Presquevoix...

La bouteille

Hier matin, en regardant la maison du voisin par la fenêtre de ma chambre, j' ai eu l’étrange impression de voir un magnum de bordeaux en lieu et place de sa cheminée. Devrais-je arrêter de boire mon petit verre du soir, le verre thérapeutique - comme je l'appelle -  celui qui me donne le petit coup de fouet nécessaire au maniement des poêles, casseroles et ingrédients divers ?

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Virage

Quand je lui ai dit « J’ai viré de bord ! », Christophe a cru que je votais à droite ! L’imbécile ! Comme il me connaît mal ! Rien que ça, ça m’a découragé d’aller plus loin. Ma confidence, je la ferais à quelqu’un d’autre.
L’après midi, j’ai téléphoné à Juliette, peut-être qu’avec elle, ce serait plus facile. J’ai commencé de la même façon « J’ai viré de bord ! ». Elle s’est exclamée, d’un ton désinvolte.
- Oh, ça arrive à tout le monde !
Comment ça, ça arrive à tout le monde ! Ça m’étonnerait bien que ça arrive à tout le monde ! J’ai préféré ne pas insister et je suis passé à autre chose.
Le soir même, j’ai téléphoné à Jean, un copain que j’ai connu dans une agence d’intérim. Quand je lui ai dit « J’ai viré de bord », il m’a demandé, atterré.
- T’es devenu pédé ?
- Tout juste, lui ai-je répondu, content d’être compris.
Et il m’a raccroché au nez.

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Ambiance

Lorsqu’à la fin du cours, une élève leva le doigt pour se plaindre  de la mauvaise ambiance qui régnait dans la classe,  elle répondit.

-          Je ressens exactement la même chose que vous.  Et pour ne rien vous cacher, quand j’arrive dans ce cours et uniquement dans celui-ci, je n’ai qu’une envie : en repartir aussi sec. Hélas, je ne peux pas me le permettre. Personne ne  me signera un mot d’excuse pendant toute l’année.

Les élèves ne dirent rien, seul l'un d'entre eux remarqua - et c'était celui dont le comportement était le plus désagréable.

- Ben moi non plus j'aime pas venir ici.

- Vous voyez, répondit-elle, pour une fois nous sommes d'accord.

Lorsque la sonnette retentit, ils rangèrent leurs affaires et partirent sans mot dire.

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Duo

Aujourd’hui, avec caro-carito, nos textes se croisent en un  duo stimulant : son texte est sur Presquevoix, quant à mon texte, il  est sur son blog.
La consigne était d'écrire un texte qui reprenait cette phrase de Mia Couto, auteur Mozambicain : "les hommes qui bavent ne mordent pas"

                                                                           


 

 

No pasarán

Laura se tenait devant la pancarte d’un blanc immaculé. « Les hommes qui bavent ne mordent pas. »

Elle repensa brusquement à Maëlle, la correspondante française qui avait fait irruption un été dans la maison des Flores. L’insupportable Maëlle et son humour aussi épais que les puddings de Tia Betty.

L’adolescente blonde et effilée était arrivée la veille. Une virée à Miraflores et Larcomar, sa vitrine pour touristes, avait été décidée et la famille au complet s’était entassée dans deux ticos qui passaient par là. Le menu de bienvenue comprenait un cocktail papaye et mangue dans un, des photos d’un Pacifique aux reflets d’acier, un soleil joueur derrière la neblina liménienne et détour pour voir « el beso » . La francesita avait mitraillé la statue avec son téléphone. Oui les Flores avaient le wifi, skype et tout le reste. Non à Lima, les gens ne portaient pas de chuyos et ne parlent pas quechua, même en cachette.

Laura se souvient encore du rire de la jeune fille blonde. Un blond qui tirait sur le roux et qui étincelait dans le soir qui s’attardait au milieu des promeneurs. Un blond vulgaire comme la voix, la façon de s’habiller, les manières de  la francesa. Deux yeux verts la fixaient et une bouche dédaigneuse articula lentement pour que Laura comprenne bien : « C’est quoi ce pays de sauvages où l’on doit dire aux gens de ne pas pisser sur les pelouses. » Ce rire qui balaya la phrase, il semblait ne jamais vouloir s’arrêter.

Laura ne comprit que plus tard que la lycéenne avait pensé que pisar voulait dire pisser. Pisser…  « Pisar. C’est marcher ! » Avait insisté une Laura désespérée. Mais le mal était fait, Maëlle ayant largement diffusé depuis une semaine via ses nombreux réseaux, forums et amis, ses réflexions sur ce pays tellement « arriéré ».

Six semaines après, quand Laura avait vu la francesa disparaître dans les couloirs de l’aéroport Jorge Chavez, la jeune péruvienne s’était juré de ne jamais mettre les pieds en France.

Et c’est ce qu’elle avait fait, étudiant aux États-Unis, découvrant l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ayant fait le tour avec sa cousine Pili ou des copines de l’Amérique latine. Jusqu’à ce master, servi sur un plateau, un stage dans un service de neurologie.

Ainsi, un dimanche matin, elle se trouvait là, en banlieue parisienne, short et débardeur, avec le boomerang qu’elle avait trouvé ce matin dans sa cour. Elle allait sonner, profitant de l’occasion pour faire connaissance avec l’homme qui vivait au 18, rue des Lilas, à la beauté froide et d’un exotisme nordique opposé à ce qu’elle avait connu. Et puis il y avait eu ce panneau stupide, qui avait le goût d’une mauvaise blague, et ce jardin où chaque brin d’herbe était à sa place, tout comme les pas japonais, et le tintement délicat d’un carillon feng shui.

Laura glissa le boomerang à travers la grille et s’éloigna rapidement. Il lui semblait avoir vu le rideau de l’entrée bouger. Et ce n’est que, la porte d’entrée refermée sur elle, qu’elle se sentit tranquille et que le rire de la francesa  s’éloigna.

Tico : petit taxi très courant au Pérou

Neblina : brouillard

El beso : le baiser

La francesa : la Française.

tico

parque_del_amor

larcomar

carillon feng shui

                                                                                      

 

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Les deux hommes

Elle avait grossi de trente kilos, pour lui. Seulement, un an plus tard, il la voulut mince. Elle essaya de maigrir, en vain. Il la quitta.

Par trois fois, elle tenta de se suicider ; peine perdue, la vie lui collait à la peau comme un vieux gant usé.

Elle se résigna à vivre, triste et grosse, jusqu’au jour où elle rencontra un lanceur de couteau. Chaque soir, il faisait le tour de son corps avec ses quarante couteaux et chaque soir, elle vivait le grand frisson qu’elle n’avait jamais connu avec l’autre.

 

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Réminiscences

Pourquoi aime-t-on les histoires où les autres sont humiliés ? Voilà ce qu’il se demandait depuis qu’il avait ri de cette anecdote stupide racontée par l’un de ses copains alors qu’ils étaient tous réunis autour d’une bière, après le foot, au café des sports. Il avait un reste d’amertume dans la bouche, surtout qu’il avait rallongé la sauce en s’esclaffant, en guise de conclusion : « Elle l’avait bien cherché ! »

Il s’en voulait. Etait-il devenu comme eux ? « Qui se ressemble s’assemble », disait souvent sa mère comme pour lui signifier que ces copains n’étaient peut-être pas les bons.

Il essayait de se souvenir d’autres fois où peut-être… Oui, il y avait eu aussi cette fois-là, il y a un an, où ses copains avaient insulté une fille, mais bon, il y avait prescription… Pourtant, maintenant qu’il y repensait, il se disait que cette fois-là surtout, il aurait dû dire non, il aurait dû dire qu’on ne parlait pas comme ça des femmes. Il les avait pourtant laissés la traiter  de « pute » alors que deux jours plus tôt, derrière le bowling, il l’avait embrassée, en lui disant qu’il l’aimait.

Jamais il ne l’avait revue.

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Désirs croisés

Je pourrai  te tuer, c’est ce qu’avait hurlé Michel  quand Robert  lui avait confessé qu’il couchait avec sa femme.

Robert avait laissé passer cette colère  qu’il jugeait fort naturelle. Comment aurait-il réagi, lui, si Michel lui avait dit qu’il couchait avec la sienne, de femme ?

Une fois sa bouffée délirante apaisée, Michel se tourna vers Robert et lui dit.

-          Et tu ne t’es jamais senti gêné par rapport à moi ?

-          Si, bien sûr.

-          Mais tu as continué à coucher avec elle ! 

-          Tu sais bien ce que c’est, hein ? Ailleurs l’herbe est plus verte.

Michel se retint de sourire et lui répliqua.

-          Tu comprendras donc fort bien pourquoi, moi aussi, je continue à coucher avec la tienne, de femme !

Robert pâlit, mais l’histoire ne dit pas s’il réagit mieux que ne le fit Michel…

 

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Le dîner

Il avait rencontré Sylvia chez des amis d’amis et elle avait produit sur lui une telle impression qu’il l’avait invitée aussitôt. Sylvia avait accepté sans se faire prier.

Quand elle sonna chez lui, la table était déjà dressée : une nappe jaune pâle, deux chandeliers, des assiettes bleues et de magnifiques verres à pied. Il la salua chaleureusement et lui proposa d’entrée un verre de champagne qu’elle ne refusa pas. La conversation fut agréable mais l’heure était venue de passer à table.

Elle le regardait vaquer aux préparatifs du repas et le trouvait parfait. Rares avaient été les fois où on l’avait reçue de façon aussi charmante. Il s’excusa de la simplicité du repas : des pâtes fraiches au pesto, lui dit-il. Elle se récria en déclarant adorer les pâtes. Il apporta le parmesan dans une  coupelle en argent puis il déposa le plat sur la table. Quelle ne fut pas sa surprise de voir que les pâtes avaient toutes la forme de petits pénis colorés

 

 

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Le caddy

ksénaiSœur Angélique n’était pas peu fière de son caddy léopard. Elle le traînait partout, même à la messe. M. le Curé lui avait pourtant fait remarquer, en y mettant les formes, que son caddy tranchait avec sa tenue blanche, si pure et que peut-être…

Sœur Angélique n’avait  pas apprécié sa remarque et elle lui avait sèchement répondu que si son caddy n’avait pas droit de cité à l’Eglise, il pouvait dire adieu à sa présence dominicale.

Le curé n’avait pas insisté. Il s’était contenté, la semaine suivante, de lui poser une question, une seule : vous transportez quoi Sœur Angélique dans votre caddy, des lingots ?

Celle-ci avait trouvé la plaisanterie peu à son goût, mais pensant que le Seigneur lui demandait de se justifier, elle répondit simplement.

-          Je vais vous le dire M. le Curé, parce que  je n’ai rien à cacher au Seigneur. Je transporte les cendres de ma mère.

 Et sœur Angélique profita de la surprise du curé pour ajouter.

-          Vous voyez, j’ai peu vécu avec ma mère, alors je me rattrape maintenant qu’elle est morte. Je crois qu’elle l’aurait aimé ce caddy. Ma mère était un peu « légère », si vous voyez ce que je veux dire, mais ce n’était pas une mauvaise femme. Elle était très pratiquante.

Le visage rond et mou du curé pâlit et la conversation en resta là.

 

PS : photo gentiment prêtée par Ksénia

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La morsure

Samedi, j’étais aux urgences du CHU, une entorse ; non pas moi, mon fils. Moi, les seules entorses que je fais, c’est au régime. En trois heures, j’ai eu le temps d’assouvir ma curiosité : défilé de blouses blanches, ballets de brancards, pompiers en uniforme, policiers, SDF etc. Et puis une femme est arrivée, la main enveloppée dans un mouchoir. Questions traditionnelles à l’accueil, on lui demande ce qui lui est arrivé. Elle dit qu’elle s’est fait mordre par son mari. On la regarde d’un drôle d’air. Votre mari est-il atteint d’une maladie contagieuse ? Non, rétorque-t-elle, à moins que… et puis elle se ravise.

Elle vient s’asseoir à côté de moi, c’est la dernière place qui reste. Je m’ennuie tellement – deux heures d'attente, c'est long ! - que je ne peux résister à la curiosité.

- Bonjour,  j’espère que vous excuserez mon indiscrétion, mais j’ai entendu que vous vous étiez fait mordre par votre mari, alors je me demandais…

La femme me regarde ahurie  et finit par me dire.

- Non madame, je ne me suis fait mordre par mon mari, mais par le chien de mon mari. Mon mari, lui,  ne mord pas !

Et c’est là que je me suis souvenue du rêve que j’avais fait la nuit précédente : je me faisais mordre jusqu’au sang par mon mari qui se transformait en berger allemand et, quand j’essayais de dégager ma main, le molosse la secouait dans tous les sens et ne voulait pas la lâcher…

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