Presquevoix...

Les seins

20160814_143502Il voyait des seins partout. Deviendrait-il obsédé ? Ça  l’inquiétait tout de même un peu car il ne travaillait qu’avec des femmes. Et en cette période d’été,  les décolletés étaient plus fréquents que les ras du cou.

Immanquablement, à chaque fois qu’il rencontrait Marie, Dorothée, Isabelle, Marine, Leila, Léa, Juliette, Monique, Sophie ou Awa, ses yeux se portaient sur leurs seins.

Quand il était avec elles, son imagination l’emmenait parfois un peu plus loin qu’il ne l’aurait voulu, sauf peut-être avec Monique, car elle avait atteint  l’âge de sa grand-mère et il ne se sentait pas gérontophile* dans l’âme.

C’est d’ailleurs Monique qui, un jour, lui avait dit en souriant.

-          Mon petit Christophe, serais-tu en période de rut ?

Il avait rougi jusqu’à la racine de ses cheveux et il avait bafouillé une réponse dont il ne se souvenait même plus…

 

* N'oubliez pas d'écouter cette chanson de Bernard Joyet car elle est vraiment savoureuse ! Et chapeau à la pianiste !

 PS : photo prise près du port de Rouen

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La photo

Quand elle avait vu sa photo dans le journal, elle s’était exclamée.

-  Quelle horreur, on dirait une catcheuse !

Voulant être sympathique avec son amie, Léa lui avait dit.

-  T’inquiète pas, on  te reconnaît absolument pas !

Par contre, le lendemain, Clémentine lui avait asséné.

-  Pour une fois qu’un journaliste prend une photo ressemblante !

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La chaise

20160814_144510-1Tous les après-midi il s’installe au pied de l’escalier, la chaise tournée vers la Seine et il attend.

Il a passé sa vie à attendre un signe qui n’est jamais venu. Mais  à 65 ans, il sait maintenant ce qu’il attend : la mort. Non pas cette mort effrayante qui vous  oblige à rester les yeux ouverts toute une nuit au détour d’un cauchemar, mais celle qui vous enveloppe dans un linceul de douceur, celle qui vous berce en vous promettant que jamais plus ce ne sera comme avant.

Ce jour-là, assis sur sa chaise, il fredonne une chanson de Charles Aznavour  quand une voix l’interpelle.

-          Eh, vous !

Il se retourne. En haut des marches, une femme lui fait de grands signes.

-          C’est peut-être elle ! pense-t-il soudain.

Mais il se ravise, la femme est vêtue de coloris clairs et ne ressemble en rien à la mort.

-          Oui, vous ! confirme-t-elle.

Il se lève et monte les marches, qui sait si elle ne lui annoncera pas une bonne nouvelle.

-          Vous auriez un téléphone portable ?

-          Moi ? Un téléphone ? Non, j’ai jamais eu de téléphone. Personne m’appelle.

Que lui a-t-il pris de s’adresser à cet homme ? pense-t-elle aussitôt. Mais  il est là et elle ne peut  partir comme si de rien n'était.

-          Désolée de vous avoir dérangé.

-          Pas grave, j’ai rien à faire. J’attends.

-          Vous attendez ?

-          La mort.

-          La mort ? A votre âge ? c'est bizarre, non ?

-          Pourtant c’est comme ça.

Elle fouille dans son sac et en ressort une carte qu’elle lui tend.

-          Tenez, c’est quand même mieux de parler que d’attendre la mort.

Il prend la carte, la parcourt des yeux et un vague sourire passe sur son visage.

-          « La Porte Ouverte » ? Vous croyez que ça pourrait m'aider ?

-          Bien sûr, quelqu’un à qui parler ça fait du bien.

Elle part soulagée d’avoir pu entrebâiller une porte. Quand même, attendre à la mort à 65 ans, un fou, certainement. Elle se dit qu'elle a eu raison de prendre cette carte sur le présentoir de la pharmacie. Elle avait comme une intuition…

 

PS : photo prise à Rouen.

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Cynisme

Amoureux transi, abandonné par sa « fiancée », il avait voulu se suicider au gaz. Tous les voisins étaient morts, sauf lui ; au dernier moment, pris de peur, il avait sauté par la fenêtre de son appartement situé au rez-de-chaussée.

Mais maintenant, rongé par le remords,  saurait-il saisir sa deuxième chance ?

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La vache rock

vacheElle  avait dit à son amie que sa « vache rock » était en stock et que l’histoire était en cours  ; mais quelle histoire allait-elle pouvoir écrire sur une vache ? Les vaches ne l’avaient jamais inspirée, à part les peaux de vache, mais celle-ci n’en était  pas une, c’était une vache au sens propre, elle semblait même très propre, et fière de sa robe claire.

A n’en pas douter, c’était une danseuse, elle imaginait que son amie  s’en était aperçue quand elle s'était approchée d'elle. La vache avait sûrement esquissé un pas de deux, sa queue avait balayé l’espace et sa « rock attitude » ne lui avait alors plus laissé aucun doute : cette vache avait le rythme dans la peau !

Son amie avait certainement jugé prudent de s’éloigner  parce que la bête avait un tempérament de soliste, et chacun sait que les solistes regardent avec méfiance les rivales qui se profilent. Il semblerait d'ailleurs qu'elle l'ait remerciée d'un meuglement,  suivi d’une déclaration dans une langue rythmée, et dieu sait que la sienne était " rapeuse " !

Nulle doute que les bières avalées lors de la randonnée n’étaient  pas étrangères à la légende que son amie avait ensuite fait courir sur l'aptitude des vaches à s'exprimer dans la langue de Molière...

 

PS : photo gentiment prêtée par Sylvie Farges.

 

 

 

 

 

 

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Souvenir

Il lui manquait un couteau et il l’avait pris sur la table d’à côté. Quand le garçon l’a vu, il lui a dit d’une voix coupante.

-          Ah non ! Vous me perturbez mon service.

Cette remarque l’avait tétanisé. Comment ce garçon pouvait-il lui parler sur ce ton, à lui, client régulier de ce restaurant ! En faisant un rapide calcul, il se souvint qu’il y avait au moins laissé 400 euros depuis quatre mois. Quel goujat !

Ce qu’il avait oublié, c’est que cette  réprimande l’avait ramené à son enfance, le jour de ses 10 ans,  quand sa mère lui avait tapé sur la main parce qu’il avait subtilisé un morceau de  sucre dans le sucrier en faïence de la tante Clémence. Elle l’avait humilié devant toute  la famille.

-          Ah non, pas de ça chez nous ! Je n’aime pas les voleurs !

 

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Le selfie

20160807_152336Ce couple était adepte  des selfies. Amusée par leur manège, elle a décidé de les suivre. Ils semblaient contents d’eux. Leurs bedons  indiquaient le coup de fourchette solide du couple bien installé.

Quelle que soit la pause, le plus petit avait toujours une main protectrice sur l’épaule du plus grand. Était-ce le mâle dominant ?

C’étaient des marcheurs de l’été, des voyageurs avides de miroirs et ils s’en donnaient à cœur joie. Elle se demandait tout de même – et elle  décela une pointe de méchanceté dans ses propos -  comment ils pouvaient continuer à se prendre en photo après avoir vu le résultat…

 PS : photo prise à Paris

 

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Marie

Quand elle le vit se précipiter sur elle, elle eut un moment de recul, voulut l’éviter, mais il s’accrocha à son bras et la retint, haletant… 

- Ne pars pas, tu ne te souviens pas de moi ? 

Elle essaya de lui dire qu’elle ne le connaissait pas – ce qui était vrai – qu’elle n’habitait pas à Rouen – ce qui était également vrai - et qu’elle ne s’appelait pas Marie – ce qui était faux -, peut-être flaira-t-il le mensonge parce qu’il lui dit très haut, presque exalté

-          Jure-moi que tu ne t’appelles pas Marie !

Difficile de jurer que son prénom n’était pas le sien, aussi tenta-t-elle d’éluder la demande, mais il ne lâcha pas prise. Il voulut l’inviter au café pour parler d’elle, d’eux, de ce qu’ils avaient vécu pendant leurs 15 ans de séparation. Elle lui répondait qu’il se trompait, qu’elle n’était pas celle qu’il croyait, mais rien n’y fit. De guerre lasse, elle l’accompagna et ils se retrouvèrent face à face au café de la gare, à une table installée près d’une fenêtre. Profitant d’un moment d’inattention de sa part il emprisonna sa main droite qui était restée posée sur la table et il commença une déclaration enflammée à laquelle elle dut couper court.

-          Je ne suis pas celle que vous croyez, tout ceci est ridicule ! Je suis une autre, je ne vais pas faire semblant d’être quelqu’un d’autre pour vous faire plaisir. Et si vous me montriez la photo de cette Marie dont vous me parlez depuis tout à  l’heure !

 Il prit son portefeuille, tria quelques papiers, puis il sortit triomphalement une photo qu’il plaça devant elle

-          Voilà. Maintenant vous ne pouvez pas me dire que ce n’est pas vous !

Elle prit la photo, la regarda attentivement et dut se rendre à l’évidence : c’était elle, 15 ans plus tôt, devant la gare, habillée d’un pantalon blanc et d’un pull-over noir. Elle ne se souvenait ni de la photo, ni pourquoi elle avait été prise, mais c’était bien elle et elle souriait radieuse à celui qui la photographiait. Elle regarda l’homme avec plus attention,  où avait-il bien pu se procurer cette photo ?

-          Alors ? Demanda-t-il ?

-          Je ne sais pas quoi vous dire !

-          C’est vous oui ou non ?

-          Je ne sais pas, fut la seule chose qu’elle put dire.

-          Ne me dites pas que c’est pas vous !

-          Oui, c’est moi et ce n’est pas moi ! concéda-t-elle.

Elle regarda à nouveau la photo, puis l’homme et …  peut-être que… elle le fixa à nouveau, et elle n’eut plus aucun doute !

 

PS : prochain texte le 13 septembre.

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Les moutons

20160811_121253Elle ne pouvait plus voir les moutons en peinture, qu’ils soient blancs, noirs ou roses.  Bêêêê, c’était leur cri de ralliement, un bêlement qui couvrait tous les sursauts d’intelligence.

Ils partaient gentiment vers la falaise, les yeux rivés sur leur smartphone. Bêêêê, reprenaient-ils en cœur, contents de leur sort.

« L’élite », elle, se frottait les mains ; il faut bien sacrifier la majorité afin que les « meilleurs » survivent et puissent se goberger...

 

PS : photo prise à Paris. Voici un article qui pourrait vous intéresser...

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La moustache

Lorsqu'il était revenu, après trois jours d'absence, elle ne l’avait  pas  reconnu. Il avait fallu qu'il lui dise " C'est moi, ton mari " pour qu'elle le resitue dans un cadre familier. Une impression de malaise l’avait alors submergée et n'avait pas cessé depuis. 

Pour quelles raisons s'était-il rasé la moustache ? Et comment allait-elle faire pour composer avec ce visage étranger qui, pourtant, n'était pas tout à fait un autre ?

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