Presquevoix...

Miss Ventre

C’était la fête du ventre et la joie régnait. Le ventre ne met-il pas tout le monde d’accord, sauf les anorexiques ?

La foule se pressait dans les allées où les « artisans » tenaient leurs stands revêtus à l’ancienne. Certaines mauvaises langues se demandaient pourtant si les produits vendus étaient aussi authentiques que les vêtements des vendeurs.

Cette année – une première -  La municipalité avait décidé de sacrer une Miss Ventre. La Miss gagnerait cinq saucissons secs, un rôti de veau de un kilo, quatre neufchâtels, deux pots de tripes à la mode de Caen et deux bouteilles de pommeau.

La Mairie n’était pas peu fière de son initiative, mais les critères de sélection de  Miss Ventre et la mise en place du jury avait créé de fortes tensions au sein de l’Equipe municipale et des représentants des commerçants. Il avait finalement été  décidé que le jury serait composé du maire, de l’adjoint à la culture, d’un conseiller municipal de l’opposition et de trois représentants des commerçants.

Cette année-là, le prix  avait sacré Aurélie, 18 ans, 75 kilos, 1 mètre 60, normande d’origine et détentrice d’un CAP boucher. La jeune Miss avait été immortalisée sur le podium par de nombreux photographes amateurs. La pauvre transpirait fort dans  son corselet qui comprimait sa poitrine opulente ; une  jupe de toile rayée et un bonnet serre-tête blanc complétait sa panoplie de Miss.

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Duo d'octobre

Toujours  Tom Jones et  " Love is in the air "  pour le deuxième texte du duo, le mien.

 

Où est l’amour ?

 

« Love is in the air », sa fille se passait en boucle cette vieille chanson  que Carole ne pouvait plus supporter.

-          Diminue le son s’il te plaît ou je fais un malheur !

C’est sur cette chanson qu’elle avait rencontré  son premier amour.  « Love is in the air, tu viens danser ? » lui avait-il dit,  et Carole l’avait suivi sur la piste improvisée de la place du village.

Il était beau et la regardait droit dans les yeux. Il  la changeait des lourdauds du village, tous promis  à la ferme de leurs parents. Ceux-là, elle n’en voulait pas. Non. Elle, elle vivrait à Paris, là où les gens se pressaient dans des avenues de lumières, des cinémas, des théâtres, là où l’attendait la vie, la vraie.

« Love is in the air »… la voix grave de Tom Jones avait accompagné leurs tours de piste et elle l’avait aimé, bêtement, simplement.

Il avait maintenu son étreinte à la fin de la danse et lui avait murmuré à l’oreille « love is in the air ». Carole avait voulu qu’il connaisse le champ où elle aimait rêver - celui où, allongée dans l’herbe haute, elle écoutait les cloches des vaches se répondre de vallée en vallée. La fin d’après-midi était belle, le vent léger et ils avaient monté le chemin de terre main dans la main.

Ils avaient fait l’amour derrière un bouquet de noisetiers. Sur le chemin du retour, il lui avait annoncé qu’il repartait le lendemain. Des examens à la fac d’anglais, s’était-il justifié, en ajoutant qu’il avait raté la session de juin.  Et nous ? Avait-elle eu envie de dire, mais ses lèvres étaient restées closes.

Il lui avait demandé son adresse. Pourquoi ? Jamais plus elle n’avait eu de nouvelles de lui.

Allongée sur la banquette, sa fille continuait d’écouter la chanson de Tom Jones en chantonnant les paroles. Ressemblait-elle à son père ? Sans doute, mais comment se souvenir d’un homme absent depuis 18 ans ? « Love is in the air », répétait la jeune fille de façon têtue, oui, l’amour est toujours quelque part, pensa Carole rêveuse, mais où ?

Dans un mois, sa fille rentrerait en fac d’anglais et quitterait le foyer familial…

 

 

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Duo d' octobre

Nous poursuivons, avec Caro, nos duos d'écriture, mais ils se feront désormais uniquement sur ce blog.

Pour le mois d'octobre, place à l'amour avec cette inoubliable chanson de Tom Jones - " Love is in the air " - qui a certainement marqué la jeunesse de certains.

Le texte de ce jour est de Caro, le mien paraîtra dimanche.

 

Les chaises musicales

 

— Alors le départ de Luc, ça va ? Tu t'en sors avec la nouvelle ? On ne te voit plus.

Je ne savais pas quoi dire. D’ailleurs, y avait-il quelque chose à commenter ? Je laissai la conversation se déliter, quelques remarques sur son physique, sur son étrangeté ; «  Une vraie rousse tu crois ? ». Et puis Laure la serveuse arriva avec son décolleté fatigué, ses 3 plats du jour et la tête de veau de Gérard.

— Elle s'appelle comment au fait la nouvelle ?

Un grand fracas à deux pas, bruits d'assiettes cassées et vociférations ; la discussion digressa à nouveau. Le prénom de ma nouvelle collègue, avec qui je partage mon bureau de manière intermittente, est Chloé.

Il paraît que je suis un gars plutôt cool. Je ne parle pas des autres, en bien et encore moins en mal. Je distille quelques anecdotes insignifiantes de ma vie pour noyer l'essentiel. « Tiens, je suis passé chez Ikéa la semaine passée, il y a des promos sur les bureaux. » Parfois, je prends un verre avec les collègues et je ne boude pas la soirée « Cochon à la broche » annuelle du CE. Pourtant Chloé, au début, je ne pouvais pas la supporter. Personne ne l'a su, même pas ma petite amie. En fait, rétrospectivement, surtout pas elle.

C’est que Chloé chante tout le temps. Elle arrive et elle a un truc en tête. Souvent quelque chose de moderne que je ne connais pas. Elle est très rock. Enfin, c'est ce qu'elle m'a annoncé, le jour où j'ai découvert Greenday. Et puis, je me suis mis à fredonner avec elle, je rentrais le soir et je m'engueulais avec ma copine qui ne supporte pas ma voix. C’est vrai, je ne suis pas Patriiiick Bruel, chant et physique et le poker. Le matin suivant, j’ai dit à Chloé d'arrêter. Elle s'est d'abord cabrée, a chanté de plus belle, je l'ai détestée. J'ai fui le boulot, les collègues parce que je sentais que je risquais de vraiment pourrir cette fille. Or je ne parle pas des autres, ni en bien, ni en mal.

Quand elle a vu que les engueulades de ma copine envahissaient ma journée à coup de sonneries ininterrompues, Chloé a fait un effort. Elle était là, tassée sur sa chaise, les lèvres serrées. Et je l'entendais. Je la voyais à peine, mais je sentais la musique caresser le silence et finalement le soir, je chantonnais un truc sans queue ni tête, un brouhaha de sons méconnaissable. Ça râlait toujours.

Un jour, je suis arrivé dans l'après-midi. Chloé était là, debout sur sa chaise, cherchant dans le haut de l'armoire un vieux dossier. Elle chantait et, le titre est idiot, pourtant j'ai souri et j'ai éclaté de rire. Le soir, on a dîné ensemble chez elle. « Love is in the air » c'est un peu con comme titre, non.

Après ça je ne suis plus parti en life avec ma copine puisqu'on s'est quitté. Je sors avec Chloé et on croirait que l'on joue aux chaises musicales dans notre bureau. Je ne parle jamais d'elle, ni en bien, ni en mal. Quand un collègue cherche à me tirer les vers du nez, je laisse la conversation mourir. C'est ce qui est bien dans la vie, et mal d’ailleurs, c'est que finalement, peu de gens s'intéressent aux autres. D'ailleurs moi à part Chloé en ce moment... Vous me direz quand on tombe amoureux...

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Le « liseur »

Il était assis dans le hall d’entrée du lycée avec un livre - sans doute un roman - ouvert sur les genoux. Il lisait, indifférent aux autres, et peut-être même à lui-même. J’ai failli m’approcher  pour lui demander si, en lisant ainsi au vu et au su de tout le monde, il n’avait pas peur d’être moqué ou harcelé,  mais je me suis retenue. Sans doute la peur de troubler un moment aussi précieux…

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Le danseur de flamenco

A force de marteler le sol de ses bottines nerveuses, il était devenu fou. C’était comme si la tête de ses talons résonnait dans son cerveau, jour et nuit, ne lui laissant aucun repos.

Il avait consulté divers spécialistes, aucun n’avait pu atténuer son mal. Un seul lui conseilla d’arrêter le flamenco, en ajoutant.

- Consacrez-vous à la natation, votre équilibre personnel y gagnera.

Il répondit à ce médecin ignare  qu’il ne savait pas nager, que le flamenco était toute sa vie, que son père, son grand-père et son arrière-grand-pères étaient danseurs de flamenco et qu’il n’avait pas vocation à jouer au crapaud.

C’est le mardi qui suivit cette visite qu’il décida d’en finir. On était le 7 octobre -   le jour de l’anniversaire de la mort de son père. A 23 h 30, revêtu de son costume noir, il monta sur le pont Flaubert, avança en martelant le macadam de son « zapateado » inquiet jusqu’à l’endroit choisi, enjamba la balustrade et se jeta dans la Seine.

Personne ne retrouva son corps, mais par moments, quand on s’approche tout près du fleuve gris, on entend des martèlements qui montent des flots.

 

 Daniel Navarro (Italia, Agosto 2012)

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l'accident

Elle était morte le jour de l’enterrement de son mari. Non de chagrin, comme tout le monde aurait pu le croire, mais d’un accident bête : le corbillard l’avait renversée en faisant une marche arrière "sportive", et sa tête avait heurté l'arête du trottoir.

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Le dictionnaire

Les dictionnaires sont sur les tables. A eux de chercher les mots qu’ils ne connaissent pas en portugais. Soudain un doigt se lève.

-          Comment on fait pour chercher ?

La question la laisse interloquée. Certains ne savent donc pas se servir du dictionnaire en classe de seconde ? Pourtant ils savent se servir de leur ipod…

Elle imagine que ça doit être ça le progrès : savoir taper sur les touches d’un clavier mais ne pas savoir faire de recherches !

 

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La disparition

papillonsTout le monde avait les yeux levés vers le ciel pour voir l’éclipse. Dix minutes plus tard, ils partagèrent leurs impressions, sauf elle, car elle avait disparu. En lieu et place, il ne restait que ses chaussures et ses chaussettes où une multitude de papillons s’affairaient.

Tous s’étonnèrent et hurlèrent des « Marie ! Marie ! Marie ! » que l’écho répercuta sans fin.

Emilie suggéra que Marie était peut-être l’un de ces papillons. Les autres rirent bruyamment en se moquant d’elle, mais l’idée ne les quitta pas. Marie n’admirait-elle pas chaque fleur et chaque insecte avec un ravissement que tous  raillaient. Ne leur avait-elle pas dit, une fois : « si je me réincarnais, ce serait en papillon. » ?

Ils laissèrent les chaussures là où elles étaient et prirent le chemin du retour.  Marie n’était pas la première à disparaître de façon inexpliquée. D’autres avant elle – et toujours des filles du même âge – étaient parties dans des conditions mystérieuses. Pourquoi ?

 

PS : photo prêtée par R.B.

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Le mot tabou

Depuis le début de la rentrée scolaire, les « autorités  supérieures » avaient expressément recommandé au personnel enseignant de ne plus utiliser le mot « travail » au sein de la classe. L’objectif étant de  ne pas décourager  les « apprenants », terrorisés par la notion d’effort. Il  était dorénavant fortement conseillé aux professeurs de  remplacer « travail » par les  deux vocables suivants : "activité" ou -  mieux encore - "animation". 

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Le chat

Après quelques hésitations, elle avait exigé qu’il déménage, pour la simple et bonne raison que son chat ne le supportait plus.

-          Tu ne m’aimes plus ? avait-il dit dépité.

En guise de réponse, elle lui avait décoché un miaou méprisant.

 

 

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Fin »