Maintenant, quand elle va chez sa mère, elle prend des pilules antipulsionnelles, c'est une amie qui les lui a conseillées, ayant elle-même de gros problèmes avec sa mère vieillissante qui se prend pour ce qu'elle n'est pas.

Son amie lui a certifié qu'il lui suffira de prendre une pilule deux heures avant la rencontre pour ne ressentir aucune irritation ni aucune volonté de l'assassiner.

-          Tu ne le regretteras pas et c'est complètement inoffensif. La preuve, j'en prends depuis deux ans et, miracle, je suis d'une bonne humeur inaltérable  alors qu'avant j'avais envie de la réduire en bouillie.

A la pharmacie, on lui a tout de même conseillé de ne prendre qu’une demi-pilule au départ parce qu’il y a déjà eu des cas – rares, certes, mais jamais anodins - de somnolence prolongée. Le discours du pharmacien l’a un peu refroidie mais elle a acheté la boîte. Tout, plutôt que cette irritation qui parfois ne la quitte pas des heures après la rencontre.

Il faut dire que la mémoire hyper sélective de sa mère, son idéalisation sans faille d'elle-même, ses projections à tout crin ainsi que son profond mépris de l’autre ont fait sérieusement pencher la balance.

Après un mois d’utilisation, elle doit convenir que son amie avait raison. Ces pilules sont merveilleuses à part quelques courtes périodes de somnolence que sa mère, bien sûr, a remarquées et qui lui font dire systématiquement : «  C’est moi qui vieillis et c’est toi qui es fatiguée en permanence ; à croire que je suis exceptionnelle ! »