15 novembre 2009

Le logis des moines (gballand)

Elle lui avait dit « Je t’attendrai au logis des moines ». Il avait trouvé l’idée saugrenue pour une première rencontre mais il s’était plié à son désir. Quand il vit l’enseigne, il réprima un geste nerveux, les moines et leur tonsure lui rappelaient invariablement le petit séminaire qu'il n'avait que trop tardé à quitter. Elle l’attendait, souriante, dans un ensemble mauve qu’il ne lui avait jamais vu auparavant. Dans la cage d’escalier aux couleurs fanées, il  sentit son cœur battre follement. Elle était là, pour lui et il... [Lire la suite]
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08 novembre 2009

Le vol (gballand)

Hier, je vous ai volé votre sac, j’ai même failli vous faire tomber. Je m’en excuse, mais c’était urgent, je devais régler une dette de jeu à un ami. En fouillant, je suis tombé sur votre carte d’identité et depuis devinez ? Je vous aime. Hier, je n’avais pas vraiment eu le temps de vous regarder ; j’avais bien senti une vibration, mais peut-on être sûr des vibrations que l’on sent quand on vole un sac ?Mais maintenant j’en suis sûr. Vos traits réguliers, votre faux air sage - je dis faux  parce qu’hier vous avez hurlé comme une... [Lire la suite]
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04 novembre 2009

L’homme aux sacs en plastique (gballand)

Tous les jours il prenait le bus à la même heure. Elle l’avait repéré parce qu’il avait soit un sac en plastique vert, soit un sac en plastique bleu. Le type était bizarre, l’air hagard, le corps décharné, le visage cadavérique et des yeux bleus très brillants.Une fois, elle s’était retrouvée assise à côté de lui et ses vêtements dégageaient une telle odeur de pourriture qu’elle serait partie s’il n’y avait eu ce sac ; que contenait-il ? Peine perdue, le type l’enserrait de ses deux bras.Pendant quelques jours, elle ne le vit plus.... [Lire la suite]
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26 octobre 2009

La visite du Président (gballand)

Le Président de la République arrivait dans deux jours et le Directeur avait réuni le personnel afin d’expliquer les enjeux de cette visite pour l’usine.  Lors du casting, le Directeur avait choisi Marion Durand pour  tenir le rôle de la jeune ouvrière en blouse bleue près du président. Elle obéissait aux deux critères choisis par le président : ne pas dépasser 1 m 60  et des cheveux blonds. Le Président n'aimait pas les brunes. Marion avait accepté. Pour ce premier rôle, on lui avait alloué une somme de 200 euros. La... [Lire la suite]
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25 octobre 2009

Les feuilles mortes (gballand)

Les feuilles mortes, je n’en ai jamais ramassé. Par peur sans doute. Si je disparaissais dans le linceul doré des feuilles d’automne, je serais enfin libre, mais voilà, je me suis habitué à la vie.  Elle me colle à la peau comme une maîtresse obstinée.Aujourd’hui, en attendant le métro, j’ai presque eu envie de me jeter sur les rails ; ça m’arrive parfois, comme un geste de bravade, mais au dernier moment  je change toujours d’avis. La vie c’est comme un coquelicot qui pousserait sur le ciment d’un quai désert, voilà ce que... [Lire la suite]
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22 octobre 2009

Mauvaise haleine (gballand)

Il avait mauvaise haleine. La dernière fois qu’il avait vu son dentiste, celui-ci lui avait dit, protégé derrière son masque : - Je ne peux plus rien pour vous !En désespoir de cause, il se ruina en sprays divers. Rien n’y faisait. Les femmes s’éloignaient, la peur de l’échec le paralysait et il gardait toujours une distance de deux mètres entre ses interlocuteurs et lui. Même sa mère, pourtant discrète, lui faisait des remarques quand il l’embrassait :- Michel, tu as une de ces  haleines, tu ne crois pas que tu devrais consulter... [Lire la suite]
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20 octobre 2009

L’agent contaminateur (gballand)

On avait fait venir sa mère à l’école. Elle, elle aurait préféré ne pas y aller, mais il avait bien fallu qu’elle s’exécute. La directrice lui avait téléphoné en lui précisant que si elle ne venait pas, son cas serait signalé à la Direction Régionale des Affaires sociales.Maintenant, elle était dans le bureau de la directrice et regardait la pointe de ses chaussures d’un air gêné. Qu’est-ce que son fils avait bien pu faire pour qu’elle soit convoquée ? La directrice commença d’un air solennel :- Madame, vous n’êtes pas sans savoir que... [Lire la suite]
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15 octobre 2009

Les couches (gballand)

Hier, en faisant mes courses au supermarché, j’ai vu des couches pour chien. Depuis le temps que j’attendais ça ! J’en ai acheté un paquet. Il faut dire que je ne supporte plus de ramasser les crottes de Robert  dans ma main gantée de plastique.Les couches étaient en promotion : 30 euros les 30. Pour une promotion, c’est un peu cher, mais  le pire ce n’est pas le prix, c’est qu’elles ne sont pas ergonomiques. Non seulement j’ai eu du mal à aider Robert à enfiler sa première couche mais je m’en suis tirée avec une morsure.... [Lire la suite]
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12 octobre 2009

Le cadavre (gballand)

On a tous un cadavre qui nous hante. Au début le mien ne pesait pas lourd mais il a grossi avec les mois. Oui, même les cadavres grossissent. Depuis le mois d’avril, le cimetière est devenu l’annexe de mon appartement. Le matin, je passe un long moment à contempler sa tombe ; après je déjeune le long du fleuve sous un arbre paisible.Aujourd’hui, je suis resté au cimetière plus longtemps qu’à l’habitude ; une de ces crises de mélancolie dont je suis coutumier. J’avais acheté du pain pour les oiseaux et je les regardais voleter de tombe... [Lire la suite]
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04 octobre 2009

La leçon (gballand)

Être propre et se tenir droit*, tout est là, ce n'est quand même pas difficile ! C'est ce qu'il se répétait encore à 50 ans passés, où qu'il fût et avec qui il fût. Il n'avait jamais  oublié les leçons de son enfance. Ce jour-là, celui de l'enterrement de sa mère, il était très propre dans son costume sombre et il se tenait bien droit sur le banc de l'église. Il ne manifestait aucune douleur apparente. Il faut dire que cette mort il s'y attendait, et elle aussi : 90 ans, n'est-ce pas un bel âge pour mourir ? Peut-être... [Lire la suite]
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