux que de vaines paroles…

 

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Espérance

 

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Il l’a tuée rue de l’Espérance ; un crime parfait.

Hélas, il ne s’en est jamais remis, et depuis il erre sur les routes, le coeur en miettes et l'âme blafarde, avec pour seul compagnon un chien qu'il a appelé Espoir...

 

PS : Photo de Paul Day prise à la Gare de St Pancras, à Londres

 

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Les chiens

Lorsque j'étais enfant, je rêvais que je m'effaçais. Je me souviens du jour où je m’étais installé dans la niche du chien. Lui au moins, on lui fichait la paix. J’étais recroquevillé à l’intérieur depuis au moins un quart d’heure quand j’ai entendu ma mère qui m’appelait. J’ai aboyé furieusement, juste pour le plaisir, j’étais content de jouer au chien.

J’ai continué de m’effacer à l’âge adulte, sauf hier. On m’a convoqué dans le bureau du patron pour une faute professionnelle.

-          Ce n’est pas moi, ai-je dit d’une voix ferme.

Mais le patron ne m’a pas cru et m’a sommé de dire la vérité

-          Quelle vérité, la vôtre ou la mienne ? ai-je répondu

Comme il ne voulait pas m’écouter, j’ai aboyé et j’ai montré les dents. Le patron a fait pareil. J’ai continué et là, il s’est calmé.

Je dois dire que depuis, les choses vont mieux.

J’ai donc décidé de ne pas lui garder un chien de ma chienne.

 

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Questions

-          Je suppose qu’il n’y a pas de fruits ? Lui dit-il d’une voix qu’elle jugea impatiente.

Toujours ces interrogations négatives ! Il l’accusait d’être paranoïaque, mais il y avait de quoi : « Je suppose qu’il n’y a pas de fruits » ce n’était tout de même pas la même chose que  « Est-ce qu’il y a des fruits » !

Ce matin, il  avait commencé la journée par « je suppose que tu n’as pas acheté de dentifrice », suivi par « je suppose que tu n’as pas sorti la poubelle » et conclu par  « Je suppose que tu n’as pas appelé le plombier ».

Comment ne voyait-il pas que s’il lui posait des questions simples, elle n’aurait pas l’impression d’être remise en cause en permanence.

Soudain elle comprit :  Et s’il cherchait à la rendre folle, tout simplement, pour se débarrasser d'elle  ?

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Sa femme

 

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Sa femme partageait tout avec lui, sauf l’amour ; là, elle avait été catégorique.

-          On partage la nourriture, on partage la voiture, on partage la salle de bain - même nus - on partage le même lit, mais l’amour non, impossible.

Bien sûr, il ne lui avait pas posé de questions. Les questions n’étaient pas sa tasse de thé ; d’ailleurs il détestait le thé - tout comme les anglais - mais il ne savait pas pourquoi.

-          A quoi bon savoir pourquoi nous n’aimons pas les choses ou pourquoi les gens ne nous aiment pas, disait-il souvent.

 

PS : photo prise dans la salle de bain d’une chambre d’hôte à Caen.

 

 

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CGBD

Le maire avait invité un membre du gouvernement dans leur belle ville de la banlieue parisienne et Stéphane s’était rendu sur les lieux pour le vin d’honneur, un vin d’honneur ne se refuse pas quand on vient de perdre son travail. Après avoir écouté le discours creux et long de cet homme pour qui l’Elysée était devenu un port d’attache, il se demanda comment un type aussi jeune  pouvait se trouver à un poste aussi important. Une jeune femme inconnue lui dit.

-          Un vrai membre du CGBD celui-là, vous trouvez pas ?

-          CGBD ?

-          Oui, Connard Garanti Brut de Décoffrage.

Ce sigle le fit sourire.

-          Vous le connaissez ?

-          Oui, on a fait Science Po Paris ensemble et il est né la même année que moi : 1986 ! Je peux vous dire que déjà, à l’époque, il était imbu de lui-même, alors maintenant, vous pensez !

-          Et comment il est arrivé dans ce club très fermé de l’Elysée ?

-          Les réseaux sociaux, pas facebook, bien sûr, mais ceux de la politique, des médias, des grandes écoles et des élites parisiennes. Allez, je vous laisse, je dois écrire mon papier  pour le journal qui m'embauche à temps partiel. Un conseil, allez lui poser quelques questions sur la politique du gouvernement, et vous verrez qu’il fait vraiment partie du CGBD.

Il la remercia et lui souhaita une bonne soirée. Il lui fallait maintenant passer à l'étape suivante : interroger cet ancien élève de Sciences Po.

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Le fils

Le jour où il regarda son fils une seconde de plus qu'à l'habitude, il constata que celui-ci vieillissait plus vite que lui ; pourquoi ? Bien sûr, il l’accusa immédiatement de tous les mots. Ce fils était si fainéant, pensa-t-il,  que le temps se vengeait de lui.

Sa femme, elle, savait pourquoi ce fils vieillissait vite mais elle ne lui dit rien. D’ailleurs, jamais personne ne lui disait rien car cette homme n’écoutait personne - ni sa femme, ni son fils, ni ceux qu’il disait ses amis – à part lui-même.

Sans doute s’aimait-il trop, et cet immense amour qu'il se donnait à lui-même ne pouvait faire qu'une chose : le rendre aveugle.

 

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