Presquevoix...

Création de textes et de nouvelles : deux femmes, deux voix, deux univers... Les textes et photos sont propriétés de leurs auteures.

08 juillet 2009

L’avant bras (gballand)

Son avant-bras gauche avait été happé par la machine à pétrir le pain, et seul le bouton stop, placé à portée de sa main droite, lui avait sauvé la vie ; la  machine n’avait pas eu le temps de dévorer le haut du bras. Le patron n’avait fait ni une ni deux : pas de papiers, pas d’avant-bras, plus de force de travail, dehors.  Le type avait été traîné dans la voiture du patron, mais il  se débattait en réclamant son avant-bras à corps et à cris.
- Ta gueule, disait le patron exaspéré, tu vas pas la fermer ta gueule.
La voiture partit dans un crissement de pneus, l’avant bras resta  dans le local à poubelles.
Malgré ses forces qui s’amenuisaient, l’homme ne cessait de pleurer ce bras qu’on lui avait volé. Le patron éructa :
- Estime-toi heureux, j’aurais pu te foutre à la porte sans quoi ni qu’est-ce !
A 200 mètres de l’hôpital, on le poussa hors de la voiture. Celle-ci redémarra aussitôt ; l’homme, lui,  gisait inanimé sur le trottoir…

PS : texte écrit à partir d’une histoire vraie lue  dans un article du courrier international s’intitulant « terre promise »

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27 mai 2009

Danger, travail ? (gballand)

Dans la salle d’accueil réservée au personnel, il y avait  déjà un type qui s’adressait aux nouvelles recrues.

- Moi je respecte la norme, toi tu respectes la norme. Tout le monde la respecte et le monde est bien* !

Premier jour de travail, bien sa veine d’être tombé sur ce con. 30 ans, le cheveu aussi court que ses idées, et la chemise blanche, ouverte sur une touffe de poils qui la dégoûtaient - elle avait toujours eu les poils en horreur, surtout les siens.

Le petit chef, le doigt sur la couture, continuait d’expliquer que la norme était l’avenir de l’homme, quel abruti ! Elle regarda autour d’elle,  tout le monde hochait de la tête, l’air convaincu. Elle voulut prendre son voisin à témoin, mais elle y renonça. Elle sentit que sa réflexion tomberait à plat, comme une malpropre, et qu’elle serait montrée du doigt par ces inconnus qui préféraient leurs œillères à sa lucidité.
Encore un boulot où elle ne tiendrait pas une semaine…

* réplique entendue dans le documentaire « Attention danger travail » de Pierre Carles.

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05 mai 2009

La randonnée (gballand)

Mon fils est parti faire une randonnée d’une semaine en Bretagne, avec des amis et leurs parents.  Lorsqu’il est rentré, je lui ai demandé ce qu’il avait le plus apprécié lors de sa randonnée. Il a réfléchi un instant et m’a répondu.
- Quand on s’arrêtait de marcher !
J’avoue avoir ri de bon cœur. J’ai aussitôt fait une analogie avec le travail : si on me demandait ce que je préfère dans mon travail, je dirais assurément.
- Quand j’arrête de travailler !

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