31 août 2008

L’uniforme

L’uniforme m’efface*, c’est pour ça que je le garde, même le soir ! Enfin, le soir, c’est ma femme qui me  demande de le garder, juste les soirs où elle a envie, parce que mon uniforme l’excite. Alors je lui fais l’amour en « pilote de ligne », elle préfère mon uniforme à ma peau. Je pourrais refuser… mais non, je le garde. Quand je le porte, on me remarque, les femmes surtout, même les plus belles. On me traite avec déférence, on me sert le premier et pourtant, comme le dirait ma femme quand je suis en civil : « Tu es d’un fade... [Lire la suite]
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29 août 2008

Les autres…

Elle disait souvent.- De toutes façons, les gens n’ont jamais rien à dire.Mais elle oubliait qu’elle parlait tellement et qu’elle écoutait si peu, que ses interlocuteurs préféraient rester silencieux.Elle ajoutait parfois.- Que les gens sont médiocres !Elle oubliait que la conscience qu’elle avait de sa supposée supériorité rendait tout un chacun terne et neutre, presque voué à la transparence.De temps en temps, elle complétait.- Les Français sont minables, ils devraient être mis sous tutelle !Si elle avait été anglaise, les... [Lire la suite]
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27 août 2008

Le collectionneur

Sa passion : collectionner les collections. Il avait ainsi acquis les deux dernières collections du journal Le Monde : les grands philosophes et les grands cinéastes. Les DVD et les livres s’entassaient maintenant sur les étagères de sa chambre défiant l’ordre et l’entendement.Le soir, il les contemplait et se disait qu’un jour, peut-être… mais ce jour n’était pas encore arrivé. Les grands philosophes gardaient pour l’instant le mystère de leur pensée à l’ombre de leur couverture et les cinéastes connaissaient le même sort.Ce qui lui... [Lire la suite]
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26 août 2008

Les chaussures ne mentent jamais

Elle passait son temps à observer les pieds des gens, au café, dans la rue, au travail, partout ! Elle s’était même dit, à un moment où son travail de bibliothécaire lui était devenu une torture, qu’elle pourrait écrire un livre humoristique dont le titre serait « Si les chaussures nous étaient contées » et où elle parlerait de toutes les chaussures rencontrées dans sa vie. Les pieds qu’elle préférait observer, c’était ceux qui se croisaient sous les tables ; elle les trouvait doublement éloquents.Quand elle s’était assise, en cette... [Lire la suite]
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24 août 2008

Le cadeau de vacances

Quand il était en vacances, il achetait toujours un cadeau à sa mère, souvent laid, exprès ; il ne pouvait  s’en empêcher. Non pas que sa mère ait été plus mauvaise mère qu’une autre, mais  il voulait l'encombrer, la gêner, allez savoir pourquoi ! Après 15 ans de vacances dans les endroits les plus divers, il  se souvenait de presque tous les cadeaux qu’il lui avait faits. Elle les avait acceptés sans se plaindre, et même l’avait à chaque fois gentiment remercié. Certains étaient d’ailleurs exposés, comme des... [Lire la suite]
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22 août 2008

L’enfant

Aujourd'hui, j'ai encore oublié d'être malheureuse.*  Ça m'arrive de plus en plus souvent, est-ce que je dois m'en inquiéter ? Si le malheur est violent, le bonheur l'est d'autant plus, surtout lorsqu'on n'y est plus habitué. Ce matin, au jardin public, une enfant est venue vers moi, c'est la première fois que je reviens dans un jardin public depuis que Juliette n’est plus là. La petite fille m'a souri et m'a parlé, jusqu'à ce que sa mère arrive, affolée- Viens ici ! tout de suite ! A-t-elle crié sans même m'adresser un regard,... [Lire la suite]
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21 août 2008

Les mains moites

L’amour me tombe toujours des mains. Peut-être qu’il faudrait tenir l’amour avec des gants mais moi, je l’ai  toujours pris à mains nues et j’ai les mains moites. Enfin, c’est le dernier homme que j’ai aimé qui me l’a dit, parce qu’avant, je ne me rendais même pas compte qu’elles suaient, mes mains.Lui, il m’avait chanté son amour sur tous les toits : il m’aimait, il m’aimait, il m’aimerait toujours. Et pourtant, maintenant, c’est fini. Il y en a qui disent que n’importe qui peut assassiner, que c’est une question de... [Lire la suite]
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18 août 2008

Elles

Elles se voyaient depuis 20 ans, une fois par semaine, pour le thé ; l’une ronde, l’autre maigre, l’une taciturne, l’autre volubile.- Je suis contre la résistance ! disait souvent l’une.Quand elle avait dit ça, elle avait tout dit. Un autre dicton ponctuait aussi ses conversations- Les chiens ne font pas des chats !  L’autre avait souvent envie de lui répondre - Et les chats qu’est-ce qu’ils font  ? - mais elle se contentait de laisser glisser un silence qui ne durait jamais car sa partenaire, insatiable, continuait à... [Lire la suite]
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23 juillet 2008

Vivre…

- Je me demande où partent les rêves dont je ne me souviens pas* ? - lui avait-elle dit en traversant le pré. Est-ce qu’ils s’accrochent aux nuages ou est-ce qu’ils sont engloutis dans les vallées profondes où se cache l’ogre des enfers ? Il n’aimait pas la voir ainsi, il savait qu’elle partirait dans un de ces longs monologues qui entretenaient sa mélancolie. Il essaya de détourner son attention en lui montrant la fleur rose dont la chevelure oscillait au vent. - Elle est comme toi, lui dit-il.- Comme moi ? Je ne comprends... [Lire la suite]
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22 juillet 2008

Le train couchette

Elle revenait de l’enterrement de sa grand-mère et devait prendre le train qui partait de Toulouse à 22 h 35. En entrant dans le wagon couchette numéro 50, des odeurs d’encens  lui brouillaient encore la tête. Elle chercha la couchette 82 tout en pensant que sa nuit dans le train allait l’achever. Le lendemain, si tout allait bien, elle serait à la gare d’Austerlitz à 7 h 00. En glissant sa valise sous la couchette du bas, elle revit le cercueil en bois brun devant lequel elle avait fait un signe de croix machinal. La cérémonie... [Lire la suite]
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