Un homme est assis dans un café, il n’arrive pas se concentrer sur son journal et décide de parler à sa voisine

H : Bonjour, vous m’excuserez d’interrompre votre lecture mais en vous regardant je me suis dit…

F : Vous vous êtes dit : « Tiens je m’emmerde ! Et si j’allais me distraire un peu en tapant la discut avec la fille qui lit au lieu de rester seul dans mon coin. Elle est pas canon mais faut pas être difficile par les temps qui courent. »

H : Je l’aurais plus joliment dit.

F : Oui mais ça aurait perdu de sa vérité !

H : Qu’est-ce que vous en savez, vous ne m’avez pas encore entendu.

F : (blasée) Alors allez-y, je vous écoute.

H : (ennuyé) Ce n’est pas facile de recommencer tout après avoir été coupé dans son élan.

F : Alors au revoir. Je dois rendre ce livre demain  ou j’aurai une amende.

H : Je paierai votre amende.

F : Vous croyez qu’on peut m’acheter comme ça ?

H : (Il rit) Et qu’est-ce que je ferai de vous une fois que je vous aurai achetée ?

F : (Elle le regarde attentivement ) Je ne sais pas, je n’ai pas d’imagination.

H : Donnez-moi votre main !

F : Pour quoi faire ?

H : Pour vous lire les lignes de la main et savoir si vous aurez de l’imagination dans les années à venir.

F : Très drôle ! Vous êtes voyant ?

H : A mes heures… et je vois… je vois… que vous n’avez pas beaucoup de sens de l’humour, c’est dommage à votre âge.

F : (énervée) Et qu’est-ce qu’il a mon âge ?

H : C’est bien ce que je disais, vous n’avez aucun sens de l’humour. Vous aurez un ulcère.

F : J’en ai déjà un, bravo !

H : Je n’ai aucun mérite.

F : Je ne disais pas ça pour vous féliciter. Tenez, donnez-moi votre main !

H : Pourquoi ?

F : Ne soyez pas méfiant, laissez-vous faire. Vous avez de l’humour, vous, alors la vie doit être beaucoup plus simple !

H : (Il lui donne sa main mais semble sur ses gardes) Alors ?

F : (Elle se concentre ) … votre solitude passagère ne sera nullement atténuée par vos tentatives de drague  dans les cafés. Centrez-vous plutôt sur vous-même pour comprendre ce qui vous empêche de réussir votre vie sentimentale, surprise en fin de semaine.

H : ( Il la regarde le sourire aux lèvres) Vous écrivez des horoscopes ?

F : Oui, bravo ! Dans Paris Normandie !

H : Vous plaisantez ?

F : Comme vous le savez déjà, je n’ai aucun humour !

H : Tout le monde peut changer.

F : Oui, mais en cinq minutes, ça serait un record.

H : Qu’est-ce que vous lisez ?

 ( Elle lui montre son livre)

H : L'influence des planètes sur les signes astrologiques ! Alors c’est vrai ? Vous écrivez vraiment des horoscopes ?

F : C’est la stricte vérité.

H : Vous y croyez ?

F : J’en vis alors je m’efforce d’y croire. Et vous, vous faites quoi, en dehors de baratiner dans les cafés ? Laissez-moi deviner !

H : Je doute que vous arriviez à trouver.

F : Vous doutez de mes dons ?

H : Allez-y !

F : Vous êtes soit guitariste, soit prof.

H : ( surpris ) Bravo, je suis les deux. Vous voulez que je refasse mon introduction à notre rencontre.

F : Eh bien pourquoi pas ? On finit par  prendre goût aux rencontres. J’efface tout ce qu’il y a eu entre nous et on recommence depuis le début. A vous !

H : Vous m’excuserez de vous interrompre dans votre lecture mais en vous regardant je me suis dit que je vous connaissais déjà, pourtant je suis persuadé que nous ne nous sommes jamais rencontrés physiquement, jamais vus, que nous avons d’ailleurs des goûts tellement différents, que nous ne sommes jamais allés aux mêmes concerts ou aux mêmes films ou aux mêmes pièces de théâtre ; pourtant je vous connais déjà, c’est une certitude et je vous assure que je ne crois pas en la réincarnation ! Je ne me l’explique pas, mais c’est ainsi, je vous connais

F : C’est  émouvant. On a presque envie d’y croire. Félicitations, mais maintenant je dois partir.

H : (empressé) Laissez-moi au moins votre numéro de téléphone.

F : Si vous voulez me revoir, lisez Paris Normandie, mon nom est au bas de la rubrique horoscope. Toutes les rencontres se méritent ou sinon… en valent-elles la peine ? Au revoir.

H : A bientôt.

F : Au fait, j’oubliais de vous dire que nous habitons au même numéro de la rue St Julien, le 45. Je vous y ai vu plusieurs fois ! Vous, pourtant, vous semblez ne jamais m’avoir remarquée… L’amour ferme les yeux et le chagrin les ouvre j’imagine… A très bientôt je pense…

H : Attendez, attendez, vous habitez au 45 de la rue Saint Julien ! Mais ce n’est pas possible, je…

F :  ( elle se lève ) Puisque je vous le dis.

H : Mais ne partez pas comme ça, attendez…

           

(Elle part sans se retourner.)