Presquevoix...

Fin programmée

Par des milieux peu orthodoxes, elle avait fini par trouver quelqu’un qui serait capable de tuer. Quand elle rencontra l’homme - il disait s’appeler Walter - elle lui dit tout de suite qu’elle ne supportait pas son divorce et que les choses allaient de mal en pis. Il pensa aussitôt qu’elle voulait qu’il tue son mari. Mais non, elle voulait qu’il la tue, elle, et elle lui proposait 5000 euros.

Il resta interdit, la tuer, elle ? C’était encore une belle femme qui ne méritait certes pas cette fin tragique. Mais la morale n’était pas son truc et il accepta.

Rendez-vous fut pris une semaine plus tard, dans le parking souterrain des trois fontaines, à 22 heures, au niveau – 4.

Il se procura une arme et le jour J, il se présenta à l’heure dite. Elle était là, seulement elle n’avait que 1000 euros à lui proposer. Il refusa. Elle lui jura que s’il ne la tuait pas immédiatement, elle se vengerait  et raconterait tout à la police.

Enervé, il lui tira deux balles dans la tête, et partit les 1000 euros en poche.

En rentrant chez lui, il se dit que sa femme le lui reprocherait, elle le trouvait trop faible, beaucoup trop faible...

 

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Prison

Pendant six ans, j’ai été visiteuse de prison, à Bonne Nouvelle ; étrange nom pour une prison. Il y a trois ans, j’ai arrêté ; la lassitude sans doute.

Je me demande, aujourd’hui, si je n’ai pas souhaité être visiteuse car j’avais connu moi-même une prison ; la mienne, la volontaire, celle que l’on crée de toutes pièces.

Cette expérience m’a certes appris à écouter sans juger, mais elle m’a aussi confrontée à l’impuissance qui nous taraude lors d’entretiens où, parfois, le ressassement de l’autre nous conduit dans une impasse.

Si je vous parle de mon expérience – ce que je fais rarement – c’est en raison de cette exposition « Prison, au-delà des murs », qui a lieu à Lyon et que j’irai voir, peut-être, si j’arrive à sortir de ma « prison » rouennaise.

 

 

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Le tapage

Il lui a téléphoné pour lui demander si elle pouvait passer chez lui tout de suite.

-           Tout de suite, mais pour quoi ?

-           A cause du bruit.

Il faut dire que depuis des mois, il se plaignait de ses voisins. Elle arriva presque instantanément, sa maison était au bout de la rue.

Quand il lui a ouvert la porte, son visage était triomphant.

-   Cette fois-ci, avec ton témoignage, ils va l’avoir dans l’os le connard. Viens dans la salle à manger !

 Elle l’a suivi.

-   Ecoute !

Et elle a écouté. De vagues bruits de guitare lui parvenaient, mais rien qu’elle n’aurait pu appeler du tapage.

-   Alors ? Lui a-t-il dit le visage radieux, c’est quand même dingue, hein, le sans-gêne de ce mec  ?

Elle a acquiescé prudemment et a loué le ciel de ne pas l’avoir comme voisin. Mais comment allait-elle faire pour témoigner alors qu’elle n’avait quasiment rien entendu ?

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Un monde sans pitié

Après le travail, la journée n’était pas finie, il lui fallait assister à un débriefing sur  le chiffre d’affaires, le nombre de clients servis, la fréquence et le nombre de produits vendus.  Et tout ça, pour un salaire qui ne dépassait pas le SMIC.
Un jour,  elle a dit au chef.
-    Ecoutez, vos réunions gratuites obligatoires après le travail, c’est plus possible, mes enfants ont besoin de moi, je suis seule pour les élever.
Le chef l’a à peine regardée et lui a répondu.
-    Que voulez-vous que je vous dise ? Il fallait  pas avoir d’enfants. Après, si vous n’êtes pas contente, vous pouvez partir, on vous remplacera très vite.
Elle n’a rien répondu. Elle a juste envoyé un SMS  à son fils de 12 ans : « Fais manger Marie, je rentrerai à 20 heures ».

Un jour elle partirait, un jour, oui, mais quand ? Et pour faire quoi, surtout ?

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Le temps

 

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Au début, il avait cru qu’elle était d'origine anglaise parce qu’elle parlait souvent de la pluie et du beau temps ; d’elle, très peu.

Mais non, comment aurait-elle pu être anglaise, avec de tels yeux ? Sans doute voulait-elle juste être agréable en n’abordant aucun sujet à risque ? Ou peut-être avait-elle un irrésistible désir de le séduire ?

Lors de leur quatrième rencontre, il finit par lui demander pourquoi le temps avait autant d'importance dans sa vie. Et, à sa plus grande surprise, elle lui répondit.

-          Ce n’est pas le temps, c’est l’instant.

-          L’instant ?

-          Oui, l’instant présent, le temps qu’il fait, vous, moi, ce que je sens et ressens chez moi, chez les autres, pas forcément les mots.

-          Et si vous me disiez des mots, mais des mots qui ne parlent pas du temps ?

-          Eh bien je vous dirais que vous êtes un homme pressé.

Il rougit et détourna son regard. Depuis combien de temps n’avait-il pas rougi ? Depuis combien de temps n’avait-il pas été ému par une femme ?

-          Vous ne dites rien ?

Il eut l’impression que son visage devenait cramoisi.

-          Non, vous ne dites rien. Vous n’êtes donc pas un homme si pressé que ça, conclut-elle en souriant, puis elle ajouta.

-          Je n’aime pas les hommes pressés…

 

PS : photo prise sur un mur, à Rouen en 2019.

 

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Il y a deux semaines, j’ai entendu le cri d’un coq. Un coq ? Ici ? En centre ville ? Mais comment il est arrivé ce coq ?

J’ai demandé à mon mari s’il l’entendait, mais peine perdue, il devient sourd. Alors, j’ai ouvert la fenêtre en grand et je lui ai dit.


- Et maintenant, tu l’entends le coq ? Il l’a entendu.


- Tu crois que c’est un vrai ? Lui ai-je dit


- Pourquoi tu voudrais que ce soit un faux ?


Je n’ai pas aimé le ton léger avec lequel il a dit cette dernière phrase, comme  si ce coq était ici, chez lui.

Mais un coq, c'est fragile, ça a besoin d'attention, et celui-ci n'a pas de poules, j'en suis persuadée.

En tout cas, une chose est sûre, et j'ai prevenu mon mari : dimanche prochain, on mangera du coq au vin !

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Isabela

Tous les jours, elle avait l’angoisse d’être angoissée, surtout depuis qu'elle avait quitté son pays natal, le Mexique.

Il aurait fallu qu’elle apprenne à se désangoisser. Mais elle n’avait jamais trouvé de stage pour ça. Un de ses amis français lui avait dit.

-          Tu sais, Isabela, ces stages là, ça n’existe pas. Il n’y a qu’un truc à faire : changer d’ennemi.

-          Tu te moques de moi ?

-          Pas du tout, au lieu d’être ton propre ennemi, tu t’en choisis un autre. Tiens, par exemple, choisis M.Mac

-          M. Mac, c’est qui ?

-          Notre président.

-          Le tien, mais pas le mien, je suis mexicaine.

-          Pas grave. Et en plus, tu nous rendras service, à nous, Français.

Elle sourit.

-          D’accord, mais je ne suis pas sûre que « los brujos de Catamaco  " puissent nous soutenir.

-          Catamaco ?

-          Oui, le lieu où les sorciers jettent des sorts contre les gens qui nous veulent du mal.

-          Pas grave. On essaie quand même. Si ça marche, je te paie 10 séances chez le psy. Tu verras, c’est pas mal aussi le psy, peut-être mieux que les sorciers.

Elle éclata de rire et conclut : « Me gustan mucho los Franceses e claro, tu principalmente ! »

Il embrassa sa jolie bouche rouge, aussi rouge que les cerises de son arbre préféré ; et ce fut la première nuit qu’ils passèrent ensemble, entre rêve et ciel, dans un champ où les hautes herbes avaient caché les épis d'angoisse.

 

 

 

 

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L’échelle

 

 

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Difficile de grimper à l’échelle après tant de mois d’arrêt de travail.

Les barreaux succèdent aux barreaux et la lumière est si loin.

Toujours cette petite obsession : et si les mots me manquaient, qui viendrait me sauver ?

A vrai dire, peu importent les oublis puisque j’ai mis en place des dictionnaires vivants prêts à intervenir, si problème il y a.

Ce retour dans le monde du travail exige un autre rythme et une faculté de concentration différente. Finis les siestes, les lectures, l’écriture, la musique, la méditation et les silences. Quatre matinées sur sept, les mots et les voix entrent en scène - à tort ou à raison -  et, leur chemin  se glisse - avec peine ou aisance - dans  ce lieu où citations, cartes et paysages incitent au voyage.

 

PS : photo prise dans la Creuse en mai 2018.

 

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Revirement

On l'avait trouvée nue sur la voie ferrée, avec un morceau de tissu déchiré qui cachait à peine ses seins. Elle avait assuré qu’on l’avait violée. Une semaine plus tard, elle revenait sur sa déposition et disait que tout était faux. Le policier s’étonna de ce revirement.

-           Alors vous avez menti ?

-           Oui.

-           Mais quand même, nue ou presque à cette heure, sur la voie ferrée, c’est bizarre, non  ? Insista-t-il.

La jeune femme resta silencieuse quelques instants puis elle dit d’une voix triste.

-           Je voulais me faire un film mais ça n'a pas marché, et elle éclata en sanglots.

Le policier lui tendit un mouchoir et ajouta d’une voix étrangement douce.

-          Bon, ce sont des choses qui arrivent, on a parfois envie d’être ce qu’on n’est pas.

Pensait-il à lui ?

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Le crépuscule

 

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Esther se demandait encore pourquoi sa tante avait appelé sa maison « Le Crépuscule ».

Sans doute une de ses chimères ou, peut-être, le reflet de sa foi  qui l’avait conduite, à la fin de sa vie, sur le chemin d’un couvent où, entre mai et juillet, elle faisait  « une retraite bien méritée ».

Sa tante y retrouvait l’une des bénédictines – sœur Marie-Ange - son amie d’enfance devenue nonne à 30 ans. Celle-ci lui avait confié les raisons de ses voeux le jour de ses 85 ans, alors qu’elle cueillait des courgettes dans le potager du couvent.

-          C’est Jean qui m’a conduite ici.

-          Jean ? l’évangéliste ?

-          Non, avait-elle souri, le Jean des Chairons, tu te souviens ?

Oui, sa tante s’en souvenait, et comment ! Il était grand et blond, elle-même en avait été longtemps amoureuse.

-          Tu ne lui avais pas dit que tu l’aimais ?

-          A vrai dire, à l’époque on se taisait, tu le sais bien. Tu te souviens d’Angèle ? C’est elle qu’il a épousée.

-          Angèle ? Oui, une jolie brune. En tout cas, tu es devenue Marie Ange, toi, c’est un peu pareil qu’Angèle finalement, et toi, tu t'es mariée avec Dieu.

Elles se turent et quittèrent le potager en même temps ; Jean les suivait, dans une douce pénombre rêveuse.

Sa tante lui avait raconté ce "secret" le 17 août, le jour de ses 85 ans.

-          La vie est un étrange et douloureux chemin, avait ajouté sa tante le visage triste.

Maintenant, c’était elle, Esther, qui habitait Le Crépuscule. Elle qui, maintenant, avait 70 ans et attendait ses petits enfants qui empliraient la maison  de rires et de joie. Esther était contente d’avoir trouvé un chemin à deux même si, parfois, celui-ci avait inondé par les pluies de printemps…

 

PS : Photo prise au Tréport en aout 2016

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