14 décembre 2007

La lessive

Je me souviens, c’était une saison sans queue ni tête… j’avais étendu le fil à linge entre deux pommiers parce qu’il commençait à faire beau, et elle, elle était agenouillée dans l’herbe et pleurait tout son saoul. Je me suis toujours demandée pourquoi elle pleurait tout le temps, pour rien, elle m’a toujours énervée à pleurer comme une madeleine ! Mais là, ce n’était pas pareil, elle pleurait agenouillée, comme si elle implorait le ciel et je n’ai pas pu le supporter. J’ai arraché la corde à linge d’un geste sec et je me suis... [Lire la suite]
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13 décembre 2007

J'aurai juste quinze ans...

J’aurai juste 15 ans quand je te verrai pour la première fois de ma vie*. Oui, il y a presque 15 ans que je vis dans l’antre noir de ton ventre sans pouvoir en sortir, presque 15 ans que tu me retiens en me disant que je suis encore trop jeune, que je ne peux pas voir la lumière, que le soleil brûlerait mes yeux, et moi, obéissante, j’attends que tu veuilles bien m’ouvrir la porte. Tu me l’as promis, à 15 ans tu me libèreras ; à 15 ans, je pourrai voir ce monde dont les bruits me parviennent assourdis à l’intérieur de ton corps ... [Lire la suite]
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09 décembre 2007

Le sous-sol du château

Elle venait d’arriver au château dont le guide du routard vantait la beauté, mais en fait de château, il n’y avait que des ruines dispersées dans une nature sauvage que le ciel devenu lourd rendait  inquiétantes. Il lui aurait fallu beaucoup d’imagination pour reconstituer la demeure telle qu’elle avait dû être au quatorzième siècle. Les quelques murailles crénelées aux murs délabrés ne lui suffisaient pas ; elle n’avait jamais eu aucune imagination, même enfant. Une fois hors de sa voiture, son premier réflexe fut d’y... [Lire la suite]
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07 décembre 2007

La fenêtre

Je suis allongée sur le lit, les yeux ouverts, tu es endormi à mes côtés et je ne peux m’empêcher de fixer ce rideau blanc que le  vent déplace imperceptiblement. Ce frémissement léger, c’est celui de mon amour pour toi, prêt à s’envoler à la moindre blessure. Et cette ombre projetée sur le mur, n’est-ce pas mon passé qui tend sa griffe pour me voler un présent si ténu ?  L’Amour est un puzzle dont je n’ai jamais eu toutes les pièces, certains diront « tu te cherches des excuses parce que ça t’arrange », mais moi je sais... [Lire la suite]
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06 décembre 2007

Petite scène de misogynie conjugale

Il était debout derrière elle, en slip, son pantalon à la main, tentant désespérément de nettoyer le chewing-gum qui s’était collé sur le velours marron. Il attendait certainement qu’elle lui propose de le faire à sa place.- Tu remarqueras que la ménagère n’a pas de masculin, lui dit-il tout en frottant le tissu.Elle continua à taper son texte imperturbablement, sans lever les yeux de son écran, et lui répondit tranquillement.- Tu vois, elle mériterait d’en avoir un !
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29 novembre 2007

Le décortiqueur de bonheur *

Il lui fallait aller au fond des choses, tout au fond, savoir le pourquoi du comment du pourquoi et justement, comment se faisait-il qu’en ce moment, il était presque heureux ? Son travail lui plaisait – il avait trouvé un « modus vivendi » avec son chef de bureau  ; il ne souffrait presque plus de  solitude – à vrai dire il en avait pris son parti  ; ses angoisses diminuaient - il ne prenait plus de deroxat, sauf un demi-comprimé  de temps à autre  ; son chat avait repris du poids après sa petite « dépression... [Lire la suite]
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28 novembre 2007

Le droit d’espérer

Elle s’était placée au-dessus de la grille d’aération du métro, oh, juste une minute, juste pour le plaisir de sentir la chaleur qui s’engouffrait sous sa jupe. Elle ferma les yeux et se souvint de l’air doux de Mangaia, au bord de la mer Noire. Elle y pensait chaque matin quand elle partait mendier ; elle aimait à se souvenir du port et de la lumière dorée quand elle marchait dans la grisaille matinale des faubourgs parisiens. Une heure à pieds et elle arrivait dans le ventre de Paris. Puis son travail commençait : s’asseoir,... [Lire la suite]
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23 novembre 2007

L'éventail noir

Tous les jours, elle marquait un temps d’arrêt devant la  vitrine aux éventails. Ce jour-là, elle  les regarda deux longues minutes jusqu’à ce que… mais elle en parlerait plus tard. Les éventails l’avaient toujours fascinée, n’étaient-ils pas l’exacte représentation du désir féminin ? C’est au moment où ses yeux fixèrent l’éventail noir que l’homme l’avait abordée, mais elle ne s’était pas retournée et sa voix n’avait fait que l’effleurer. Il avait murmuré une phrase qu’elle n’était pas prête d’oublier « Fermé, ouvert,... [Lire la suite]
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19 novembre 2007

Noir c’est noir… !

A chaque fois qu’elle le rencontre, une fois passé le préambule rituel à toute conversation, il commence à râler ! Tout y passe, les élèves, les collègues, la direction, le je m’en foutisme généralisé, la retraite, la droite, la gauche, les maladies, la sécurité sociale, les médecins… elle se demande s’il n’éprouve pas une jubilation secrète à tout voir en noir. A vrai dire, elle le soupçonne même de ne survivre que grâce aux perfusions du  malheur du monde… Inutile de lui pointer une  éclaircie à venir, il l’assombrit à... [Lire la suite]
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18 novembre 2007

Le voyage

Elle savait bien qu’elle n’aurait pas dû aller la chercher à l’école à la place de son père, ni mentir à la maîtresse, ni prendre ces deux billets de train pour le Portugal ! Elles étaient  toutes les deux seules dans le compartiment, avec pour seul bruit le léger cliquetis des roues. Le soleil illuminait les banquettes parce qu’elle n’avait pas voulu fermer le store. Maintenant, elle vivrait au grand jour avec l'enfant, mais ailleurs. Depuis le début du voyage son regard s’abîmait dans la contemplation de sa fille dont le... [Lire la suite]
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