Presquevoix...

Le grand marché

Assise dans la salle avec moi, cinq autres filles, en rang d'oignon, elles remplissent gentiment leur fiche, nom, prénom, numéro de téléphone, centres d'intérêts... sans intérêt tout ça, j'en suis plus que convaincue. Dommage, il est trop tard, j'ai payé. parfois, il suffit de payer pour se rendre compte que ce qu'on fait on ne devrait pas le faire. Un type nous distribue un badge où on mettra notre prénom et notre numéro d'identification, comme à la sécurité sociale ; d'ailleurs si je suis là, c'est par sécurité, pour guérir. Guérir de mon incapacité à rencontrer un homme. J'espère beaucoup. J'attends peu. Je me dis même : pourquoi vouloir rencontrer un homme ? L'habitude sans doute, c'est ce qu'on fait en général, à mon âge, quoique... J'observe les autres. Mignonnes, habillées avec leur goût qui n'est pas le mien, ça ne dépasse pas les 35, sauf une. J'arrête de les regarder, ce n'est pas le moment de me dévaloriser, le grand marché de l'amour va commencer...

 

PS : prochain texte, jeudi.

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La gifle

Il l’avait giflée la veille, pour la première fois -  avoir été trompé vaut bien une gifle, non ? - et elle la  lui avait rendue.

-          J’aurais pu porter plainte, avait -elle dit.

-          Certes. Mais tu m’as trompé.

-          Et alors ? Nous ne sommes pas mariés que je sache.

-          Oui, mais tu m’as poussé à bout.

Pousser quelqu’un à bout ? Elle ? Il déraillait le pauvre. Peut-être avait-il des problèmes au travail ? Ou alors, pire, il devenait  parano. Il faudrait qu’elle demande à Pierre, l’ami d’enfance de son compagnon, ce qu'il en pensait. Mais impossible, parce que Pierre, depuis le mois dernier, était devenu son amant. Certes, elle aurait dû mieux choisir. Prendre pour amant le meilleur ami de son conjoint n’était pas la meilleure solution et il y en aurait eu tant d’autres à choisir. Mais Pierre était triste - si triste -  et il avait pleuré dans ses bras. Elle aurait juste pu le consoler, bien sûr, mais il avait fini par l’embrasser, ou était-ce elle ? Il est vrai qu’il y a bien longtemps qu’elle observait Pierre. Il ressemblait à quelqu’un – mais qui ? – et il avait de si jolies fossettes qui traçaient un chemin vers des secrets intimes…

PS : prochain texte, lundi.

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Mais quand ?

Juste avant le repas du soir, avec un doigt de porto -  ce breuvage des Dieux qui parfois nous conduit sur le chemin des confidences - il lui avait dit.

-          Ma mère pourrait au moins avoir la décence de mourir rapidement, mais non ! En plus, elle fait semblant de mourir une fois par mois et ensuite, hop, elle repart comme si de rien n’était. Elle m’épuise, sans parler de sa maison de retraite qui me coûte la peau du cul !

Elle n’avait rien répondu. Que dire à un fils exaspéré par sa mère depuis la nuit des temps ?

Depuis cette confidence, il allait voir sa mère tous les quinze jours avec un faux test PCR. Sans doute une solution pour la faire disparaître afin qu’il puisse enfin courir des jours tranquilles…

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Les soucis

Pour la nième fois du mois, une vendeuse lui avait répondu « pas de soucis » alors qu’il n’y avait aucune raison de le lui dire puisqu’elle demandait simplement une baguette en plus du pain au chocolat. Hélas pour la vendeuse, ce jour là – un très mauvais jour car elle avait eu une petite saute d’humeur avec un élève qui lui avait dit « gentiment » que son devoir n’avait pas été évalué comme il aurait dû l’être et qu’il valait bien plus que l’ « injuste » 10/20 donné – les soucis pleuvaient et elle répondit.

-          Eh bien, vous avez de la chance de ne pas avoir de soucis, parce que moi, j’en ai des tonnes !

Et elle fit la liste de tous ses soucis, une très longue liste que la vendeuse, malgré le masque qui cachait son visage, sembla très mal supporter. Une fois la liste terminée, elle lui répondit épuisée « Bon courage madame », ce qui la fit sourire et l’obligea à lui dire.

-          Excusez-moi mademoiselle de vous créer des soucis.

Oui, il fallait qu’elle se calme, vraiment, sinon elle ne terminerait pas cette merveilleuse année COVID 19 !

 

PS : prochain texte, lundi.

 

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Séparation

J’ai été quittée il y a deux mois, mais je ne me souviens pas par qui ; ça parait idiot, non, de ne plus se souvenir du nom de celui avec qui on vivait ? Pourtant nous vivions ensemble depuis  deux ans ; enfin ensemble c’est beaucoup dire, parce que la seule chose que nous faisions ensemble, à la fin, c’était de prendre l’autobus numéro 96 à 8 heures tapantes, sauf le samedi et le dimanche. C’est vrai que je le comprends d’être parti. A sa place j’aurais fait la même chose, mais je ne suis pas à sa place, je suis à la mienne et moi, je suis fidèle, pour le meilleur, mais surtout pour le pire.

Il n’a pas mis longtemps à emballer ses affaires ; une heure exactement, j’ai chronométré. Toutes ses affaires tenaient dans deux valises – normal il est resté deux ans -  qui se sont vite retrouvées sur le pallier. Dommage que la voisine ait jugé bon d’ouvrir la porte à ce moment précis ; mais la voisine, je m’en fiche, c’est ma sœur, et nous ne nous parlons plus depuis deux ans…

 

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Le corps et la tête

Cette nuit je me suis réveillée parce que je ne pouvais plus respirer. Je me suis affolée, j’ai voulu crier mais rien ne sortait. Deux boules énormes qui se touchaient là où il y a normalement les amyygdales. Je me suis levée pour aller boire, j’ai cru qu’avec le liquide qui coulerait les grosseurs me feraient moins mal, mais non. J’ai avalé deux aspirines mille et quand j’ai voulu me recoucher, je me suis évanouie. Lorsque je suis revenue à moi, il y avait du verre cassé à mes pieds, sans doute le verre d’eau que je tenais à la main. Je me suis traînée jusqu’au lit et j’ai tâté mes boules ; elles grossissaient à vue d’œil. Je me suis demandée si le lendemain mon corps ne serait pas transformé en deux boules qui représentteraient deux spères de moi-même : le ying et le yang.

A 8 heures je me suis réveillée, vivante, mais les boules étaient toujours là et j’ai eu la certitude – pourquoi ? – que jamais  elles ne disparaîtraient

A 9h30, le médecin est passé. Il a dignostiqué un phlegmon et un eczéma. Il m’a demandé si j’étais anxieuse, si j’avais des problèmes particuliers et si j’avais des amis. Je lui ai demandé quel était le rapport entre mon corps et ses questions. Il a répondu : « Certaines fois, le corps n’en fait qu’à sa tête. ».

Je n’ai rien dit mais je me suis demandée si ce crétin ne se prenait pour un  psy. Il m’a laissé sa carte de visite avant de partir et là j’ai vu, oh surprise, qu’il s’appellait Jung

 

PS : prochain texte, lundi.

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Mère et fille

Marion  avait demandé à son amie.

-          Alors, avec ta mère, tout s’est bien passé pendant cette semaine de vacances avec elle ?

-          Oui, ma mère, c’est une merveille !

Marion n’avait rien répondu car elle savait qu’avec un thème pareil la conversation pouvait durer des heures ; et  pour le pire, car sa mère à elle était une narcissique invétérée et non une merveille. Souvent, lorsqu’elle parlait de sa génitrice, elle avait l’impression de gêner, comme si dire du mal de sa mère était encore un sujet tabou. Certaines amies, même, ne la croyaient pas.

-          Mais elle est vraiment comme ça ta mère ? Tu n’exagères pas un peu ?

-          Non, pas du tout. Tu crois que c’est la seule ? Evidemment, c’est mon point de vue. Si tu la voyais, tu la trouverais peut-être charmante ma mère,  mais tu n’es pas sa fille, et entre vous deux, il n’y a pas eu le « drame terrible » de la rivalité. D’ailleurs, au royaume de la « rivalité », les filles sont souvent perdantes, j’en sais quelque chose car j’ai failli ne jamais pouvoir reprendre la course de la vie.

Parfois, avec cette petite voix douce qu’elle aimait utiliser pour apaiser l’atmosphère, elle en arrivait à la conclusion suivante.

-          Mais bon,  peut-être que de nos jours, les choses ont changé. Peut-être même qu’aujourd’hui, mères et filles s’entendent  toutes à merveille dans le meilleur des mondes, qui sait ?

Ses amies ne répondaient rien et, peut-être, pensaient à leur fille – si elles en avaient une -  qui se dirigeait à grands pas vers l’adolescence et ses tourments…

 

PS : prochain texte, jeudi.

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Le dentier

Hier matin, j'ai sorti mon vélo du garage, comme je le fais tous les jours pour aller travailler. Je l'ai mis contre le mur pour fermer la porte, et c'est là que je l'ai vu. Il brillait d'un petit éclat métallique sur la chaussée le long du trottoir. Je me suis approchée, on ne sait jamais ce que l'on peut trouver, mais ce que j'ai découvert m'a horrifiée : c'était un dentier !
Quel esprit malveillant avait laissé un dentier devant chez moi ? Je dois dire que je suis parfois paranoïaque, surtout quand le temps est à la pluie. Mais peut-être était-ce dieu qui voulait m'inviter à réfléchir ? J'avoue que je réfléchis peu. Je ne suis pas de ces femmes qui voyagent par monts et par vaux sur le chemins des idées. Je suis une femme simple ; si simple d'ailleurs que ce soir, je vais me boire un porto à la terrasse d'un café, juste pour croire que je ne suis pas en France mais au Portugal...

 

PS : prochain texte, lundi prochain.

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19 mai

Après le travail, mercredi 19 mai, je m’assiérai à la terrasse du bar des mimosas. C’était un bon poste d’observation avant le COVID. Je prendrai une bière, peut-être deux, histoire de sentir l’exictation de l’ébriété sans m’y abandonner, et je regarderai mes semblables mordre la poussière du coivd.

Nous ferons, ensemble, notre entrée dans un monde où la fragilité peut, à tout instant, nous faire basculer dans un nouveau confinement où, les fermetures de ces lieux qui nous lient, donnent à la vie le visage d’une momie.

 

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Nadia

Il s’était fait tatouer le prénom de sa compagne – Nadia – avant de la tuer.

-          Mais pourquoi ? avait demandé le juge.

-          Un problème de déontologie, avait répondu l’assassin.

Puis il avait ajouté, pour préciser.

-          Sans mort, pas d’amour à vie.

Le juge avait sorti un long mouchoir à carreaux rouges et noirs avant d’éternuer.  Jusqu’à quand allait-il supporter d’entendre ça ? Jusqu’à quand ses jours seraient-ils plus noirs que ses nuits ?

 

PS : prochain texte, lundi

 

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