Un an, de presque sérénité. Aujourd’hui c’est l’anniversaire de sa mort. J’ai fait les choses simplement. J’ai commandé un gâteau au chocolat où j’ai fait écrire « à notre regrettée maman » ; ça, ce sera après la messe qui sera dite en sa mémoire. Pour l’occasion, je me suis acheté un complet sombre. Je pourrai toujours le remettre pour un enterrement ; les gens qui meurent ne manquent pas. Il suffit de lire la rubrique nécrologique du journal local.

J’ai voulu inviter ses trois frères et sœurs mais un seul viendra, celui qui fait encore semblant, le plus jeune.

Quant à mon frère - son fils, donc - il a décidé de ne pas venir. Malade, m’a-t-il dit. Il faut dire qu’elle ne l’a pas épargné, mais qui a-t-elle épargné ?

Seules seront présentes ma femme et ma fille. Ma femme, pour éviter un conflit ; ma fille pour faire plaisir à sa mère.

Vous auriez raison de me dire que cet anniversaire ne sert à rien, si ce n’est à donner l’illusion que ma mère était une mère normale. Hélas, ma mère était une égocentrique chez qui le paraître avait pris la place de l’être et ce, dès son adolescence, je le crains.

D’ailleurs, sur la tombe de ma mère, j’aurais pu mettre - si j’avais été courageux - l’épitaphe suivante : « Maman, épargne notre regretté père qui va devoir t'accueillir alors qu’il était si tranquille, au ciel, depuis 25 ans ! »