28 novembre 2007

Le droit d’espérer

Elle s’était placée au-dessus de la grille d’aération du métro, oh, juste une minute, juste pour le plaisir de sentir la chaleur qui s’engouffrait sous sa jupe. Elle ferma les yeux et se souvint de l’air doux de Mangaia, au bord de la mer Noire. Elle y pensait chaque matin quand elle partait mendier ; elle aimait à se souvenir du port et de la lumière dorée quand elle marchait dans la grisaille matinale des faubourgs parisiens. Une heure à pieds et elle arrivait dans le ventre de Paris. Puis son travail commençait : s’asseoir,... [Lire la suite]
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23 novembre 2007

L'éventail noir

Tous les jours, elle marquait un temps d’arrêt devant la  vitrine aux éventails. Ce jour-là, elle  les regarda deux longues minutes jusqu’à ce que… mais elle en parlerait plus tard. Les éventails l’avaient toujours fascinée, n’étaient-ils pas l’exacte représentation du désir féminin ? C’est au moment où ses yeux fixèrent l’éventail noir que l’homme l’avait abordée, mais elle ne s’était pas retournée et sa voix n’avait fait que l’effleurer. Il avait murmuré une phrase qu’elle n’était pas prête d’oublier « Fermé, ouvert,... [Lire la suite]
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19 novembre 2007

Noir c’est noir… !

A chaque fois qu’elle le rencontre, une fois passé le préambule rituel à toute conversation, il commence à râler ! Tout y passe, les élèves, les collègues, la direction, le je m’en foutisme généralisé, la retraite, la droite, la gauche, les maladies, la sécurité sociale, les médecins… elle se demande s’il n’éprouve pas une jubilation secrète à tout voir en noir. A vrai dire, elle le soupçonne même de ne survivre que grâce aux perfusions du  malheur du monde… Inutile de lui pointer une  éclaircie à venir, il l’assombrit à... [Lire la suite]
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18 novembre 2007

Le voyage

Elle savait bien qu’elle n’aurait pas dû aller la chercher à l’école à la place de son père, ni mentir à la maîtresse, ni prendre ces deux billets de train pour le Portugal ! Elles étaient  toutes les deux seules dans le compartiment, avec pour seul bruit le léger cliquetis des roues. Le soleil illuminait les banquettes parce qu’elle n’avait pas voulu fermer le store. Maintenant, elle vivrait au grand jour avec l'enfant, mais ailleurs. Depuis le début du voyage son regard s’abîmait dans la contemplation de sa fille dont le... [Lire la suite]
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14 novembre 2007

Comment faire disparaître un homme ?

Chaque jour elle déposait un mot – ou deux -  dans sa poubelle, les mots des lettres qu’il lui avait envoyées et qu’elle dépiautait consciencieusement. En désossant ses phrases, elle désossait son souvenir. Comme il ne lui avait écrit que 7  courtes lettres, elle en aurait fini assez vite avec lui. Le précédent, par contre, il lui avait fallu  douze longs mois pour le faire mourir, c’était un amoureux des mots … Il l’avait aimée un mois, à raison d’une lettre tous les deux jours, et pas n’importe quelles lettres, des... [Lire la suite]
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11 novembre 2007

L’obsessionnel

Quand il l’a rencontrée, il lui a dit gêné, en esquissant un vague sourire. – Je n’aime pas le désordre. Sur la table du café, il a remis les cuillères dans les soucoupes et a disposé symétriquement les tasses. Elle n’y a pas fait attention. Un mois plus tard, il lui a dit. – Je ne supporte pas  que des choses traînent sur les tables. Elle venait juste de lui servir le café dans le studio qu’elle louait au cinquième étage et avait oublié de ranger les revues éparses. Elle lui a répondu souriante. – Je... [Lire la suite]
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08 novembre 2007

Ce qui nous sépare…

Ce qui nous sépare tu vois, c’est toi, ce n’est pas plus difficile que ça ! Oui, je sais, tu vas encore me dire que je ne suis pas objective, que je regarde tout par le petit bout de ma lorgnette, que la seule chose qui m’intéresse c’est moi, que je suis une égoïste, que je n’ai jamais été capable de me mettre à la place de qui que ce soit, et surtout pas la tienne, que je n’ai jamais levé le petit doigt pour toi, que je n’écoute personne, que quand on me pose une question qui me gêne je réponds par une autre question qui pourrait... [Lire la suite]
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07 novembre 2007

Mauvaise foi ?

- Pauvre gosse, on lui a volé son âme*!- Comme tu y vas !- Oui, je maintiens ! Pauvre gosse ! Tu as vu ses parents ?- Ben qu’est-ce qu’ils ont ?- Tu appelles ça des parents ?- …- Oh, toi, de toutes façons, tu te poses jamais de questions !- Alors c’est quoi, selon toi, être un parent ?- C’est justement se poser les questions que tu ne te poses pas !- Alors, selon tes critères, je suis pas un parent ?- Tu en es un par la force des choses, mais tu n’étais pas fait pour ça !- Mais toi oui, forcément !- Effectivement, moi oui ! Et... [Lire la suite]
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05 novembre 2007

Le dégoût

Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison* ! C’est ce que je lui ai dit la dernière fois qu’il m’a convoquée dans son infâme bureau du vingtième étage de la Tour Breteuil. A ce moment précis – et rien ne l’avait vraiment laissé prévoir - il m’a coincée contre l’armoire en fer tout en me chuchotant que ce qui lui plaisait, chez moi, c’était mon côté rebelle. Sa chemise était  bleu pâle et il sentait la sueur. J’ai gardé son odeur acre sur moi pendant toute la journée. Je me demande pourquoi je n’ai... [Lire la suite]
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29 octobre 2007

« Le bonheur est dans la vérité »

« Le bonheur est dans la vérité », c’était écrit sur le papier que le représentant du Ministère de l’Information avait sèchement déposé devant lui ! Il le lut une fois, deux fois, trois fois… ces yeux ne pouvaient plus se détacher de la feuille officielle qui signait son arrêt de mort. Il  savait qu’il repartirait les pieds devant, même – et surtout -  s’il disait la vérité ! Pour le pouvoir en place, l’ « objecteur de  vérité » qu’il était devenu, par la force des choses, était une "ordure" que des gardiens... [Lire la suite]
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