Voici notre Duo de mars avec Caro du blog les heures de coton. Ce mois-ci il s'agissait d'écrire à partir de cette photo que j'ai prise à Rouen. Aujourd'hui vous pouvez lire le texte de Caro, le mien sera publié le 31 mars.

 

Peau

 

Peau d’âme

Je pousse la porte de la boutique Peau d’âme pour découvrir un intérieur aussi énigmatique que le soin « Il était une fois… » glissé sous le sapin du dernier Noël. L’instigateur de cet étrange cadeau ne s’était pas manifesté et nous étions si nombreux à nous empiffrer lors de cette fiesta familiale qu’il m’avait été impossible de découvrir le mystérieux donateur. D’ailleurs j’avais trop bu. Et je venais de poser mes valises chez ma grand-mère après dix ans passés à l’étranger. La demeure m’était apparue plus étrangère que Long Island.

Un rideau se soulève et un homme apparaît, visiblement prévenu par le bruit de clochettes de la porte d’entrée. Il a des yeux de chat et une peau mate. La silhouette me semble familière. Dans ce lieu étrange où flotte une vague odeur de vanille et d’essence boisée, tout me semble incongru, familier et merveilleux à la fois. L’homme lit rapidement le carton qui m’a été offert et m’invite à le suivre dans une pièce minuscule. Je ne quitte pas des yeux son étrange turban vert chargé de breloques. Alors qu’il me désigne une table de massage, je m’enhardis à lui demander pourquoi la boutique s’appelle Peau d’âme.

« Appelez-moi Franz. Ici je sonde votre peau, j’atteins et apaise votre âme. Plus besoin de se cacher. Vous allez découvrir ce que dissimule votre enveloppe sociale, celle dans laquelle vous vous réfugiez depuis toujours. » Il se tait. Une douce clarté envahit la pièce coupant court à mes demandes d’explications.  Ma méfiance naturelle s’est évaporée et je sens que même si je cherche à la réveiller elle m’échappera. Je passe dans le réduit qui sert de vestiaire ­-je suis dans la chaumière des 7 nains ma parole ! -, posant un à un mes vêtements sur une chaise et enfilant le peignoir nacré visiblement laissé à mon attention. J’entends une musique diffuse qui ajoute à la quiétude du lieu.

L’homme m’attend. Je m’installe tranquillement sans pourtant me départir de cette tenace impression de déjà-vu : je connais ce Franz, sous un autre nom. Quelque chose dans le regard, dans la posture, le phrasé, l’aura qui sait. Cette certitude s’accentue alors que ses mains s’approchent de moi à la recherche de la peau de mon âme. Qui est-il ? Il était une fois où je l’ai déjà rencontré.

Alors que je réintègre ma tenue de ville, Franz me demande si je compte revenir. Je lui souris et pars comme si je m’enfuyais. Dans la rue mon sourire ne me quitte pas ; j’ai laissé ma bague dans la cabine.

Il ne faut jamais sous-estimer l’aspect pratique des choses. Et il faut bien que les princes récupèrent leurs princesses une fois les peaux d’âme envolées.