A 65 ans, elle avait décidé de remonter sur les planches, en souvenir du temps où elle faisait des radios-crochets. Elle avait un peu forci – il faut dire qu’elle ne se privait de rien et surtout pas de charcuterie - et sa tenue de scène n’avait pas été facile à trouver. Elle se souvenait encore de sa robe rose en lamée ; quand elle la mettait, ils étaient tous à ses pieds ! Sa voix frôlait l’abîme dans les aigus, mais  chanter était sa passion ; d’ailleurs à l’anniversaire de Patrick, ils l’avaient tous encouragée à l’unisson :
- « Arlette t’es toujours la meilleure ! »
Mais étaient-ils sincères ?
L’heure n’était plus aux doutes, c’était son tour. Toute tremblante elle s’avança sur la scène  que les spots balayaient. Elle sourit au public. La chaleur avait fait gonfler ses pieds et ses chaussures à bouts pointus la faisaient terriblement souffrir. Quant à sa jupe noire moulante, elle rendait chaque mouvement difficile. Elle réussit pourtant à s’avancer jusqu’au micro à petits pas. Après une profonde inspiration, elle fit un signe de tête timide au pianiste qui attaqua les premiers accords du « p’tit bal perdu »*...

* chanson écoutée chez Pagenas
Voici aussi un lien, trouvé par Pagenas, alias Patrick Cassagnes : le clip de la chanson par Philippe Decouflé.