07 février 2009
Les excuses (texte de gballand)
La semaine dernière, il avait partagé une chambre d’hôtel avec un collègue de bureau et il n’avait pu s’empêcher, comme à son habitude, de s’excuser des dizaines de fois : au coucher, au lever, en fermant les volets, en les ouvrant, en allant aux toilettes, en en sortant… Il avait aussi éprouvé le besoin de se justifier minutieusement sur la gestion de la penderie, le tic tac du réveil, ses ronflements, la lumière… Les excuses le dévoraient
Le lendemain matin, au petit déjeuner, il s’était naturellement dirigé vers la table où son collègue était installé avec l’une des secrétaires de l’entreprise, mais il remarqua que tous deux riaient en le regardant : n’étaient-ils pas entrain de se moquer de lui ?
Il préféra s’asseoir à une table, seul, près de la porte, et leur tourner le dos. Et au cas où ils lui demanderaient pourquoi il ne s’était pas assis à leur table, il avait déjà une excuse toute prête : il préférait manger en tête à tête avec lui-même le matin.
31 janvier 2009
Critique imaginaire du roman que je n’écrirai pas (gballand)
Ce livre fait partie de ces romans qu’on feuillette aux hasards des rayons d’une librairie - son titre y est pour beaucoup - et qu’on achète faute de mieux. Un de ces romans qu’on ne peut lire jusqu’au bout, à moins d’un séjour prolongé dans une station balnéaire de la côte Normande, quand la pluie et le vent vous condamnent aux quatre murs de votre chambre d’hôtel.
L’auteur se croit drôle sans l’être vraiment, tant son humour s’essouffle. Elle semble se complaire à déstructurer son récit mais ce qu’elle nous montre finalement, ce n’est que son inexpérience à maîtriser l’art du roman. L’auteur, et elle me le pardonnera certainement, aurait pu tout aussi bien faire une nouvelle de ce roman et, la concision aidant, sans doute aurait-elle donné à son récit un souffle que le roman ne trouve à aucun moment.
16 novembre 2008
La gélule ( gballand )
Il était dans le train et se laissait bercer par la douceur du compartiment de première quand soudain il se rendit compte qu’il l'avait oubliée ! Le drame ! Sans elle, il ne pourrait pas la supporter 7 heures, impossible ! Comment faire ? Trop tard pour lui téléphoner et se décommander, trop tard pour inventer une excuse que, de toutes façons, elle ne croirait pas car elle avait toujours deviné quand il mentait ! Trop tard ! Il devrait boire ces 420 minutes, non-stop, en tête-à-tête avec elle, jusqu’à la lie !
Il était 10 h 30 et le train arrivait à 10 h 50, elle l’attendrait sûrement à la gare, comme d’habitude ; il avait donc vingt minutes pour se « préparer », vingt minutes pour se raisonner, vingt minutes pour se répéter que tout allait bien se passer avec sa mère, vingt minutes pour se remémorer tous les pièges qu'elle allait lui tendre et dans lesquels il ne devrait pas tomber. Mais merde, comment avait-il pu oublier cette fichue gélule sur la table du salon ! Depuis que son médecin lui avait conseillé ces gélules et qu'il en prenait une, une demi-heure avant chacune de ses rencontres avec sa mère, il avait pu augmenter la fréquence de ses visites : il était passé d’une visite semestrielle à une visite trimestrielle ! Cette gélule était littéralement ex-tra-or-di-naire ; elle lui permettait d'effacer tous les souvenirs qui le liaient à sa mère, et ce, pour une durée de 24 heures !
D'ailleurs, quand il la prenait, c'est tout juste s'il se rappelait que sa mère était sa mère ! Que pouvait-il rêver de mieux ?
14 octobre 2008
Plongée ( texte de gballand )
Il ne disait jamais à quoi il pensait ; la peur de passer pour fou. Il gardait toutes ses impressions à l’intérieur de son crâne que la migraine colonisait de plus en plus souvent. Quand elle commençait à cogner contre les parois, il fermait les volets et s'enfermait dans sa chambre ; des heures à observer son cerveau de l’intérieur pour essayer d’oublier la douleur des aiguilles enfoncées à la vitesse d’un marteau piqueur. Il voyait de petites ampoules, puis des grosses, suspendues aux fils de sa mémoire et séparées par le vide. Tout était étrangement ordonné, presque lumineux, et au loin, il apercevait la nature, la sienne, celle dont il avait peur. Il avait toujours préféré voir la vie derrière une cage en verre qui le protégeait des peaux et des mots du reste du monde ; cette cage, il en était presque fier, il se l’était construite à lui tout seul, à la seule force de ses peurs, et maintenant, il était certain que jamais il n’en détruirait les murs.
* photo prise par C.V., à Porto, en juillet 2008, à la Fondation Serralves qui abrite des expositions d’art contemporain. En ce moment, on peut y voir une exposition sur le réalisateur portugais Manoel de Oliveira qui va fêter ses 100 ans.
10 octobre 2008
Le droit au bonheur ( texte de gballand )
Tous les soirs c’était la même « farce », il lui déchirait les tympans avec ses solos de guitare électrique. Qu’il se prenne pour Jimmy Page, soit, mais pas à 20 heures quand il rentrait du travail harassé ! Il lui avait dit de baisser sa sono sur tous les tons, mais rien à faire. S’il avait parlé à un chimpanzé, les résultats se seraient certainement moins fait attendre.
Quand il frappait à la porte de la chambre, un grognement lui répondait, et quand il entrait, il voyait la longue tignasse de son fils, agitée de spasmes, qui balayait le manche de sa guitare. Des cahiers, des partitions, des feuilles et des chaussettes sales jonchaient le sol, des chemises étaient jetées en boule dans un coin de la pièce et l’encens masquait difficilement une odeur de fauve. Il ne pouvait plus le supporter. Trop dur. Il était à bout. Et s’il le renvoyait chez sa mère ? Bon débarras après tout. Il pourrait enfin faire l’amour avec Marielle dans la salle à manger qui lui servait de chambre sans se sentir coupable et sans avoir à réprimer ses cris de jouissance. Sa mère comprendrait enfin ce que c’est que d’élever un Néandertalien de 1 mètre 80, adepte de la monosyllabe, dont les yeux ne s’éclairent que pour vous laisser entendre que vous n’êtes qu’un « vieux con » !
C’était décidé, dès ce soir il lui enverrait un mail pour lui demander de le prendre chez elle, elle avait déjà eu deux ans de tranquillité, elle ! Et tant pis pour l’année scolaire qui venait de débuter ; après tout, il avait bien droit au bonheur lui aussi !
08 octobre 2008
Le chef de service (texte de gballand)
Quand elle l’avait vu pour la première fois, elle s’était dit qu’il avait l’air caractériel, mais elle avait quand même accepté le poste. Au bout du deuxième jour, elle regrettait déjà d’avoir signé un contrat de six mois.
Le premier matin où le chef de service traversa son bureau pour aller dans le sien, il ne lui dit même pas bonjour. C’est à l’heure du café qu’il se souvint d’elle : « Un café sans sucre », lui cria-t-il de son bureau. Elle alla de mauvaise grâce à la machine à café. Quand elle revint, le café à la main, il grogna quelque chose qu’elle supposa être « Merci » et lui cria de fermer la porte. Le deuxième et le troisième jour, le rituel ne changea pas, elle accusa le coup.
Le quatrième jour, quand il traversa son bureau, elle ne put s’empêcher de lui dire qu’un bonjour faisait toujours plaisir. Il lui répondit crûment « Moi, les risettes, ça m’emmerde ! ». Elle ne répondit rien.
Mais Le cinquième jour, quand il lui demanda à nouveau, d’une voix impérieuse son café sans sucre, elle cria « Moi, aller chercher des cafés ça m’emmerde ! », elle n’avait rien à perdre. Seul le silence lui répondit ; elle s’en étonna.
Il ne se manifesta qu’à midi pile, comme les autres jours. Il s’approcha d’elle, menaçant, et aboya.
- C’est ma femme qui vous envoie ?
- Votre femme, balbutia-t-elle, mais… mais non, pourquoi ? Je ne la connais pas !
- Parce que ma femme est une emmerdeuse, comme vous, hurla-t-il.
- Mais… j’ai juste dit…
- Parce que si vous vous êtes mis d’accord toutes les deux pour avoir ma peau, ça va marcher, et elle l’aura sa pension de reversion, elle l’aura !
Le visage de son chef de service devenait cramoisi et elle eut presque peur. Elle bredouilla néanmoins.
- Mais… Mais monsieur, je ne connais même pas votre femme…
- Vous ne la connaissez pas ! Vous vous foutez de moi ? C’est déjà ce que me disait l’autre et elle n’a pas fait long feu.
Puis il sortit en claquant la porte. A peine remise de ses émotions, elle entendit un bruit sourd et un appel au secours qui semblait venir de la cage d’escalier. Elle crut même discerner la voix de son chef de service.
Elle continua pourtant à taper calmement son rapport, comme si de rien n’était.
16 septembre 2008
Le petit déjeuner est servi
- Le petit déjeuner est servi !
Elle ne se levait que lorsqu’elle entendait crier cette phrase dans le jardin de la maison familiale où ils avaient coutume de passer leurs vacances d’été. Le petit déjeuner était toujours servi dehors, quand il faisait beau, mais jamais par elle. Elle préférait paresser dans son lit à se remémorer les hommes qu’elle avait « eus », humant l’odeur de pain grillé qui arrivait jusqu’à ses narines. Elle se levait au dernier moment. Quand elle s’asseyait à table, son frère la regardait toujours d’un air mauvais, mais elle s’en contrefichait ; elle savait qu’il était jaloux de ses conquêtes qu’elles alignaient comme autant de papillons épinglés dans sa collection estivale.
Ce matin-là, elle arriva la dernière, comme d’habitude, et elle fut accueillie par une remarque acerbe de son frère.
- Il y a les « Tout Pour Ma Gueule » et puis il y a les autres !
Elle ne releva pas, dit bonjour, s’assit et saisit une tartine qu’elle beurra lentement, d’un air détachée. Elle entendait le murmure des voix mais ne participait pas à la conversation. Elle voulait encore savourer son aventure de la veille, un homme qu’elle avait rencontré au « Bar du port ». Il l’avait raccompagnée chez elle, tard dans la nuit, et leurs bouches ne s’étaient quittées qu’à trois heures du matin.
Est-ce qu’elle le reverrait celui-là ?
- Putain, mais fais attention ! Cria son frère à son adresse.
Elle regarda sa tartine et se rendit compte qu’elle était entrain de beurrer sa main gauche. Elle posa le pain sur la table, sourit bêtement et s’essuya la main.
- Tu as l’air fatiguée ma petite fille, remarqua sa mère.
- Forcément, hurla son frère, elle passe ses soirées à baiser ! Putain, mais vous êtes tous aveugles ou quoi ?
Elle pâlit. On entendait juste le bruit des cuillères dans les bols et le soleil matinal s’amusait à glisser au travers des branchages. Rien ne fut prémédité, mais au moment où elle vit son frère se lever de table, elle se décida à lui porter l’estocade.
- Et alors, qu’est-ce que ça peut te foutre ? Baiser c’est quand même mieux que se branler tout seul dans sa chambre !
A partir de ce jour-là, il ne lui adressa plus la parole. C’était il y a 20 ans.
* nouvelle écrite à partir d'une consigne des "impromptus littéraires"
09 septembre 2008
Le cœur du tournesol
Elle avait apporté des fleurs de tournesol mais moi, je déteste les fleurs, surtout les jaunes. Je ne peux pas passer devant un fleuriste sans pleurer. Je lui avais pourtant dit qu’à chaque fois que je voyais des fleurs, je pensais à l’amant de ma femme.
Ma femme et moi étions mariés depuis un an, quand un inconnu a commencé à la couvrir de fleurs, nos vases n’y suffisaient plus, il les envoyait par brassées, rouges, roses ou jaunes. Moi je m’étonnais - toutes ces fleurs, pour toi ! lui disais-je - mais ma femme me répondait invariablement que c’était certainement une erreur… jusqu’au jour où j’ai trouvé un billet sur la table de la salle à manger : « J’en aime un autre, je te quitte. Oublie-moi ! » Comme si on pouvait imposer à quelqu’un, par décret, de vous oublier. L’égoïste ! Une journée lui avait suffi pour emballer toutes ses affaires.
Le jaune, c’est la couleur des cocus, la mienne. J’ai eu, très tôt, le pressentiment que je serai cocu. Vous savez, c’est comme ces maladies infantiles qu’on est sûr d’attraper un jour : voilà, c’est fait, je l’ai eu ! Le problème c’est qu’avoir été cocu une fois ne m’immunise pas pour autant, et maintenant, avec les femmes, je me méfie. Je me demande même si elles ne nous disent pas qu’elles nous aiment au moment où la courbe de température de leur amour flirte dangereusement avec le zéro : une façon perverse d’avoir la paix pour vaquer à leurs amours interdites.
Pourquoi Hélène m’avait-elle apporté des fleurs de tournesol ? J’ai cru y lire un présage, alors j’ai pris les devant, ne vaut-il pas mieux quitter qu’être quitté ? Je lui ai écrit un mot tout simple - « J’en aime une autre, je te quitte. Oublie-moi ! » - que j’ai envoyé à son adresse. L’enveloppe m’est revenue quatre jours plus tard. Son adresse avait été barrée et une écriture soignée avait écrit la mienne. Un tournesol somptueux avait aussi été dessiné sur la partie droite de l’enveloppe et, au cœur de la fleur, on pouvait lire ce mot : « lâche » !
* texte écrit à partir de la phrase inductrice « Elle avait apporté des fleurs de tournesol » : consigne des « impromptus littéraires »
07 septembre 2008
L’hôtesse d’accueil
J’ai choisi ce métier parce que je trouvais rien d’autre. Oh je sais, il y en a qui penseront que c’est bizarre, mais bon, hôtesse d’accueil ici ou ailleurs… J’aurais dû travailler dans la coiffure, mais on m’a jamais embauchée, trop noire ! Les gens vous font des sourires devant puis quand ils vous écrivent, ils vous disent que votre profil convient pas. Pas grave, j’encaisse, je suis comme ça moi, je fais pas d’histoire, j’encaisse.
Au début ça me gênait pas trop de travailler ici. C’était même assez calme, comparé au supermarché où j’étais avant. Mais maintenant, j’ai des angoisses. Tous ces gens qui défilent avec des têtes d’enterrement ! Les premiers jours, vous vous dites que vous allez vous y habituer, mais je me demande si on s’habitue à ça ! La première semaine j’en rêvais toutes les nuits. Au travail ils m’avaient dit que c’était normal, qu’on passait tous par cette phase, mais maintenant, non seulement j’en rêve, mais je tombe dans les pommes… Pas plus tard qu’il y a une semaine, j’ai failli m’évanouir, pourtant on m’avait pas demandé grand chose, juste un verre d’eau. Le problème c’est que la femme qui me l’a demandé était tellement blanche et maigre qu’on aurait dit un fantôme, j’ai cru que c’était le corps qui s’était levé du cercueil. C’est déjà arrivé vous savez, pas à moi, mais on me l’a raconté quand je suis arrivée, alors vous pensez, avec l’imagination que j’ai ! La cliente a dû appeler le patron. Il a rien dit le jour même, mais le lendemain, j’en ai eu pour mon grade.
- De la tenue, qu’il m’a dit, si maintenant c’est les clients qui doivent réconforter les employés, où on va, hein ?
J’ai rien répondu. J’encaisse, j’ai toujours été comme ça.
Mais, hier, il s’est passé quelque chose d’autre. Comme il y avait trop de monde pour visiter le défunt j’ai dû diriger les gens dans la salle d’attente. Je sais pas qui c’est ce défunt-là mais tout ce monde qui défile pour le voir, c’est impressionnant. Pourtant, qu’est ce qu’il est moche ! Et c’est pas faute d’avoir essayé de l’arranger ! Il a même eu droit au Thanatopracteur, c’est pour vous dire ! Je crois que c’est un type dans la politique ou quelque chose comme ça. Donc hier, j’ai passé mon temps à faire des allées et venues entre la chambre funéraire et la salle d’attente. A chaque fois que je le voyais dans son cercueil, ce type, j’avais l’impression qu’il me disait quelque chose. Je sais pas pourquoi. Pourtant, il y avait aucune raison qu’il me parle, il était mort. En tout cas, ça me mettait mal à l’aise. Le patron, lui, il était dans son bureau, il faisait les comptes. J’étais fatiguée, mais tout allait bien, jusqu’au moment où elle est entrée. En la voyant, je me suis tout de suite dit que quelque chose tournait pas rond chez elle. C’était une petite blonde, agitée, avec des yeux tellement rouges que ça faisait mal au cœur. Je l’ai emmenée dans la chambre funéraire où il y avait déjà quatre personnes. J’ai attendu un peu, au cas où, et c’est au moment où j’allais sortir qu’elle a voulu grimper dans le cercueil. Quand j’ai vu ça, j’ai hurlé et je me suis évanouie.
Je me suis réveillée quand j’ai senti que quelqu’un me giflait. C’était le patron. Il paraît qu’il a été obligé de me donner 4 gifles pour que je me réveille, c’est les autres qui me l’ont dit. Et puis aujourd’hui il m’a fait venir dans son bureau pour me dire qu’il pouvait pas me garder.
- Vous êtes trop sensible, qu’il m’a dit, j’ai besoin de quelqu’un de solide.
J’ai rien répondu, j’ai pris le chèque et je suis partie. La mort, c’est pas mon truc, j’ai bien vu, mais je crois bien que la mort, c’est le truc de personne.