L’ascension
La carrière de cet homme politique – jeune, souriant, élégant - évoluait à une vitesse faramineuse. Son succès : des discours simples qui ouvraient grand les portes de l’illusion. Cet homme avait compris qu’au royaume du découragement, les stigmatisations devaient aller bon train car elles enflammaient les foules en nommant les responsables de la crise que vivait la nation. Plus l’audience croissait, plus son langage se faisait combattif, jusqu’à atteindre, parfois, des pics d’hostilité.
Le problème, soulignait-il, ce sont les autres, ceux qui « profitent » et immobilisent notre avancée vers un monde plus juste, plus fort. Au siège de son parti, lors des courtes formations qu’il mettait en place pour ses membres, il disait très clairement.
- Le bouc émissaire est un pourvoyeur d’énergie. Il suffit de trouver les bons – vous les connaissez maintenant par cœur - et grâce à eux, nous monterons rapidement en puissance. N’oubliez pas les mots clefs, ceux qui galvanisent, je vous en donne quelques-uns à placer à bon escient dans vos discours : dangereux, le pire, le meilleur, corruption, truqué, l’ennemi, migratoire, fraudeur, sécurité, protéger, chez nous, liberté, attentats, ultragauchistes, terroristes. Maintenant à vous de jouer ! Par ailleurs, nous mettons en place un GPS ( Groupement de Protection sécuritaire), pierre angulaire du parti, et il nous faut des volontaires pour cet encadrement viril. Et, pour terminer, n’oubliez pas cette phrase de je ne sais plus qui, mais qui sera d’une grande aide dans votre carrière politique : « Il est plus facile de gérer un mensonge que l'on peut contrôler qu'une vérité que l'on ne peut pas changer. ». Je vous dis à tous et à toutes bonne chance et bon courage pour votre mission !
Lors des meetings, ses discours enthousiasmaient la foule qui applaudissait généreusement en criant « Nous sommes chez nous ! ». La stigmatisation constante des fraudeurs, chômeurs, immigrés, migrants, homos, féministes, et gauchistes donnait au parti un regain d’adhérents. Oui, disait ce chef, la France unie de ses nationaux redeviendra à nouveau juste, confiante, et un doux vent de liberté soufflera sur nos plaines.
Il était troublant de noter que la plupart des médias se réjouissaient de ce nouveau démiurge qui faisait monter leurs audiences. Mais jusqu’où irait-il ?
PS : prochain texte, vendredi