Presquevoix...

Champagne !

20170714_152121A l’hôpital, elle avait dit « champagne ! » et le personnel s’était incliné. Prive-t-on une malade – fut-elle au service des soins intensifs – d’un verre de champagne le jour de son anniversaire ?

Par contre, quand elle a insisté auprès des infirmières pour qu’elles boivent un verre avec elle, celles-ci ont catégoriquement refusé.

-          Je risque de vous piquer de travers après mon verre, lui a répondu  une infirmière en souriant.

Et la malade de dire, une fois l’infirmière partie.

-          Quelle godiche ! Un verre de champagne, ça n’a jamais fait de mal à personne !

 

PS : prochain texte le mercredi 26 juillet.

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Martine

Avant-hier, on attendait devant le théâtre pour voir une compagnie régionale quand Martine est arrivée, souriante et détendue. La vache,  qu’est-ce qu’elle a grossi Martine ! Enfin, ça, je l’ai gardé pour moi, forcément. Elle nous a parlé de son opération des genoux – les deux, parce qu’elle ne fait jamais les choses à moitié Martine.

Elle appréhendait sa visite chez le chirurgien ; elle croyait qu’il allait lui parler de sa « surcharge pondérale », mais en fait non, il ne lui en a même pas touché un mot. Je me demande bien pourquoi, parce que ça saute aux yeux qu’elle est grosse Martine.

En tout cas, Martine, elle était très contente de son chirurgien : gentil, prévenant, le gendre idéal. Et psychologue en plus, parce que c’est bien le seul à avoir compris que le simple fait de parler de régimes, ça la faisait grossir.

De retour du théâtre, mon mari m’a dit sur le ton de la confidence : « Eh bien moi, j’aimerais pas être les genoux de Martine, qu’est-ce qu’ils doivent morfler ! ».

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L’accueil

20170703_114329A l’accueil on lui avait dit « Service Mortuaire, Ascenseur k » et, dans la neutralité de la voix qui l’avait renseigné, il avait senti les miasmes de la mort.

L’ascenseur K lui avait donné le temps de se préparer à cette dernière rencontre. Vingt ans qu’il ne l’avait pas vue, vingt ans de ressassements pour finalement la retrouver allongée, nue, recouverte d’un drap blanc.

Oui, c’était bien elle, celle qui lui avait donné la vie.

 

PS : photo prise à Evreux

 

 

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Duo de juillet

 Voici le temps venu de notre Duo de juillet pour lequel, Caro et moi-même, avons choisi d' utiliser une phrase vue sur le blog  diffractions  - " longtemps je me suis douchée de bonne heure " - qui, bien sûr, vous en rappellera une autre...

Aujourd'hui, une petite parodie à la sauce gb :

 

La douche

 

Longtemps, je me suis douchée de bonne heure. Parfois l’eau coulait à peine que ma peau frémissait ; je n’avais pas le temps de me dire : « Je me douche ». Et, une minute après,  la pensée qu’il me faudrait sortir et me sécher créait en moi une dépression fugitive ;  je voulais profiter de l’eau qui perlait sur ma peau, retrouver ces sensations qui donnent l’illusion que l’on retient le temps. Cette croyance survivait encore lorsque je m’essuyais ; elle s’accrochait à moi comme les peluches d’une serviette de toilette maltraitée par les lessives ; mais, dès qu’ elle commençait à disparaître, comme des poils de brosse à dent usés par les lavages fréquents, aussitôt je recouvrais la vue et constatais que le miroir me renvoyait une  image claire, brute et désespérante pour mes yeux, comme un reflet que je reconnaissais à peine, une chose qui ressemblait à une femme dont le visage, chose incompréhensible, tenait plus du bouledogue que du lévrier.

PS : les expressions soulignées ont été empruntées à Marcel Proust.

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Duo de juillet

Voici le temps venu de notre Duo de juillet pour lequel, Caro et moi-même, avons choisi d' utiliser une phrase vue sur le blog  diffractions  - " longtemps je me suis douchée de bonne heure " - qui, bien sûr, vous en rappellera une autre...

Aujourd'hui, voici le texte de Caro, le mien paraîtra mercredi 12 juillet.

 

Extrait du journal de bord de Xilos Népomucène

 

Longtemps je me suis douchée de bonne heure. C’est la voix de ma mère que j’entends. Lointaine, désincarnée. Inexistante.

J’effleure l’écran. Je trouve rapidement dans les circuits labyrinthiques de Daisy C23bZp56 une vidéo ancienne où me sourient les visages éternellement lisses de mes parents et de mes frères et ma sœur. Autour de moi, les cloisons tapissées de minuscules points lumineux, de matériaux électroniques et de terminaux en veille forment un second ciel, plus apaisé et plus clair que celui que j’aperçois à travers la large vitre de la cabine de pilotage.

Longtemps je me suis douchée de bonne heure.

Ma mère avait à peine fêté ses quarante ans quand j’ai quitté la maison pour filer vers le cosmos. J’ai laissé sans regret cette terre désenchantée, balafrées de guerres, de sécheresses et de pointes de glaciation. L’eau était devenue une denrée rare.

Maman… Je l’entends encore, minuscule devant l’azur insondable qui écrasait notre mobil home. Elle racontait par bribes un passé que je ne pouvais me représenter. Longtemps je me suis douchée de bonne heure. Le mot douche semblait sorti d’une antiquité souriante pour l’enfant que j’étais et dont le corps n’était débarrassé de ses scories et de ses miasmes que dans un caisson balayé d’ondes.

Ma mère était de toute notre famille l’élément le plus nostalgique. Une part de son âme était restée quelque part dans son passé. Alors à 17 ans  j’ai choisi l’avenir dont le vide me semblait plus confortable et j’ai décidé d’aller voir de l’autre côté des étoiles.

Aujourd’hui, le décalage temporel qui découle de mes allées et venues spatiales fait que ma mère est sans doute morte à l’heure où j’écris ces mots. La Terre m’est devenue plus étrangère que la ceinture d’Yabella 453 que je vais rejoindre dans quelques heures.

L’écran s’est éteint, devant moi l’espace. De mon origine terrienne et des miens, je n’ai conservé que des films vieillots et des paroles qui s’insinuent dans mon sommeil et, parfois, dans mes phases d’éveil. Les âmes des miens, après s’être accrochées au passé, flottent désormais près de moi.

 

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Le passé

Nous parcourions le rayon « homme » du printemps, quand soudain, il s’immobilisa devant un enfant tétant tranquillement sa sucette dans sa poussette, étranger à l’agitation du rayon.

- Ah le bienheureux  - s’extasia-t-il  – j’aimerais bien revenir à ce temps béni !

Mais immédiatement il se ravisa, l’air inquiet, comme s’il avait oublié un détail important.

-          Il y a un problème ? lui demandai-je.

-          Oui, et un gros : tout sauf revivre ce que j’ai vécu avec ma mère !

Et il traversa le magasin au pas de course, comme si sa mère le pourchassait entre les rayons.

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Only you

 Une femme seule dans une pièce chante  à tue-tête. Un homme arrive.

 

 H : Par pitié, tais-toi Muriel !

F (continue à chanter à tue tête) : Only you/ can make the darkness bright

H ( crie) : Tais-toi, tu me casses les oreilles !

F : Quoi ? Je te casse les oreilles ? Et moi qui  m’entraîne pour ton anniversaire !

H : Tu ne vas quand même pas chanter ça dimanche devant ma mère, mon frère, sa femme et l’oncle Michel !

F :  Ben si pourquoi pas ? Quand tu fais hurler Maria Callas, tu ne dis pas qu’elle te casse  les oreilles, ELLE !

H : Maria Callas c’est Maria Callas mais toi, tu ne sais pas chanter. Tu prends des cours de chants peut-être ?

F : Bien sûr que j’en prends !

H : Depuis quand ?

F : Ca ne te regarde pas ! (elle se remet à chanter) Only you/ and you alone /can thrill me like you do....

H :(tape sur la table) : Ça suffit !

F : Quand je pense que je fais ça par amour pour toi !

H : Eh bien arrête de m’aimer !

F :  Très bien. De toute façon, avec toi, c’est toujours la même chose, soit tu ne t’intéresses pas à ce que je fais, soit tu me dévalorises.

H : Tu ne vas pas recommencer à te plaindre !

F : Non, mais souviens-toi, quand je faisais du tennis, tu me demandais à quoi servait la raquette que j’avais dans les mains, quand je faisais du théâtre, tu me disais que j’étais aussi expressive qu’une machine à laver, quand je faisais du footing avec toi, tu me disais que j’aurais plus vite fait de marcher et maintenant que je chante tu me dis de me taire…

H : Et qu’est-ce qu’il dit  ton professeur de chant ?

F : Il dit que je dois persévérer.

H : Forcément, il faut bien qu’il gagne sa croûte ! Combien tu le payes ?

F : Ça te regarde ?

H : Oui ça me regarde, on ne vit pas ensemble ?

F : Mon professeur est très pédagogue.

H : Si tu ne veux pas me le dire, c’est qu’il te fait payer les yeux de la tête !

F :  Il dit que j’ai de la voix.

H : Ça pour avoir de la voix, tu as de la voix… mais elle est moche !

F : Eh bien puisque c’est comme ça, dimanche prochain tu n’auras rien.

H : Enfin Muriel si tu n’as pas une belle voix, je n’y peux rien moi, je ne vais tout de même pas te dire que tu as une belle voix, juste pour te faire plaisir.

F : Tu ne m’aimes pas !

H : Tout de suite les grands mots. Enfin ! Sois lucide Muriel ! Tu ne veux  quand même pas que je te mente ?

F : On n’est pas toujours obligé de dire  la vérité !

H : Tu ne m’as pas toujours dit ça !

 F : Oui, mais j’ai changé d’avis. Eh bien,  tu auras un anniversaire sans cadeau. Et puis il faut être lucide Gérard, à 50 ans, on  ne fête plus son anniversaire, parce qu’à 50 ans on est plus proche du cercueil que du berceau !!!

H : Tu es quand même un peu garce, Muriel. J’essaie d’être sympa avec toi pour que tu ne te ridiculises pas devant ma famille et toi, pour me remercier, tu me supprimes mon cadeau d’anniversaire et tu me parles de ma mort !

F : Tu sais ce que ce sera mon prochain cadeau ? (en criant) La couronne que je mettrai sur ta tombe avec écrit dessus :  «  A mon défunt et regretté mari ! »

 

(Elle part en chantant à tue tête ) Only you/ Can make this world seem right/ Only you/ and you alone /can thrill me like you…

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L’hypocondriaque

Il venait d’avoir les résultats de son analyse de sang, tout était parfait. A désespérer. Même pas un peu de cholestérol, rien ! Il avait pourtant insisté auprès du médecin - « Vous êtes sûr, vraiment, je n’ai rien ? » - qui l’avait regardé d’un air suspicieux. Il lui avait même suggéré une nouvelle analyse, une toute dernière : son  taux de PSA.

 Pour se débarrasser de son patient, le médecin avait cédé.

En rentrant chez lui sa femme lui avait demandé. 

-          Alors, ces analyses ?

-          Rien pour l’instant, mais je suis sûr d’avoir quelque chose et d’ailleurs, l’autopsie montrera que j’avais raison !

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filature

20170606_114456Elle l'avait suivie à cause de son pantalon trop court qui lui faisait penser à " Mon oncle ". En l'abordant, hélas, elle se rendit compte que ses idées étaient à l'image de son pantalon.

Avant de l'abandonner à son triste sort - ou qu'elle pensait tel -  elle lui conseilla tout de même de défaire son ourlet afin que les idées suivent. Il lui répondit qu'il n'était pas à court d'idées et n'avait certes pas besoin des siennes...

 

PS : photo prise " à la volée " à Paris, en mai.

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Dialogue

Deux hommes parlent dans la salle d’attente d'un psychiatre

 

-          J’ai fait un « burnes out », dit l’exhibitionniste.

-          Et moi un « burn out », répondit son vis-à-vis.

-          Qu’est-ce que ça vous a fait ?

-          Arrêt maladie pendant deux mois, et vous ?

-          Eh bien, les cinq premières années, de l’excitation, forcément, mais maintenant, à force de les montrer, je finis par me lasser.

-          Peut-être que vous êtes guéri ?

-          Ça m’étonnerait, mais c’est une hypothèse que je ne dois pas écarter. Et vous, vous êtes guéri ?

-          D’une certaine façon, oui, mais maintenant j’ai envie de foutre en l’air mon chef.

-          Plutôt sain, non ?

-          Ce n’est pas ce que tout le monde dit.

Le psychiatre appelle : Monsieur Lenoir ?

-          Ah, c’est mon tour, je vous souhaite bonne chance.

-          A vous aussi. Aurevoir.

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