11 décembre 2009
Une de perdue…(gballand)
Plutôt seul que mal accompagné, j’en ai fait ma devise depuis 4 ans, et cela semblait me réussir, jusqu’à ce que je rencontre mon ex-belle mère pas plus tard qu’ hier. Ça faisait 4 ans que nous ne nous étions pas vus, forcément j’ai divorcé il y a quatre ans. Je ne me suis jamais entendu avec elle. Il faut dire que mon ex belle-mère ressemble beaucoup à mon ex-femme.
J’étais à la caisse du Monoprix, boulevard St Michel, quand elle m’a mis le grappin dessus. J’ai tout de suite pensé qu’elle m’avait abordé pour me dire une vacherie et ça n’a pas manqué :
- Alors mon petit Renaud, toujours dans le quartier ?
Elle commençait souvent ses phrases par « Mon petit Renaud », d’abord parce que je suis petit et ensuite parce qu’elle prenait plaisir à me le rappeler au cas où je l’aurais oublié.
- Non, lui ai-je rétorqué, j’ai déménagé après le divorce, je vis du côté de la Bastille.
Et elle a continué à pépier pendant cinq minutes jusqu’au moment où elle a asséné son coup fatal :
- Mon petit Renaud, j’imagine que vous êtes toujours tout seul. Il faut dire que vous n’étiez pas facile ; je me suis toujours demandée comment Mathilde faisait pour vivre avec vous ! Au fait, elle a trouvé un garçon charmant Mathilde. Vous savez qu’elle attend un enfant ?
Je n’ai pas eu le temps de lui répondre, elle est partie aussitôt après sa confession. Seulement son venin a fait son oeuvre et elle a fini par me mettre le doute à l’esprit : suis-je si difficile que ça ? Depuis hier, je repense à toutes celles qui m’ont quitté depuis le départ de mon ex-femme : Jeanne, Maud, Emma, Rachel… toutes celles qui se sont envolées après quelques jours ou quelques mois de vie commune… et puis merde je ne vais tout de même pas me remettre en question à cause de cette vipère !
08 décembre 2009
Douce nuit sainte nuit (gballand)
Depuis que la ville avait placé un haut-parleur juste au-dessus de sa fenêtre pour la période des fêtes, elle devenait chèvre. Vendredi, toute l’après-midi, elle avait supporté stoïquement « Petit papa Noël », en boucle ; samedi, elle avait eu une overdose de « Vive le vent » et dimanche, on l'abrutissait de « Douce nuit, sainte nuit » ; Elle avait entendu la chanson 20 fois depuis que le carillon avait sonné midi, elle avait compté ! A 18 h 30 précises, elle sortit de l'immeuble l’ampli à la main ; sa tête résonnait toujours de l’horrible couplet :
« Douce nuit, sainte nuit !
Dans les cieux ! L'astre luit.
Le mystère annoncé s'accomplit
Cet enfant sur la paille endormi,
C'est l'amour infini
C’est l’amour infini !»
Le marché de Noël était sur la place de la cathédrale, non loin de chez elle et, depuis une semaine, il vomissait ses bijoux de quatre sous, ses bougies multicolores, sa friture, ses crèches et ses santons. Elle s’arrêta à la première baraque de Noël, se planta juste devant avec à ses côtés le petit ampli qu’elle s’était achetée l’année passée et elle hurla dans son micro :
« Putain de nuit, qui m’pète les ouies
Dans les cieux, la conn’rie luit
On t’entube, tu consommes endormi
Tu marches à fonds, t’y laisses ton RMI
C’est l’arnaque infini
C’est l’arnaque infini ! »
Elle n’eut pas le temps de terminer sa parodie, deux types en uniforme l’embarquèrent au poste de police et la mirent en cellule de dégrisement sans qu’elle ait pu leur expliquer que si la mairie n’avait pas mis son haut-parleur juste au-dessus de sa fenêtre, elle n'en serait pas venue à…
PS : texte écrit à partir d’une brève lue sur le site « une vie de merde »
06 décembre 2009
Les jambes aux collants bariolés (gballand)
Tous les jours il restait en arrêt devant la boutique aux collants bariolés, pour le plaisir. Il ne faisait de mal à personne. Pourquoi n’aurait-il pas eu le droit de regarder des jambes de toutes les couleurs ? Il aimait bien ces jambes qu’il s’imaginait saisir à bras le corps pour les emporter au pays de ses rêves. Il ne faisait de mal à personne. C’est tout ce qui lui restait dans la vie. Quand les flics l’ont interpellé devant la boutique ils lui ont dit, menaçants : « Suis nous et ferme ta gueule ! ». Forcément il n’a pas voulu, il ne faisait rien de mal, c’est interdit par la loi de regarder des jambes de mannequins ? Les flics ont alors brandi leurs menottes :
- Sale obsédé, tu mérites qu’une chose, la taule !
Lui, il n’a rien compris. En garde à vue il a juste répété qu’il aimait bien les jambes aux collants bariolés. Soudain un des deux flics - celui dont les yeux s’enfonçaient dans les siens - lui a balancé une torgnole en gueulant :
- Et les jambes qui étaient dans le sac en plastique, les jambes bariolées que tu as balancées dans le canal ? Tu t’en souviens bien putain de merde ?
Là, il a baissé les yeux, qu’est-ce qu’il aurait pu dire ? De toutes façons ils ne l’auraient pas cru…
PS : texte écrit à partir de cette photo de C. V. prise à Madrid.
04 décembre 2009
Le slip (gballand)
Il cherchait le slip idéal, la perle rare, celui qui vous donne envie de le garder jour et nuit, mais aucun slip ne trouvait grâce à ses yeux, enfin à ses yeux…
Pour lui le slip devait remplir trois grandes fonctions : suspendre, camoufler et maintenir ; sans doute était-il trop exigeant ? Il attendait toujours trop des choses et des gens alors forcément, il finissait toujours par être déçu. Il avait parcouru tous les magasins possibles et imaginables, avait passé commande dans tous les catalogues de vente par correspondance, mais rien, jamais rien ! L’ampleur de son désespoir n’avait d’égal que la hauteur de la pile de slips qui s’entassaient sur son étagère… Et s’il n’en mettait plus ?
03 décembre 2009
Le lycéen (gballand)
Ce qui caractérise le « lycéen », à mon humble avis de « presque experte » en la matière, c’est d’abord et avant tout le décalage : en anglais il fait du français, en français des mathématiques, en mathématiques de l’histoire, en histoire de l’espagnol, en espagnol de l’anglais et chez lui, il ne fait rien ou plutôt, il travaille vaguement avec les écouteurs MP3 vissés dans les oreilles et en consultant MSN toutes les deux minutes. Une vraie vie de décalé, je me demande comment les lycéens tiennent à ce rythme-là. D’ailleurs ils ne tiennent pas. En classe ils s’effondrent souvent sur leur table ou sur leur chaise ; parfois même une jambe est étendue sur la chaise d’à côté, mais seulement dans les cas d’extrême fatigue ou de mauvaise circulation ! Ils sont même prêts à vous fournir un mot de leurs parents ou un certificat de leur médecin pour pouvoir rester dans cette position… Souvent, les manteaux sont gardés – même dans les classes surchauffées – retirer son manteau équivaut sans doute à se mettre à nu. Les sacs sont bien sûr calés sur les genoux, par commodité : il est beaucoup plus aisé de consulter ainsi son téléphone portable. N’oublions jamais que le lycéen est en connexion permanente avec le « Monde » ! A une question posée par le professeur, le lycéen répond très rarement par une phrase, il préfère de loin utiliser un mot, un mouvement de tête ou le silence, en cas de lassitude. On aura compris que le lycéen n’a pas de temps à perdre avec les mots, il a bien d’autres chats à fouetter…
01 décembre 2009
La psychothérapie de soutien (gballand)
Ça faisait quatre mois que Manon allait mal. Elle n’arrêtait pas de me dire qu’elle avait envie de se foutre en l’air. Je n’en pouvais plus. Avec elle mes nuits étaient plus belles que mes jours ; au moins elle dormait. Au comble de l’exaspération, j’ai fini par prendre une décision :
- Si tu veux, je te paie une psychothérapie de soutien ; avec10 séances tu devrais aller mieux.
Elle n’a pas dit non. Manon ne dit jamais non, elle n’est pas contrariante ; enfin, elle n’était pas contrariante, jusqu’à ce jour où elle est arrivée la bouche en cœur. Elle revenait de sa dixième séance.
- On dirait que ça va mieux, lui ai-je fait souriant, tu vois, qu’est-ce que je t’avais dit !
Elle m’a répondu l’air embarrassée :
- Oui mais…enfin… j’ai quelque chose d’important à te dire.
J’étais un peu étonné de tant de mystères, surtout qu’entre elle et moi il n’y a jamais eu de secrets. Et puis soudain elle s’est jetée à l’eau :
- Il faut que je te quitte. Toi et moi ça ne peut plus marcher. On est trop différent.
Je n’ai pas su quoi répondre. D’ailleurs je n’en ai pas eu le temps, elle est montée préparer sa valise et elle est partie sur-le-champ.
Depuis deux semaines je suis seul avec la chatte - oui, elle m’a quand même laissé Louise - mais je n’ai qu’une envie : me foutre en l’air.
26 novembre 2009
Liberté ? (gballand)
Quand elle lui avait dit en hurlant « Mais la Liberté, merde, est-ce que tu sais au moins ce que c’est ? », il l’avait regardée interloqué.
Qu’est-ce qui l’avait piquée ? Etait-ce juste le mot « liberté » ? Pourtant il l’avait seulement dit pour le dire, sans arrière-pensées, comme ça, pour le plaisir de le prononcer.
Il décida de ne pas relever et poursuivit la lecture de ses fichiers sur son ordinateur comme si de rien n’était.
Mais elle se planta à côté de lui, les mains sur les hanches, décidée à continuer la polémique coûte que coûte, même sans lui :
- J’en ai marre, tu vois, marre qu’on ne m’aime que dans l’asservissement !
Il ne répliqua rien. Tout plutôt qu’une dispute. Mais c’est à ce moment-là qu’elle lui porta le coup fatal, il s’en souvenait encore, c’était le 2 novembre 2009 et cette date sonnait pour lui comme un glas :
- J’ai un amant !
Il releva la tête, la regarda stupéfait, une larme coula mais il se tut…
PS : texte écrit à partir d’une consigne des « impromptus littéraires ».
22 novembre 2009
La porte jaune (gballand)
Il hésitait toujours avant d'entrer chez lui, le 6 ou le 8 ? Jusqu’au jour où il poussa la porte du 8 ; lui vivait au 6. Il remarqua que le hall du 8 était identique au 6, la seule différence c’était la couleur des murs, crème dans un cas, blanc dans l’autre. Il monta l’escalier, le même qu’au 6. Une fois sur le pallier du premier étage, il eut le choix entre trois portes, une rose, une bleue, une jaune, comme au 6, sauf que les couleurs étaient inversées. Il frappa à la porte jaune – sa porte d’appartement aussi était jaune - mais personne ne lui répondit. Il l’ouvrit et entra. L’appartement était décoré de façon très différente du sien et les murs étaient tendus de tissu sombre. C’est en pénétrant dans le salon qu’il la vit et son regard se glaça. Que faisait-elle là dans cette robe décolletée qu’il ne lui connaissait pas au lieu d’être dans leur appartement à attendre leur fils qui allait rentrer de l’école ? Assise dans le fauteuil blanc, la tête légèrement inclinée, elle semblait sommeiller.
- Myriam ! Hurla-t-il.
Elle ne réagit pas, comme si elle se moquait de lui et de sa colère.
Il répéta « Myriam ! » Mais toujours rien. Il s’avança vers elle comme à regret, le corps tendu, presque désespéré. Arrivé à sa hauteur, il la gifla et le corps de Myriam bascula immédiatement sur le côté, comme un pantin désarticulé.
Il vit alors que le dossier du fauteuil blanc était taché de sang.
PS : texte écrit à partir de cette photo de C. V. prise à Bruges.
19 novembre 2009
Le nez rouge (gballand)
Tous les mardi, il se mettait un nez rouge, juste pour le plaisir, et il partait faire ses courses au supermarché. Le nez rouge, c’était un rêve d’enfant qu’il avait abandonné sur le bord de la route, comme tant d’autres. Depuis vingt ans, il était inspecteur des impôts et les bouffonneries étaient mal tolérées au bureau.
Il profitait de son nez rouge pour aborder les femmes. Elles riaient volontiers de ses pitreries, sauf la sienne qui lui disait invariablement, d’un ton agacé : « Et tu te trouves drôle Jean Jacques ? » !
C’était un bonimenteur de génie et toutes les femmes avaient droit à ses compliments servis à la louche : les vieilles, les jeunes, les moches, les belles, les maigres, les grosses, les coincées, les pas coincées… il avait une blague pour chacune d’entre elles.
La veille, à la caisse d’Intermarché, il était tombé sur une rabat-joie qui lui avait fait penser à sa femme. Il avait bien essayé de la dérider, comme les autres, mais elle l’avait renvoyé dans les cordes en lui demandant s’il n’avait rien de mieux à faire le mardi à 18 heures. Il avait accusé le coup mais il n’avait pas pu s’empêcher de lui dire :
- Vous, vous devez être prof, ça se voit comme le nez au milieu de la figure !
Elle n’avait rien répondu, mais après avoir tapé son code de carte bleue, elle lui répondit :
- Et vous inspecteur des impôts !
C’est là qu’il la reconnut : une collègue de lycée de sa femme qui avait dû venir dîner une ou deux fois chez eux. Quand la caissière lui adressa la parole il sursauta, distrait ; il imaginait déjà la scène que sa femme lui ferait…
18 novembre 2009
le temps qu'il reste à vivre… (gballand)
Elle était condamnée à vivre au moins 10 ans, elle l’avait vu en faisant le test de la mort sur internet, trois semaines plus tôt. Pour tromper l’ennui, chaque dimanche elle s’offrait une « sucrerie ». Il y a quinze jours elle avait acheté un framboisier dévoré goulûment avec sa voisine ; la semaine dernière elle s’était fait envoyer par Interflora un bouquet printanier avec cette carte jointe « A vous que je vois passer tous les jours sans oser vous parler » ; et ce dimanche elle téléphonerait à Michel ; elle ne l’avait pas vu depuis 25 ans. Maintenant que son mari était mort pourquoi ne renouerait-elle pas avec celui qui n’était resté que son amant de cœur ? Il était peut-être encore temps…